Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Lilly le 12 Juin 2016 à 20:17:33

Titre: Nuit
Posté par: Lilly le 12 Juin 2016 à 20:17:33
Les lumières artificielles, rouges et jaunes,
éclatent en silence dans le froid de la nuit
noire, et la vêtent et la réchauffent à l'envi
de parures étincelantes, du rêve à l'aune,

Répandues en galaxies oblongues, épars éclats
crépitant luisant au dessus des trottoirs et des toits
où s'accrochent les songes des citadins insomnieux,
où les saturnies viennent brûler leur ailes et leurs yeux

Comme l'ange s'épuise à courir l'astre salvateur,
comme l'avide errant fasciné par les lanternes
écarlates, et l'espoir et les amours en berne, 
les travers et l'ennui, se réchauffent aux frêles lueurs,

Les maisons semblent fragiles, les âmes démunies
quand la sœur des ténèbres ouvre les portes aux esprits
Mais d'aucunes ne craignent pas le mystérieux appel,
entendent les pas du temps revenu des immortels, 

La chaleur de la terre au long du jour cumulée,
évanescente rejoint l'éther en douces nuées,
l'odeur des bois, de l'humus alentour ressuscitée,
la nature s'infiltre entre les murs de la cité,

Le souffle qui s’engouffre à la faveur de la nuit
apporte le sable des déserts et leurs génies,
Il porte en lui la force latente des ouragans,
les incantations dans ses étranges chuchotements,

Le moindre grincement, murmure, délicat soupir,
emplit et dilate et l'espace et le temps, tout alors,
fantasmé ou tangible, s'élève dans l'empire
de l'intime et des sens, voici qu'avance Pandore,

Et l’écrin voit palpiter en son sein une autre vie,
gisent génie, terreur, luxure et inspiration ,
surgissent vanités et succubes, honnies légions
de l‘inconscient triomphant de nos vaines homélies,

Toile de fond obscure, aniline, ébène ou jais,
baguier de velours aux étoiles et aux arcanes,
La Nuit est mise en exergue, et offre à tout objet
une dimension abyssale en filigrane,

Le rayon de Lune invisible au jour fait miroiter
des pluies de gemmes, des lampyres, des yeux phosphorescents,
L'occulte déesse lève le voile révélant
Scorpion, scènes antiques, et inclinations cachées,

La voûte et ses sublimes couronnes nous rappellent
notre infime présence, l'infini céléstiel,
et l'on ne peut plus prétendre à notre hégémonie,
soudainement frémissants, l'on poétise ou l'on prie

Au spectacle des astres infiniment reculés
dont les faisceaux pénètrent alors notre petit monde,
effleurant doucement nos fronts, nous embrassons Céphée,
nous sommes nébuleuses, les Voiles et la Colombe,

L’agitation humaine, le grouillement vulgaire
laissent place au sommeil morphinique sanctuaire,
On ressent la paix coulante lente de l'endormie
multitude, flanc offert, fragile en chien de fusil,

Puis Morphée nous emporte dans l'abîme, chimères
et croque-mitaines, les araignées sont nos mères,
nos instincts chevaux indomptés, dans nos rêves absorbés
symboles et souvenirs, étranges et précieuses clés,

J'y suis l'animal qui s'éveille, jusque là tapi, 
je pourrais mugir dans le vide plein de la nuit,
crachant ma culpabilité, réclamant liberté,
l'âme cherchant à s'échapper, le corps à exulter,

Mon cri qui résonne par delà tous les horizons
par la grâce du silence de plomb qui explose
comme du verre dans le ventre insondable fécond
de la fille sacrée du Chaos m'anamorphose,

Mais le secret de la dimension noire n'est pas là,
tient en ce que le miroir démasque ceux qui s'y voient
et les monstres rampent dans la matrice de nos peurs
et notre coeur y enfante ce qu'il a de meilleur,

les  Gardiens du seuil éprouvent nos effrois et nos âmes,
les hallucinations grattent à la porte et se glissent
sous nos armures, visions façonnées à la flamme
de nos secrets inavoués brûlant de tous les vices,

Se laisser emporter par l'envoûtement sibyllin,
et ignorer s’il nous transportera, cette fois-ci,
dans les gueules tendues de loups en chasse ou dans le lit
d’une paix extatique, s'abandonnant au destin,

Curieux de ce qu'abritent les versants des collines
quand elles plongent dans les ténèbres et avides
de retourner au sein primordial de la sève sombre,
prêts à risquer la renaissance de ce que l’ombre
couve avant tout en nous-mêmes.
Titre: Re : Nuit
Posté par: Fried le 13 Juin 2016 à 13:26:31
Bravo Lilly,
Il m'a fallu lire et relire encore pour que je commence à m'impregner de ce long poème.
Puis voilà, le tableau de Van Gogh m'est apparu ( nuit étoilée) et le reste les autres thèmes  ont suivi. Comme une plongée dans l'inconscient.
Je relis encore et cela m'ammène a d'autres rêveries. Merci  :)
Titre: Re : Nuit
Posté par: Lilly le 13 Juin 2016 à 17:41:17

Merci Fried!

Toujours en cours d'apprentissage, j'ai voulu cette fois tenter quelque chose de calibré de manière plus classique ;)

J'avais peur que personne ne me réponde! Soit que le poème n'était pas bon, soit qu'il était trop long :p

Au passage, avis à tous, je suis tout à fait open aux critiques négatives, tant qu'elles sont au moins un petit peu constructives bien sûr, au contraire, qu'on n'hésite surtout pas à me dire ce qui cloche! Je suis hyper contente et ça m'encourage beaucoup à continuer quand on me donne un avis positif, mais les avis négatifs sont importants aussi, car en poésie, je suis dans une sincère démarche d'apprentissage et d'amélioration ;)

Pour le coup, en ce qui te concerne Fried, j'ai de la chance si tu as aimé!
Susciter des rêveries chez un lecteur, quel plaisir pour moi aussi :) Et oui, c'est une plongée dans l'inconscient, ce fascinant Inconscient dont la nuit semble nous rapprocher... Et j'aime tant le tableau que tu évoques  :coeur:

Encore merci!