Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Milora le 09 Mai 2009 à 14:06:29
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Voici un petit texte de pas grand-chose, sans aucune prétention, ni sur le fond, ni sur la forme. Il doit rester pas mal de trucs à revoir, notamment des lourdeurs... Il fait un tout petit peu plus de 5 pages Word, avec beaucoup de lignes sautées ; mais pour ne pas vous asséner un pavé démotivant, je le poste en deux fois.
N'hésitez pas à être sévères, comme d'hab ! Bonne lecture ! :)
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Charlie
Adossé à ma chaise près de la fenêtre, j’étais plongé dans un dédoublement tout estudiantin. Une oreille – reliée à la main qui prenait des notes – écoutait la litanie continuelle du professeur, pendant que l’autre – reliée à des sphères plus célestes – offrait le calme nécessaire à une séance de rêvasserie dans les règles. Laquelle séance de rêvasserie revêtait ce jour-là sa plus sobre expression : observer les nuages, d’un air le moins absent possible. Ils avaient une forme étrange, un peu en spirale, pour ce que j’en apercevais entre le bâtiment de la cantine et l’immeuble adjacent. Depuis mon grade de seconde en fin d’année, je crois pouvoir dire que j’avais acquis assez de savoir-faire en la matière pour, sinon exceller, du moins éviter avec assez d’agilité les remarques acerbes que la gent professorale aimait à faire claquer au-dessus des élèves inattentifs.
Mon quota d’autosatisfaction personnelle en prit donc un sérieux coup, lorsque le bruit de fond, constitué de la voix douloureusement criarde de la prof, percuta violemment les lointaines considérations philosophiques dans lesquelles j’étais absorbé :
- J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !
Sursautant comme un cambrioleur pris la main dans le coffre-fort, je réintégrai la salle de classe avec pertes et fracas – à savoir avec regards hostiles de l’auteur de ces paroles.
- Eh bien, jeune homme, je vois que j’ai enfin réussi à attirer votre attention.
- Je… je…, bredouillai-je, cherchant depuis quand ma splendide couverture imparable avait été démasquée. Vous me parliez ?
Mon égo ne peut rien contre la terrible réalité de ce qui arriva alors : les éclats de rire moqueurs de mes camarades.
- Non, jeune homme, rétorqua la prof, sans rien faire pour cacher son ignorance de nos prénoms, même après sept mois passés à nous côtoyer trois fois par semaine. Je finissais la lecture d’un poème de Charles Baudelaire.
Son air pincé attendait une réponse.
- Ah, vraiment ? tentai-je avec mon plus beau sourire. Il parle de nuages ?
Son air pincé attendait un battage en retraite. Je tentai mon encore plus beau sourire.
- Non, jeune homme, déclara-t-elle avec condescendance. Il parle de l’idéal poétique de Baudelaire. Les nuages symbolisent l’Ailleurs inaccessible d’où le poète tire l’essence de son acte créatif.
Elle venait de synthétiser en deux phrases et demie les raisons fondamentales pour lesquelles je n’irais jamais en première Littéraire. Le crissement suraigu du « non, jeune homme » en étant la principale : c’était elle la prof de français des premières L.
- Le « je » poétique délaisse tous les souhaits matériels du commun pour céder à une fascination métalittéraire pour les nuages, m’acheva-t-elle.
Je jetai un œil à travers les carreaux. Ceux de notre bonne vieille réalité avaient rompu leur pseudo-spirale et ne présentaient pas un air plus métalittéraire que météorologique. Il allait pleuvoir ce soir. Je haussai discrètement les épaules.
En sortant de cours, je fus heureux que mes compétences en sciences-naturelles soient plus développées que mon sens littéraire : l’averse avait commencé de tomber. Je levai les yeux vers ces fameux nuages qui inspiraient tant de choses à ce bon vieux Baudelaire. On aurait dit un grisâtre amas de poussière, abandonné dans un coin du ciel par un balai géant qui avait tenté d’y faire le ménage.
- Pas de quoi pavoiser, leur lançai-je en positionnant ma capuche sur mon crâne fort chevelu.
Le tonnerre gronda à mes mots, et je me mis à courir jusque chez moi. La pluie tomba drue toute la nuit, tambourinant contre mes vitres avec opiniâtreté. A croire qu’elle cherchait juste à m’empêcher de dormir, car au matin, le soleil ne trouva qu’un vaste terrain bleu pour lancer son ballon de feu dans sa course journalière. Seul un petit monceau nuageux osait braver la beauté du jour, et malgré le mal qu’il se donnait pour prendre une forme bizarre, je n’aurais renoncé ni à l’or ni à mes amis pour faire comme Charles et passer ma vie à le regarder. On aurait dit une pointe de flèche, avec un trait horizontal tremblotant au milieu. Je haussai les épaules, ostensiblement.
*
* *
N’y pensant plus, je profitai du beau début de printemps pour perfectionner l’Art de la Contemplation de Fenêtre, dans les diverses matières que je traversai sans y penser. Si le vaillant petit nuage matinal avait une qualité, c’était sa ténacité : juché au-dessus de la tour de la bibliothèque, il défia toute la journée les regards pleins d’espoir des passants en manque d’été. Je pus l’observer de chaque pupitre que j’occupai au fil des cours, au point que j’en vins à voir en lui toute sorte de formes bizarres, un bonhomme penché au-dessus d’une marre, une balance brisée oscillant dans le vent, un serpent géant transpercé d’une épée ou, plus prosaïquement, un simple A. La brise l’avait peu déformé, même si sa barre centrale avait l’air de tenter une désertion subreptice par le côté Ouest. Je fus presque triste d’entendre l’averse revenir pendant la nuit, chassant à coup sûr mon maigrelet compagnon de rêverie.
Mais les nuages devaient avoir un gène commun avec les détergents de marque connue, car quand il n’y en a plus, il y en a encore. Le nuage obstiné avait beau être allé voir du pays, un rival jaloux s’était empressé de prendre sa place. Lui aussi tentait une contorsion acrobatique qui lui aurait valu le bien nommé Cirque du Soleil. Trois trainées poudreuses vaguement croisées. Le genre de forme sur laquelle on case n’importe quelle analyse, plus ou moins ridicule selon qu’on est psychanalyste ou pas, mais dans laquelle on reconnaît toujours quelque chose. Je ne le quittai pas des yeux en enfilant mon vieux pull, puis en avalant mon petit-déjeuner.
- C’est un N, conclus-je finalement d’un ton péremptoire, à l’adresse de mon jus d’orange.
- C’est un cirrus uncinus, me contredit mon père à travers le triple rempart des carreaux, de son journal, et de ses épaisses lunettes.
- C’est ton bol de céréales, trancha ma mère, et si tu ne l’as pas terminé dans quatre minutes trente deux secondes, je t’expédie au lycée par propulsion aérodynamique à lancement pédestre.
Le retard étant une donnée intrinsèque à mon ADN, je ne m’en émus guère, me contentant de nourrir, avec ce qui me restait de lait, notre compagnon domestique le plus gourmand : le pot de fleurs.
Tout de même, me disais-je en rejoignant le cours de mathématiques, un nuage, c’était un nuage. Je ne voyais pas ce qui pouvait tracasser à ce point un poète maudit du dix-neuvième pour qu’il en fasse tout un fromage – les fromages des poètes prenant souvent la forme versifiée. Le refroidissement d’un volume d’air conduit à la condensation de la vapeur d’eau qu’il contient, autour de micro-particules de matière solide qu'on appelle noyaux de condensation. Point final. Pas de quoi déblatérer.
*
* *
Dire que je fus surpris, le lendemain matin, serait en-dessous de la céleste réalité. Le nuage était encore là. Ou son jumeau bossu, ou que sais-je encore, mais c’était là. Une barre, un demi-cercle, un D.
AND.
AND quoi ? Le nuage me parlait anglais ? Aller demander à mon prof de LV1 « excusez-moi, monsieur ; à votre avis, ça parle quelle langue, un nuage ? » ne me sembla pas une idée favorable à mon avancement scolaire. D’abord, un nuage, ça ne parlait pas. Je n’allais pas commencer à perdre l’esprit à cause des délires d’un opiomane mort un siècle et demi plus tôt !
J’écoutai cependant d’une oreille moins distraite le cours de lettres, ou du moins je le tentai, les trente premières secondes. Mais le jargon de la prof était plus méta-ennuyeux que jamais, elle avait changé d’auteur, et mon regard était sans cesse ramené à la fenêtre. Il était là, narquois, insistant, au-dessus du toit de la mairie du quartier, qu’on apercevait au loin. Un D tenace, un sourire grimaçant, un diabolique agglomérat d’H2O décidé à me pourchasser jusqu’à la fin des temps…
Du calme, du calme, me souffla mon oreille gauche – tandis que sa jumelle me permettait de gribouiller quelques mots au sujet de Ronsard. Ma dernière lubie avait mis quelques mois à s’estomper, mais je soupçonnais Pikatchu d’être plus résistant qu’une mauviette de nuage. Non mais. Je m’obligeai à reporter mon regard sur mon cahier.
*
* *
On ne retiendra pas mon insomnie de ce soir-là, ni la nervosité avec laquelle j’écartai mes rideaux au matin suivant. Il n’avait pas plu, j’étais donc légitimement en droit de penser que la situation climatique serait différente. Et j’étais légitimement en droit de me tromper. Le D était toujours là, un peu plus arrondi, peut-être comme un O…
Je crus avoir avalé une pierre brûlante. Quoi, il ne me lâcherait donc pas ! Raisonne, raisonne, m’intimai-je. Il y avait forcément une explication rationnelle à tout cela – et non, je n’appelais pas « explication rationnelle » la folie furieuse de l’émetteur de ladite explication. Les éléments m’adressaient un message. Bon. Mais pourquoi ? Et… comment ?
Mon voisin de table loucha sur mon cahier de notes. Ce n’étaient pas précisément des données sur le sous-développement du contient africain qu’y griffonnait ma main.
- Qu’est-ce que c’est ? chuchota-t-il avec un coup d’œil craintif envers le prof.
- Une hypothèse, lui murmurai-je en retour. Ce point, là, c’est un satellite. Et là – je traçai quelques flèches – ce sont les mouvements de vent que produisent ses bobines, ici – j’entourai les deux bobines imaginaires – afin de diriger les nuages.
- Diriger les nuages ? répéta-t-il.
A son expression, on voyait bien qu’il était en train de me destiner non à une première S mais à une première A. Je me félicitai en vitesse que la section Asile ne soit pas un projet réalisable à court terme – sans doute par crainte de surpeuplement.
- Oui, diriger les nuages. Si on voulait leur donner une forme. Pour… faire passer un message.
Mon compagnon fronça des sourcils concentrés au-dessus de mon croquis. Sur le chemin du lycée, j’en étais parvenu à une salutaire réflexion : n’en déplaise à mon égocentrisme, les lettres dans le ciel ne m’étaient peut-être pas destinées personnellement. Mon esprit rationnel avait dévoré une flopée d’articles scientifiques sur les avancées technologiques en matière d’aérospatiale, et je ne doutais pas qu’il se trouvait quelque part un gouvernement assez fou pour mobiliser un matériel coûteux, afin de donner un nouveau souffle au sens de la formule « moyen de communication ». La question « pour quoi faire ? » était la seule qui faisait s’effondrer ce superbe château de cartes.
- On dirait une mouche ivre qui fait des zigzags, m’informa doctement mon camarade de classe, en revenant à l’exposé sur les taux de mortalité par sous-nutrition en Ouganda.
Je ne pus nier cette terrible évidence, tirant de cette journée cette unique conclusion assurée : je ne ferais pas carrière dans les beaux-arts non plus.
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où une oreille – généralement reliée à la main qui prend des notes – écoute la litanie continuelle du professeur, pendant que l’autre – reliée à des sphères plus célestes – vous offre le calme nécessaire à une séance de rêvasserie dans les règles. Laquelle séance de rêvasserie revêtait ce jour-là sa plus sobre expression : observer les nuages, d’un air le moins absent possible.
je ne vois pas trp^comment la seconde oreille permet la séance de rêvasseries ; enfin bref j'ai buté ici
. Les nuages symbolisent d’Ailleurs inaccessible
un/l'Ailleurs ?
On aurait dit une sorte de flèche sans barre centrale, avec un trait tremblotant au milieu.
jvois pas du tout à quoi ça ressemble :-[
avec ce qui me restait de lait, notre compagnon domestique le plus gourmand : le pot de fleurs.
tu donnes du lait aux plantes ? xD
me souffla mon oreille gauche – tandis que sa jumelle gribouillait quelques mots au sujet de Ronsard
tu écris avec ton oreille droite ? enfin pas toi mais ton narrateur... bref :mrgreen:
Les éléments m’adressaient un message. Bon. Mais comment ?
ma question dans cette situation aurait plutôt été : "pourquoi ?" :-¬?
A son expression, on voyait bien qu’il était en train de me destiner non à une première S mais à une première A. Je me félicitai en vitesse que la section Asile ne soit pas un projet réalisable à court terme – sans doute par crainte de surpeuplement.
xD bon j'ai pas relevé les précédents passages qui m'ont fait rire et que j'aime bien mais celui-là en fait partie :mrgreen:
LA SUITE ?
Euh sinon j'ai trouvé le début un peu lourd niveau formulation des phrases, le premier paragraphe rend un peu difficile l'immersion j'ai trouvé. Une fois qu'on l'a passé, c'est du Mil' : j'adore l'humour, j'adore le mnuage, j'adore tout court et je veux la suite.
Je ne suis définitivement pas objective sur tes textes, mais... pour l'instant, j'aime.
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bon, je ne vais pas relever tout ce qui m'a gêné, parce que ce serait exactement les mêmes remarques/relevés que Kail', comme ça tu fais d'une explication deux réponses
j'ai bien aimé tous les passages humouristiques et toutes les références au métalittéraire, traumatisée par une prof d'espagnol ? :noange:
mais tout ce qui est des oreilles et des mains, c'est pas très clair, lol
sinon une suggestion "ce vieux Charles", plutot que Baudelaire ?
j'attends la suite qui va être rapide si ce n'est que deux envois :(
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Moi j'aime bien "ce vieux Charles" ^^ et d'ailleurs le reste du texte aussi, mais pourquoi avoir coupé ? :'(
(Au fait, le 2 de H2O il est en bas, pas en haut ^^)
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Pourquoi avoir coupé ? Parce que personne n'aurait lu si ça avait été trop long ! (et parce qu'il faut que je retouche la fin :-¬? )
Pour le H²O, j'ai mis le 2 en haut parce que... je sais pas le mettre en bas :mrgreen:
sinon une suggestion "ce vieux Charles", plutot que Baudelaire ?
Où ça ?
tu donnes du lait aux plantes ? xD
Moi non mais mon narrateur oui :mrgreen:
je ne vois pas trop comment la seconde oreille permet la séance de rêvasseries ; enfin bref j'ai buté ici
En fait je tentais laborieusement un développement sur le thème "n'écouter que d'une oreille" ^ ^ Faudra que je le retravaille...
Sinon j'ai corrigé tout le reste. J'espère que ça va mieux. Quand tu dis que le début gène, c'est le début au sens du premier passage jusqu'aux astérisques, ou c'est juste le premier paragraphe ? :( Parce que j'ai eu du mal sur ledit premier paragraphe... En fait j'ai un peu écrit ça à la va-vite, et ensuite j'arrivais pas à le remettre comme il faut... (voilà ce que c'est que d'inventer une histoire dans un état intermédiaire entre la veille et le sommeil, et tout ça juste parce qu'en fermant les volets pour avez vu un nuage qui avait l'air de vous sourire... >< )
Merci d'avoir lu ! :) Je posterai la suite dans pas trop longtemps... quand je l'aurais re-re-relue...
traumatisée par une prof d'espagnol ?
Hihi, entre autres ! Lol.
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Sinon j'ai corrigé tout le reste. J'espère que ça va mieux. Quand tu dis que le début gène, c'est le début au sens du premier passage jusqu'aux astérisques, ou c'est juste le premier paragraphe ? :( Parce que j'ai eu du mal sur ledit premier paragraphe... En fait j'ai un peu écrit ça à la va-vite, et ensuite j'arrivais pas à le remettre comme il faut... (voilà ce que c'est que d'inventer une histoire dans un état intermédiaire entre la veille et le sommeil, et tout ça juste parce qu'en fermant les volets pour avez vu un nuage qui avait l'air de vous sourire... >< )
juste le premier paragraphe
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Je levai les yeux vers ces fameux nuages qui inspiraient tant de choses à ce bon vieux Baudelaire.
ici ;D
remplacer "Baudelaire" par "Charles" ? ^^
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un bonhomme penché au-dessus d’une marre
mare
Mais les nuages devaient avoir un gène commun avec les détergents de marque connue, car quand il n’y en a plus, il y en a encore.
:D :D
Sinon, hmm, c'est peut-être un tout petit trop longuet. Mais tu sais instaurer le suspense! ;D Et on se fond dans la peau du personnage principal, très facilement.
J'attend la suite :)
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Bon, j'ai honte. Du retard, mais aussi d'avoir posté le début. Parce que maintenant, je la trouve vraiment nulle, cette histoire, notamment la fin, avec laquelle j'ai eu beau me battre, me rebattre, et me rabattre, ça donne rien de bon. Vraiment raté. Enfin, comme j'aime pas laisser un truc inachevé (quelle idiote de commencer à le poster ! >< ) Je vous mets la seconde partie...
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Une nouvelle certitude s’était tapie dans mon crâne entre ce moment-là et celui où j’ouvris mes volets le lendemain : le phénomène n’allait pas cesser comme il avait commencé. L’évocation prolongée de L’Etranger de Baudelaire avait peut-être faire revivre les fonctions communicatives des nuages ; qu’en savais-je ? Mais ils délivreraient à présent leur message jusqu’au bout. Je le sentais.
Et tel fut le cas.
Je tirai un vieux papier de ma poche et y notai fébrilement les lettres que j’avais jusque-là récoltées. S’agissait-il d’un mot, d’un code, d’une combinaison aléatoire dont personne ne pouvait percer le sens ? Je passai mes habits dans un état méditatif intense.
Il arrivait ce jour-là quelque chose d’extraordinaire : nous étions le week-end. Je mis à profit cette opportunité pour rejoindre la bibliothèque, sous les auspices du nuage lettré, au-dessus de ma tête.
La bibliothécaire était comme toutes les bibliothécaires que j’avais vues dans les bibliothèques : une petite femme entre deux âges, au regard escorté de solides lunettes en demi-lunes. Je la saluai poliment avant de lui présenter ma requête, à savoir des livres sur les nuages.
- Sur les nuages dans la littérature ? demanda-t-elle.
- Non, sur les nuages dans le ciel, répondis-je.
Elle me transperça des yeux comme un bout de viande sur une brochette. Je n’avais pas déjeuné.
- Essayez le rayon Sciences Naturelles, côte 040, indiqua-t-elle, dubitative.
Il faut avouer que la brave dame connaissait bien son métier, car son ton préfigura le résultat de mes recherches. Personne n’avait eu l’idée d’écrire sur le langage des nuages. Ce qui, en d’autres temps, m’aurait semblé plutôt bon signe sur l’avenir de la science.
Je revins à la bibliothécaire.
- Et sur les nuages dans la littérature ? demandai-je piteusement.
Du regard, elle retourna la brochette sur le barbecue brûlant. Je sentis une goutte de sueur perler à mon front et me réfugiai derrière mon sourire encore plus beau que mon encore plus beau sourire.
- Eh bien, dit-elle, soudain attendrie, tout dépend de ce que vous cherchez. Il y a des histoires qui parlent de nuages. Des poèmes aussi.
- Oui ! Oui, des poèmes, l’encourageai-je. Que disent-ils des nuages ?
Elle referma l’épais registre, qu’elle était en train de consulter par pure rebuffade contre l’ordinateur qu’on lui avait alloué de force.
- Oh, beaucoup de choses, commença-t-elle d’une voix plus chaude. La plupart du temps, qu’ils nous racontent des histoires.
Mon intérêt connut un pic plus fulgurant que le décollage de la fusée Ariane.
- Avec des… mots ? lançai-je niaisement.
A mon grand étonnement, elle sourit.
- Oui, parfois. Avec les mots que tu mets dessus. (Je me sentis touché du tutoiement) Les nuages sont une des sources de notre imagination, car l’on y voit ce que l’on veut, ce que l’on trouve. Ils sont l’inspiration, ils se cachent dans les textes, nous jouent des tours, nous glissent des messages secrets. Alors oui, ils nous parlent, à leur façon, mais tout le monde n’est pas capable d’arrêter le cours de son précieux temps pour savoir les écouter.
- Ou les lire, dis-je pensivement.
Elle haussa un sourcil interrogateur, présentant soudain une ressemblance frappante avec mon camarade de classe de la veille. Mon encore plus beau que mon encore plus beau sourire me servit d’au revoir.
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Installé dans mon canapé, je passai mon dimanche à lire les ouvrages que j’avais empruntés. Ce matin-là aussi, le nuage m’avait livré sa lettre, avec un autre bout du puzzle. Mais même si j’arrivais à la fin de la phrase qu’il m’envoyait, cela ne m’expliquerait pas d’où elle venait. Alors je lus, je lus, je lus encore, à m’en faire mal aux yeux et à en inquiéter mon père qui ne m’avait jamais vu dans un tel état. Je lus des histoires de nuages, des histoires d’aviateurs, des histoires de rêveurs, des envolées lyriques de poètes romantiques, des courtes analyses de pensées symboliques… Je lus. Le matin, le midi, tard la nuit, je lus.
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Le lendemain, la fébrilité du déchiffrement s’était transfigurée. Je notai la lettre sans y penser, englobé, enrobé d’un tout nouvel émerveillement au plus profond de moi. Et d’un mal de crâne à tout casser.
Le cours de français fut un peu moins laborieux pour les méandres de mon cerveau embrumé, malgré la présence insolente du nuage à la fenêtre. Du harcèlement nuageux, voilà ce que c’était. Mais peu importe : j’étais en bonne voie, je commençais à comprendre. Il voulait peut-être raconter son histoire, à lui aussi ? Jamais, nulle part, dans ce que j’avais lu, je n’avais trouvé l’histoire d’un nuage écrivain.
Je pris soudain peur. Qui me disait qu’il ne parlait qu’ici ? Et si, chaque jour, je perdais des lettres, égarées dans la voûte céleste des quatre coins du monde ? Ce serait une histoire à trous, un jeu de pendu inachevé qui me tracasserait jusque dans mes vieux jours…
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* *
La nuit ne fut pas de tout repos. Je rêvai, comme c’était prévisible, de nuage. Je tombais dans le ciel, sur les ailes brumeuses d’un oiseau aux contours mal définis, lorsque je heurtais un nuage de plein fouet. Suffoquant, haletant, je me débattais dans l’épaisse mélasse blanche qui laissait un goût de yaourt dans ma bouche. Je me réveillai en sursaut, lorsque retentissait à mes oreilles le slogan d’une importante marque de produits laitiers.
La journée fut à l’image de mes aventures oniriques : troublée et inquiète. Je rassemblai péniblement les dernières pièces du schmilblick. Les nuages n’étaient pas fous – du moins pas plus que moi. Ils répondaient forcément à quelque chose. Que pouvaient-ils vouloir ? Je repensai aux paroles de la bibliothécaire. Ils réclamaient une place dans une histoire. Peut-être que si je la leur fournissais, ils cesseraient de me poursuivre ? Oui, peut-être bien que j’allais lui donner son texte, à mon petit interlocuteur brumeux. Il l’avait mérité. Une jolie histoire où il pourrait cacher son mot secret. Et moi aussi je ferais partie de ces gens qui parlent aux nuages. Pourquoi pas ? Je n’avais rien à perdre.
Je saisis une feuille et un stylo, et je me mis à gribouiller. Les phrases venaient plus facilement qu’en devoir sur table, comme si toutes mes lectures de l’avant-veille avaient formé un brouillard dense sous mon crâne, qui ne demandait que cela pour se mettre un peu en ordre. Je racontai, mon histoire, mon nuage, son message. Il se glissa entre mes lignes, au début de mes paragraphes, s’enroula autour de mon stylo pour établir son campement sur mon papier blanc. C’est du moins ce qui me sembla vers les trois heures du matin, quand les lettres commencèrent à danser devant mes yeux une samba endiablée.
Je m’endormis fébrilement.
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* *
En tous cas, le lendemain, je m’éveillai en paix. J’ouvris les volets pour découvrir la lettre du jour.
Ce fut une révélation.
J’eus soudain le sentiment d’avoir saisi, attrapé à pleines mains, non seulement des lambeaux nuageux mais aussi la clef immatérielle de l’énigme. Comme si la veille, en vidant sur la page le trop plein de mon cerveau, je n’y avais laissé que l’essentiel. Et l’essentiel était… ma stupidité.
Quel idiot : comme si un nuage allait réclamer une histoire ! Apparaître dans un conte terrestre était bien le dernier de ses soucis. Comment avais-je pu le croire si dépendant d’un bras humain ? Mais je ne regrettais pas l’amas de paragraphes biffés et rebiffés qui trônait sur ma table de chevet, espérant contre tout sens de la réalité qu’il serait un chef d’œuvre. Je lui lançai un vague sourire vaporeux. Après tout, peut-être que si j’allais en première L, je pourrais en tirer quelque chose…
La journée était claire, lumineuse comme un esprit libéré d’une obsession tourmentée. J’ajoutai l’ultime lettre aux huit autres, sur mon papier froissé, et pouffai. Il avait bien compris, le vieux Baudelaire. On pouvait affirmer ce qu’on voulait sur son Ailleurs poétique. On pouvait prétendre que les nuages se glissent dans les textes pour passer leurs messages. Mais ce n’est pas pour ça qu’ils fascinaient le brave Charles. Ça n’avait rien avoir.
Il m’en avait raconté des choses, mon nuage à moi. Le plus surprenant était que je l’avais compris. Au final, j’étais peut-être plus littéraire que je ne le croyais. Car lui m’avait parfaitement entendu me moquer, la semaine passée, en sortant de cours. Et il était tout à fait légitime qu’il me réponde.
Je dépliai le papier sur lequel j’avais reporté son message : « ANDOUILLE ». Je levai les yeux au ciel, ou au nuage, comme vous voudrez. Je ne l’avais pas volé.
Sacré Charlie.
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lol, bah si, ça finit sur un petite touche d'humour, c'est toujours bien!
sinon j'avoue que le coup de la brochette, mdr, trop fort, j'essayerai d'y penser " en fait à la lumière de ton regard, tu me prends pour une brochette"
(faut pas que j'aie un rire nerveux, une certaine prof le prendrait très très très mal, xD)
sinon le reproche ça serait la longueur, peut-être que vers la fin, ça se ralentit un peu trop (après le passage à la bibli, parce que ça j'aime bien)
et j'aime bien les derniers mots aussi^^
et.... voilà ^^
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Arf, ça ralentit trop... ? :mrgreen: Dans la première version, c'était trop rapide. ><
Non mais en fait, j'ai eu l'idée du texte, j'avais tout en tête, j'ai écrit jusqu'au passage du rêve, puis j'ai dû arrêter. Je l'ai repris longtemps après et... je me rappelais de l'idée, des derniers mots, mais au milieu... néant. Du coup j'ai beau me battre avec ce passage, c'est pas dans le ton du reste, ça rame (bon, le reste aussi, mais là ça rame encore plus)... bref. ><
En plus - et surtout - j'ai dû abandonner l'idée de départ qui sous-tendait le texte (jamais bon signe !), parce que j'arrive pas à me rappeler comment j'avais pu l'insérer à la fin.
Par ce qu'en fait, le message du nuage est contenu dans le texte : si on prend la première lettre de chaque paragraphe séparé par les astérisques, ça forme ANDOUILLE. C'est pour ça que le perso écrit un texte : à la base c'était censé être celui que le lecteur lit. Mais je devrais plutôt caser cette nouvelle dans les Revers de la plume, je crois.
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J'aime bien la bibliothécaire... ::)
Et j'étais pliée à la fin :D
Cette fois-ci je n'ai pas trouvé de longueurs particulières, mais c'est sûr que c'est moins abouti que d'autres de tes textes, c'est juste un truc à lire comme ça, quoi!
petit détail:
- Oh, beaucoup de choses, commença-t-elle d’une voix plus chaude. La plupart du temps, qu’ils nous racontent des histoires.
le "qu' " ne serait pas de trop?
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Grammaticalement, non :
- que disent les livres sur les nuages ?
- qu'ils nous racontent beaucoup de choses.
Mais c'est vrai que ça fait moche, et on doit comprendre sans le "qu"... Je l'enlèverai :)
Cette fois-ci je n'ai pas trouvé de longueurs particulières, mais c'est sûr que c'est moins abouti que d'autres de tes textes, c'est juste un truc à lire comme ça, quoi!
Oh, pour la plupart de mes textes, c'est ça :-[ C'est vrai aussi que c'était mon intention avec cette histoire (je voulais écrire un petit bout de bonne humeur, sans plus), mais je trouve quand même que c'est raté et sans trop d'intérêt :-[
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Par ce qu'en fait, le message du nuage est contenu dans le texte : si on prend la première lettre de chaque paragraphe séparé par les astérisques, ça forme ANDOUILLE. C'est pour ça que le perso écrit un texte : à la base c'était censé être celui que le lecteur lit.
C'est pour ça que tu as mis les premières lettres en gras ? :D Mais comme le texte est coupé en deux c'ets dur à repérer, je ne l'avais pas remarqué.
Sinon, j'aime bien le passage dans la bibliothèque et la fin est amusante. Par contre je trouve que pour une telle fin, le texte est un peu long, il me fait dire "tout ça pour ça ?" même si j'ai apprécié la lecture. C'est marrant, ça fait passer un bon moment, mais c'est loin d' être le texte que je préfère de toi ^^ En fait la chute est marrante mais tombe un peu à plat, je sais pas...
Mais sinon c'est quand même sympa à lire^^
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ah, j'avais pas remarqué non plus le système d'acronyme! :D je m'étais juste dit que c'était une façon comme une autre demieux marquer les changements de paragraphes.
Et je crois que le "tout ça pour ça" résume bien ce texte, en fait... Il est très sympa, mais un peu délayé et sans intérêt à part 2 ou 3 trucs (dont la chute n'est pas le moindre)
Mais voilà, ça se lit assez bien quand même. ^^
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Lu ! J'avais deviné la chute et vu les acronymes (mais je me suis à moitié spoilée en lisant le mot "andouille " quand j'ai évalué la longueur du texte xD). Je trouve qu'il se lit bien mais ce n'est en effet pas le meilleur de toi ^^ En fait je trouve que dans la première partie le narrateur est plus attachant (avec ses rêveries en cours etc, on s'y identifie) que dans la deuxième, mais je ne saurais pas dire pourquoi. Peut être qu'il ne se sent pas assez persécuté à mon goût, mdr, je l'aurais vu plus paranoïaque,avec cette histoire... mais c'est pas le ton du texte, donc.. Bref. Sympa quand même !
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Pas assez persécuté ? Sadique :mrgreen: lol. Non mais je l'aime plus du tout, ce texte. J'ai honte de l'avoir posté, lol. Enfin, merci d'avoir lu et commenté ! ;)
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Tiens, c'est vrai, j'avais oublié de lire la deuxième partie !
Mais faut pas avoir honte de ton texte Mil ! J'ai beaucoup aimé la chute même si j'ai pas pu m'empêcher de penser à Zedd et son rocher nuage. Comme d'autres, j'ai préféré le premier passage au deuxième, un peu longuet par moments, excepté pour le passage en bibliothèque qui était vraiment drôle. Pour le "qu'" ça me fait bizarre aussi, j'ai buté dessus à la lecture. Comme ça fait partie d'un dialogue, on peut peut-être se permettre de ne pas respecter la grammaire ? :mrgreen:
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- J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !
haha
une balance brisée oscillant dans le vent
c'est pas courant... une balançoire plutôt ?
Le retard étant une donnée intrinsèque à mon ADN
c'est drôle qu'il y ait les trois lettres des premiers nuages ^^
mais je soupçonnais Pikatchu
y a un T dans Pikachu ??
taux de mortalité par sous-nutrition en Ouganda.
vous savez que vous resterez marqué par la prépa quand vous pensez en lisant : "oh, triste, si ç'avait été la Sierra Leone j'aurais su répondre" :mrgreen:
de solides lunettes en demi-lunes
je crois que c'est "demi-lune". Mémoire des descriptions de Dumbledore.
le rayon Sciences Naturelles, côte 040
c'est la "cote", non ?
à part ça, la chute a fait flop dans la mesure où j'avais lu certains commentaires... ce ne fut pas l'épisode le plus malin de ma vie hahaha. Bref, j'ai bien aimé, + que Le Prince oublié ^^ c'est plus simple et plus crédible.
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Je confirme pour la cote sans accent, j'avions point vu!
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Bouh, honte à toi, Leia :P ! (et accessoirement, à moi... :mrgreen: )
Citation
une balance brisée oscillant dans le vent
c'est pas courant... une balançoire plutôt ?
Non pourquoi ? Une balance, à l'ancienne, comme dans les allégories de la justice, par exemple...
Citation
Le retard étant une donnée intrinsèque à mon ADN
c'est drôle qu'il y ait les trois lettres des premiers nuages
Ouais, j'avais pensé intégrer une piste de réflexion du narrateur sur la coïncidence (ou changer le mot des nuages pour uné quivalent ^ ^), mais ça ferait vraiment trop, déjà que c'est actuellement trop...
Citation
mais je soupçonnais Pikatchu
y a un T dans Pikachu ??
Chais pas, j'y ai joué qu'une ou deux fois sur la gameboy d'un copain, mais il voulait même pas me laisser faire les combats, alors c'était vraiment pas marrant. Et jamais vu la série. Si y a pas de t, je l'enlève ! Une confirmation de la part des accrocs de Pokémon ?
Bref, j'ai bien aimé, + que Le Prince oublié c'est plus simple et plus crédible.
Ouais ben la crédibilité, dans Le prince oublié ou, c'est pas franchement le but, lol. Mais je n'aime plus ni l'un ni l'autre de ces deux textes, je me demande même comment j'ai pu me dire à un moment que celui-ci était prêt à être posté... Bah, tant pis. C'est fait. Et merci d'avoir lu ! Je corrigerai les 2 fautes relevées (moi aussi les lunettes en demi-lune me rappelle systématiquement Dumbledore :-¬?)