LES MURS ONT DES OREILLES
CHUT !
Le monde est secrets
Dévoilez-les.
Partagez-les avec le monde.
Un nom, un âge, un lieu, quelques lignes de confessions.
Et votre indiscrétion est en ligne.
Les sons de la nuit s’introduisaient dans le salon, par les portes fenêtres restées grandes ouvertes. Cette nuit était chaude, l’une des plus étouffantes de l’été. Séville suffoquait. Un cri retentit, loin, étouffé par la distance et les sons de la matinée qui naissait. Les ombres nocturnes s’effaçaient doucement, calcinées par les premières lueurs de l’aube.
Le chat sauta sur le lit, sans un bruit. Souplesse féline incarnée. Il brava les replis de la couette, chevaucha une, puis deux jambes et gravit le torse nu de son maitre jusqu’à venir se lover dans son cou. Il était l’heure, à trois heures près, de se lever et d’agiter le paquet de croquettes. L’animal se mit à ronronner voluptueusement. Ce ne fut pas lui, cependant, qui réveilla Juan.
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Alejandro, 10 ans et Camilla, 7 ans.
18, Calle Colibri, Sevilla.
Le mensonge est un véritable jeu d’enfants. Camilla a d’abord pensé que son frère s’était mis du ketchup sur le t-shirt. Elle avait trouvé ça rigolo. Alejandro avait alors posé l’infernal jouet en métal. Ce genre de jouet adulé des adultes, capables de cracher le feu et la mort en même temps. Alejandro respirait fort. Il s’était écroulé par terre, suppliant sa sœur de ne rien dire à leur père. Ou à leurs mères.
Camilla, le Veilleur te voit.
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Une vibration ébranla sa table de nuit. Il ouvrit les yeux instantanément, dans un sursaut. La lumière projetée par son téléphone ruisselait sur le mur brut. Juan étira son bras jusqu’à l’attraper, activa l’écran et lut un simple SMS, d’un numéro inconnu.
« Je te vois »
Ignorant le félin amoureusement vautré sur lui, Juan se redressa, les yeux froncés. Dans la pénombre, son regard se porta vers la porte-fenêtre et le balcon sur lequel il s’ouvrait.
Son téléphone vibra à nouveau.
« Enfile un T-shirt. Je veux que tu sois présentable pour ton exécution »
Juan effaça la thèse du canular. Les deux phrases étaient au mot près celles qu’il utilisait avant chaque publication sur Chut !
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Hector, 42 ans & Jamila 27 ans.
18, Calle Colibri, Sevilla.
Hector est quelqu’un de très amoureux et protecteur. Lorsqu’il a rencontré Jamila, deux mois auparavant, il a éprouvé un coup de foudre comme on n’en rencontre qu’une fois dans une vie. Certes, Hector l’a éprouvé dix-huit fois déjà. Mais ses six premières femmes ne lui en tiennent pas rigueur. Le feraient-elles que d’autres marques bleutées s’ajouteraient sous leur robe ample et flottante. Les premières fois, Jamila a crié. Les coups de ceinture font souvent cet effet. Elle avait même espéré que les voisins l’entendraient. Mais ils devaient être sourds ; la musique à tue-tête fait souvent cet effet.
Hector, le Veilleur te voit.
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Juan se leva du lit, ignorant son chat. Il avança jusqu’au milieu de la pièce principale et, se prenant la tête dans les mains, fit les cent pas. Il ne comprenait comment on avait pu avoir son numéro de téléphone. Il avait toujours été si discret, tapi dans l’ombre, un capuchon sur la tête. Il ne s’était jamais déplacé autrement qu’à pied. Il était impossible qu’on l’ait repéré.
Il jeta un nouveau regard aux SMS. Ils étaient sans équivoque. Ils le voyaient vraiment. Si la situation n’avait pas été aussi critique, Juan en aurait souri. Ils jouaient avec cynisme avec lui, en utilisant les procédés que lui-même avait utilisés : des caméras, des sms narquois. Et enfin la publication sur Chut !
Il devait trouver les caméras.
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Damian, 28 ans & Emilio, 21 ans
19, Calle Colibri, Sevilla.
Boum, boum, boum. Toute la journée, toute la nuit. Malgré sa patience infinie, Damian a fini par péter les plombs. Il est sorti de chez lui en trombe, sans prendre la peine d’enfiler un T-shirt et est allé frapper à la porte de son voisin en hurlant. A force de ne pas le voir réagir, il a pris l’initiative d’entrer. Plus que le crachat tonitruant de la musique électronique, c’est l’odeur qui l’a saisi. En entrant dans le salon, il a compris pourquoi Emilio résistait au boum boum incessant. Emilio se fout du volume, il n’entend plus rien. Il gît sur le sol, mort d’overdose. La porte s’ouvre à nouveau et un enfant entre.
Damian, le Veilleur te voit.
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La lampe de bureau, l’ordinateur, la chaise, les lampadaires, les murs, les étagères, les vases… Tout y passa. Lorsque, après quelques minutes, Juan s’arrêta et se rassit sur le rebord de son lit, un capharnaüm indescriptible était répandu sur le sol. Il songea qu’il devait avoir l’air d’un fou à lier. Et qu’il avait peut-être fait tout ça pour rien.
Un nouveau SMS.
« Je n’ai pas mis de caméra. »
La main de Juan se resserra instinctivement sur l’appareil, comme si elle cherchait à le briser. Pourtant, l’auteur des messages savait qu’il était ici, torse nu.
« Je n’en ai pas besoin pour savoir que tu dors sans T-shirt. »
Une boule se logea dans la gorge de Juan. Il savait qui lui envoyait les SMS.
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Felix, 8 ans & Gaël, 11 ans
26, Calle Colibri, Sevilla.
Gaël est un gros mangeur. Il faut savoir entretenir ses bourrelets. Sauf que sa mère n’est pas franchement enthousiaste à cette idée. Du coup, il pique le goûter de Félix. Normal. Ouais. Normal aussi de le rouer de coups tous les jours, tous les matins, tous les midis, tous les soirs juste pour le plaisir. Normal que Félix boîte, ne dorme plus et fasse une crise cardiaque, à 8 ans. Tel père, tel fils.
Gaël, le Veilleur te voit.
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Il fallait absolument qu’il sorte de l’appartement. Il savait qu’en la Veillant, il avait commis une grave erreur. Il en avait été persuadé à la minute même où il avait publié son message sur Chut ! Mais la tentation avait été trop forte.
Il attrapa son t-shirt, l’enfila, chaussa ses Converse et ramassa son sac à bandoulière posé sur la chaise de bureau, avant de s’approcher de la porte de l’appartement. Mais lorsqu’il tenta de l’ouvrir, elle résista. Il tourna la clé, mais elle était déjà tournée à fond. Il essaya à nouveau d’ouvrir, mais elle était bloquée. Même en tirant de toutes ses forces contre la poignée, il n’arrivait pas à l’ouvrir.
Vrrrrrm.
« Tu n’iras nulle part. C’est ici qu’on va en finir avec toi »
Juan se sentait trembler, autant de haine que d’appréhension. Il la maudissait tellement. Il composa son numéro de téléphone mais seules cinq sonneries et la messagerie vocale lui répondirent.
« Qu’est-ce que tu veux ? » lui envoya-t-il par message.
« Que tu souffres. »
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Hernan, 37 ans & Ines, 15 ans
17, Calle Colibri, Sevilla.
Hernan est un bon père. C’est dur d’être père célibataire, pourtant. Dur d’avoir à supporter l’absence de sa femme après qu’elle s’est suicidée. Mais Hernan n’a pas tardé à lui trouver une remplaçante en la personne de sa fille, Ines. Elle cuisine, elle fait le ménage, le repassage et satisfait ses moindres désirs. Jusqu’aux plus tordus. Oui, parce qu’Hernan est un bon père et qu’Inès lui est redevable. Le voisin du numéro 20 n’a qu’à bien se tenir.
Hernan, le Veilleur te voit.
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Juan regarda autour de lui ; il lui fallait quelque chose de très lourd. Il songea d’abord à la chaise de son bureau, mais ce n’était pas suffisant. Il aperçut alors la boule de bowling bleu roi qui trônait sur une de ses étagères. L’un de ces objets qui se fondaient dans son décor, qui sortaient de nulle part et dont il ne se servirait absolument jamais. Ou peut-être juste pour casser sa porte d’entrée.
Il donna un violent coup dans la porte avec la boule. Il crut pendant quelques secondes qu’il s’acharnerait en vain. Puis, le bois commença à céder et, après quelques secondes, un trou béant apparut dans le battant de la porte. Il le traversa et s’enfuit dans le couloir.
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Itzel, 26 ans
20, Calle Colibri, Sevilla.
La lettre était bourrée de fautes. Certains mots prenaient un sens nouveau avec une telle orthographe. Il fallait reconnaître l’effort à sa juste valeur : Hernan, l’habitant du numéro 17, avait quand même pris un stylo et rédigé avec ses termes ce qu’il voulait dire à Itzel. Ce qu’il pensait de son intervention, de ses pseudo-menaces. Par exemple, « j’encule ma fille si je veu » était un parti pris. Tout comme le « encor une foi et je te but ». Mais itzel n’en avait cure. Il s’était confié au Padre Samuel et sa décision était prise.
Hernan, le Veilleur te voit.
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Jamais Juan n’avait dévalé les marches étroites de l’escalier aussi rapidement. Il lui sembla que l’odeur d’urine sèche était plus forte encore que d’habitude. Mais peut-être était-ce simplement parce qu’il avait le cœur au bord des lèvres. Son sac à bandoulière venait frapper ses fesses à intervalles réguliers alors que, s’agrippant à la rambarde centrale, il sautait les marches quatre par quatre. Il se jeta enfin contre la lourde porte, appuya sur la barre qui servait de poignée et jaillit au dehors de l’immeuble, dans la cour carrée, sorte de patio, qui séparait les escaliers de la Calle Colibri. La fraîcheur matinale le cueillit. Mais pas seulement.
Trois personnes l’attendaient impatiemment.
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Joceline, 43 ans & Padre Samuel, 56 ans
16, Calle Colibri, Sevilla.
Le padre Samuel en entendait beaucoup. La haine était ce qu’il avait le plus de mal à supporter. Et quand Joceline Ramirez, élégante, rigide et droite, était entrée dans le confessionnal, il ne s’était pas attendu à ce qu’elle vomisse sa haine pour sa fille de neuf ans, son envie irrépressible de la frapper et lui révèle qu’elle n’était pas la sienne, mais le fruit d’une relation extraconjugale. Le Padre Samuel avait toujours vu Pedro Ramirez comme l’exemple même de la droiture. Il songea que l’horreur pouvait se cacher derrière le visage de l’ange. Comme ce garçon, qui s’asseyait sur les marches de l’église le soir.
Joceline, le Veilleur te voit.
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Il jeta un bref regard en arrière ; la porte se refermait tout juste, dans un écho métallique. Juan réfléchit à l’idée de rebrousser chemin. Pour aller où ? Revenir vers son appartement ? Il avait éventré sa porte. Il n’y serait pas en sécurité. Monter vers le toit ? Et après ? Non, sa seule issue se trouvait derrière Hector Moreno, le grand gaillard aux yeux sombres, à la mine rembrunie et aux bras comme des jambonneaux. Juan jura.
Il réalisa la précarité dans laquelle il s’était mis. Hector était quelqu’un de violent, qui frappait régulièrement ses nombreuses femmes ; Hernan, plus sournois et efflanqué, portait ses accès de colère sur une adolescente ; Julia n’était rien moins qu’une Veuve Noire, magnifique et venimeuse.
Elle avança d’un pas vers lui, son téléphone portable encore allumé dans sa main fine.
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Karim, 17 ans & Leandro, 18 ans
16, Calle Colibri, Sevilla.
Ils sont mignons, tous les deux. Assis sur les marches, se toisant. Un envol de colombes, des premières gouttes d’eau et la brise légère pourraient presque laisser penser à une scène de film d’amour. Leandro essaie de convaincre son amour qu’il n’a pas à prêter attention aux regards des autres. Mais Karim est un dur, un costaud, un tatoué, un gangsta. Pas une tarlouze. Si Leandro le trahit, il le descend. C’est beau l’amour.
Karim, le Veilleur te voit.
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— Tu n’iras nulle part, le prévint-elle.
Il avait envie de rire. Ce genre de geste instinctif qui vaut plus au réflexe de survie. Pour éviter de sombrer dans le désespoir.
— Je ne manquerais ça pour rien au monde.
— Pourquoi tu nous as fait ça ?
Juan s’était posé la question à plusieurs reprises, lorsqu’il avait commencé. Son métier lui permettait de jouer les ombres discrètes, celles qui guettaient en silence. Qui prêtait attention à l’électricien ? Au départ, il n’avait utilisé la messagerie instantanée Chut ! que pour balancer ses impression sur la stupidité de tel ou tel client. Mais son cynisme s’était rapidement emmêlé. Il avait acheté les caméras et s’était mis à les cacher discrètement. Il avait hésité à publier des horreurs comme celles commises par Hernan à sa fille. Mais s’il ne le faisait pas, qui en parlerait ?
— C’est si dur que ça de regarder la vérité en face ? lança-t-il, cinglant.
Hector avança d’un pas. Cette grosse brute avec une noisette en guise de cerveau ne pouvait que mordre à un appât aussi succulent.
— Je t’aimais bien, confia la voix féminine.
— Tu n’aimes personne d’autre que toi.
C’était compréhensible. Julia était le genre de beauté qui irradiait tant que les regards avaient du mal à s’en détacher. Une silhouette magnifique, un regard de braise et une grâce féérique. Et surtout une aura qui attirait tout ce qui pouvait graviter autour. Elle avança encore, jusqu’à ne se trouver qu’à quelques centimètres de Juan. Elle approcha son visage du sien, il pouvait sentir l’odeur enivrante de son parfum de litchi. Ses yeux vert-de-gris le dévoraient.
— Comment tu as su que c’était moi ? la questionna-t-il.
— On m’a payée pour découvrir qui se cachait derrière le Veilleur.
Elle eut un rire vexant.
— J’avoue que j’y ai pris un certain plaisir.
Elle fit courir ses longs doigts pareils à des pattes arachnides sur sa joue. Il éprouva un frisson d’effroi.
— Déshabille-toi.
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Julia, 23 ans & Luciano 36 ans
26, Calle Colibri, Sevilla.
Luciano aime sa femme. Et quand on aime sa femme, qu’on la trompe, on le fait en la respectant. Luciano a des principes. Il a donc pris la plus belle, la plus sexy, la bombe à laquelle personne ne résiste. Oui, sauf que Julia n’est pas tout à fait celle qu’elle parait. Julia est dominatrice. Julia aime les jeux bizarres. Et surtout, Julia s’appelle Julio en vrai.
Julia, le Veilleur te voit.
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Juan la fixa intensément, mais il avait tant de mal à résister à ce regard. Il y voyait plus que la lueur ardente de la nymphomane ; il apercevait la haine sans équivoque dans laquelle ses iris baignaient. Il l’avait meurtrie.
Il fit un pas en arrière.
— Ne m’oblige pas à me répéter.
Elle désigna Hector, dans son dos.
Juan hésita. La boule logée dans sa gorge semblait enfler. Il avait un mal de chien à respirer.
— MAINTENANT ! cria-t-elle.
Juan s’exécuta. Il posa son sac à bandoulière par terre, enleva son T-shirt. Il enleva l’une après l’autre ses Converse ; le sol de pierre était chaud et sale. Ensuite vint le tour de son short. Il se retrouva dans l’aube, en caleçon. Deux hommes et une femme qui n’en était pas vraiment une le regardaient intensément. Jamais il ne s’était senti aussi mal à l’aise.
— Tu oublies rien ?
Juan soupira. Il enleva son sous-vêtement et se retrouva complètement nu. Il n’osa pas regarder Julia. Encore moins Hector ou Hernan ; il sentait une chaleur de malaise exploser en lui. Julia le contourna, sa main posée délicatement sur son épaule. Elle se plaça juste derrière lui ; Juan pouvait sentir son souffle effleurer son épiderme. Hernan bougea et se rapprocha. Ce ne fut qu’à cet instant que Juan remarqua l’objet noir qu’il tenait dans ses mains : une caméra. La diode luminescente rouge se mit à clignoter et il devina qu’il avait commencé à tourner.
— Pourquoi tu fais ça ? demanda Juan, humilié.
— Tu as besoin d’une bonne leçon. Julio va te l’administrer.
La douceur des mains de Julia mua en férocité. Elles s’agrippèrent aux épaules de Juan et le penchèrent de force vers l’avant. La position était très inconfortable mais la poigne de la femme s’efforçait de maintenir Juan ainsi. Il entendit le cliquetis caractéristique d’une fermeture éclair, des bruissements de vêtement et, l’instant suivant, une douleur incommensurable le saisit. L’humiliation par la douleur.
Le tout filmé.
Une première larme roula sur la joue de Juan.
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Julia, 23 ans & Juan 25 ans
23, Calle Colibri, Sevilla.
Je ne t’oublierai jamais.
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Juan, la trans te voit.