Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Platypus_Khan le 10 Février 2016 à 16:37:00
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Je rentre. Une femme danse divinement. Je m'installe. Je la regarde en passant ma commande. Elle est gracieuse. J'aurais presque pu avoir un peu de respect si ce n'était pas une prostituée. Malheureusement, si sur cette scène, elle a l'élégance des princesses, je sais au fond de moi qu'une cour d'innombrables courtisans siège au cœur de ses fesses. J'admire cependant l'éminence de ses gestes. Je contemple son visage. Elle a ces yeux bleus ballottés dans le vague, ce regard perdu, comme sa vertu, dans les tumultes de la foule. Les mentons se soulèvent, elle fend le vide, elle grimpe au dessus des têtes, les cuisses en guise d'échelle pour offrir un flirt avec le ciel. Elle invoque les cavaliers désireux de la chevaucher pour une nuit d'éternité. Elle se rend majestueuse, insaisissable, inaccessible alors qu'une simple épaisseur de billets viendra à bout de la fine épaisseur de tissu qui cache ce qui a déjà été trop contemplé.
La maigre fleur s'effeuille et jette les pétales. Les hommes s'enthousiasment, les mains se percutent, les pervers éructent des rires qui exultent. J'aimerais un monde loin de tout ça, nichée là haut, dans le domaine des aigles. Un monde loin de cette scène où festoie l'élégante menteuse et sa horde libidineuse.
Elle tourne comme une derviche, les cervicales se dévissent. Sa poitrine nue dégouline le long de la tige de métal, sa langue caresse la pulpe de ses lèvres, elle plonge ses yeux sous les ceintures et cajole les verges qui s'endurcissent. Elle endort les principes, berce les préceptes, secoue les fondements pour en faire libérer les sources. Elle fait parler l'intelligence du paraître, nobélise l'imaginaire et fait oublier ce qu'elle est. Une simple et méprisable petite putain des bas quartiers.
Face à cette même scène, un homme, assis deux tables plus loin pense...
L'une d'elle monte sur scène. La blancheur de sa robe fusionne merveilleusement avec sa pigmentation neigeuse. Et le halo de lumière sur fond anthracite débute sa danse, se dandine, lascive, ses perles bleues se perdant dans le néant tandis qu'une centaine de roches volcaniques, aux couleurs des rhyolites, l'emprisonne dans le grondement du mâle. Elle entoure la verticalité du fin cylindre qui transperce la salle et lève sa jambe, talon aiguille face à la houle, faisant jaillir le magma sous les ceintures, là où se situe bien souvent le cœur des hommes. Je trempe mes lèvres, éblouit par le spectacle et par son explicite silhouette. Elle suscite en moi une gourmandise fugace.
Elle tend ses dix griffes rouges vers le ciel, faisant danser chacune de ses phalanges avant que son index ne vienne mourir sur sa lèvre où s'arrime la blancheur de son émail. Elle s'envole, ses semelles ne touchent plus terre et vont marcher sur les cieux lézardés de la taverne, elle s'enroule, elle fait tourner le monde et fait tourner les têtes. Elle devient le point de convergence, elle, qui n'est pourtant qu'une attraction. Sa poitrine, encore recouverte, découvre l'instant Warhol. Elle devient quelqu'un, elle, la putain des bas quartiers. Je m'en grille une, puis deux, tandis que le tissu épouse ses chevilles avant d'en divorcer. Ah, les femmes, leurs fesses et leur beauté... Dans combien de bassins me suis je noyé ?
Le peu de textile, accroché à ses hanches, est devenu terre de convoitises et de fantasmagorie. L'inquisitrice est en campagne et ses cuisses flottent en haut du mât comme un étendard. Elle persuade, avec prosélytisme, les pèlerins de venir migrer sur sa chair, terre des pêchés. Les billets pleuvent et pendent comme du linge sur un microscopique fil de soie. Ses cheveux caressent l'invisible, la toupie ballerine tournoie comme un typhon sur la piste. Elle fait voler en éclat les fidélités des tours de doigts et dans l'ardeur d'un dernier feu dissipe ses artifices par une petite porte dérobée aux pieds de laquelle viennent mourir les bouquets de pensées.
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Bonjour,
Je pense que ton texte s'apparente plus à une description qu'une histoire. C'est très bel exercice de style. Pour moi il est réussi.
Cependant, je trouve qu'au départ tes phrases sont trop courtes et par conséquent, elle hache la lecture.
L’appellation Putain me gêne un peu. Ce que tu décris est plus une strip-teaseuse qu'une putain. Un putain, on la paie pour avoir des relations sexuelles, pas une strip-teaseuse.
Au plaisir.
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Merci de ton avis. Ca me fait plaisir d'avoir un retour.
Concernant la strip teaseuse, il s'agit d'une femme qui se dénude pour avoir des relations sexuelles après (comme dans de nombreux bars canadiens ou plus généralement Nord-Américains, pas d'une simple strip teaseuse d'où la porte dérobée ou elle va attendre les clients (plusieurs insinuations à ce sujet dans le texte peut être pas si clair donc à améliorer)). Je précise que cette appellation vient des deux personnages qui la voient, pas de la mienne.
Concernant, les phrases hachées, je te remercie de ce retour. Si je l'ai posté c pour avoir ce type d'avis stylistique et j'en tiendrais compte.
Merci encore :)
Edit > Je précise que j'avais volontairement choisi des phrases courtes chez le premier personnage qui au départ méprise, ce type de demoiselle mais qui au fond ne peut pas la lâcher du regard. Du coup, c'est pour lui donner un souffle un peu court, de malaise. C'est peut-être un mauvais choix pour la lecture.
Tandis que le second a envie de consommer et à une certaine attirance voir habitude de ce type de demoiselles.
Mais je reconnais que cela n'était peut-être pas clair. D'où mon post sur ce sujet.
D'ailleurs, si tu vas lire ma poésie dans la section adéquate, c'est ce même 2nd personnage qui décrit un autre histoire. J'écris plusieurs textes pour un personnage dans le but d'arriver à un roman. Du coup, j'écris des choses en vrac dans divers "format"pour en extraire les choses les plus pertinentes.
En tout cas, je te remercie (encore) de ton attention sur mon texte. Et je t'invite à même rajouter d'autres critiques.
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Salut!
J'ai lu ton texte, puis le commentaire que tu as mis, qui m'a permis de mieux comprendre ce que tu cherchais dans tes textes. Je trouve d'ailleurs que c'est une bonne idée, d'écrire sous différentes formes pour extraire l'essentiel...
Ton texte m'a plu, il est bien décrit, les phrases courtes ne me dérangent pas, ça donne un ton et une ambiance qui n'est pas pour me déplaire. Je trouve cependant que tu devrais développer un peu plus certains passages, qui méritent d'être retravaillés.
Bonne continuation! ;)
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Lesquels par exemple ?
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je trouve que tu as très bien écris ton texte c'est un peu dur je pense au niveau du vocabulaire qui est un peu trop riche (même si je suis jeune et que je lis peu) je trouve qu'il est un peu trop vaste ça perd le coté naturel
Cependant, tu donne un aspect bien plus doux à quelque chose qui ne l'est pas et c'est très agréable à lire (une fois passé les 3 / 4 mots que je ne connaissais pas)
Le mot putain ne me gène pas j'aime les écritures franches et il faut appeler un chat, un chat
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J'aimerais un monde loin de tout ça, nichée là haut, dans le domaine des aigles. Un monde loin de cette scène où festoie l'élégante menteuse et sa horde libidineuse.
Je trouve que ça donnerait un côté plus intéressant si tu développais un peu ce qu'il aimerait, tu ne fais que deux phrases. Le narrateur pourrait, ce n'est qu'une suggestion, s'égarer un peu dans ses pensées devant la scène qu'il voit, puis quand il revient à lui, exprimer son dégoût et sa déception plus en détails. ;)
Je trempe mes lèvres, éblouit par le spectacle et par son explicite silhouette. Elle suscite en moi une gourmandise fugace.
C'est pareil ici. Tu pourrais développer ce que lui ressent, ça créerait un parallèle intéressant entre tes deux narrateurs.
Ce ne sont bien sûr que des suggestions et tu es libre de ne pas en tenir compte. ;)
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je trouve que tu as très bien écris ton texte c'est un peu dur je pense au niveau du vocabulaire qui est un peu trop riche (même si je suis jeune et que je lis peu) je trouve qu'il est un peu trop vaste ça perd le coté naturel
Cependant, tu donne un aspect bien plus doux à quelque chose qui ne l'est pas et c'est très agréable à lire (une fois passé les 3 / 4 mots que je ne connaissais pas)
Le mot putain ne me gène pas j'aime les écritures franches et il faut appeler un chat, un chat
Merci de ton avis. Quels mots ne connaissais tu pas hormis Rhyolite ? Par exemple, ce terme est volontairement choisi car il exprime exactement ce que je cherchais (volcanique, rose ou gris). Mais peut-être que les autres...
Merci de vos avis ;)
J'aimerais un monde loin de tout ça, nichée là haut, dans le domaine des aigles. Un monde loin de cette scène où festoie l'élégante menteuse et sa horde libidineuse.
Je trouve que ça donnerait un côté plus intéressant si tu développais un peu ce qu'il aimerait, tu ne fais que deux phrases. Le narrateur pourrait, ce n'est qu'une suggestion, s'égarer un peu dans ses pensées devant la scène qu'il voit, puis quand il revient à lui, exprimer son dégoût et sa déception plus en détails. ;)
Je trempe mes lèvres, éblouit par le spectacle et par son explicite silhouette. Elle suscite en moi une gourmandise fugace.
C'est pareil ici. Tu pourrais développer ce que lui ressent, ça créerait un parallèle intéressant entre tes deux narrateurs.
Ce ne sont bien sûr que des suggestions et tu es libre de ne pas en tenir compte. ;)
Hmmm, pourquoi pas. C'est à voir. J'avais un peu peur de perdre le lecteur mais c'est à essayer. Merci
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De rien ;)
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Au détour de ta page perso, je suis arrivé sur ton texte.
Je rentre. Une femme danse divinement. Je m'installe. Je la regarde en passant ma commande. Elle est gracieuse. J'aurais presque pu avoir un peu de respect si ce n'était pas une prostituée. Malheureusement, si sur cette scène, elle a l'élégance des princesses, je sais au fond de moi qu'une cour d'innombrables courtisans siège au cœur de ses fesses. J'admire cependant l'éminence de ses gestes. Je contemple son visage. Elle a ces yeux bleus ballottés dans le vague, ce regard perdu, comme sa vertu, dans les tumultes de la foule. Les mentons se soulèvent, elle fend le vide, elle grimpe au dessus des têtes, les cuisses en guise d'échelle pour offrir un flirt avec le ciel. Elle invoque les cavaliers désireux de la chevaucher pour une nuit d'éternité. Elle se rend majestueuse, insaisissable, inaccessible alors qu'une simple épaisseur de billets viendra à bout de la fine épaisseur de tissu qui cache ce qui a déjà été trop contemplé.
J’ai apprécié le premier § et certaines tournures de phrases à double sens.
La phrase suivante aurait plus de sens comme suit :
Elle a ces yeux bleus ballottés dans le vague de son , ce regard perdu, comme sa vertu, dans les tumultes de la foule.
Toutefois, il pêche un peu par la répétition des « je ».
Changer la tournure de phrase devrait permettre de les éviter.
Par exemple :
J’entre et m’installe. Sur scène une femme danse divinement.
Cela permet aussi d’éviter une tournure de phrase malheureuse à double sens.
Je rentre (Dans quoi). Une femme…
Je pense que c’est volontaire, mais comme le décor n’a pas encore été posé, ce n’est pas le top.
Sa poitrine nue dégouline le long de la tige de métal, sa langue caresse la pulpe de ses lèvres, elle plonge ses yeux sous les ceintures et cajole les verges qui s'endurcissent.
Sa poitrine nue dégouline le long de la tige de métal,… MDR on tient une perle
De sa poitrine nue, la sueur dégouline le long de la tige de métal, …
Elle endort les principes, berce les préceptes, secoue les fondements pour en faire libérer les sources.
Le faire est de trop. Mais je n’ai rien compris au concept des sources qui se libèrent.
Elle fait parler l'intelligence du paraître, nobélise l'imaginaire et fait oublier ce qu'elle est.
Belle phrase du point de vue conceptuel. Mais je n’aime décidément pas le verbe faire qui la pollue.
Et sérieusement faire paraitre l’intelligence du paraître, me parait tordu à souhait.
Elle magnifie l’idolâtrie du paraitre, nobélise l'imaginaire et se repousse dans les limbes sa véritable nature.
Face à cette même scène, un homme, assis deux tables plus loin pense...
Le face à cette même scène, est de trop. Rien ne stipule qu’il y en a plusieurs et cela alourdi la phrase.
L'une d'elle monte sur scène. Euh, dans la phrase précédente ce qui se trouvent au féminin pluriel sont des tables. MDR.
Et le halo de lumière sur fond anthracite débute sa danse, se dandine, lascive, ses perles bleues se perdant dans le néant tandis qu'une centaine de roches volcaniques, aux couleurs des rhyolites, l'emprisonne dans le grondement du mâle.
Rien compris. ses perles bleues me font penser à ses yeux qui peuvent se perdre dans néant de la centaine de paires d’yeux qui la regardent. Mais vu comme la phrase est écrite, je ne pense pas que cela soit cela que tu veux exprimer.
Elle devient quelqu'un, elle, la putain des bas quartiers. Je m'en grille une, puis deux, tandis que le tissu épouse ses chevilles avant d'en divorcer.
Phrase, litigieuse car le protagoniste pratique deux putains au milieu de la salle. Car précédé de « Elle devient quelqu'un, elle, la putain des bas quartiers ».
Elle fait voler en éclat les fidélités des tours de doigts et dans l'ardeur d'un dernier feu dissipe ses artifices par une petite porte dérobée aux pieds de laquelle viennent mourir les bouquets de pensées.
Il m’a fallu relire pour comprendre le concept de la fidélité du tour du doigt.
J’ai apprécié le texte qui s’avère être un excellent exercice de style.
Après lecture complète.
Le seul élément incongru est :
Face à cette même scène, un homme, assis deux tables plus loin pense...
Je ne comprends vraiment pas à quoi, il sert dans le texte et prête à confusion.
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Un monde loin de cette scène où festoie l'élégante menteuse et sa horde libidineuse.
pourquoi menteuse ?
Sa poitrine nue dégouline le long de la tige de métal,… MDR on tient une perle
De sa poitrine nue, la sueur dégouline le long de la tige de métal, …
Je pense, Kanimp, que c'est complètement voulu. C'est une sorte d'image, le corps de cette femme semble dégouliner le long de la barre
Je pense que la base est bonne pour en faire un vrai texte narratif. En l'état, c'est juste un exercice de style avec deux façons différentes de décrire une même femme. Je préfère le premier point de vue, je n'ai jamais aimé la branlette lexicale ( :D).
A bientôt sur un ensemble plus narratif !
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Merci pour vos commentaires.
Oui, ce passage est tiré d'un chapitre plus long. Mais je trouvais celui ci intéressant à faire analyser. J'ai donc allongé cet extrait sur un canapé afin que vous en fassiez l'autopsie.
Très intéressant en tout cas. Merci à tous.