Je poursuis ma découverte des Brontë en m'attaquant à la troisième soeur, après avoir lu les deux autres.
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Agnès Grey, Anne Brontë.
L'histoire c'est celle d'Agnès Grey (si vous avez des complexes concernant le manque d'inspiration pour les titres, regardez les Brontë et vous n'aurez plus honte :-¬? ), une jeune femme droite, sensée et pieuse. Fille d'un modeste ecclésiastique, elle vit heureuse dans sa famille, choyée sans être gâtée, modeste sans être pauvre. Mais quand elle atteint les alentours de la vingtaine, elle décide de se prendre en mains et de contribuer au pécule de la famille en devenant gouvernante. Elle commence par prendre soin des atroces enfants Bloomsfield complètement ingérables, puis des ados Murray de bonne famille, ce qui l'amène à croiser la route du vicaire du coin, M.Weston, lequel passe sa vie à aller voir les pauvres et les malades et à faire des sermons de ouf à l'Eglise tellement que les larmes vous en viennent aux yeux. Ah oui, sinon il cueille des fleurs, aussi.
Bon, bon bon. Avant de lire Jane Eyre (Charlotte Brontë), je m'attendais à un roman vieillot, assez mièvre et collet monté. J'ai été très surprise de découvrir une oeuvre puissante avec une héroïne forte et des personnages complexes, pas du tout mièvre et, à part quelques envolées lyriques sur la nature, plutôt moderne. Ensuite j'ai lu Les Hauts de Hurlevent (Emily Brontë). Je m'attendais à un roman vieillot, peut-être pas mièvre mais du moins figé dans une tragique histoire d'amour et collet monté . J'y ai trouvé un roman de psychopathes où tous les personnages sont plus cinglés les uns que les autres.
Du coup, forte de cette expérience, j'ai abordé Agnès Grey avec curiosité, en me disant que la troisième soeur ne pouvait pas avoir fait un truc mièvre, vieillot et collet monté.
...Eh ben si. :-\
Je suis profondément déçue.
Alors ça se lit bien, hein. Je l'ai lu très vite et sans déplaisir - même si pour le coup je trouve le style ou les techniques narratives plus vieillottes que les deux autres romans dont je parlais : et vas-y que je fais comme si c'était une histoire vraie, que la narratrice prend la parole pour dire qu'elle coupe des bouts ennuyeux, qu'on se lance dans de grandes descriptions de la nature sauvage et romantique, etc etc. Bon. Soit. Le livre a 160 ans.
Mais l'histoire, les personnages... Non, là y a pas d'excuse. L'héroïne est la Mary Sue du XIXe siècle : elle est douce, réservée, sensés, pieuse (très pieuse), modeste, bonne, généreuse, obéissante. Au début elle est un peu plus attachante, avec son enthousiasme naïf de jeune fille ; mais dès le tiers du roman, on a compris : elle a pas de défaut pour la mentalité de l'époque. Mais bon, même comme ça, son intériorité n'était peut-être pas forcée de se résumer à des jugements moraux sur la jeunesse dorée dévoyée et la bonté des pauvres qui croient en Dieu, ou à des soupirs languissants pour Weston. On a parfois envie de l'attraper par l'épaule et de la secouer en lui disant : "et sinon, tu veux pas faire quelque chose...?". Et Weston, Weston... non sérieux, le gars il passe sa vie à donner aux pauvres et à dire combien il est imparfait et à se trouver dans le dos de l'héroïne quand elle ne s'y attend pas pour la faire sursauter en lui parlant d'une voix grave. Et son intériorité, quant à lui, se résume à celle d'une palourde.
Non, je suis méchante. J'ai pas détesté le livre. J'ai même trouvé le premier tiers intéressant, parce qu'on y brosse un tableau de la vie des gouvernantes à l'époque victorienne. C'est chouette de voir que les problèmes d'autorité des profs étaient déjà les mêmes en 1857 et que quand les parents prennent toujours le parti des garnements, on n'arrive à rien :D Et puis d'avoir un aperçu de cette classe moyenne à laquelle appartient l'héroïne : jusque là, je crois que la plupart des romans que je connais sur le XIXe siècle parlent ou des très pauvres ou de la bonne société. Donc oui, c'était intéressant à lire.
Mais bon, après, c'est quand même diablement cliché et moralisateur. Les riches sont méchants et finissent malheureux. Les pauvres ne sont là que pour être simples d'esprit et qu'on leur donne l'aumône ou qu'on vienne les voir quand ils sont malades pour qu'ils puissent dire combien les deux héros sont bons. Les enfants ingérables ne peuvent pas simplement être pas sympas : il faut qu'il s'amuse à arracher les pattes des oiseaux. Les méchants (qui ne sont pas non plus méchants mais juste, pas gentils) sont de mauvais chrétiens et traitent pas les animaux et chacun incarne un défaut humain.Le bon Weston, lui, ne peut pas être un homme avec des bons et des mauvais côtés, non, il faut qu'il soit angélique et qu'en plus, il finisse avec des sous et une bonne situaion. Non, puis cette scène de fin à l'eau de rose... >< (sérieux, même le coucher de soleil, c'était obligé...?)
Le seul personnage que j'ai trouvé un peu creusé c'est Rosalie Murray, l'une des ados dont s'occupe Agnès. Elle est frivole et manipulatrice, mais en même temps on la sent naïve et capable d'affection réelle, et son ambivalence lui donne un relief que n'ont pas les autres personnages.
Mais bon, dans l'ensemble, je l'ai vite lu, j'ai pas détesté hein, mais je crois que je l'oublierai vite.