COMME UN SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ
Je ferme les yeux et, comme un songe d’une nuit d’été, elle apparaît.
Au milieu des chrysanthèmes, dans les vapeurs immaculées du matin, les premiers rayons du soleil éclairent timidement son visage pâle, son visage d’enfant.
J’aime passer mes doigts dans sa chevelure flamboyante
J’aime la sentir, la toucher, la voir, la boire
J’aime la sensation de sa peau satinée contre la mienne
J’aime sa façon de se blottir contre mon flanc
J’aime son innocence
J’aime son rire.
C’est un rire dont je pourrais me nourrir, m’abreuver, un rire qui me ferait souffrir, qui me ferait mourir, mais d’une mort encore plus belle que la vie.
J’aime respirer son odeur, son parfum, j’aime le respirer et m’en emplir les poumons jusqu’à épuisement puis recommencer.
Son odeur sonne comme la lyre. C’est une odeur pleine d’allégresse aux notes sucrées. Le type d’odeur sur lesquelles les petites filles s’arrêtent chez le pâtissier.
Au milieu des draps de flanelle, à l’heure à laquelle on quitte les bras de Morphée, l’heure à laquelle tous les rêveurs espèrent continuer à rêver éveillés, l’heure à laquelle le monde onirique empiète encore sur la réalité,
elle s’éveille.
Nos doigts se mêlent, se caressent, s’entremêlent, dansent avec une harmonie passionnelle et une passion charnelle.
Mon corps, mon enveloppe corporelle n’est plus qu’à elle.
« Non, n’écris pas, ne cries pas,
N’écris pas le mot « amour », je n’en veux pas, il est trop réel, trop concret, j’ai l’impression que je peux le palper, l’utiliser, le jeter, parce qu’il me hait, parce qu’il me meurtrit, parce que l’amour est mortel.
Non, ne l’écris pas et cries à la place le mot « rêver » parce que c’est ce que tu es, avec toi je ne vis pas, je rêve, parce que tu es irréelle et que le rêve est éternel. »
Elle le dit, elle le crie, elle le hurle et elle me brûle. La flamme qui l’allume découpe mon corps en lambeaux comme si j’étais son flambeau.
J’aime sa respiration saccadée, j’aime voir son front ruisselant de passion et sa peau briller.
J’aime effleurer ses lèvres humides
J’aime son pouls rapide et son air essoufflé de nouveau né
J’aime l’entendre reprendre son souffle dans un crissement et m’envoler.
J’aime quand elle s’empare de ma mémoire et qu’elle la rend plus belle. Plus belle encore que la vie, plus belle que la mort, plus belle qu’elle.
Un voile blanc se dépose sur ce souvenir et le transforme en billet
En billet, ou plutôt, en ticket
Un aller sans retour
Qui tombe dans mes limbes mémorielles.
J’ouvre les yeux et, comme un songe d’une nuit d’été, elle s’est évanouie.