Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Charivari le 07 Juin 2016 à 01:08:56
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LIEN POUR LA VERSION SONORE (maquette 5 titres, enregistrée avec mon fils)
https://www.youtube.com/watch?v=6NaVQjNfwlc
Jaune, le râle du vent,
les relents du soleil,
le seigle et le chiendent
dans les champs qui sommeillent.
Jaune, la moiteur du lit
d'un torrent qui s'assèche
sous le ciel de midi,
l'herbe rebelle et rêche
Où j'allongeais ton corps,
dénouais les rubans
luisants d'aurore et d'or
qui ceignaient tes seins blancs.
Blanc, le sel et le pain,
les cimes d' El Mulhacen,
la vierge et le matin,
la chaux vive et l'arène.
Blanc, l'éclat du couteau,
la folie de la lune
sur le fil de ta peau,
le ressac et l'écume ;
La médina tordue
la taverne et l'église
la candide vertu
de ton nu qui me grise.
Grise, la mule fourbue,
la fève et le pois chiche,
l'olivier biscornu,
la bouffée du haschich
À tes lèvres moroses.
Roses, les soirs enivrés,
quand la chaleur arrose
ta gorge déployée ;
Le clin d'œil et l'œillet
sur le pli de ta frange,
les fleurs et les reflets
aux effluves d'orange.
Orange, les alcazars,
la terre gorgée de feu,
le galop des guitares
chargées de notes bleues.
Bleu, le fil des collines,
les ombres du patio,
la tristesse enfantine
des premiers Picasso.
Le miroir de l'Afrique
divaguant sur la mer,
l'appel des Amériques
dans les cieux découverts.
Vert, l'odeur de la menthe,
les chants de l'Alhambra,
les yeux de mon amante
et les vers de Lorca ;
La fleur qui cherche à naître
sous le voile de l'Islam,
les barreaux aux fenêtres
où se cachent les femmes.
Vert, les prés en hiver
sous le crachin furtif,
constellés d'éphémères
coquelicots rouge vif.
Rouge, pareil à la fleur,
sauvageonne, écarlate,
ton cœur s'embrase et meurt
dès que l'averse éclate.
Rouge, mon âme jalouse,
la douleur et l'ombrage,
mes couleurs andalouses
sous les feux de l'orage.
Rouge le soleil blessé,
dérouté chaque soir,
qui cherche à déchirer
des lambeaux de nuit noire.
Noir, l'amère procession,
les pénitents qui portent
les macabres passions,
les vieilles aux pas des portes ;
Les rêves exilés
les anges d'Alberti
le taureau terrassé
ta photo qui jaunit.
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Qu'elles sont belles, tes couleurs andalouses !
J'adore.
Tu dépeints un paysage, une région, ses gens.
Et tout au long, un amour inoubliable.
C'est beau.
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Muchas gracias
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De nada ;)
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Un poco Tierras de Soria... Enhorabuena
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merci !
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Salut ^^
J'ai trouvé ton poème sympathique, avec du très bon et du un peu moins bien.
Je ne suis pas sûr d'avoir très bien compris le sujet de ton poème ^^ donc je l'ai interprété d'une façon général comme une ôde à l'Andalousie.
Plusieurs de tes vert font 7 à cause d'un "e" prononcé :
Jaune, le râle du vent,
Jaune, la moiteur du lit
Grise, la mule fourbue
Orange, les alcazars
Rouge, pareil à la fleur
Rouge, mon âme jalouse
Rouge le soleil blessé
Blanc, le sel et le pain,
les cimes d' El Mulhacen,
la vierge et la putain,
la chaux vive et l'arène.
Blanc, l'éclat du couteau,
la folie de la lune
sur le fil de ta peau,
le ressac et l'écume ;
La médina tordue
la taverne et l'église
la candide vertu
de ton nu qui me grise.
J'ai adoré ce passage !!!
Le rythme est impeccable et la façon dont les figures s'entrecroisent (à la fois le décor et la femme) c'est superbe !
Grise, la mule fourbue,
la fève et le pois chiche,
l'olivier biscornu,
la bouffée du haschich
Ici par contre j'aime moins :-\
On dirait un entassement de figure emblématique, ils manquent de structure, je trouve trouve qu'on ne sent pas assez la main et l’œil du poète derrière.
le galop des guitares
J'aime beaucoup aussi cette image qui mélange en une seul deux figures emblématique de l’Andalousie (les chevaux et la guitare
Pour ce qui est d'une vue général j'ai trouvé que ton poème avait quelques longueur :/
Tu utilise une figure de style sympathique assez souvent dans le poème, celle-ci :
qui ceignaient tes seins blancs.
Blanc, le sel et le pain,
Je pense que ton texte gagnerait vraiment à être structuré autour de cette figure. Tu pourrais par exemple choisir un certain nombre de vers pour parler d'une couleur (tu à l'air de faire trois strophe par couleur avant de passer à une autre) puis changer grâce à cette figure d'enjambement. Tu le fait souvent mais pas systématiquement.
Par exemple ici tu le fais à l'intérieur d'une strophe :
À tes lèvres moroses.
Roses, les soirs enivrés,
quand la chaleur arrose
ta gorge déployée
Parfois tu répètes la couleur au début, parfois pas, et le nombre de vers que tu consacre à une couleur varie beaucoup.
L'idée serait que tu choisisse une structure et que tu l'applique tout le long du poème, ça donnerait plus de musicalité et d'équilibre à l'ensemble.
Enfin, ton texte semble se structurer aussi autour d'une métaphore de l'acte sexuel, tu entrelace ce motif avec l'évocation du paysage et ça fonctionne très bien dans les deux première couleurs. Ca ajoute un coté très tactile à ton poème. Avec les deux première couleurs on a l'impression que ton poème va suivre le rythme d'un acte sexuel : le jaune à un coté calme mais passionné et joue avec l'esprit du lecteur (" la moiteur du lit / d'un torrent qui s'assèche "), le blanc à un coté beaucoup plus vif avec ses entrelacement des évocations du corps et du décor, tout se confond et se brouille dans le feu de l'action. Mais ensuite ça se perd complètement :/ on ne le retrouve qu'un peu (à la fin) avec l'évocation de la mort.
Donc voilà pour résumé, mon conseil (qui est tout à fait personnel et ouvert à débat ^^) serait : de donner une structure plus net au poème, en s'appuyant sur la figure de l'enjambement telle que tu l'as développer pour enchaîner les couleurs, baser le rythme du poème sur une métaphore de l'acte sexuel, et peut-être l'écourter un peu pour lui donner plus d’intensité.
Sinon c'est très bien pour un premier jet, on sent une vrai passion pour ce pays :)
Au plaisir.
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Waouh, quelle élégance, quelles belles images
Pour le coup, c'est pour de vrai que j'appellerais ça : une poésie. Tout respire le poème, dans l'équilibre des notes, dans l'odeur des images, c'est fin, discret et ça emmène en voyage.
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Très beau poème qui m'a emporté. Les images sont magnifiques.
C'est vrai que certains "e" m'ont gêné aussi. Je trouve que ça casse le rythme sachant que la quasi-totalité des vers sont réguliers.
Au plaisir de te relire
Seichôka
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Je ne vois pas trop ce que je pourrais ajouter de plus, surtout après le passage de Milena Owein. Je suis tout à fait d'accord avec son conseil de vraiment structurer autour des couleurs, et notamment via les enjambements, le nombre de vers consacrés à chacune etc.
Sinon, il y a vraiment de très belles strophes! Je ne vais pas toutes les citer, il y en a beaucoup...
Oh et puis quand même si, juste une pour le plaisir :
"Blanc, l'éclat du couteau,
la folie de la lune
sur le fil de ta peau,
le ressac et l'écume"
Beaucoup d'images, de sensations, de poésie se dégagent de ce te texte!
Au plaisir!
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Genial ! Beaucoup de retour et des commentaires pointus, j'aime !
Malheureusement très peu de temps pour vous répondre, je reviendrai dès que j'aurai bouclé mon année scolaire. Merci !!!!! :mrgreen:
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bonjour, depuis le temps ! voici un lien pour la version chantée, dans le cadre d'une maquette 5 titres enregistrée cet été avec mon fiston (il a 14 ans et joue guitare, basse, percus)
https://www.youtube.com/watch?v=6NaVQjNfwlc
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Magnifique poème, magnifique chanson !
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merci beaucup, de la part des 2