Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Ichtar le 25 Février 2016 à 09:16:11
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L’univers était rouge et blanc.
Il y avait d’abord le sang.
Un sang pourpre à l’odeur de métal. Celui qui éclaboussait les murs en ruines de ma maison. Celui qui séchait lentement sur la poitrine immobile de mon frère. Celui qui s’échappait de mes cuisses et qui faisait de moi une femme. Un monstre.
J’aurais aimé que ce sang, qui sortait inutilement de moi, remplisse les veines vides de mon frère, de mes cousins, de tous ceux qui, avec leur courage pour seule arme, avaient voulu défendre la terre de nos ancêtres. La terre qui aurait pu, qui aurait dû, être celle de nos enfants.
Et puis, il y avait la lune.
La lune immense, excessivement ronde, indécemment blanche. Comment pouvait-elle se permettre cette blancheur quand ici bas tout était noir et rouge ? Comment pouvait-elle être si ronde, si implacablement belle, quand ici bas tout était maigre, rachitique, dans la laideur de la haine ?
La lune. Univers de pureté, dans lequel j’aurais voulu me lover, comme je m’étais lovée dans le ventre de ma mère, idée à peine concrète, désir ardent d’exister, de conjuguer « être » au présent. La lune, mère de mon absence.
Et puis, il y avait moi. Femme blessée dans les décombres de sa vie, maigre lien reliant le sang à la lune, femme de mépris pour avoir osé dire « je t’aime », femme meurtrie parce que mes yeux avaient osé percer le voile de tissus pour voir le monde avec un regard nu, femme dont on avait brisé l’avenir et le passé par un simple caprice, et qui vivait dans un présent interminable que le spectre lunaire inondait de sang.
Suis-je femme ? Suis-je lune ? Suis-je monstre ?
Seule au milieu des fragments d’une vie qui avait été belle, je portai, vague souvenir d’une consistance douteuse, tous les cris de Révolte que les miens avaient poussés. Alors que le sang, douloureux, me tirait vers le sol et que la lune, impitoyable, m’arrachait à la terre, l’envie était immense de me coucher à de confier ma réalité à l’oubli.
Suis-je femme ? Suis-je lune ? Suis-je monstre ?
Mais, dernière survivante de ma lignée, je me devais de rester debout.
Au nom de ma famille et de sa lutte.
Au nom des rires et du parfum de l’encens.
Au nom de la voix de mon père.
Au nom des larmes de ma mère.
Au nom du courage de mes frères.
Au nom de tous ces « je t’aime » hurlés comme une révolte sans fin.
Au nom de l’homme et de sa décadence.
Au nom des perles de mon passé.
Au nom du sang.
Au nom de la lune.
En mon nom.
Quand les bourreaux arriveraient, qui je suis n’aura plus d’importance. Femme, je leur offrirais les blessures de mon corps, comme un dernier défi. Un dernier combat. Monstre, je n’aurais pas honte de leur hurler la rage et l’amour que je porte encore en moi, je ne sentirais ni peur ni douleur quand leurs armes blesseraient ma chaire. Lune, j’aurais ce parfum de beauté éternelle et immuable qui défit l’oubli, et contre lequel, aucun homme, jamais, ne pourra rien.
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Quand les bourreaux arriveraient, qui je suis n’aura plus d’importance.
y a un problème de temps là, non ? Faudrait soit uniformiser avec le conditionnel, soit avec le futur.
Femme, je leur offrirais les blessures de mon corps, comme un dernier défi. Un dernier combat. Monstre, je n’aurais pas honte de leur hurler la rage et l’amour que je porte encore en moi, je ne sentirais ni peur ni douleur quand leurs armes blesseraient ma chaire. Lune, j’aurais ce parfum de beauté éternelle et immuable qui défit l’oubli, et contre lequel, aucun homme, jamais, ne pourra rien.
même chose, je pense qu'il te faut du futur (ça fait vraiment bizarre le conditionnel si on transpose à Tu "tu n'aurais pas honte...")
J'ai préféré ce texte-là au dernier que j'ai lu de toi. La thématique de la lune et surtout celle de la femme qui saigne me parlent, ça me rappelle certains de mes textes (en même temps avec un ton pseudo, j'attendais/j'espérais un texte un peu dans ce genre-là ^^). J'ai moins apprécié la thématique de la révolte, plus commune, je trouve.
C'est un extrait d'un ensemble plus long ou un texte en son entier ? Je me serais bien laissée tenter par quelques lignes de plus pour mieux comprendre le parcours de cette femme. ^^
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Je rejoins l'avis de Ernya.
J'ai aimé ton texte. :D Ton style d'écriture est très attirant pour ma part : c'est sombre, cruel. (bon on voit le genre...)
Mais je le trouve flou pour par part. J'aurai apprécié plus de détails en ce qui concerne la vie de cette femme etc.
Donc quelques lignes de plus. Et pour ma part, plus... explicite ? J'ai l'impression qu'on a eu le droit qu'à la fin du texte, qu'il nous manque une partie pour arriver à la fin.
Peace ~ :mrgreen:
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Ton texte me parle de même. Je te propose de retravailler uniquement le deuxième paragraphe ( et puis, il y avait la lune [...] ), pour écrire la même chose, mais sans adjectifs, si tu en as l'envie et le temps.
Une piste : "quand ici bas tout était noir et rouge " -> "quand ici bas tout était de mort et de sang "
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Merci beaucoup pour vos réponses, messieurs -dames.
Ernya y a un problème de temps là, non ? Faudrait soit uniformiser avec le conditionnel, soit avec le futur.
ce que tu dis est absolument juste.
J'ai moins apprécié la thématique de la révolte, plus commune, je trouve.
Qu'est-ce que tu veux dire par "commune"? Trop utilisée ? C'est quelque chose d'assez inépuisable pour moi, tant il y a de sujet de révolte, et je trouve que de temps en temps, l'écriture doit s'y pencher.
(en même temps avec un ton pseudo, j'attendais/j'espérais un texte un peu dans ce genre-là)
Houlà... J'avais 10 ans quand j'ai choisi ce pseudo,hein, c'est peut-être pas très représentatif de ma personne ^^. Mais effectivement, ce texte là ressemble plus à ce que j'écris/j'écrivais habituellement par rapport à l'autre, qui a un côté exercice de style.
Merci M.Aèh
Mais je le trouve flou pour par part. J'aurai apprécié plus de détails en ce qui concerne la vie de cette femme etc.
Donc quelques lignes de plus. Et pour ma part, plus... explicite ? J'ai l'impression qu'on a eu le droit qu'à la fin du texte, qu'il nous manque une partie pour arriver à la fin.
Ben en fait, pour remettre dans le contexte, je l'ai écrit il y a quelques années déjà, pour ma mère qui devait faire une lecture théâtrale sur le sujet" guerre, lune, femme et sang. " Forcément je ne pouvais pas faire un texte trop long ou trop explicite, mais j'avoue que c'était aussi ma manière d'écrire à cette époque là, avec les mots plus importants que le contexte, dans l'idée de transmettre un message plutôt qu'une histoire. Après c'est sans doute une esthétique qui a aussi ses limites, puisque ça vous apporte plus de frustration que de réappropriation. J'écris plus de texte narratifs, aujourd'hui.
Merci Ned Leztneik e te propose de retravailler uniquement le deuxième paragraphe ( et puis, il y avait la lune [...] ), pour écrire la même chose, mais sans adjectifs, si tu en as l'envie et le temps.
Il va pas en rester grand chose ^^ #j'aimelesadjectifs
Mais effectivement, je pourrais l'épurer davantage. Merci pour vos retours, j'écrivais beaucoup plus à une époque que maintenant, et ça va me faire du bien de retravailler mes anciens textes. J'ai l'impression d'être au bon endroit ^^
La bise d'une plumelette
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Oui, par "commune", j'entendais "plus utilisée", "plus courante". C'est un avis complètement subjonctif mais autant parler de petites révoltes individuelles/personnelles, ça m'intéresse, autant la Révolte, bof bof (mais je ne suis guère politisée et les écrits engagés, c'est pas du tout mon truc donc bon).
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Bonjour,
Je rejoins l'avais général dégagé dans les commentaires.
J'aime bien l'univers que tu tentes mettre place mais je pense que le tout est encore un peu flou. Ta plume est assez fine et elle est très attrayante.
Je pense que ton texte gagnerait à être retravaillé.
Au plaisir.
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Hey !
Mon commentaire ne va pas être très original après tous ceux que tu as déjà. J'ai trouvé aussi ce texte assez parlant et intéressant dans les thématiques abordées (même si, comme ernya, j'ai eu plus de mal avec le thème de la révolte). Il y a des images très frappantes (j'aime bien la répétition de "Suis-je femme ? Suis-je lune ? Suis-je monstre ?" et le paragraphe qu'elle entoure : "Seule au milieu des fragments d’une vie qui avait été belle, [...] l’envie était immense de me coucher à de confier ma réalité à l’oubli.").
Je comprends mieux ce qui me gêne quand je lis que ce texte était destiné à être lu pour une représentation théâtrale. Ce sont effectivement des effets un peu trop déclamatoires que je n'ai pas aimés (cette anaphore de "au nom de" par exemple). Mais ça se comprend, donc.
Pourquoi pas le retravailler, du coup, si ça te tente, pour en faire un texte plus narratif. Ce serait un exercice intéressant !
Au passage, outre les problèmes de temps et de concordance relevés par ernya, il y a aussi une coquille dans le dernier paragraphe : "ce parfum de beauté éternelle et immuable qui défit l’oubli" ==> défie
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Quand les bourreaux arriveraient, qui je suis n’aura plus d’importance.
Ouch. La lecture était super fluide, mais les temps vont vraiment pas dans cette phrase. ::)
J'ai bien aimé, même si mon cerveau s'est perdu dans d'autres directions faute d'avoir des indications claires sur la signification à choisir. Sans parler du fond que je ne suis pas complètement certaine d'avoir saisi, j'ai bien aimé le style, et je reste sur ma fin, parce que c'est un texte (trop) court. ::)
Au plaisir de te relire. ^^