[ Allez faut bien se lancer à nouveau... Des bisous les gens et bonne lecture ... ]
Oasis a une poignée d'années, les jambes lestes et déjà le cœur ivre de liberté. Quand on grandit à l'ombre des adultes, il y a toujours moyen de se faufiler entre les interstices, se défiler entre les interdits, surtout quand ils sont un peu bancals et suffisamment encombrants pour qu'on puisse se cacher derrière et n'en faire qu'à sa tête. Ses boucles brunes sur son front doré flottent autour de son petit visage, collé à la vitre du neuvième étage, d'un vieil immeuble arqué sur son béton fissuré. Oasis réfléchit. Oasis rêve un peu aussi. Elle a éparpillé ses livres d'images sur le sol fatigué de sa chambre, peignant de leurs illustrations la morosité de sa solitude.
Elle attend que revienne le petit Alexis, tout maigre aux genoux et au menton pointu, mais aux yeux qui ressemblent à l'été dans une bouteille. Quand elle entendra son petit poing tapoter sur sa porte, elle ouvrira très vite, l'attrapera par le poignet en lui faisant "Chuuuut" et puis ensuite...
Ensuite...
Elle lui montrera ce qu'elle a vu, un peu avant minuit, quand le ciel était bleu encre de chine. A l'heure où les ombres sont grandes et les lumières petites, quand les chats règnent sur la ville, et que le silence a son chant à lui, sans le bruit des voitures et le chahut des grands, elle a vu, elle a bien vu...
La porte toc toc timidement, et Oasis l'ouvre béante sur Alexis.
"Chuuuut !"
Alexis, il sourit un peu quand Oasis lui prend le poignet dans ses mains vives et fines, et il avance derrière elle, à pas comptés sur du velours de sans bruit.
"Viens, cache-toi avec moi ici, et regarde bien" qu'elle murmure Oasis, avec sa bouche délicate et plissée de sérieux.
Alors, il colle sa tête blonde contre l'angle du mur, et la laisse se blottir contre son flanc, toute chaude, toute chose, et avec elle, il fixe le sol de la chambre, tapissé de livres aux pages flottantes sur l'océan du parquet craquelé. Et ils attendent ainsi sans bouger, tellement qu'Alexis, il croit que c'est l'éternité qui s'est étalé sur eux deux, et ça le rend même bigrement heureux.
Soudain, elle retient son souffle, et lui serre plus fort son poignet plein d'os qu'elle n'a pas lâché. Il a le cœur qui s'agite tellement que ça tape dans sa cage thoracique à grands coups de sabots. Il a du mal à quitter des yeux son parfum, le frôlement de ses boucles contre son épaule, et tout ce qu'il ne peut pas voir mais qui lui remplit le regard.
Alors, elle montre du doigt avec exultation, un doigt qui dit "Là ! Là ! C'est Là !".
A regret, il se détourne d'elle, et ça lui coupe quand même pas mal le souffle, il retient même un cri, parce que bon, pas devant Oasis tout de même.
Au milieu de la chambrette, sans prendre vraiment garde aux deux petits chercheurs de mystères, se balade de-ci de-là ,queue en éventail et bec en or, l'oiseau bleu des contes fameux, qui picore, l'air de rien, ici une voyelle, là une métaphore, les diamants de la princesse, la barbe du vieux roi, et qui dans un roucoulement satisfait, s'endort plumes lissées au milieu des pages froissées.
Oasis tourne les yeux vers Alexis avec des "t'as vu ! " dans les prunelles qui sautillent et scintillent. Les deux enfants s'approchent lentement de la créature endormie. Trois pas sur le côté vers le rêve et deux arabesques dans le merveilleux. Dehors, la pluie glisse sur la vitre de la fenêtre pour apercevoir leur secret et l'emporter dans son sillon humide.
Ils caressent son long cou duveteux et ont la poitrine chaude de rires murmurés. C'est quelques gouttes de rosée que leurs tendresses sur le ramage de ce volatile charmant.
Oasis, Oasis, où as tu trouvé la porte dissimulée des charmes et des imaginés, qui donc t'en a donné la clef ?
Oasis ne dit mot, mais sur la bouche d'Alexis, un baiser dépose. Saisi et tremblant, il sent sous ses doigts Poésie qui s'amuse juste au coin de leurs yeux fermés.
Un claquement de plumes et le temps reprend sa route. La voix d'une maman qui appelle pour le goûter. Des pas légers qui dévalent l'escalier.
Et sur les joues, le rose des contes d'enfant.
Poétique.
Innocent.
Rêveur.
Magique...
Et deux p'tites fautes :
Quand on grandit à l'ombre des adultes, il y a toujours moyen de se faufiler entre les interstices, se défiler entre les interdits, surtout quand ils sont un peu bancales,
Bancals, non ?
Ils caressent son long cou duveteux et ont la poitrine chaude de rires murmurés. C'est quelques gouttes de rosées que leurs tendresses sur le ramage de ce volatil charmant.
Volatile...
Salut Marquise !
Oasis a une poignée d'années, les jambes lestes et déjà le cœur ivre de liberté.
J'aurais interverti les deux.
se défiler entre les interdits, surtout quand ils sont un peu bancals et suffisamment encombrants pour qu'on puisse se cacher derrière et n'en faire qu'à sa tête
J'aime bien la matérialisation des interdits ^^
C'est quelques gouttes de rosée que leurs tendresses sur le ramage de ce volatile charmant.
Je ne suis pas sûr du "C'est".
La manière de traiter l'enfance dans ce texte me plaît beaucoup. Plutôt que comme quelque chose de naïf et candide, c'est très onirique et simple, on ne sent presque pas qu'il y a une narration. Le style s'adapte parfaitement au récit selon moi, il a de cette simplicité et de ce lyrisme qui forment l'enfance qui me plaît bien. J'ai simplement eu un léger moment d'hésitation sur ce passage, qui jure un peu avec le reste, stylistiquement :
Oasis, Oasis, où as tu trouvé la porte dissimulée des charmes et des imaginés, qui donc t'en a donné la clef ?
Oasis ne dit mot, mais sur la bouche d'Alexis, un baiser dépose. Saisi et tremblant, il sent sous ses doigts Poésie qui s'amuse juste au coin de leurs yeux fermés.
Ensuite, l'entrée en matière de ton texte me plaît beaucoup aussi, on ne sait pas grand chose exactement de ce qu'est Oasis (son âge, son physique), mais on en saisis l'essence, c'est le plus important, et c'est fait très subtilement.
Je suis toujours un peu gêné quand j'ai presque que des éloges à faire, mais bon c'est souvent comme ça avec tes textes ^^
Merci pour ce texte !