Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Ancre le 29 Novembre 2015 à 09:00:40
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Sur le chemin du retour, je ralentis le rythme et me retourne. Cette vaste étendue, les arbres ancestraux plantés au milieu des herbes hautes couchées par le vent, c’est ma terre, que mes pas foulent jour après jour, sculptant dans l’argile la marque de mes empreintes légères, la terre où je suis venu au monde.
Des odeurs fortes s’élèvent du sol, un mélange de feuilles brunes et noircies, putréfiées, gorgées d’eau et de lumière. Un humus généreux, rempli de vie, de grouillements, habité par les esprits. Grâce à eux la chasse a été bonne. La chasse est mon territoire, mon art de vivre. Abie souhaite que je travaille plus souvent à l’atelier. Elle a lancé une nouvelle collection d’outils rustiques. Sa tête fourmille d’idées. Elle dit « regarde nos mains ; elles sont si adroites, si habiles à manier le bois et la pierre, nous valons mieux que cela. D’autres continueront à chasser, mais nous, nous avons ce don ».
Rien ne pourra m’empêcher de courir à travers les plaines et les forêts. C’est dans mon sang, cela coule en moi comme la course riante et rageuse du torrent. Mes jambes se sont épuisées à gravir les collines, à s’enfoncer dans les bois, à suivre le lit des cours d’eau. Mes yeux se sont usés à repérer les traces des animaux, à les observer de loin, de près, à l’abri des rochers, des feuillages. J’ai usé ma patience à guetter leur passage. Mon cœur a battu à tout rompre quand le gibier était débusqué et mon corps résonnait d’une étrange vigueur quand la pointe de mes lances transperçait, déchirait la peau vibrante de la bête traquée, acculée, furieuse.
Mon corps a brûlé toute son énergie à découvrir de nouvelles contrées, de nouveaux sentiers qui ont construit le chemin de ma vie. Des cris captent mon attention, je ferme les yeux, cherche à discerner le chant des oiseaux, la trille mélodieuse du caquètement jacasseur. J’hume l’air à la recherche de fragrances animales. Cette terre est en moi et je suis en elle et pourtant je sens qu’elle me porte comme son fils.
Arrivé au camp, je dépose les armes dans le patio, Lice, ma fille, accourt et me saute dans les bras. C’est encore un poids plume. « Je t’ai vu de loin sur la route. Tu as ramené quelque chose ? » Je lui montre mes belles prises emplumées. Aussitôt elle détale avertir sa mère « Maman, maman ! Papa est de retour ! »
Abie apparaît, tout sourire. « Ah Lomo mon beau guerrier, combien tu m’as manqué ». Elle pose ses mains caressantes sur ma peau durcie au soleil, aux reflets de bois sombre.
Ses doigts habitués à manier les pierres pétrissent mes muscles. Ses yeux marrons sous les sourcils épais me scrutent comme si elle voulait me sonder à l’intérieur, deviner les images collées en moi. Une chaleur bienfaisante se diffuse dans tous mes membres. Elle prend par la main et m’invite à prendre place autour du feu où je reprends des forces.
Plus tard, le cœur apaisé, nous contemplons le ciel où le disque du soleil décline et vient mordre l’horizon, blessant l’azur d’un rouge flamboyant. Nous plongeons dans les lueurs du couchant au chant des grillons, baignés de couleurs de brique chaude et de latérite. Une vibration enivrante parcourt ma poitrine, comme une évidence, une certitude, je suis bien le fils de cette terre et en même temps le père de tous ses enfants. Une si grande fierté.
Nos amis dans le village nous désignent ainsi, la famille, la famille des hommes, Lomo, Abie, Lice.
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Tu écris toujours pas mal par deux petites touches successives, mais il n'y a pas eu de moments où j'ai trouvé ça gênant ce coup-ci.
En contre-partie, je trouve le récit moins fort, moins prégnant que ton texte précédent (Au bord de). En partie parce que c'est plus un récit et moins une scène... Mais il y a toujours de belles choses individuelles, notamment la relation narrateur-Terre.
Et la chute... Je ne sais pas honnêtement. Pour moi, c'est un mauvais jeu de mot plus qu'une révélation ; ça n'apporte pas une lumière différente sur le reste, mais ça le brise presque. Un peu comme "ahah, c'était une blague, je vous ai bien eu". Je trouve ça dommage, et même endommageant.
Quelques notes sinon :
un mélange de feuilles brunes et noircies
Il y a probablement un meilleur mot que "mélange".
D'ailleurs, de manière générale :
Des odeurs fortes s’élèvent du sol, un mélange de feuilles brunes et noircies, putréfiées, gorgées d’eau et de lumière. Un humus généreux, rempli de vie, de grouillements, habité par les esprits.
Je comprends un petit peu l'idée de glisser du "noircies, putréfiées" au le "rempli de vie", mais si tu avais une intention spécifique derrière ça, c'est beaucoup trop subtil dans le texte final. C'est plus une juxtaposition de deux choses contradictoires que la peinture d'une sensation contrastée.
Cette terre est en moi et je suis en elle et pourtant je sens qu’elle me porte comme son fils.
Pourquoi "pourtant" ?
Elle prend par la main
me prend
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J'aime bien tes commentaires, cela éveille toujours ma curiosité, tu as une lecture curieuse des choses. Je n'ai pas d'intention particulière avec mon style, je suis un sensitif, le mot émotion ne me laisse pas indifférent, j'aime bien me glisser dans mes propres ressentis, mes fractures.
Le "pourtant" est un "portant", juste pour dire un contraire.
Reste toi-même.
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Un petit périple sur la terre aimée. Une relation charnelle avec un petit territoire qui évoque le nid, qui rassure et qui en ces temps mouvementés prend tout son sens. J'aurais écrit "sculptant dans l'argile la marque de leurs empreintes"
A une autre fois
Véronika