Intimement.
Raz-le-cul de cette soirée, il faut que je m’arrache. Je sais pas comment j’en suis arrivé là, à être obligé de subir leurs niaiseries aussi pète-couilles qu’un bègue s’essayant aux holorimes, mais je suis persuadé que si je mets pas les bouts d’ici cinq minutes, je finirai par arracher leurs langues lépreuses et les leur enfoncer dans le fion avec un balai à chiotte.
Mais je peux pas. Miss ‘quand est-ce qu’on me borde’ me harcèle avec ses missions humanitaires plus hypocrites qu’un politicien-coiffeur-banquier-commercial. Soit disant que son bénévolat sauve le monde des atrocités de nos connards de congénères, et qu’elle est du côté des gentils mignons bisounours. Réveille-toi, ma pauvre, rien qu’avec ton discours, tu causes à un membre de ces bons samaritains une perte de dix points de QI. Elle bite pas qu’elle me les gonfle comme une chambre à air de formule un. Et moi, j’ose pas lui dire, tarte que je suis. Pourtant c’est pas l’envie qui manque, et ça lui ferait du bien de se rendre compte qu’elle gave tous ceux qui sont en dehors de son petit monde nombriliste. J’aurais envie de lui envoyer un petit aller-retour pour la forme. Mais passons, si je fais ça je me mettrai à dos tous ses potes, et je sais combien la stupidité humaine est la chose la plus dangereuse de l’univers.
Alors j’attends, et quand elle voit que je réponds pas, elle m’abandonne comme une vieille chaussette et va s’entremêler avec un autre blaireau qui, lui, a l’air d’apprécier ça. J’en profite pour passer aux chiottes vomir ce qu’elle m’a débité, et couler un bronze acide dû à la chiasse immonde qui nous a servi de bouffe pour le repas. Je tire pas la chasse : le seul moyen de leur montrer leur connerie est de leur foutre le nez dans la merde. Et je m’en prive pas.
- J’me casse, j’ai assez vu vos tronches pour ce soir.
- Haha, on dirait que t’as toujours le mot pour rire, toi.
- Je te le fais pas dire. Non, sans déconner faut que j’y aille.
- Bah on s’appelle.
- Ouais c’est ça, à plus.
J’ai pas son numéro, et je m’en branle. Pourquoi polluer encore plus le trafic téléphonique ? Quand j’ouvre la porte, aucun regard sur moi. Qu’ils aillent se faire foutre, eux et leur indifférence. J’appuie sur le bouton de l’ascenseur, et ce con met trois plombes à se ramener. Une fois dedans, je soupire. Putain c’est long.
Je sors. On se les pèle dehors. Ca aussi ça me gave, à chaque hiver c’est la même galère. Une salope de plaque de glace agresse mon équilibre que je rattrape de justesse. Si j’avais un marteau, je risquerais plus de me rétamer la gueule.
Plus de piles dans le bouton de ma caisse, alors je l’ouvre avec la clé. J’ai de la chance, la serrure est pas gelée. J’allume le contact qui racle comme une grand-mère asthmatique qui aurait chopé un vieux chat dans la gorge et une bronchite. Je tape un coup le volant. Puis un autre coup plus fort. Cette fois ça démarre.
Au premier feu rouge, je sens la poisse de cette soirée s’étendre en dehors des murs du taudis qui m’a servi de repère pour la fête foireuse. Le condé toque à ma vitre. Putain le chauffage commençait juste à faire effet. Contrôle d’identité ; le temps que je retrouve le fafiot et j’suis gelé. Lui il s’en fout il a sa veste et ses bottes.
- Vous allez où comme ça ?
- Je vais me pieuter pardi, z’avez vu l’heure ?
- Chez vous ?
- Bien sûr chez moi, où v’voulez qu’je crèche ?
- Vous avez bu ?
- J’ai l’air d’avoir bu ? Vous m’prenez pour qui ?
A ce moment là un chtarbé qui avait apparemment vu ni le flic ni le feu rouge débaroule à fond la caisse. Le poulet me lâche donc la grappe, et je peux repartir pénard. Comme je viens de le quitter, j’ai peu de chance de le recroiser, alors je continue à quatre-vingt-dix dans l’agglo jusqu’à chez moi.
J’ai soif, donc je descends un ou deux ricards en me paluchant. Avant de me pieuter, je me promets une chose. La prochaine fois je les emmerde tous.
Intimement.