Salut lecteur !
Ce texte est dans la même vibe que Entreprendre (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=19185.msg308686#msg308686). Tu peux y voir les réflexions d'une jeune femme, à peine plus qu'une gamine, qui découvre certaines réalités et essaye d'y mettre des mots.
Et comme pour Entreprendre (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=19185.msg308686#msg308686), tu dois bien comprendre, lecteur, que les années passent (nous sommes en 2025) et que je ne reviendrai plus sur ce texte. Cette réflexion, pour garder toute sa force, doit rester telle qu'elle est. Je l'ai écrite il y a bientôt dix ans ; j'ai vieilli, mes expériences se sont accumulées, et je ne me retrouve plus dans ce texte.
Une bonne lecture à toi !
Dernière réécriture : 2016.01.06
UN MOT. SIMPLE. DANGEREUX.
Un mot.
Un mot tout simple.
Un mot que tout le monde connait.
Un mot que tout le monde vit.
Un mot fourbe.
Un mot dangereux.
Un mot qui entraine ses victimes dans son cercle vicieux.
A chacun son rituel, toujours le même, qui conduira fatalement à la chute tant attendue mais si prévisible.
Prenons l’exemple de cet homme.
Il attend impatiemment son train, celui de 8h22. Il arrivera, il le sait, avec une minute d’avance et repartira avec deux de retard. Alors, il attend, clope en main, que l’immense machine de fer soit annoncée. Pour lui, ce n’est rien d’autre. Un quai de gare sale et gris. Un train. Ce qu’il se prépare à retrouver chaque matin en quittant sa fille à la crèche. Sa petite Dorothée qui pleure en le voyant partir, parce qu’elle veut rester avec son père. Mais ce sont des larmes quotidiennes, à peine coulées de ses yeux embués. Car dans ses yeux, dans leurs yeux, il n’y a plus ni surprise, ni étonnement. Même lorsque la voix féminine dont il connait chaque facette, qu’il connait mieux que celle de sa femme, le prévient de son timbre monotone que le train aura du retard. Combien de temps ? C’est intéressant. Mais quelle importance, finalement. De toute façon, il n’a pas d’autre train à prendre. Et sa journée ne sera composée que de ça. Une suite de péripéties dont il connait les moindres variations, les moindres détails pour les avoir vécu cent fois, mille fois.
Cette jeune fille aussi. Enfant souhaitant être femme, son esprit a besoin de se cantonner à ses habitudes. Elle ne lutte même plus contre elles. En entendant le retard de ce train de malheur, elle appelle sa copine. Toujours les mêmes mots : « Ouais, salut, c’est moi. Ouais, bien, bien. Bon, euh… mon train aura du retard. Je te jure, ils pourraient le mettre officiellement à 8h30, au moins, il serait à l’heure. Ouais, bon, tu m’attends, tu m’oublies pas comme hier, hein ? Ouais, je sais, y’avait Anto, mais quand même, c’était pas cool. Ouais, on se voit tout à l’heure. Bisous, ma best. »
Ma best… Qui dit encore « ma best » aujourd’hui ? Une habitude, sûrement. Alors, elle sort sa brosse et commence à peigner ses cheveux indisciplinés. Sa brosse de secours, toujours rangée dans son sac. Cette première tâche finie, elle sort une trousse bariolée. Lorsque son visage est bien maquillé, le train arrive. Parfait timing. Comme chaque matin. Elle râle, mais elle est bien contente de faire ce travail quotidien sur le quai stable. Alors, elle s’avance avec les autres et s’agglutine parmi eux pour pouvoir entrer. Avoir sa petite place.
Et comme chaque matin, elle croise cette femme bien coiffée, bien habillée, prête à une journée de travail. Toujours la même. Elle regarde sa montre, inspire et court. Avec ses beaux talons. Et risque de tomber. Comme toujours. Mais elle court. Et voit son bus partir sous son nez. Alors, elle attend le suivant, l’air exaspéré. Elle le sait pourtant qu’elle devrait partir plus tôt. Mais, elle aime ce petit moment où elle profite de son café en écoutant la musique qu’elle veut. Alors, elle oublie de partir. De prendre un train d’avance, des bus d’avance, et de ne pas arriver essoufflée au travail. Et court. Et maintenant, elle est malade. Son café, si bon, se retourne dans son estomac secoué, presque prêt à s’étaler sur le sol gris. Après quelques minutes, elle aperçoit le véhicule, déjà blindé de monde.
Dedans, il y a presque comme toujours – un bus reste moins précis qu’un train – la grand-mère avec sa charrette qui se dirige vers le marché, le groupe de collégiens qui révise son cours d’anglais, d’histoire, de français ou de maths, les autres travailleurs, en costume ou en jean, en baskets ou mocassins.
Et puis, il y a cette fille…
Frêle et délicate créature que le monde oublie, elle fait partie de ce flot de gens et pourtant elle cherche désespérément à s’en dissocier.
Pour elle, chaque matin se doit d’être une nouvelle aventure : malgré une chute inévitablement identique à la précédente, elle s’assure que le déroulement diffère.
Tellement plus rafraîchissante !
Ne pas savoir ce que son esprit tortueux peut décider. Peut-être fera-t-elle comme hier.
Hier, elle voyait cette demeure insolite parmi les immeubles, avec ses murs de pierres et ses rambardes fleuries.
Et elle rêvassait. Elle s’imaginait entrant en ces lieux, vêtue d’une longue robe blanche, ses pieds nus frôlant à peine le sol.
Elle était semblable à ces fantômes dont elle lisait les histoires. Ou plutôt à ces jeunes filles qu’ils aimaient séduire. Elle se laissait entraîner par une voix grave et sensuelle ou par un violon envoûtant.
Le jour d’avant, elle voyait les passants, tous si semblables. Ils avançaient dans la rue avec monotonie. Alors, elle les voyait autrement, rendait chaque mouvement insolite. Leurs costumes se transformaient en redingotes. Leurs bras métalliques bougeaient de façon saccadée.
C’était bien plus intéressant ainsi.
« Clairefontaine »
Elle voit les gens se préparer à descendre. Mais le feu passe au rouge. Et les gens pestent.
Elle allait bientôt devoir descendre. Allait-elle le faire à cet arrêt ? Elle pouvait très bien attendre le suivant. Ou même celui d’après.
Mais, elle aimait bien marcher. Et sentir l’odeur de la boulangerie de bon matin.
Oh oui… un croissant, ce matin. Ce serait bien. Ou peut-être une autre viennoiserie.
Et ensuite, elle avancerait vers son destin comme une héroïne, profiterait de cette dernière pitance.
Et le quotidien, son bourreau, l’attendrait, accompagné de sa complice de toujours, l’habitude.
Ou alors, elle attendrait et profiterait de l’arrêt suivant pour espérer apercevoir quelque chose d’inattendu. Et laisser son esprit divaguer Lutter. Contre ce cercle vicieux qui souhaite s’imposer à elle.
A moins qu’elle se contente du plus simple trajet jusqu’à sa destination.
Peut-être. Peut-être pas. Subir. Choisir.
« Clairefontaine »
La porte s’ouvre et…
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
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En fait, je voulais vraiment différencier les parties du texte :
Les premiers personnages sont bien cadrés (d'où le texte en justifié) dans leur routine. La dernière doit attirer l’œil, qu'on se centre sur elle (en fait, j'avais essayé de laisser aligné à gauche, mais j'ai pas accroché à la prévisualisation).
Ce qui fait que soit je continue sur mon idée de changer la forme, soit je récupère chaque conseil que toi et Barnacle m'avez donné et j'en fais quelque chose de plus sobre dans la forme. Je ne sais pas trop...
Par contre, pour ce qui est de l'énonciation de la station, oui, je pense le préciser. C'est vrai que ça peut porter à confusion.
En tous cas c'est courageux de ta part de reprendre ton texte :)
Je remarque que depuis quelques posts, je dois donner une impression de personnes assez directive et je m'en excuse (Blue face si tu lis ça lol je pense à mes dernières interventiosn sur tes textes ^^ ). Ni vois pas de mal de ma part, je garde encore certains réflexe d'avant du coup ça donne ce ton un peu "encadrant" ><
Mon but n'est pas là, je me fais plaisir à lire des textes et a donner mon avis dessus car j'aime l'idée de "participer" à quelque chose. Libres à toi de prendre mon avis et d'en faire ce que tu veux :)
Merci :) t'inquiète pas, je suis capable de reconnaître quand on me donne un conseil et quand on cherche à "m'encadrer" :P donc, je prends ton avis comme un conseil de lecteur à auteur :) et ça fait toujours plaisir d'en recevoir.
Et, pour le coup, je crois qu'on peut remplacer le courage par la folie ^^.
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@Barnacle
Déjà, merci d'être repassé lire et corriger cette chose que... je me répète ^^. Par contre, je me rends compte qu'il y a plus de corrections pour ce deuxième texte. C'est fou, ça ;) ! C'est parti :D !
Il attend impatiemment son train
Le choix de l'adverbe est intéressant, en contraste avec la suite.
Vraiment ? Je voulais qu'il fasse contraste, mais je ne pensais pas que ça le rendrait intéressant. C'est plutôt flatteur ^^.
Une suite de péripéties dont il connait les moindres détails pour les avoir vécu
"variations" plutôt que "détails", peut-être ? Ca me semble plus réaliste. Tout dépend d'à quel point tu veux forcer le trait.
Et "pour les avoir vécus/ues"
Pour cette phrase, je voulais donner l'image d'une journée de travail, suivie d'une soirée à la maison : une suite de péripéties dont il connait... "les moindres variations" accentuerait à cet aspect vraiment travail tandis que "les moindres détails" offre une vision plus large.
Et je dirais "vécus", mais je ne peux pas être certaine.
Bien qu’elle soit encore un peu une enfant
"encore un peu" est un peu maladroit à mon goût.
Je ne savais pas trop comment le formuler :-[. Je voulais l'image d'une adolescente proche de la majorité, donc finalement, plus tout à fait une enfant mais pas encore tout à fait une femme. Je vais y réfléchir et verrais si une autre tentative passe mieux.
Qui regarde sa montre, inspire et court
Techniquement correct, mais ça sonne étrangement quand même.
Pour cette remarque-là, je pense qu'il s'agit du point de vue. Personnellement, je regarde l'heure pour voir le temps qui défile (celui qui me passe sous le nez comme celui qui me reste), j'inspire à fond pour me donner du courage (et du souffle :D) et je cours !
Toujours la même. Qui regarde sa montre, inspire et court. Avec ses beaux talons. Qui risque de tomber. Comme toujours. Et pourtant, elle court.
Le "Qui risque de tomber" trébuche un peu, justement.
Je comprends que c'est une reprise de "Qui regarde" mais il y a eu deux points entre, du coup malgré l'accord je m'attends spontanément à ce que soit "talons qui" (risque de la faire tomber)
Une idée : au lieu de reprendre le qui, reprends le toujours (comme tu le fais déjà un peu).
Combine "Qui risque de tomber. Comme toujours." en "Toujours le même risque de tomber" (par exemple).
En l'état, je trouve le jeu de reprises (qui, toujours, et) un peu bancal, et les phrases un peu trop hâchées.
C'est moi qui vais trébucher à force que tu vois tout comme ça ;) ! Je dis ça, mais ça me plait d'avoir quelqu'un qui rattrape mes gamelles :D.
Soyons sérieux : je suis d'accord pour dire que l'idée est bancale, mais n'est-ce pas là tout le jeu de ce passage, finalement ? Lorsqu'on court avec des talons, on est bancal, notre respiration hachée par la course, constamment en train de se concentrer pour ne pas tomber, parce que les talons hauts pour aller au travail, ce n'est pas pratique.
Donc, je verrais pour être moins bancale, mais je vais tout de même essayer de garder l'effet.
il y a presque comme toujours – un bus reste moins précis qu’un train
Pas sûr de comprendre. Moins précis ?
(et techniquement tu ne fermes par ton incise après "train", donc niveau syntaxe c'est pas idéal ; même si je fais pareil des fois donc je ne sais pas si je peux critiquer)
C'est une constatation personnelle :
Quand je montais dans le train (pour mes examens, par exemple), je retrouvais toujours les mêmes personnes. D'ailleurs, je retrouvais les mêmes personnes sur le quais, qui attendaient toujours au même niveau, et une fois dans le train, je retrouvais les mêmes personnes qui étaient déjà dans le train de base.
Par contre, quand je monte dans un bus de ville (ce que j'ai fait ces derniers mois), le fait qu'il soit à des horaires très rapprochés (parfois à deux minutes près) fait qu'il n'y a jamais les mêmes personnes dedans.
D'où le côté "moins précis".
Pour ce qui est de l'incise, je te fais confiance pour la règle, mais je ne vois pas vraiment par quoi la remplacer.
la grand-mère avec sa charrette qui se dirige vers le marché, le groupe de collégiens qui révise son cours d’anglais, d’histoire, de français ou de maths, les autres travailleurs, en costume ou en jean, en baskets ou mocassins.
Si tu cherche un effet d'imprécision pour contraster avec "Et puis, il y a cette fille.", tente de supprimer les articles définis ou de les remplacer par des articles indéfinis.
Je cherche surtout à entrer dans le bus ^^. Le narrateur rentre avec la femme aux talons, observe toutes ces têtes et finalement s'attarde sur l'une d'elles. Il n'y a pas plus d'imprécision que sur le quai, juste trop de monde d'un seul coup. Il regarde plus ou moins toutes les têtes et va s'attarder sur la plus "intrigante".
divaguer Lutter
Manque le point.
En effet ^^. Pas d'excuse, j'ai juste oublié.
Pour la question du texte centré, c'est un peu excessif pour sûr. Je pense que la manière douce serait de n'avoir que "Et puis, il y a cette fille." en centré.
Pour reprendre la question des articles, tu introduis tous les personnages par un démonstratif (ce, cette) - tu peux tenter des jeux de ce côté-là, dire "un homme" etc puis "cette fille".
Et comme j'ai dit, c'est excessif, mais commencer par l'excès et corriger après est une façon de faire, donc tu pourrais pousser dans l'excès : prendre l'intro (que je n'ai pas vraiment commentée parce que je n'en suis pas sûr) et mettre un alinéa de plus à chaque ligne :
a
b
c
d
Ou introduire chaque perso avec leur "nom" ("cet homme") au centre, suivit du texte normalement justifié. Puis quand vient l'héroïne, garde la même structure (centré puis justifié) mais renforce le "cette fille" en "cette fille-là". Série de portraits avec le dernier juste assez accentué.
Mais la question aussi est, à quel point est-elle différente, distincte du reste ? Veux-tu vraiment la distinguer à ce point-là ? (un peu une question d'égocentrisme, aussi)
Je pense que je vais juste reprendre la forme classique du premier texte. En y réfléchissant, je veux la différencier, mais pas de façon aussi exagérée. Donc, je vais me concentrer sur des termes qui la sortiront en douceur du reste du texte. Mais merci quand même pour les idées :).
Et est-elle centrée, ou est-elle justement bousculée à droite à gauche par ce questionnement qui l'habite, avec des moments de repos au centre ? Derrière ce jeu d'innocence, il me semble y avoir une énorme inquiétude, un besoin de rester en mouvement.
Pour cette question, je dirais un peu de deux. C'est une jeune fille bousculée par une routine dont elle ne veut pas forcément, donc d'un côté, elle est... euh, en fait, j'ai pas tout compris la question ;D, mais c'est pas grave.
Je pense que le plus simple serait de dire que je souhaite centrer mon texte sur elle parce qu'elle cherche à sortir de ce quotidien.
Et, en effet, il y a derrière toute cette petite histoire une peur immense plus qu'une énorme inquiétude. Celle de l'habitude, du quotidien, de la routine. Et un besoin de lutter contre ça. Parce que lorsque je l'ai écrit, c'est mon imaginaire qui en prenait un coup, justement à cause de cette routine qui s'installait.
Toujours sur la réflexion sur l'excès, tu as développé en accentuant les traits, en dramatisant plus. C'est un peu la question du fond qui vient se poser, et je ne sais pas trop quoi en dire.
Je sais que j'ai eu une réflexion en des termes similaires quand j'avais dix-neuf ans (il m'en reste des traces écrites), mais je ne sais pas quelles conclusions j'en ai tirées.... J'ai l'intuition qu'une partie de mon inquiétude vis-à-vis de la routine, de la répétition, a eu son propre effet malsain, honnêtement. Mais c'est un peu le truc, je suis devenu le mec qui doit prendre des cachets pour penser clairement, donc je ne suis pas en position de dire aux autres comment mener leur vie.
Je suis d'accord sur le fait que l'inquiétude (et dans mon cas, la peur) par rapport à cette notion de routine a un effet malsain, pour la simple et bonne raison qu'elle me bloque par moments. C'est assez dur à transcrire, mais c'est la sensation que j'ai par rapport à tout ça.
Et tu penses suffisamment clairement pour reprendre toutes mes erreurs ;) alors, t'en fais pas, sans dire aux autres comment mener leur vie, ton avis comptera sûrement pour certains :).[/spoiler]
30.01.2024 : note à la moi de 2015-2016 : Je. Te. Déteste ! :relou: