J'ai écrit cette (toute) petite nouvelle très vite. Le style en est volontairement minimaliste autant pour la syntaxe que pour le choix du lexique. Je ne sais pas du tout ce que ça vaut, ne m'épargnez pas, je vous prie. Merci d'avance.
Les myosotis
Je suis un écorché. Un pantin solitaire. Un être difforme et différent qui s'accroche désespérément . Et mon cœur est à nu. Je suis celui que l'on malmène, celui que l'on toise avec désinvolture, celui que l'on bouscule, celui que l'on dépossède de lui-même. Simplement peut-être parce qu'il rappelle aux autres combien ils sont vils, combien ils sont futiles. Les autres sont pleins de vie, de cris et d'arrogance. Les autres sont plusieurs, ils chahutent ensemble. Moi, je ne suis personne et n'ai personne à moi. Ma vie est en morceaux.
C'est la rentrée des classes. Ils hurlent et gesticulent, ils sentent les vacances et la résolution. Ils sentent l'espérance et la dissipation. Je sais que désormais l'enfer est à mes trousses. Une année toute entière à subir leurs sarcasmes. Je sais bien qu'ils m'exècrent, je sens qu'ils me tolèrent. Moi, l'attardé, le maladroit, qui ne répond jamais.
Mais cette année pourtant quelque chose a changé, quelqu'un me considère avec aménité. Elle est douce, elle est belle. Elle a vu ma faiblesse. Quand un grand m'a poussé, elle s'est courroucée. Ses petites tresses ont dansé de révolte. Elle m'a regardé, m'a souri, m'a conduit à ma place. Et depuis, j'attends, j'attends chaque jour de la revoir. J'attends l'instant où elle va me sourire. Elle est un peu rêveuse, un rien mélancolique. Elle met souvent des robes à fleurs. Des robes de soleil et de myosotis. Et moi aussi je rêve, je nous vois tous les deux dans un grand parc joyeux. Celui qui est sur l'affiche. Oh, je vois bien moi que les autres l'agacent, avec leurs réponses stupides et leurs jeux dégoûtants ! Parfois elle soupire. Quand elle se retourne, elle me regarde moi, moi qui suis relégué dans le fond de la classe, dos au mur.
Aujourd'hui, c'était le grand jour. Je l'ai tant attendu ce jour ! D'un pas résolu, elle s'est avancée vers moi, m'a regardé avec insistance. Moi, immobile et muet, j'avais l'air bien stupide. D'une voix douce, posée, elle a murmuré quelques mots, et je me suis senti transporté, j'ai manqué chavirer. Oui, elle a pris mon cœur. Elle l'a tenu un instant dans ses deux mains aimables. Et j'ai bien vu que j'étais tout à elle, à elle tout entier. Elle peut tout me prendre, fouiller au plus profond de moi, me dépouiller de tout mon être, me vider, me désosser, me manipuler, me mélanger, me retourner, me malmener, et puis m'éparpiller comme pétales au vent. Elle a tout pris, J'en suis demeuré tout remué, pantois mais soulagé de mon inconsistance. J'étais enfin quelqu'un d'autre, quelqu'un que l'on considérait avec curiosité. Et puis, comme dans un rêve, tout s'est remis en place. Le cours était fini, les autres étaient partis et je me suis retrouvé dans ma solitude. Tout s'est éteint autour de moi.
Mais je sais bien qu'un jour, elle s'avancera à nouveau et qu'elle m'emportera pour de bon, qu'elle me décrochera de ma prison d'acier, qu'elle m'emmènera hors du labo de sciences. Les petites fleurs sages de sa robe d'enseignante glisseront doucement sur l'herbe dans le parc.
Je suis un écorché et j'attends en silence.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Sinon, j'aime. Je n'ai pas le temps pour un commentaire détaillé (je voulais surtout te donner ce conseil de changer ton intro), mais ça glisse bien, c'est joli.
Le "Et mon coeur" me semble un peu un point d'achoppement dans le premier paragraphe, au sens où il brise le rythme sans créer un effet suffisant (mon avis spontané).
Je ne suis pas sûr de l'usage direct de "attardé" non plus, sous-entendre que c'est le sous-entendu serait peut-être mieux ; et puis ça colle assez mal à l'écorché.
Il y a aussi des espaces en trop : "s'accroche désespérément" et à un autre endroit que je ne retrouve plus.