Salut le MdE ! : D
Pour ceux qui ont déjà lus certains de mes textes, hé oui, je suis le type le plus irrégulier du monde ! Enfin je suis à priori de retour, je me suis remis à écrire depuis deux ou trois mois, et je pense qu'il est temps de confronter un peu au forum toutes les nouvelles mini choses que j'ai pu écrire !
Pour ceux qui ne m'ont jamais lus, j'espère que vous réussirez à rentrer dans mon univers héhé (quoi que cela soit loin d'en être le texte le plus représentatif) !
Bonne lecture à tous !
Walden
Christie ne l'avait jamais aimé, et pourtant elle était tellement jolie. Il lui avait demandé six fois de bien vouloir sortir avec lui, et d'être le rôle principal de son film, mais elle n'avait jamais accepté. Pas une fois. Par contre, de Marie et Angela, qui s'étaient battues pour lui tout le CE2, aucune ne l'avait jamais vraiment intéressé. Aucune des deux n'était passionnante, et surtout elles étaient très peu photogéniques. A choisir, il aurait surement fini par pencher pour Angela, par dépit. Mais son prénom était tellement particulier. Il ne l'aurait jamais assumé devant ses amis ou sa famille.
Cela faisait plusieurs mois qui Jonas ruminait sur la Terre Désolée. Pour ne pas se perdre dans la solitude, il ressassait ses amours d'école primaire. C'était la seule chose qui le fasse tenir debout. Le reste, pas grand chose. Le jour, il marchait sur l'argile fissuré. Puis il s'allongeait au moment où il sentait la nuit tomber, dormait un peu, et se relevait avec la pointe du soleil. Il avait perdu sa caméra depuis longtemps. Elle n'avait plus de batterie, et il n'y avait plus grand chose à filmer.
Très tôt , Jonas avait décidé de faire de sa vie un film. Il vivait en enregistrant en sa vie sur sa mini caméra, et cela faisait son film. Sa vie devenait une histoire, ça le faisait se sentir grand. Mais à partir de la mort de la Terre, il n'y eut plus que le vide à être encore palpable autour du garçon. On ne peut pas filmer le vide, on ne peut pas filmer l'absence. A la douleur d'être seul se mêla celle de réaliser un très mauvais métrage. Bien vite sa caméra, pleine à craquer mais vidée de sa charge, s'égara dans ses souvenirs moroses. Il finit par trouver ridicule et égocentrique sa vieille idée de film. Il y repensait souvent, comme à ses amours d'enfance, pour éviter de se noyer dans la monotonie.
Un soir, fraîchement allongé pour la nuit, Jonas avait entendu, entre les rayons du soleil couchant, la Terre Désolée qui s'excusait.
"Pardon...pardon, pardon" répétait elle, comme un enfant maladroit.
Le lendemain matin, le garçon avait découvert, à l'intérieur d'une fissure granuleuse, l'embryon d'un arbuste au milieu d'un carré d'herbe fraîche.
C'est ce matin là que Jonas cessa d'avancer sous le soleil, et de se morfondre sur ses romances enfantines. Il prit la décision de tout faire pour protéger corps et âme ce bourgeon impossible. Il ne pouvait pas l'arroser, l'eau n'existait plus. Mais il pouvait au moins lui faire de l'ombre, le réconforter, en prendre soin. La Terre semblait puiser dans ses dernières ressources pour nourrir cet arbre minuscule de l'intérieur. L'affection du garçon pour sa pousse prit de plus en plus de place : il décida de l'appeler Walden.
L'arbuste grandit, vite. Rapidement, il fit la taille de Jonas. Jonas grandissait aussi. Peut être plus vite que la normale ? Difficile à dire, dans ce temps déchiqueté.
C'est alors que Jonas et l'arbuste rencontrèrent pour la première fois un groupe d'Echangeurs.
Ils réveillèrent Jonas, un matin, en mâchant les feuilles de son arbuste, qu'ils avaient déraciné. Le coeur du garçon se serra brusquement, il se jeta violemment sur eux pour libérer son espoir de leurs mâchoires acérées. Jonas ne connaissait pas encore leur nature, il crut à ce moment là avoir affaire à un ours, son fils, un tigre et une gigantesque hyène.
Les Echangeurs s'attaquèrent à lui. Un par un, Jonas leur déchira tristement la gorge et récupéra les feuilles de son précieux ami. Mais du carré d'herbe verte, il ne restait qu'un monticule triste de terre sèche. L'enfant ours, seul, restait inerte, découragé par la perte de ses compagnons. Jonas ne le tua pas. Penché sur le cadavre de son ami végétal, il imagina une autre solution. Soigneusement, il glissa chacune des racines du petit arbre dans les veines de l'ourson. L'animal poussa un couinement. L'ours vivrait, et l'arbre se nourrirait de sa vie.
Jonas se remit à marcher, accompagné de son arbuste et de son nouveau compagnon animal. Cela lui fit du bien. Avancer droit devant lui était une façon de sentir qu'il avait un avenir a l'horizon. Il recommença à penser aux amies de sa jeunesse, mais sans tristesse cette fois. Avec simplement le plaisir de repenser à toutes ces pierres qui le construisaient pour mieux comprendre de quel bois il était fait. Il s'attacha à l'ourson. Par humour, il pensa à l'appeler Angela. Mais cela n'allait pas. Il réfléchit longtemps. Sans vraiment s'en rendre compte, il finit par l'appeler Walden, lui aussi.
Le temps passa, et l'ourson devint immense. Il était devenu un buffle imposant. Jonas ne savait pas à quel moment il avait pu changer à ce point. Avait il seulement été ours un jour ? De son côté, l'arbre aussi avait pris du coffre. Son tronc était devenu robuste, et son feuillage plus touffu.
Jonas commença, timidement, à être heureux. Sa seule horloge étaient les transformations floues de son compagnon animal. Sans s'arrêter, il grandissait. De buffle, il devint lion. De lion, il devint hyène. De hyène, il finit par devenir loup. C'était la nature des Echangeurs. L'animal faisait plus de six fois la taille de Jonas désormais, il aurait été capable sans effort d'aplatir le garçon comme une souris. Mais Walden - qui ne savait plus trop si il était arbre, animal, ou les deux - aimait Jonas, et il n'en fit rien. De son côté, Jonas ne faisait plus aucune différence entre son vieil ami et l'animal qui le portait. Chaque soir, c'est en haut de sa fourrure, au pied de son arbre, qu'il se blottissait pour dormir.
Ils marchèrent encore. Jonas se demanda si il avait vraiment été enfant un jour. Si il avait vraiment planté Walden sur cet ourson, ou si il avait inventé toute cette histoire. Il n'avait aucun moyen d'être sur de tout ça ; sa mémoire était confuse.
Un jour, l'animal sous l'arbre commença à fatiguer. Il n'était pas vieux, mais une partie dangereuse de son énergie vitale avait été épuisée par les racines. Jonas vint à penser à la mort de l'animal, chose à laquelle il n'avait jamais osé songer et qui lui brûla le cœur. Une pensée terrifiante émergea alors dans son esprit. Une fois l'animal mort, que deviendrait Walden ? Sans rien pour l'alimenter, il allait mourir lui aussi. Tous deux allaient mourir. Jonas n'accepterait jamais de retourner à la solitude.
L'animal allait de plus en plus mal. Marcher lui devenait difficile. Voyant le jour fatidique arriver bien trop vite, le garçon choisit de prendre les devants. Il monta sur la gigantesque fourrure, et ôta précautionneusement les colossales racines de Walden, une à une. Cela lui brûlait tout l'intérieur de devoir en arriver là, mais il n'avait que ça à faire. Lorsqu'il retira la dernière racine, et que l'arbre s'effondra, c'était trop tard. L'animal n'était plus. Avait il seulement été un jour ? Il n'y avait plus aucun signe de lui.
Jonas s'enfuit en courant. Il cria longtemps. Il était seul, et n'était plus sur d'exister, cela le terrifiait. Il regarda derrière lui. Il ne laissait aucune trace dans la poussière. Il imagina le plus fort qu'il put un carton noir, et un générique de fin. Il y trouva très peu de noms, et disparut bien vite.