V2 postée ! Sauf que j'avais écris une première V2, mais qui ne me plaisait toujours pas, donc je viens de tout réécrire pour passer à la première personne au présent. C'est donc très possible que plein de méchantes fautes se soient ajoutées.
Le texte n'est toujours pas fini. En fait y'a pas grand chose de plus que la V1, à la différence du changement de personne/temps, et que la 2eme partie avec Céline et Philippe a été complètement ou presque réécrite.
Faut que je termine ce soir ou demain, quoi, mais si d'ici là certains ont des commentaires généraux à faire... :mrgreen:
post originel avec V1 :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
V2 (sans titre toujours... )
« Vous avez bien tous laissé vos téléphones chez vous ?
— Ouais, t'en fais pas, on ne pourra pas nous repérer avec les gps. Arrête de nous prendre pour des cons.
— Personne n'est à l'abri d'un oubli.
— C'est bon, Mara, on a tous fait attention. Elle devrait arriver bientôt.
— Ce serait le coup qu'aujourd'hui justement elle soit en retard…
— Tais-toi, c'est bon, elle est là ! On y va ! »
D'un même élan, on dévale la pente pour rejoindre la route. Les hautes herbes fouettent mes jambes, ma vision n'est pas très large à cause de la cagoule qui me recouvre la tête, mais j'arrive à voir la camionnette jaune qui s'avance sur la chaussée.
A côté de moi, Benoît accélère et se met en plein milieu de la route, en plein sur la trajectoire du véhicule ; il ahane, à bout de souffle. Alors que la camionnette arrive à une dizaine de mètres, elle commence à ralentir ; klaxonne. Comme il ne bouge pas, elle allume son clignotant pour l'éviter. Je me dépêche de me positionner à sa droite, Léa se met du côté gauche, Frédéric juste derrière : indécise, elle avance de quelques centimètres, tente de reculer, de passer par le côté, mais on l'entoure de trop près pour qu'elle puisse s'échapper et elle ne peut pas mettre un humain en danger. Elle klaxonne, fait des appels de phares.
« Oh, t'attends quoi ? Dépêche-toi ! s'énerve Benoît alors que Paul traîne encore dans les hautes herbes du bas-côté.
— Ca va, y'a pas d'urgence, qu'il grommelle. Le temps qu'ils s'aperçoivent d'un problème puis qu'ils envoient quelqu'un, on sera loin. »
N'empêche qu'on ferait mieux de pas traîner. Paul sort son canif et s'approche, il s'accroupit à côté d'un pneu et le perce, d'un geste brusque, méthodique. Puis il fait le tour de la camionnette et fait pareil avec les trois autres.
« Voilà, elle bougera plus avant un moment.
— C'est quand même un peu pitoyable… se moque Benoît.
— Faut être heureux qu'ils n'aient pas encore intégré des systèmes de défense, on fera moins les malins alors.
— On rentre, allez, même dans ce trou perdu il y a quelques voitures qui circulent. Venez ! »
Je jette un dernier regard à la camionnette, affaissée sur la voie goudronnée, et je suis les quatre autres à grandes enjambées.
*
Le lendemain, je traîne au lit, sans motivation. Lorsque l'heure du déjeuner arrive, j'ouvre mon frigo pour m'apercevoir qu'il est presque vide. J'ai oublié de faire les courses, il me reste un fond de pesto, alors que je fais des pâtes pour aller avec. Comme souvent ces derniers jours ; je ne sais pas quand je serai à nouveau payée, donc je fais des économies.
Mon assiette sur les genoux, j'allume la télé.
« … de nouveaux incidents un peu partout. Les manifestants... »
Des voitures brûlées à l'écran. Des tags sur les murs, Rendez-nous nos jobs !. J’éteins.
Ça n'arrête pas depuis quelques semaines. Ces derniers mois, au fur et à mesure que les routiers, les taxis… ont été remplacés par des véhicules automatiques, la colère, sourde, muette, de ceux qui perdaient leur travail a explosé. Le gouvernement reste sourd. Sans doute une histoire de gros sous.
Désœuvrée, je regarde sur internet les offres de travail. Il est toujours possible de trouver quelques tâches, rémunérées une somme dérisoire. Mais avec les demandes qui n'arrêtent pas d'augmenter, même les tâches ennuyantes au possible sont plus difficiles à obtenir. Il n'y en a pas assez pour tout le monde.
Finalement, en fin d'après midi, je sors mon vélo. Je rejoins les autres dans un bosquet de bouleaux, en pleine campagne, où on cache nos bicyclettes. Méthodiquement, on enfile les vêtements amples et les cagoules qu'on a apportés dans nos sacs, histoire qu'on ne nous reconnaisse pas sur les vidéos prises par les voitures automatiques. Un peu plus loin, on se cache dans les fourrés en bordure de la route.
On attend cette fois peu de temps avant que la camionnette-facteur n'arrive sur la voie.
Benoît devant, Léa et moi sur les côtés, Frédéric derrière, Paul qui perce les pneus…
« Bientôt on fera ça les yeux fermés, plaisante Benoît. Allez, on se casse ! »
Les autres se détournent, mais je reste indécise quelques secondes.
« Mara ? Qu'est-ce qu'il y a ?
— J'y ai réfléchis cette nuit, et c'est quand même pas génial. Ok, on ne les fait pas brûler, c'est déjà mieux… Mais certains colis peuvent être importants. Empêcher la livraison ne me paraît pas la meilleure idée pour mettre de notre côté un maximum de monde.
— Tu proposes quoi ? Quand on demande gentiment, ça n'a aucun effet…
— On a des vélos, on peut livrer les colis nous-mêmes, je propose.
— Si on fait ça, on va se faire cramer direct, j'ai pas envie de me retrouver en prison…
— On peut garder nos cagoules. Et en profiter pour nous expliquer en laissant un mot.
— C'est pas bête.
— OK pour moi.
— Si vous voulez… Il va d'abord falloir cacher les colis un peu plus loin, si jamais quelqu'un passe.
— D'accord. J'ai quelques feuilles sur moi, en écrivant petit on devrait réussir à expliquer notre démarche. »
*
Même à cinq, on doit effectuer plusieurs voyages pour apporter les colis à leurs destinataires, qui n'habitent pas forcément tout près. Quand je reviens à la camionnette, la lumière commence à baisser. Il fait toujours chaud, mais la température commence à être plus agréable.
Avec soulagement, je vois qu'il ne reste plus qu'un gros paquet. Je l'accroche au panier de ma bicyclette ; je suis sur le point de repartir quand Frédéric arrive.
« Vérifie qu'on n'a rien oublié, mais je crois que c'est bon, je lui dis. Tu peux rester le temps que les autres reviennent, pour leur dire de rentrer chez eux ?
— Ça marche. Bon courage pour la dernière livraison.
— Merci. Repos demain ; on remettra sans doute ça dans deux jours. »
Il acquiesce, et j'appuie sur les pédales pour repartir.
Le vélo tressaute, inconfortable. Je n'ose pas passer par les grandes chaussées goudronnées, j'ai peur que des dépanneurs y circulent, je préfère donc les petites routes pleines de trous et de cailloux. Dans le ciel, les nuages s'amoncellent en gros tas gris ; quelques grosses gouttes commencent à tomber. Je tente de protéger le paquet en l'entourant de mon gilet, mais je ne sais pas si c'est très efficace. Quand j'arrive devant l'allée de terre qui mène à la bâtisse, je commence à être trempée. J'allume ma lampe, mais je dois me rendre à l'évidence : il n'y a rien pour protéger le colis de la pluie dans l'allée, il faut que je m'approche de la maison.
Vu la taille du terrain, j'aurais pensé que l'habitation serait plus grande. Je ne distingue que des silhouettes, mais l'ensemble à l'air bien entretenu. De la lumière filtre sous les volets fermés.
Je pose mon vélo contre un arbre et je m'approche du porche, en essayant de ne pas faire de bruit. J'y pose le paquet, à l'abri de la pluie… un gros chien aboie.
Tétanisée, je reste immobile quelques secondes, puis je recule, lentement, puis plus vite, je me retourne pour rejoindre mon vélo, ce ne sont que quelques aboiements, ça doit être fréquent, un chien ça aboie n'importe quand, ce n'est pas pour ça que…
J'entends la porte s'ouvrir, et une voix curieuse me demande :
« Oui, bonsoir ? Que se passe-t-il ? »
Forcément, ça doit tomber sur moi. Indécise, je pense un instant m'enfuir ; il suffit que je rejoigne mon vélo, que je l'enfourche puis pédale à vive allure pour m'en aller… mais je paraitrais alors encore plus suspecte, en faute, et je commence à en avoir assez qu'on m'accuse de tout et de rien. J'ai ma fierté.
Je redresse donc les épaules, enlève ma cagoule – mes cheveux courts doivent partir dans tous les sens – et je me retourne.
« Bonsoir. Je vous ai amené votre colis, je lui explique.
— Mon colis, vraiment ? »
La femme me regarde de la tête aux pieds, trempée, plaine de gadoue, je ne dois pas avoir fière allure. Elle a l'air à l'aise, elle a de longs cheveux attachés négligemment dans le dos, un tee-shirt et un pantalon large, un peu abîmés mais qui ont l'air confortables. Un châle sur les épaules, qui a l'air tout doux.
Je pointe à ses pieds le paquet, de manière insistante, puis répète :
« Votre colis. Il y a votre adresse, dessus, à moins que je me sois trompée ?
— Non, non, c'est bien ici. Je suis juste étonnée de te voir, le facteur habituel arrive plus tôt, et sonne pour nous donner les gros paquets… d'autant que cette foi-ci, on n'a pas eu le choix, la livraison devait se faire par voiture automatique. Il y a eu un changement ?
— Euh… Oui, c'est ça. Aucune voiture n'était disponible, donc je suis venue à la place. Et voila votre colis ! »
La femme fronce les sourcils, sans avoir l'air convaincue, puis hausse les épaules.
« Tu as l'air trempée. Ils ne devraient pas vous obliger à travailler par tous les temps, on n'était pas pressé… si tu veux bien entrer, je peux te faire une tisane, de toute façon je préfère vérifier ce qu'on nous a livré, la dernière fois il manquait une pièce. Viens, entre, ne reste pas dehors comme ça. »
Un peu gênée, je veux refuser, mais elle insiste et je la suis finalement à l'intérieur.
Aussitôt entrée, un énorme chien blanc m'assaille en agitait sa queue à vive allure. Je retire mes baskets et mes chaussettes, trempées elles aussi, la femme me donne des chaussons que j'enfile avec soulagement. Je l'accompagne jusqu'au salon, en poussant le chien quand il se montre trop insistant dans ses demandes de caresses.
« Il s'appelle Mozart, dit la femme en le désignant. Je suis Céline, et voici Philippe, mon compagnon. Ça te va une verveine, ou tu préfères autre chose ?
— C'est très bien, ne vous en faites pas. Je ne veux pas vous ennuyer.
— Tu ne déranges pas. Attends là quelques secondes, je reviens. »
Elle sort du salon et je pose le colis sur une table basse toute en bois. L'homme – Philippe – me dévisage, curieux, et je ne sais pas où me poser. Je profite du chien qui me pousse du museau pour reporter mon attention sur l'animal et le gratter derrière les oreilles.
Finalement, Céline revient avec une théière et trois tasses sur un petit plateau. On s'installe autour de la table basse, je m'assoie sur un bout de tronc coupé qui fait office de tabouret.
« Alors ? Comment tu t'appelles ?
— Mara. Dîtes, c'est vraiment très gentil de m'inviter, mais vous ne vouliez pas vérifier votre colis ?
— Oui, oui, je vais le faire. Il n'y a rien d'urgent. A moins que tu sois pressée ?
— C'est bon, c'était ma dernière livraison, j'admets.
— Tu as faim, peut-être ? J'ai des biscuits…
— Il est presque l'heure de dîner, interrompt Philippe avec un sourire en coin. Ca ne me paraît pas très indiqué de prendre un en-cas.
— Ah, oui, désolée. C'est vrai qu'il est déjà tard… C'est ton vélo que j'ai vu dehors, non ? Tu es venue comme ça ?
— Oui, je suis venue en vélo, je confirme, un peu dépassée.
— A cette heure-là ? Tu ne vas quand même pas ressortir alors qu'il pleut et qu'il fait noir… Tu peux dîner ici, si tu veux, et dormir sur le canapé. »
Ne sachant quoi répondre, je me tourne vers Philippe, je lui demande de l'aide du regard, mais il ne fait que hausser les épaules.
« On a l'habitude d'héberger des gens, il explique. Si tu n'as pas besoin de rentrer chez toi ce soir, je ne vois pas pourquoi tu devrais te presser. Ça nous fait de la compagnie.
— Si ça ne vous dérange vraiment pas…
— C'est nous qui l'avons proposé. Non, cela ne nous dérange pas. »
*
Le lendemain matin, je suis réveillée par des bruits de cuisine. J'y rejoins mes deux hôtes, en plein petit-déjeuner. La fenêtre grande ouverte laisse entrer l'air encore frai du matin ; le ciel bleu est vierge de tout nuage. Je pourrais prendre un café rapide, puis rentrer aussitôt… mais Céline me fait goûter une merveilleuse confiture fraise-rhubarbe et je succombe à l'envie. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas pris un vrai petit-déjeuner, la table est trop appétissante pour que je me dépêche.
Céline et Philippe m'expliquent qu'ils font eux-mêmes la confiture, que les fruits viennent de chez eux. Devant leur insistance, une fois le ventre bien rempli, je sors avec Philippe pour qu'il me montre leur jardin.
Dehors, l'herbe est encore un peu mouillée à l'ombre, mais elle ne va pas tarder à sécher car le soleil tape déjà. Philippe me montre avec fierté le magnifique figuier devant l'entrée ; la vieille, j'ai posé mon vélo contre l'arbre sans apercevoir les nombreux fruits qui alourdissent ses branches. On se dirige vers l'arrière de la maison en grignotant chacun une petite figue bien mûre.
J'ai d'abord l'impression qu'il s'agit d'un jardin sauvage, ou pas très bien entretenu, bien loin des jardins à la française aux lignes strictes. Pourtant, les plantes sont en bon état, et je distingue au bout d'un moment une certaine cohérence. Un grand potager se trouve au centre, j'y discerne des salades, des plantes aromatiques ; des tomates de plusieurs couleurs. Beaucoup d'autres que je n'arrive pas à reconnaître d'après leurs feuilles. Des arbres fruitiers dispersées. Quelques oies et canards se baladent entre les plantations.
Philippe m'amène au centre du potager, où plusieurs bancs entourent un cercle de graviers. Les vignes agrippées aux treillis nous font de l'ombre. Il s'assoie, me regarde, pensif.
« Alors, dis-moi. Pourquoi étais-tu réellement devant notre maison ? »
Je trébuche.
« Pardon ?
— Céline s'en fiche, mais je n'aime pas qu'on nous raconte des histoires. Je ne vois pas pourquoi une camionnette aurait été remplacée par un humain sans qu'on nous prévienne. Je me tiens au courant de ce qui se passe ailleurs qu'ici, tu sais, on n'est pas complètement coupés du monde.
— Et alors ?
–- J'ai entendu que dans les grosses villes, plusieurs facteurs et taxis automatiques ont été brûlés en signe de protestation. Le mouvement prend de plus en plus d'ampleur. Un rapport ?
— Pourquoi ça vous intéresse, vous avez eu votre colis, non ? Vous voulez nous dénoncer, après m'avoir invitée à dormir chez vous ?
— Non. J'aimerais juste savoir.
— D'accord, d'accord… une camionnette devait vous livrer, et avec des amis, on a percé ses pneus et récupéré les colis pour les livrer. On a tous perdu nos boulots quand ils se sont mis à utiliser les facteurs automatiques, et comme c'était du travail à la demande, sans vrai contrat, on n'a même pas droit au chômage ! Alors, content ?
— Que tu me l'ai dis, oui. Vous auriez pu vous en douter, que ce travail n'allait pas durer…
— C'est pas comme si y'avait une tonne de choix à côté. Même avec des diplômes, y'a que dalle.
— Vous espériez quoi, en faisant ça ?
— Retrouver du travail ? Que les clients se mettent de notre côté, et disent aux entreprises qu'ils préfèrent être livrés par des humains ?
— Tout ça pour qu'il y ait des accidents de route ?
— Et pour qu'on crève pas la dalle ! »
Philippe soupire, puis se retourne et trifouille dans les plants d'herbes derrière lui.
« Tu aimes le pesto ?
— De quoi ?
— Aimes-tu le pesto ? On a du basilic à ne plus savoir quoi en faire.
— Oui, j'aime bien ça. Pourquoi ?
— Tu peux rester manger ici ce midi. Si tu veux.
— J'ai pas besoin de votre charité ! De toute façon, il faut que je rentre, les autres vont s'inquiéter.
— Écoute. On manque de mains pour tout récolter, et même en distribuant des légumes autour de nous, on a du mal à tout écouler. Ramène tes amis demain, et vous pourrez nous aider ; chacun repartira avec une partie de la récolte. Ce n'est pas de la charité, c'est un échange. D'accord ? »
Interdite, j'hésite. D'un côté je trouve ça louche, je ne m'attendais pas à une aide aussi inespérée… de l'autre, n'est-ce pas ce qu'on souhaitait, que d'autres personnes s'aperçoivent que ça va pas, et nous aident ?
Tout autour, de nombreux fruits et légumes paraissent prêts à être cueillis ; sans doute trop pour que deux personnes seules fassent le travail facilement. Après un soupire, je hoche la tête.
« D'accord. Je ne sais pas s'ils vont vouloir venir, mais je vais leur en parler. »
*
Deux jours plus tard, il n'y a que Frédéric qui refuse de venir. Il n'a jamais trop aimé les travaux manuels, alors travailler dehors ? Non, pas trop.
On arrive dans la matinée chez Céline et Philippe, pour éviter les heures où le soleil tape le plus. Ils nous indiquent comment distinguer ce qu'il faut cueillir de ce qui doit encore mûrir, puis on se met au travail, en se dispersant dans le jardin. Ils circulent entre nous, pour nous aider, avant de s'y mettre eux aussi.
Vers quatorze heures, on se réfugie à l'intérieur où il fait plus frai. On pique-nique avec une partie des légumes qu'on a récolté, et du pain qu'est allé chercher Philippe pas très loin. Quand on a presque fini de manger, je demande à Céline, curieuse :
« Comment vous faites pour avoir d'aussi belles plantes ? Vous devez dépenser une fortune en arrosage.
— Oh, non, réplique-t-elle C'est juste de l’optimisation. Il faut utiliser des plantes qui ne demandent pas trop d'eau, les agencer correctement, et les arroser juste comme il faut. Tu as remarqué les petits trucs en plastiques vert, qui dépassent du sol ?
— Oui.
— Ce sont des capteurs, ils enregistrent l'humidité du sol, la température extérieur, la luminosité… On récupère les données, et c'est facile de savoir quelles plantes manquent d'eau. Je pourrai te montrer sur l'ordinateur.
— Oh.
— Tu viens de briser ses illusions, glousse Philippe. Mara n'est pas très fan de technologie, n'est-ce pas ?
— Pourquoi donc ? demande Céline, curieuse.
— Mais regardez autour de vous ! je m'exclame. Nous tous, là, moi Léa Benoît Paul Fréd et plein d'autres, on n'a plus de boulot à cause des machines ! »
Autour de moi, mes amis acquiescent.
« Avec le travail à la demande, on avait encore une chance de se faire quelques sous, mais même ça il y en a de moins en moins, ajoute Benoît. J'ai de plus en plus d'amis en galère. J’héberge un pote qui a dû quitter son appartement.
— Ce n'est pas une raison pour refuser tout changement, insiste notre hôte.
— Ah ouais ? Même quand le changement est négatif ?
— Pourquoi négatif ? Oui, vous n'avez plus de travail ; c'est un aspect négatif, d'accord. Mais depuis qu'on a des voitures automatiques, les accidents de la route ont chuté. Vous savez qu'avant ça, il y avait plus de trois mille personnes mortes sur les routes en France, en un an ? Sans compter tous les blessés…
— Et combien de personnes ont perdu leur travail et ne savent plus comment elles vont faire pour survivre ?
— Tu y tiens vraiment, à distribuer des colis ?
— Je tiens à avoir un toit sur la tête, de l'eau chaude, un truc pas trop mauvais dans mon assiette…
— Et c'est normal. Mais il est sans doute possible de trouver d'autres solutions que d'empêcher tout progrès. Tenez, si nos plantations vous intéresse, regardez un peu ce qu'est l'agroécologie. On a des terres qu'on n'utilise pas, ou presque pas : on peut vous aider à y faire pousser des plantes. Au moins, vous aurez à manger. »
*
(à suivre)