Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: MZK le 23 Mars 2016 à 19:44:10
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C'est un peu grâce aux attentats et à l'urgence du traitement médiatique que les caméras journalistiques ne sont plus focalisées sur ces insupportables photos d'enfants baudruches gonflés à l'hélium de notre capitalisme, prêts à bouffer de la terre pour remplir leur néant stomacaux. Le réchauffement climatique ne fait pas le poids face au big bang fanatique, l'ours polaire peut bien crever sur son bout de glaçon, l'ozone en remettre une couche avec son trou béant, les abeilles butiner dans le vide, dieu est si puissant !! Les barbus de l'extrême me font penser à des punks anarchistes passés au vitriol. La même fascination stérile pour la destruction, la même incapacité à proposer quoi que ce soit de sensé pour remodeler et faire surgir des ruines un espoir, un échafaudage plus stable que la ritournelle du dieu très grand, répétée à l'infinie comme pour se convaincre parceque l'on est pas sûr...
Même la très puissante société de consommation se chie dessus face aux attentats. À part Metallica qui n'a peur de rien et surtout pas du ridicule, personne n'a vraiment tenté de faire du business sur les explosions. On imagine mal Ravensburger sortir un jeu " Allakba " où le but serait de tuer un maximum d'innocents ou Mattel une poupée à l'effigie de la vierge promise au paradis. Les rares initiatives morbides ne sont pas allées bien loin. Quelques tee-shirts rapidement achetés par des touristes chinois, un mois un peu moins sombre pour le marché du porte clé-tour Eiffel et basta...
Bientôt on reléguera ces tristes événements au rang de faits divers tant leur fréquence les rendra banals... Et les petits somaliens se remettront à mourir de faim...
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Hehe.
J'aime bien tes coups de gueules morbides comme celui ci.
Je sais pas si quelqu'un osera en débattre, mais je crois pas que ce soit ton but. T'as juste envie de dire ce que tu penses, quitte a ce que ca choque voire déplaise.
Bon pour l'instant je manifeste surtout mon admiration pour ta demarche dangereuse mais o combien révélatrice de ce que les gens ne veulent pas voir.
Cet esprit qui est le tien, regardant avec un recul certain ce qui se passe dans le monde me touche beaucoup. Pendant un moment j'espérais que tout le monde puisse parvenir a cette disposition ; aujourd'hui je ne me suis pas résigné, mais je reconnais le caractère exceptionnel de ce genre de personne auquel tu appartiens. Et je l'encourage a s'exprimer, a faire valoir ses reflexions en marge, pour alimenter non seulement l'éclectisme de la pensee, mais également et paradoxalement, l'unité idéale que tu tentes de faire passer.
Apres je te suggèrerais d'organiser un peu ton discours, qui me paraît légèrement décousu. Je le trouve maitrisé dans ses intentions, que je comprends par ma propension a me montrer un peu déstructuré, mais moins dans ses moyens, qui m'apparaissent un peu trop spontanés, perdant par la, et cest toute ton ambivalence qui s'affiche, un recul qu'on aimerait voir distingué de ton simple coup de gueule.
Voila.
A+
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Bonjour MZK, je pense que tu voudras répondre à Dot Quote, mais je ne peux m'empêcher de réagir. Tu m'obliges à prendre position sur un sujet très grave, j'imagine que je n'allais de toute façon pas y échapper. Pour ma part, je connais très bien ton aversion pour la société de consommation dans ce qu'elle a de dégénérescence et de violence. Je comprends donc très bien le propos de ton texte.
Je vois aussi la rupture qui s'est effectuée dans ton travail de réflexion, la question qui s'est posée. Il est essentiel que tu puisses prendre position dans tous ces chamboulements majeurs en tant qu'écrivain.
En revanche, je ne peux m'empêcher de te renseigner sur quelque chose de grave, un secret que certains cherchent encore à garder et qui pourtant doit être parlé en public : ces attentats ont des conséquences très, très graves sur notre modèle et sur sa capacité à faire face (pour de vrai). Du coup, même si certains seraient contents de voir notre modèle s'effondrer (les profiteurs), beaucoup de monde y perdrait beaucoup. Ce que tu vois encore aujourd'hui, tout peut tomber en ruine d'un moment à l'autre, nous perdrions tous nos droits. C'est ta liberté d'écrire elle-même qui est en danger grave. Il n'y a pour le moment pas d'issue, nous vivons là des heures graves qui appellent tout un lot de responsabilités pour chacun. Le coup des petits somaliens affamés, c'est ce qu'on pourrait appeler de l'empathie ; alors que là, contrairement à ce que quelques uns disent, le coup des attentats, ça nous concerne directement. Toi et moi, MZK, nous sommes la cible d'une haine surpuissante. On ne pourra pas arrêter la machine infernale si facilement, nous devons faire de très gros efforts ; et ce sera aussi l'occasion de proposer un nouveau modèle (dans le meilleur des cas). Ce serait difficile pour moi de t'expliquer en quoi ces meurtres de masse ont des conséquences phénoménales sur l'ensemble de notre existence (en tant qu'Européens), mais je peux t'affirmer qu'il y a une différence fondamentale entre l'empathie d'une époque, qui prétendait véhiculer la générosité, et la peur qui règne aujourd'hui, qui a d'énormes conséquences sur la réalité.
Notre capacité à nous adapter est engagée, notre capacité à nous protéger contre la peur et la haine (d'un point de vue moral), cette capacité à nous protéger nous-mêmes compte énormément.
Ce que je peux te dire, c'est que je suis moi-même engagé dans ce combat, et que le plus important à mes yeux, c'est que ta liberté d'écrire et de t'exprimer soit préservée. Sais-tu que la Seconde Guerre mondiale, ça ne date pas d'il y a très longtemps ? Ceux qui t'ont dit que "c'était du passé" ont menti, le risque est encore total. La société de consommation elle-même pourrait disparaître, au profit d'autre chose (d'un modèle religieux, par exemple, comme les djihadistes qui interdisent la publicité dans les villes qu'ils contrôlent). Rien n'est immortel, et aujourd'hui notre modèle est mort ; il nous en faudra un nouveau. Des livres brûlés, certains ont dit que c'était moins grave que des vies humaines, alors que c'est en fait tout aussi grave dans le sens où l'on efface la contribution de vies entières à la construction de notre identité. Non, il n'y a pas de mise en scène : toute notre vie est en danger, toutes nos libertés. Par exemple, moi, je préfèrerais être assassiné que de voir mon œuvre effacée, car si je voyais mon œuvre effacée, ce serait pire que de me voir disparaître. Les djihadistes ont trouvé un moyen efficace de casser notre modèle, un talon d'Achille, aucun doute. Ainsi, les djihadistes projettent de brûler une partie de notre identité, ce n'est en rien une question de famine ou de banals événements. Il n'y aura pas de miracle qui rétablit l'équilibre, le danger est immense. Crois-moi, l'histoire saura s'en souvenir.
Sache que la ville de Mogadiscio en Somalie est fréquemment touchée par des attentats, il faut donc peut-être voir les choses sous un autre angle.
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Alan, derriere lhumour noir de mzk se cache, je suppose, non pas une derision de la gravite de la situation, mais bel et bien l'exaspération face a ces événements, qui nest pas si loin de la crainte de ses contemporains.
Mais tu fais bien de nous rappeler, a ta maniere tout aussi sombre, les tenants et aboutissants de ces actes.
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Bien sûr, merci pour ton message. On est tous très émus.