Petit texte, ma foi*, sans prétention. Très court et isolé d'un univers précis. Une histoire intemporelle et autosuffisante. ÉDIT: Le texte est bien trop court et je l'allongerai prochainement pour mieux le situer.
*Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
La visite
Ma mère s’agenouille à mon chevet et manifeste son désir d’être seule avec moi. Mon frère et mes sœurs quittent alors la pièce. L’ambiance est d’une telle tristesse; j’imagine que le visage de ma visiteuse n’est pas mieux. Qu’en sais-je ? Après tout, j’ai les yeux fermés. Elle sanglote un long moment. Peut-être aurais-je éprouvé de l’empathie si ce n’était pas chaque semaine le même scénario. Elle n’a toujours pas fini de chialer. J’imagine que j’en ai encore pour un interminable moment.
Soit, qu’elle se laisse aller. Peut-être que ça lui fait du bien. J’aurai ainsi plus de temps avant les prières. Seigneur ! Faites qu’elle soit moins ennuyeuse aujourd’hui. Je n’ai rien contre la prière - quoique ce soit à la limite du ridicule bien souvent. Cependant, cette femme est probablement votre plus banale interlocutrice. Ne me dites pas que vous la trouvez intéressante ! Est-ce là votre véritable pouvoir divin ? Une infinie tolérance ? Je dois avouer que c’est un peu la base de ce que prêchent vos prophètes. Tout compte fait, vous êtes plutôt impressionnant. Il n’empêche que je ne dispose malheureusement pas de votre patience éternelle et que je la trouve trop encroûtée dans sa routine déplaisante. Sa séance de gémissements ferait bien de se terminer sous peu, j’ai hâte que vous acheviez votre passionnante discussion et qu’elle laisse entrer ces pauvres enfants qui doivent l’endurer plus d’un jour par semaine. En y pensant bien, on pourrait en faire un excellent film :
Plan fixe sur une mère affligée au chevet de son fils. Décor d’hôpital morne et austère. Ajout d’un filtre en noir et blanc pour souligner l’émotion de la scène. Elle prit à mi-voix. Je vous salue Marie […] priez pour nous pauvres pécheurs et blablabla (Amen). Enchaînement avec une autre prière. Pater Noster, qui es in caelis : sanctificetur nomen tuum adveniat regnum tuum […] ne nos inducas in tentationem; sed libera nos a malo. Amen. Sanglots dramatiques et transition en fondu.
Ou pas : je place le succès du projet dans les mains de l’agence de publicité. Enfin, elle se tait et laisse entrer la salade de fruits qui lui est jadis sortie du ventre : ma douce aînée qui porte surement ma nouvelle sœur dans ses bras, les jumeaux qui parlent encore et toujours de jeux vidéo et miss fashion, la demi-sœur. Immédiatement, c’est moins pire. Il y en a qui ont compris que faire la manche pour de la compassion, c’est bien inutile. Depuis longtemps, je n’ai qu’une attention partielle de la part de ma fratrie lorsqu’elle vient me voir. Il faut dire que ma mère ne la laisse pas s’approcher, elle s’accroche à moi et a dissuadé dès le premier jour quiconque de nous séparer. Quelques minutes creusent s’écoulent encore puis ils sortent tour à tour. Quand vais-je pouvoir manger ma purée ? J’ai faim…
@Luna Psylle
La mouche ! Je savais bien que j'avais loupé un cliché quelque part ! La fameuse purée, toujours aussi mauvaise même outremer ?
@Cosette
Pour la faute du verbe être, bien vu ! Je corrige. Au niveau de mon intention, j'avais envie d'explorer un narrateur qui refuse sa condition. Ce n'est tellement précisé si son état est grave. Cependant, on peut deviner qu'il est à l'hôpital depuis un bon moment déjà. Il ne parle pas de lui, que des autres. Et vu ce qu'il pense des autres et des prières, étonnant que ce texte que ce texte ne soit autre qu'une prière n'est-ce pas ? Après je peux comprendre ne pas atteindre positivement tout le monde. Certains aiment, d'autre moins. Et je le comprend. Moi même, je n'aime pas tout. Merci pour tes commentaires, je les garde en tête lors de ma prochaine écriture et j'essaierais de te plaire davantage avec le prochain texte. C'est mon défi personnel !