Bon, il s’agit de trouver un sens à la vie. Parce que c’est pas si simple en fait.
Quand j’ai créé le vide intersidéral, c’était pour avoir de l’espace, une zone à moi. Donc y’avait rien de difficile. Du vide quoi. Quoique le vide, c’est une idée dont je suis fier. Le rien. L’absence de chose. D’où je viens, et je vous dirai pas à quoi ça ressemble, il n’y a pas de vide, comme il n’y a pas de plein. On nage dans… laissez tomber, je vous ai pas donné les mots pour ça.
Puis j’ai créé la matière. La encore, c’était de l’échauffement. Des petits trucs qui interagissent ensemble pour faire du quelque chose. Du quelque chose et du rien, c’était pas mal. Y’avait comme une espèce d’harmonie, de logique. Je savais pas où ça allait me mener.
Ensuite, j’ai créé l’organisation. Parce qu’au début, c’était un joyeux bordel, et ça ressemblait bien à quelque chose, un bordel c’est quelque chose, mais c’était quand même un peu brouillon. Ca c’est mit en place petit à petit. Des nuages de gaz et de feu. Et des agglomérats de plus en plus solides. Des planètes, tout ça.
Après, ça c’est corsé. Je me suis dit, on va animer tout ça. Et du coup j’ai créé un espèce de puzzle géant. Il s’agissait de combiner la matière pour la rendre autonome, parce que j’en avait un peu marre de tout gérer, il fallait que ça soit automatique. Bin oui, après la photo fixe, on invente le cinéma mobile. Un truc qui bouge tout seul comme un grand, quoi.
Et puis j’ai observé. Parce que j’étais fatigué, et un peu feignant. J’ai regardé ce petit bordel s’organiser, quoiqu’il soit resté un peu bordélique. Les petits trucs autonomes ont grandi, de plus en plus. Certains même m’ont envisagé. J’en étais fier, de ça aussi, parce que ça voulait dire qu’il y avait une justice dans tout ça. Mais ils semblaient pas vraiment convaincus. Pour vous dire, les plus convaincus espéraient simplement une récompense pour avoir cru en moi. En mon nom, ils ont fait des choses complètement débiles. Pas tous, bien sûr, mais dans l’ensemble ils m’ont pas encore compris, et ça je le regrette, même si je les comprends. Eux même le disent : dans leur petite boite, comment pourraient-ils comprendre mes voies ?
Donc il s’agit de trouver un sens à la vie.
Au début, je me disais que ce serait rectiligne. Une sorte de progrès perpétuel. Et puis ça m’a soulé. Je me suis convaincu que c’était mieux si c’était bordélique, parce que j’aime bien l’idée du bordel, en fin de compte.
Puis je me suis dit, il faudrait un terme pour ce sens de la vie. J’avais pensé à « principe entropique de la dynamique de la création associée à son mouvement perpétuel, aléatoire autant que maitrisé, par constante réfléchie ou automatique, et dans l’internalisation méritoire de l’individu autant que du tout, dépendamment de l’autonomie effective du système électro symbiotique des effets et des causes, orientée objet sans contrainte primaire, mais avec buts et objectifs inconscients ». Autant dire que souffler ça à ces petites bestioles innocentes, c’était pas de la tarte. D’autant que déjà que je me comprenais qu’à moitié dans leur propre langage, alors eux ne risquaient pas de biter quoi que ce soit.
Donc il fallait une image. Ou la représentation d’absence d’image. Mais là, pareil, je me suis dit que ça suffirait pas.
Alors j’ai posé des règles. La première, c’était « la vie doit vivre ». Ca parait con, comme ça, mais c’était pas si dénué d’intérêt pour ceux du fond qui avaient rien compris. La deuxième, c’était « La vie doit comprendre la vie ». Et là j’avoue que j’en ai perdu pas mal. Restaient quelques profiteurs et quelques allumés, mais le gros de la masse survolait très haut là au dessus.
Donc j’ai abandonné. Pour l’instant. On verra comment ça mijotera.