Pour beaucoup d'entre nous, cet auteur nous ramène à l'odeur de renfermé des vieux pupitres d'école à charnière, avec encrier et banc intégrés. La forme du poème en "sonnet" tournait chez lui à l’obsession. A deux ou trois rares exceptions, toute son œuvre repose sur cette architecture, à tel point que ses contemporains se foutaient de sa gueule, jugeant ses poèmes emprisonnés, corsetés, camisolés, ne pouvant être que des poèmes interchangeables. Claudel ironisait : « Ses sonnets partent tout seuls comme des boîtes à musique. »
C’est sûr, il en a fait beaucoup ; trop sans doute. Mais il est assurément un habile orfèvre, un joaillier précis. En outre, ce qui le dessert, plus que le mouvement, c’est l’école à laquelle il appartient : le Parnasse. Kezako, le Parnasse ? En gros la période charnière entre romantisme et symbolisme, une sorte de vaste et curieux bric-à-brac où les jeunes poètes d’alors – et non des moindres : Gautier, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Verlaine – se réunirent pour revendiquer le retour à l’art pour l’art en contestant le romantisme tout en lui reconnaissant ses belles pages. Enfin... ouais, c’est pas très clair. Disons pour faire simple que le Parnasse fut un laboratoire qui permit au symbolisme de faire ses armes. Une école dont Heredia est malgré tout l’une des perles. Même si, comparé à Baudelaire, Rimbaud ou Mallarmé, il semble tombé aujourd’hui dans l’oubli, on trouve chez lui des pièces d’une aura évidente où la science de l’expression concise, ramassée, lie si fortement les mots qu’ils produisent une sorte de représentation plastique.
Luc Decaunes le croquait en ces termes : « Hérédia, sans doute, n’est pas un aigle. Souhaitons tout de même ses ailes menues à tant de volatiles à quatre pattes dont nous voyons encombrée la basse-cour contemporaine. »
Je voulais mettre un extrait mais celui posté par Lo, au-dessus, est bien meilleur que le mien. Y'avait dedans un "bouvier" daté qui cassait l'ambiance. Pour les intéressés, c'était L'Oubli.