Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: EloiR le 19 Mai 2016 à 22:35:47

Titre: Morte.
Posté par: EloiR le 19 Mai 2016 à 22:35:47
Adieu tes dix-sept ans voutés par-dessous moi, adieu verdure tombée depuis nos draps, adieu jungle humide de tes soupires, adieu creux noir de ton ventre qui n’eut hélas jamais de fond, adieu rosée dernière rosée de ta langue. Adieu Lune épuisée, flore éteinte, pays conquis. Adieu. Ton corps je l’ai défait ; ta vie je suis son tremblement d’aimer, c’est moi le roman déchiré de tes yeux. Adieu adieu adieu Marie, toute petite enfant brûlée.

À l’instant ma science a basculée. Je ne suis plus chimiste ni mécanicien ; mais me voici poète, fauve, assassin. À l’instant, l’instant de toutes tes lettres géométriques, l’instant exact où pris ton incendie, à cet instant là jamais fini j’ai dit ta mort : c’est la nuit le visage que je prends pour chasser, ma poursuite des langages malades. Morte te voilà passée dans moi et tu y demeures incarcérée. Tissu de mes psaumes, sexe crucifié, papier souillé de ma Bible. Marie ; religion battue.

Adieu.
Titre: Re : Morte.
Posté par: pehache le 21 Mai 2016 à 20:47:07
'lut
(Trois scories:
soupires
basculée
pris)
Sinon, je ne pige pas ton utilisation de la ponctuation, tantôt présente, tantôt défaillante.
Titre: Re : Morte.
Posté par: Servanne le 21 Mai 2016 à 20:56:02
Bonjour Eloir,
Je trouve votre texte peu soigné tant par l'orthographe que par la forme, et peu poétique. N'auriez-vous plutôt pas dû le travailler davantage pour en faire un texte plus long et plus explicite ? J'ai vaguement saisi que ça parle de religion, mais j'ai du mal à y  puiser quelque chose de cohérent.

Bien à vous  :)

S.
Titre: Re : Morte.
Posté par: pehache le 21 Mai 2016 à 21:08:51
Si je peux me permettre, il ne nous balance pas, au moins, des vers en 7/5 que certains trouvent admirables (de lapin).
Il essaye.
Je suis d'accord sur le fait que c'est hermétique et insuffisamment travaillé, mais c'est tjs plus intéressant que la platitude versifiée habituelle.
Titre: Re : Morte.
Posté par: Servanne le 21 Mai 2016 à 21:14:47
Oui, je ne permettrai pas de porter un jugement de valeur, je ne suis pas une spécialiste de la poésie, mais vous avez raison, il y a un vouloir dans ce texte, et je voudrais comprendre ses visées  :)
Titre: Re : Morte.
Posté par: pehache le 21 Mai 2016 à 21:16:30
Tu fais des études de philo ? (Un tic, la substantivation des verbes.)
Sinon, pourquoi ne pas se permettre des jugements de valeur ?
Tout se vaudrait ?
Si tout se vaut, rien ne vaut.
(La volonté du "correct" empêche de penser, aliène et casse les bonbons, non ?)
Titre: Re : Morte.
Posté par: Servanne le 21 Mai 2016 à 21:18:31
Non
Titre: Re : Morte.
Posté par: EloiR le 21 Mai 2016 à 22:18:19
Merci pehache pour les scories.

Servanne, "peu poétique" ? Alors j'attends une définition de ce qui est poétique, ou au moins une justification sur cette remarque ? 
Titre: Re : Morte.
Posté par: Servanne le 22 Mai 2016 à 09:49:02
Bonjour Eloir,
Pour vous répondre, c'est seulement à mes yeux et mes oreilles que cela ne sonne pas poésie  ;)
Peut-être cet répétition du mot Adieu qui brise la musique des mots ou bien le fait que les phrases ne soient pas l'une en-dessous de l'autre, ou encore parce qu'il n'y a pas de rimes.

Je serais bien incapable de donner une définition de la poésie  :/

A bientôt  :)

S.


Titre: Re : Morte.
Posté par: EloiR le 22 Mai 2016 à 12:48:16
C'est une lecture étriquée de ce qui peut-être poétique. Je ne parle plus de ce texte-ci en particulier, qui ne me convient pas non plus, mais enfin réduire la poésie à la versification, à des rimes ou même à une musique, c'est une manière réduite de voir les choses. C'est un point de vue très répandu et qui me fait de la peine, peut-être encore davantage symptomatique venant de quelqu'un des Beaux-Arts.
Titre: Re : Morte.
Posté par: Servanne le 22 Mai 2016 à 13:03:38
Vous faire de la peine n'était pas mon but  :/ J'ai essayé d'exprimer avec maladresse mon ressenti sur ce texte, je n'ai pas réussi...

Désolée

S.
Titre: Re : Morte.
Posté par: tom1s le 15 Janvier 2017 à 17:00:35
Comme mes réflexions me prennent un peu de temps, je ne vous transmets aujourd'hui que celles qui concernent la première moitié de votre poème.

Remarques générales : Vous avez, je trouve, un vrai sens du rythme. Qui tient autant aux répétitions, qu’à la longueur et aux parallélismes des constructions (et à la variation de ces parallélismes). Egalement, un goût pour la métaphore, qui témoigne d’une sensibilité et d’une culture poétiques/littéraires. Même si certaines images me paraissent parfois banales et maladroites, il n’y a pas, ce me semble, le désir de faire poésie, mais le désir de transmettre une émotion poétique.
En revanche, la construction des phrases n’est-elle pas un peu monotone ? Trop fondée sur le substantif. Substantif que vous complétez d’un adjectif et/ou d’un complément du nom souvent introduit par « de ». Partant, il y a – peut-être est-ce volontaire – une antithèse entre une certaine richesse des images/du vocabulaire, et l’extrême simplicité syntaxique. En soi, cette antithèse ne me gêne pas ; mais la pauvreté de la syntaxe peut ennuyer, parce qu’elle n’a rien de surprenant. Par ailleurs, cette construction, cette présence des parallélismes ne sont-elles pas des marques d’un certain néo-classicisme, dont s’éloigne votre langue ? (Vous le verrez, j’ai tendance à poser des questions, non tant pour critiquer ou mettre à jour un défaut, que pour (faire) réfléchir.)

Digression : Connaissez-vous le poème de Char : « Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud » ? L’adieu et l’âge que vous évoquez m’y ont fait songer.

Adieu tes dix-sept ans voutés par-dessous moi : c’est un alexandrin, coupé à l’hémistiche : est-ce volontaire ? Avez-vous tendance à comptez les syllabes ? Que l’utilisation de ce moule classique soit voulue ou non, je la trouve intéressante, en ce que, d’une part, votre langue n’est pas classique et « renouvelle » ce vers, du moins n’a rien de conventionnel ; et, d’autre part, en ce que vous l’abandonnez ensuite. Malgré ma culture, et mon admiration pour le 17e, je ne supporte guère qu’on écrive en vers réguliers, rimés, aujourd’hui, comme si la poésie était une femme vieillotte, gâteuse.
L’adjectif « voûtés » est saisissant, expressif. Je vois un caveau sous les pieds de l’énonciateur. Peut-être y a-t-il aussi une référence plus érotique (étant donné le vers suivant) : la cambrure du corps durant l’acte sexuel. Dans ce cas, et sans mauvais jeux de mots, n’est-ce pas un peu plus plat – banal ?
Spontanément, j’aurais dit « sous » plutôt que « par-dessous ». Mais, étant donné votre esthétique, je préfère « par-dessous » qui donne à la phrase un côté un peu rugueux, la détourne d’une recherche de l’élégance et de l’harmonie.

adieu verdure tombée depuis nos draps : on passe à 10 syllabes : voulu ? Le parallélisme dans la construction (adieu+nom+adjectif+complément de lieu) crée un rythme. En même temps, ça n’est pas conventionnel parce que, dans ce parallélisme, vous introduisez des variations : d’un substantif masculin pluriel, vous passez à un féminin singulier ; et du bas, vous passez au haut. Ces considérations grammaticales peuvent paraître ridicules ; elles me semblent importantes pour créer de la poésie, et éviter certains automatismes, certaines facilités d’écriture.
Assonance « drap/moi » intéressante car on reste dans le cadre du vers, tout en ne le respectant pas totalement.
« Verdure » me paraît très visuel. Mais si cette verdure, avec ses connotations positives, est la conséquence de l’acte sexuel, je trouve ça banal, presque mièvre : l’amour donne vie au monde (je suis peut-être complètement à côté).

adieu jungle humide de tes soupires : « jungle humide » n’est-ce pas un peu pléonastique ? Par conséquent lourd et peu poétique. D’autant que l’idée de « soupirs humides » c’est d’un conventionnel. Par ailleurs, comme vous continuez de construire vos groupes syntaxiques suivant le modèle « adieu + nom + adjectif + complément », ça peut accentuer l’aspect purement ornemental de l’adjectif. « Jungle de tes soupirs » me semble une image plus frappante, et permet de varier (un peu) votre syntaxe. 

adieu creux noir de ton ventre qui n’eut hélas jamais de fond : je trouve ce groupe syntaxique pas très réussi. D’abord, il est grandiloquent : « creux noir de ton ventre » - l’adjectif « noir » est à la fois décoratif (visant à faire poésie) et pléonastique : les trous, c’est souvent noir. Ensuite, il me paraît ridicule : « qui n’eut hélas jamais de fond ». Là aussi, « jamais de fond », c’est plutôt convenu. « Hélas » sur le plan du sens n’apporte pas grand-chose, mais au contraire alanguit votre phrase. Jusqu’ici votre rythme était assez dynamique ; soudain, il s’amollit. S’il faut comprendre ce creux sans fond comme une image d’un sexe féminin dont le plaisir n’est jamais rassasié, il y a peut-être des images plus originales à inventer ou dont s’inspirer.

adieu rosée dernière rosée de ta langue : vous rompez le parallélisme : c’est heureux, en ce que ça évite la monotonie. L’image, peut-être courante, de la rosée est, je trouve, délicate, et cela d’autant plus que vous y accolez l’adjectif « dernière ». Bref, fort joli.

Adieu Lune épuisée : je suis évidemment sensible au raccourcissement du groupe nominal, à l’absence de complément du nom qui permet de varier. J’aime aussi beaucoup l’adjectif « épuisez » : vous parvenez, parfois, à une réelle délicatesse.

flore éteinte : l’adjectif est peut-être plutôt banal, mais « épuisée » me semble lui conférer un certain relief.

pays conquis : non seulement je ne comprends pas le rapport, quant au sens, avec les deux GN précédents, mais en plus c’est très plat.
Titre: Re : Morte.
Posté par: Meilhac le 16 Janvier 2017 à 10:50:56
Toujours aussi génial.

mille merci EloiR décidément je surkiffe ton style

vivement le prochain

si j'étais éditeur-qui-veut-surtout-pas-prendre-de-risques je sais pas si je t'éditerais, mais si j'étais éditeur-qui-veut-pleinement-jouer-son-rôle-en-contribuant-à-faire-connaître-des-auteurs-puissants-et-du-même-coup-peut-être-en-prime-en-laissant-une-trace-dans-l'histoire-de-la-littérature, je n'hésiterais pas, je foncerais, je te proposerais d'éditer un recueil avec tes trente ou quarante meilleurs textes.

tu as déjà essayé d'écrire format + long ?

('scuse je t'ai peut-être déjà dit/demandé tout ça)

j'appréhendais un tout petit peu en cliquant, en me disant "ça fait longtemps que j'ai pas lu EloiR, est-ce que ses textes sont toujours aussi beaux", et je constate que tu as toujours la grâce ; peut-être même que tu as un tout petit peu simplifié ton style par rapport à avant.

la seule phrase que je trouve un peu too much (qui frôle un peu le grandiloquent/convenu) c'est celle sur le tremblement d'aimer, le roman déchiré.

et puisqu'on est aux détails éventuellement améliorables : je ne suis pas complètement convaincu par le titre - un mot qu'il n'y a pas dans le texte (tu as pensé je suppose à "Marie", ou "Adieu" ? mais bon morte y a un côté puissant aussi, enfin bref).

mais décidément j'adore ta poésie. merci. continue s'il te plait. :)

(btw: toujours grenoblois?)
Titre: Re : Morte.
Posté par: Sémiramis le 21 Janvier 2017 à 10:55:00
Ce texte m'impressionne beaucoup. Je l'ai lu et relu.
Titre: Re : Morte.
Posté par: EloiR le 25 Janvier 2017 à 16:46:27
tom1s, merci pour ton commentaire que j'ai lu. Je n'ai hélas pas le temps suffisant pour y répondre, mais je le ferai dès que possible.

Meilhac, merci aussi, comme chaque fois. Je n'ai pas encore la justesse que je voudrai pour envisager une publication. Ça viendra peut-être. J'essaie en ce moment de démarrer un roman, mais le temps et la patience me manquent pour l'entreprendre comme je voudrai. Je n'ai à vrai dire de bon que la dédicace.
La phrase que tu trouves excessive (et je peux l'entendre) est certainement due à une énième relecture d'Elsa...
Le titre a été mis pour la forme, pour ne pas dire "sans titre" dans une paresse convenue. Il changera !
Et, toujours grenoblois oui.

Merci Sémiramis !

Titre: Re : Morte.
Posté par: Rémi le 25 Janvier 2017 à 21:59:44
Salut EloiR,

un détail :
Citer
l’instant exact où pris ton incendie,
prit

soupirs
basulés

(pehache a relevé ces scories, dommage de ne pas les corriger)

Lecture et relectres, c'est un jeu de miroirs, j'y trouve des choses différentes à chaque fois, c'est évocateur et puissant. Un peu frustrant aussi lorsqu'on ne trouve pas toutes les clés.

Merci pour la lecture.

Rémi
Titre: Re : Re : Morte.
Posté par: Meilhac le 25 Janvier 2017 à 23:01:03
salut Eloi
Je n'ai pas encore la justesse que je voudrai pour envisager une publication. Ça viendra peut-être.
mmmh… les génies sont procrastinateurs, par définition, ils ont constaté mille fois que c'est en n'obéissant pas à un élan, en ne réagissant pas à chaque fois à un stimulus, en introduisant un décalage entre leurs élans et leur actions, qu'ils voient ce qu'ils voient.
mais bon.
en essayant de te faire éditer, tu progresserais peut-être encore, si c'est possible. et si c'est pas possible, hé ben autant ne pas attendre pour essayer, envoyer tes textes à 5 ou 6 maisons, au cas où. ou alors les lire en public why not ? avec un zikôsse (les concerts/lectures, c'est hyper tendance, ils font que ça en ce moment à paris à   la maison de la poésie).


"les natures éprises d'idéal pensent toujours que le plus beau est ce qui leur est le plus difficile"… 
(proust)



Je n'ai à vrai dire de bon que la dédicace.

 :D    ;)