Salut tout le monde, voici une petite nouvelle que j'ai écris à l'occasion d'un concours et donc, j'aimerais savoir ce que vous en pensez ;) Merci d'avance pour vos commentaires!
Jamais je n’aurais imaginé, ne serait-ce qu’une infime seconde, me trouver là, assise à cette table, avec pour seule compagnie une feuille blanche, sur laquelle reposait un stylo rouge. Très joli stylo, au passage. A première vue, il était à l’encre liquide. Pas génial pour écrire, mais bon. Je n’avais pas tellement le choix. La page était vierge de toute inscription, pure. Elle conservait son intimité. Pas pour très longtemps, hélas.
Je respirai profondément et détachai mes yeux de la table, pour promener mon regard, une ultime fois, sur la pièce austère et obscure où je me trouvais. Constituée uniquement de la table et la chaise sur laquelle j’étais assise, elle arborait fièrement un blanc laiteux qui donnait presque envie de vomir, et ne possédait aucune fenêtre. Le seul contact avec le monde extérieur résidait en une vitre sans tain qui occupait le mur du fond. Evidemment, j’étais du mauvais côté. La porte, à ma droite, était verrouillée. Elle était toujours verrouillée. Une vieille ampoule usée grésillait au plafond. Grrii, grrii. Dieu que c’était oppressant. Ce bruit sinistre me faisait frissonner. Il faisait frissonner toutes les personnes comme moi, ou presque. C’était certainement souhaité. Que l’angoisse, la panique s’infiltre dans chaque pore de la peau de tous les individus qui avaient étés forcé de s’asseoir sur ce siège avant moi. Que ce souvenir hante à jamais leurs visages troublés et fantomatiques. Je ne ferais pas exception à ce dur règlement.
- Laissez-moi sortir ! criai-je d’une voix rauque en fixant obstinément le mur du fond.
Une voix effacée et macabre transperça la vitre :
- Vous sortirez quand vous aurez fait ce qu’on vous ordonne.
Mes yeux se posèrent sur la feuille. Je repoussai le stylo du bout des doigts, comme si le moindre contact avec l’objet pouvait me brûler vive. C’était peut-être le cas, d’ailleurs. Après tout, j’étais en Enfer. Il était exclu de s’en servir. Non ! Je ne me servirai pas du stylo, je n’écrirai rien de e qu’ils voulaient me voir écrire, pas un seule mot, une seule lettre ! Ces lignes seraient bien trop lourdes de conséquences, elles allaient détruire ma vie, assurément ! Je ne pouvais pas laisser cela se produire.
- On n’a pas toute la journée ! grommela une voix exaspérée.
Je souris discrètement. Moi, j’avais tout mon temps. La feuille resterait pure.
On déverrouilla la porte. Je me raidis. Un homme d’une quarantaine d’années, aux cheveux gras et au ventre proéminent, pénétra à l’intérieur. Sans réfléchir, et alors qu’il allait refermer la porte, je saisis ma chance et m’élançai d’un mouvement fluide par l’interstice, récoltant en passant le hoquet stupéfait de l’homme. Je n’allai pas bien loin. Une dizaine de revolvers se braquèrent dans ma direction, dans un silence de mort. Je soupirai. Que j’étais stupide ! J’étais dans leur quartier général, c’était à prévoir qu’ils seraient lourdement armés ! Je n’avais pas tellement pris le temps de réfléchir, j’avais agi sur le moment, dans le feu de l’action. Cette fois, j’étais vraiment fichue.
On me ramena dans la pièce. Je ne me débattis pas, c’était inutile. On me poussa violemment sur la chaise, puis l’homme à qui j’avais tenté de fausser compagnie me saisit rudement les poignets et les attacha avec des menottes à la chaîne assez longue dont il lia le bout à la table.
- Pour que vous puissiez écrire, me balança-t-il avant de quitter la salle.
Et me revoilà seule. Super. Je triturai pensivement la chaîne, produisant quelques cliquetis effarouchés. Le silence, entrecoupé des brefs sanglots de l’ampoule infernale, était bien trop sombre, et effrayant. Les sons que je produisais suffisaient à peine à entacher cette lourde chape de noirceur qui entourait la pièce. Mon souffle s’accéléra. Si je restais plus longtemps, j’allais vraiment péter les plombs. Pourtant, la seule issue que je voyais se profiler devant mes yeux exténués, c’était la feuille, le stylo. Ecrire ce qu’ils voulaient que j’écrive. Ecrire ce qui allait briser ma vie.
Mon esprit renâcla face à cette pensée. Hors de question ! Ils n’allaient quand même pas me garder ici éternellement, si ?
Je croisai les bras, de peur que mes mains échappent à mon contrôle, se saisissent de l’arme à l’encre rouge et ne la posent résolument sur le papier avant de la faire danser au rythme du miroitement liquide des lettres de feu.
Je ne devais pas y songer. Ils finiraient bien par me faire sortir. Mais pour aller où ? Ils n’allaient certainement pas me libérer, loin de là. Et puis, ils m’avaient prévenu. Ils avaient de quoi me faire tomber, même si je n’écrivais pas. Sinon, ils n’auraient pas pris le risque de m’amener ici. Ils le savaient, je n’aurais rien dit, sous aucun prétexte. J’étais forte, plus forte que ça. Et ils le savaient. Cela aurait été plus qu’inconscient d’exécuter ce plan. Ils avaient donc, sûrement, l’assurance dont ils m’avaient parlé, au cas où je refuse de coopérer. Alors…coopérer, c’était sans doute ma meilleure chance d’alléger un peu ce qui allait inévitablement s’en suivre. Hésitante, ma main s’avança lentement vers la bombe qui allait me faire exploser.
Une minute ! Et si c’était un piège ? Si, avec leur esprit tordu, ils savaient que j’aurai parlé sous la menace de documents plus que compromettants, ils auraient pu inventer ces papiers. Un joli coup de poker, non ?
Mais c’était tout de même risqué, comme bluff. J’étais de plus en plus incertaine. Avaient-ils, ou non, quelque chose contre moi ?
Le silence se fit plus lourd, comme s’il écoutait mes pensées. Je frissonnai une nouvelle fois. Je devais sortir d’ici. Mais aucune autre échappatoire ne me tendait ses bras salvateurs et réconfortants. J’étais seule. Désespérément seule. Livrée à moi-même dans cet endroit impitoyable.
Je n’en pouvais plus. Vraiment. Alors, dans un excès de faiblesse – ou de force, je ne sais – je fis ce qu’on me demandait de faire, ce pour quoi j’étais là. D’une main tremblante, je saisis timidement le stylo, qui, telle la langue ardente de Cerbère, me fis l’impression d’une brûlure. Je luttai pour ne pas le jeter sur le sol. Allez ! Je devais le faire !
Avant qu’il ne soit trop tard, j’apposai la mine sur la feuille, et écrit. La Vérité. Juste…la Vérité. L’encre rouge bava. On aurait dit du sang.
« Je m’appelle Irène Adelaski, j’ai 32 ans et je reconnais être coupable du crime duquel on m’accuse. Le 3 mars 2011, j’avoue m’être servi de la clé que je possédais pour pénétrer dans la maison de mon frère, Josh Adelaski, et de son fils unique, Damon Adelaski, pendant qu’ils dormaient. Je reconnais les avoir étranglé et ainsi avoir mis fin à leurs jours, puis être partie, afin de demeurer seule héritière des biens de notre mère décédée deux mois plu tôt.
Ici et maintenant, j’avoue être pleinement et entièrement coupable de ce double-homicide, avec préméditation, duquel on m’accuse.
Irène Adelaski, le 31 mars 2014, à 13h00, au commissariat de Nice »[/i]
Je lâchai brusquement le stylo qui alla s’échouer à terre d’un son mat. Je repoussai la feuille, comme pour nier entièrement ce qui venait de se passer. Ce que je venais de faire.
La porte s’ouvrit dans un bruit mortifère. L’homme ramassa la feuille, la lut, puis fit signe d’un air satisfait à deux autres hommes qui s’approchèrent. Leurs insignes luisaient dangereusement.
- Parfait ! s’écria l’homme, on a enfin de quoi vous inculper pour un bon moment !