Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Guaeris le 20 Septembre 2015 à 12:54:54

Titre: Invisible (début)
Posté par: Guaeris le 20 Septembre 2015 à 12:54:54
Invisible :
     
On peut entendre résonner entre deux couloirs du métro parisien les notes douces et cristallines d’un accordéon. Comme en suspension dans l’air sale de la gare du nord, elles parviennent jusqu’à nos oreilles et pénètrent nos esprits pour y laisser une trace fossile aux accents russes. Entre son bonnet et sa barbe de neige, les yeux de Vladislav se déplacent des touches aux passants, des passants aux touches avec l’espoir presque caduc que l’un de ses hommes, sans visages, et à la démarche rapide, puissent un jour le remarquer. Ses doigts gelés, couverts par de noires mitaines, se posent sur les touches de cet accordéon, vestige unique de son passé.

Loin des rues de glaces de Sotchi, à des kilomètres de sa maison maintenant détruite, et coupé de son glorieux passé, il se laisse porter par les mélodies de son enfance en jouant d’un geste devenus machinal.

Il était 6 heures quand Vladislav se leva de son trône de misère pour remonter les escaliers du métro jusqu’à la rue, bruyante, aux odeurs d’essence et aux pavés de pétrole. C’était une journée froide, une fin d’automne,  une de ses journées ou l’on pouvait voire à travers la brume les lumières indistinctes des lampadaires s’éteindre. Après une demi-heure de marche, il atteignit la boulangerie de Monsieur Faussard, un homme généreux, l’un des seuls.   C’était les mots qui lui venait en tète lorsqu’il s’asseyait difficilement devant ce petit bâtiment dont l’allure misérable n’était que renforcé par sa présence. Monsieur Faussard était un homme pauvre, qui n’avait, selon ses dires, « pas les moyens d’accueillir tous les nécessiteux que le monde avait frappé ». La dure loi du vingt et unième siècle. Alors, Vlad jouait, encore et encore, ses doigts épuisés étaient poussés par l’énergie du désespoir. Et durant une demie journée, il était là… invisible aux yeux des passants, ces personnes fantômes, sans visages, et à la démarche rapide.
Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: Alan Tréard le 20 Septembre 2015 à 16:21:49
Bonjour Guaeris,
C'est le premier texte court que je lis de toi, et c'est sûrement ce que j'ai le mieux assimilé de toi. Tu n'en as pas l'air, mais tu as énormément d'idées et d'énergie !! Tu fais références à des vérités inconnues, à des paroles oubliées.
C'est comme si tu voulais donner la parole à une majorité muette à travers cette description simple et très ciblée. C'est très engagé. Tu nous montres un seul personnage, or tu veux sincèrement les montrer tous.
J'ai une petite question pour toi :
Crois-tu que ce texte parle de tes inquiétudes ? Ou est-il plutôt un discours réfléchi qui nous pousse à agir ?
Autrement dit : quelle place donnes-tu à la vérité ? Est-elle un moteur d'écriture ou bien une aspiration à atteindre ?
Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: Guaeris le 20 Septembre 2015 à 19:04:22
Merci à toi pour ton commentaire, je ne saurais pas répondre à ta question, je ne l'ais pas réellement compris.
Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: Alan Tréard le 20 Septembre 2015 à 21:03:37
Ma question ? Je te demande si tu abordes un sujet important à tes yeux, ou si tu parles simplement, sans revendiquer quoi que ce soit...
Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: mythiris le 20 Septembre 2015 à 22:43:00
Bon début. Dans le premier paragraphe, c'est la première fois que je pense d'un texte que le style et le texte tout entier reflète le contenu évoqué. (Pour moi, froid, militaire, ... ) Je ne sais pas si ton texte le montre ou si c'est moi qui le voit. Ça me l'a fait un jour, dans le métro. J'avais l'impression surnaturelle que tous étaient merveilleusement habillés. Ou quand on croise une déesse qu'on examine sans pouvoir lui trouver de défaut.

Je suppose que tu peux prendre ça pour un compliment et une invitation à poursuivre.

J'ai relevé, sans que cela affecte mon opinion sur le texte
sans visages, et à la démarche rapide, se retrouve deux fois

sans visage
vestige unique de son passé fait peut-être doublon avec coupé de son glorieux passé
rue bruyante,
devenu
où l’on pouvait voir
tête
renforcée

une de ces
demi-journée ?


Faussard, Faussard ...
Comme c'est  étrange. Pourquoi s'appelle-t-il Faussard, Faussard ?

Ensuite ? :)

Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: Gabriel le 20 Septembre 2015 à 22:57:36
Bonjour,
J'aime beaucoup les deux premiers paragraphes. En peu de mots, nous sommes dans ce métro, dans cette ambiance de solitudes. Nous cernons déjà ce personnage, presque son histoire.
Ensuite, je suis un peu resté sur ma faim. J'ai envie d'une suite, mais c'est peut être prévu (début ?). Question bête, mais je viens d'arriver sur le Site et c'est ma première lecture. Je ne connais donc pas encore les subtilités du fonctionnement.
Bien à toi
:-)
Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: CoraL le 21 Septembre 2015 à 15:58:25
Bonjour Guaeris,


J'ai beaucoup aimé ta description du métro, tu as réussi à créer toute une ambiance et une vraie émotion.

Comme Gabriel, je suis restée un peu sur ma faim pour la chute, comme si le texte n'étais pas terminé. Peut-être est-ce voulu et prépares-tu la suite?  ;)

Très joli petit texte en tout cas  :)
Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: Guaeris le 21 Septembre 2015 à 16:05:25
J'ai parlé de ce sujet car cela me tenait à cœur, pour la suite, oui j'en prépare bien une, c'est pour cette raison que j'ai nommer ce texte "Invisible(début)"
Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: Alan Tréard le 21 Septembre 2015 à 16:25:18
D'accord Guaeris, tu as donc écrit un texte engagé, c'est une grande qualité.
Nous attendons la suite avec impatience !
Titre: Re : Invisible (début)
Posté par: Freewor-l-ds le 21 Septembre 2015 à 19:16:16
En quelques mots, tu poses le décor et tu me fais m'attacher à ce Vlad. J'attends la suite également :)