Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Georges Cloné le 15 Novembre 2015 à 19:01:54
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Il est 9 heures et j’attends des amis, assis à la terrasse d’un café. Oui, à Paris, en cette mi-novembre, il fait inexplicablement doux. Le réchauffement de la planète pour les nuls. Ce doit être ça, quelques jours avant l’ouverture de la COP 21...
Je fume une de ces saloperies de cigarettes électroniques, pitoyable énième tentative de mettre fin à quinze ans de tabagisme. Ouais, ça me paraît déjà mal barré : je me suis décidé à en acheter une la semaine dernière et déjà j’ai envie de fumer. Une « vraie » cigarette, avec sa nicotine, son goudron, son acétone, son ammoniac, son arsenic, son plomb...
J’ai commandé un demi de bière blonde qui m’attend sagement sur la petite table ronde devant moi. Je suis bien, les jambes allongées loin et les pointes de mes santiag’ empiétant sur le trottoir.
Je regarde distraitement les autres clients du bar, prêtant une oreille indolente aux conversations des tables voisines. Deux femmes asiatiques commentent en anglais leur journée de visites et d’emplettes. Trois jeunes filles descendent en flèche l’ex petit ami de l’une d’elles ; ou des trois, je ne sais pas trop. Un vieil homme écluse des ballons de blanc plus vite que le serveur essoufflé ne peut le ravitailler. Un couple âgé se tient par la main, je ne peux voir le visage de la femme mais l’homme arbore un sourire doux et paisible. De profondes rides sillonnent son front, les pattes d’oie au coin de ses yeux gris pâle rivalisant avec les commissures de ses lèvres à peine relevées.
Sa tête part brusquement en arrière avant d’éclater comme un fruit trop mûr, puis une détonation puissante résonne tout près de moi. M’assourdissant instantanément. Les bouches des trois filles s’ouvrent sur des hurlements que je ne puis entendre alors que le corps du vieil homme n’a pas encore touché le sol.
Médusé, j’aperçois à trois mètres de moi un homme debout, jambes écartées, une arme menaçante balayant la terrasse. Dans la pénombre, je distingue ses yeux noirs et fous qui plongent dans les miens. Son fusil d’assaut décrit un léger arc-de-cercle pour venir se positionner face à moi. Une petite ouverture circulaire d’où va jaillir ma mort.
Eh bien, je crois que je vais arrêter de fumer, en fin de compte.
Connards.
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Bonjour Georges,
C'est un texte troublant, déroutant.
:neutre:
On espère jusqu'à la fin que le narrateur ne fera pas partie des victimes, tant la scène est réaliste. C'est bien écrit.
Merci pour cet instant de vérité.
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Bonsoir Georges,
Je suis en vérité incapable d'écrire sur ce qui vient de se passer à Paris, à un quartier de chez moi.
J'étais dans le métro, tu sais, juste en dessous, juste en dessous...
Toi, tu y arrives .Et ton texte me donne envie de pleurer.
J'ai pas peur : demain, je retournerai aux terrasses des cafés, y voir ces scènes que tu décris si bien.
Parce que c'est ma vie.
Connards.
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Salut Georges,
bien écrit ce petit texte.
Et oui, Connards !
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Merci.
Et, oui, connards !
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Salut !
J'avoue que je n'avait vraiment pas envie de lire un texte sur le sujet, mais le tien a su attirer mon attention et la garder.
C'est court, bref mais intense. L'idée sur le fumeur est bien menée. J'ai bien aimé.
Seul détail de forme qui gêne un peu mon esprit tordu : comme je le comprends, le narrateur est sur le point de mourir et il n'a vu qu'un seul homme. Il ne sait rien des autres assaillants et il devrait penser "connard" au singulier. Mais on est bien d'accord : connards...
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Pas facile d'écrire sur l'actualité... Tu t'en es très bien sorti.
Honnirique ton commentaire est très intelligent, je n'y avais pas pensé mais maintenant ce "s" m'obsède à moi aussi...
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Il en a peut-être aperçu plusieurs autour de lui avant de mourir. Lui-même ? L'alcoolo ? Les trois filles ? D'autres tueurs ? Le lecteur peut-être ? Nous sommes tous pluriels. Cette place libre dans le pluriel, je vais essayer de ne pas l'occuper trop souvent. Prière de ne pas réveiller le con qui sommeille en nous.
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Ce texte...juste merveilleux.
J'en ai eu des frissons, et je n'exagère. C'est toujours dur d'écrire sur l'actualité et toi tu l'as très bien fait.
Et avec une petite touche d'humour à la fin qui plus est !
Franchement formidable !
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Merci à tous et toutes (toutes et tous ??) pour vos commentaires zéclairés.
Fallait-il un s à connard ? J'ai préféré, car il y en a beaucoup d'autres ailleurs (hélas).
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C'est très bien décrit, très réaliste, on ne s'attend pas à une telle chute quand même. En fait c'est comme si la scène nous paraissait lointaine quand on a lis, comme si le gars de la scène était un peu détaché de la réalité avec sa cigarette.
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Trois jeunes filles descendent en flèche l’ex petit ami de l’une d’elles ; ou des trois, je ne sais pas trop.
:D
Waw la chute :coeur:
Joliment mené, le basculement est aussi réel qu'il pourrait l'être :/
Merci pour cette lecture :)
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Quand on veut tirer dans le tas et faire un maximum de victimes, on prend une arme automatique, et on tire par rafales. On ne prend pas le temps de viser soigneusement la tête de chaque victime une par une.
La détonation vient en même temps que la mort, il n'est pas à trois kilomètres avec un sniper, le gars. Donc pas de tête qui explose, "puis" une détonation. D'ailleurs la tête ne part pas en arrière, "puis" explose, ce sont les deux en même temps. Je te dirais même qu'une arme à feu ne ferait pas "exploser comme un fruit trop mûr", pas assez puissant pour ça, mais je ne suis pas expert en arme à feu, donc j'accorde le bénéfice du doute.
Le narrateur est assourdi, et une tête vient d'exploser devant lui. Je crois que les deux combinés, il n'a pas vraiment l'esprit à se préoccuper de la bouche des trois demoiselles, il est plutôt focalisé sur l'évènement principal. Si on veut parler de détails anodins pour ponctuer un moment dramatique, on prévoit en prenant un point de vue de narration plus extérieur, pas un "je".