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Les assiégeants assiégeaient depuis trois ans la cité d'Argent. Art et patience avaient dicté son étranglement, pour que l'usure du temps décide de la bataille future – demain. Demain l'assaut serait lancé et l'inévitable accompli : la cité impénétrable, la ville libre, tomberait.
Les assiégés, assis sur les remparts, n'étaient libres que d'observer, en contrebas, les étrangers nocturnes qui avaient décidé de leur sort : ombres, rires et personnes illuminés par éclats dans les brasiers de la fête. Depuis longtemps hommes et femmes de la cité d'Argent s'ennuyaient les uns les autres ; ils ne pouvaient plus supporter le spectacle triste de leur teint pâle, ventre vide, fatigue ; alors ils s'étaient arrangés en couronne humaine au sommet des fortifications et se rassasiaient, faiblement, du spectacle de la vie d'en-bas.
Les arbalétriers bellâtres riaient, ivres, près de leurs nombreux feux ; s'embrasaient, s'épataient de sagas factices, de conquêtes surnaturelles – qui l'aurait cru ? On avait ri, et souri beaucoup, lorsqu'on avait vu venir le siège. Chacun savait la belle cité d'Argent imprenable. Il y avait trop de chemins, passages secrets, portes et souterrains pour laisser entrer les vivres – passages bloqués, un à un ; il y avait les alliés qui viendraient, ne vinrent pas ; il y avait les murs-falaises qui protégeaient, protégèrent, retenaient ; qui les retenaient là, enfermés, draps d'albâtre dont ils formaient la lisière haute, mines blafardes, robes pourpres.
Les archers, chair à la main, joie au ventre, laissaient le reste des troupes rejoindre leurs tentes, leur sommeil ; ils se savaient l'âme de cette soirée comme ils seraient demain maîtres de leur art ; pour chaque coup bu, chaque coup porterait. Beaucoup ne dormiraient pas ; ce moment qui avait tant tardé, quand leurs flèches fendraient enfin les peaux, garantissait leur éveil. Leurs cibles futures s'accordaient un peu de repos – leur mérite n'avait jamais été celui des armes, leurs triomphes jamais guerriers ; ils avaient toujours maintenu la paix par mille autres moyens et voyaient demain venir la mort. Alors, avant que la nuit ne glisse vers le matin, on somnolait les derniers rêves possibles.
Les sapeurs s'appelèrent, excités, les uns les autres dès le lever du soleil. Ils se voulaient ingénieurs, créateurs : briser, c'était ouvrir ; leur métier était l'effondrement des frontières, le talent qui fait des fossés leur route, des murs un pont. Ils ramenaient la pierre à la pierre, le vertical à l'horizon, et cela supposait mille préparatifs déjà faits, qu'ils allaient reprendre un à un. Leurs cris avaient réveillé les citoyens d'Argent, qui redécouvraient à la lumière de l'aube ce camp aux bannières noires, inconnues ; ces baraquements qu'ils avaient crus grossiers, de ces hommes sans capitaine, assemblés spontanément, venus faire tomber la légende, la cité.
L'armée s'armait, torses nus, s'acérait et s'attisait de dernières vilipendes, promesses d'exploits larges et beaux. Chacun avait la naïveté franche de se croire héros, de se penser l'homme seul, force unique, qui ferait tomber le mur ; tous n'étaient qu’exaltation, négligeant jusqu'à leurs bannières, s'avançant, s'alignant pour l'assaut en leur nom propre.
Et les assaillants assaillirent ; et malgré eux, les assiégés applaudirent.
La Cité chut dans cette clameur jointe de l'aboutissement, de la légende morte rencontrant la légende formée ; l'Argent s'écroula, ne laissant que ruines chaudes, refroidies, défiées par le temps.
Et en un autre pays, immortelle, la cité d'Argent rejaillit dans ses beaux remparts blancs.
Ce texte m'a laissé un sentiment étrange, peut-être parce que la musique n'est pas la bonne (fort probable :huhu:).
C'est comme si j'avais compris l'image, mais pas les mots (je pars dans de ces délires quand je lis, parfois...) : là, je vois une image globale, mais les mots qui se suivent semblent n'avoir aucun sens pour mon esprit. En soi, c'est une bonne et une mauvaise chose : ça veut dire que je n'ai pas pas aimé ce texte, mais que ma seule pensée cohérente revient à zolie nimage.
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Edit : Je repasserais demain quand j'aurais le stress en moins.
Comme promis, je repasse pour une relecture plus détendue (en fait, je pensais hier que la lecture arriverait à me déstresser, mais non, et pourtant il fallait que je dise que j'y avais vu une image) :
peut-être parce que la musique n'est pas la bonne
En fait, j'avais raison. Je le relis maintenant dans une ambiance plus calme et c'est comme s'il suivait sa propre mélodie.
Je verrais presque un tableau un peu flou, sombre, avec un effet crayonné.
Je me suis laissée emportée par la mélodie et il n'y a qu'un mot, au début, qui m'a paru en décalage sur le moment. Trop tranchant, mais d'un autre côté, il est là pour trancher, donc finalement ce n'est pas dérangeant en soi.
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