Bonjour,
Voici un nouvel essai. Un texte plus long, sur une thématique "science-fiction", dont j'ignore encore la fin, et qui se décomposera en plusieurs parties.
Je ne suis vraiment pas sûr de moi par rapport à pas mal d'expressions, de tournures, etc. Alors n'hésitez vraiment pas à vous exprimer sur le fond comme sur la forme ! ;)
TANAKA PRIMETIME MURDER SHOW
1ère partieIl avançait lentement, seul, dans le tunnel aux murs bleus métallisés. Une série d’ampoules à led éclairait le couloir. Etait-ce la lumière qui était bleue, et les murs blancs ? Ou les murs bleus et la lumière blanche ? Dans les moments d’angoisse, son esprit zigzaguait sans logique et les questions les plus saugrenues prenaient le pas sur la situation. Il aurait préféré qu’ils éteignent cette musique, tonitruante, qui lui vrillait les tympans dans les écouteurs de son casque.
« Pouvez-vous m’éteindre cette soupe ? »
Mais on ne lui répondit pas. Rien n’était fait par hasard, sans nul doute. Ne pas le laisser seul avec ses pensées, l’empêcher de gamberger et faire monter la tension. Il se sentait oppressé dans sa combinaison élastique. Son poitrail en métal serrait trop sa poitrine. Ou peut-être, s’il avait été nu, son souffle eut-il été tout aussi court. Peu lui importait. Dans quelques minutes, il serait probablement mort. Enfin…
Il parvint à l’issue du tunnel et son regard se posa sur l’étendue sombre qui lui faisait face. Lorsqu’elle aperçut sa silhouette, la foule hurla et scanda son nom. Il cambra nerveusement le poing autour de sa lance. Il devait y avoir plusieurs dizaines de milliers de personnes qui criaient autour de lui, et pourtant il ne distinguait aucun visage. La nuit noire et l’absence d’éclairage plongeaient l’arène dans une semi-obscurité. Mais l’obscurité n’existait pas ici. Il pouvait percevoir les mouvements de nombreuses personnes dans le public, car chacun portait un élément fluorescent ; qui des lunettes, qui des vêtements ou des maquillages phosphorescents. Au milieu de l’arène, la piste, jeu de couloirs et d’obstacles, se nimbait lui aussi de contours fluorescents. Malgré la pénombre, une explosion de couleurs lui frappait le visage où qu’il regarde.
Il s’avança au milieu de la piste. Devant lui se tenait le robot qu’il devait combattre, impassible. Mark n’aurait su dire, malgré son apparence humaine, s’il s’agissait d’une silhouette masculine ou féminine. Pour son premier combat, son « match test » comme ils l’appelaient, on lui facilitait la tâche, on annihilait au maximum toute trace de considération et de remord.
Le robot se mit en position de combat, brandissant sa lance tranchante et lumineuse, identique à la sienne. Il se prépara à l’assaut. Autour de lui virevoltaient les micro-caméras, comme des mouches autour d’un tas de fumier. Il se retenait de ne pas utiliser sa lance pour les écraser. Un haut-le-cœur secoua sa poitrine. La peur.
Soudain, une étincelle vrilla dans le ciel et explosa en un feu d’artifice gigantesque. L’espace d’un instant, il distingua les contours de l’arène. C’était le signal. Le robot n’attendit pas pour se jeter sur lui, la lance en avant. Il venait de trop loin, ce ne fut pas difficile de se préparer et de l’esquiver. Il parvint même à lui perforer un membre. Un liquide jaune fluo s’écoula de l’épaule du robot et stria sa combinaison. L’angoisse était trop forte, Mark préféra attendre sa prochaine attaque plutôt que de répliquer lui-même. La machine était relativement lente. A son second assaut, un mouvement circulaire de sa lance lui permit de couper la tête du robot, qui vola dans les airs avant d’atterrir à ses pieds. Le combat prenait fin, il n’avait même pas duré une minute. La foule éclata d’une joie exubérante, à la limite d’une transe. Finalement, ça n’avait pas été si difficile que ça…
5 mois plus tôt.Mark se tenait immobile, assis sur le lit de sa fille. Il regardait le pod trouvé dans un tiroir de la table de nuit, sur lequel apparaissait une image. Sa fille, presque une adulte maintenant, y souriait auprès de sa mère et d’un homme. Un autre homme que lui. Celui qui venait d’épouser son ex-femme. Celui qui prenait sa place, petit à petit, dans le cœur de sa fille. L’appel d’Aliénor le rappela au temps présent. Il la rejoignit dans le salon.
« Papa, ton écran ne fonctionne plus.
- C’est normal, je me suis débarrassé de la connexion. Je ne m’en servais plus.
- Tu n’as pas payé la facture, c’est ça ? »
Il mentait si mal…
« Non-non, ce n’est pas ça.
- Pourquoi n’en parles-tu pas à maman ?
- Aliénor, je suis un grand garçon, je n’ai pas besoin de ta mère. »
Toujours cette pitié dans le regard de sa fille. Elle ramassa son sac.
« Je dois y aller. J’ai mon cours de Wing Chun. Au revoir, papa.
- Quand reviens-tu ?
- … Je ne sais pas. On s’appelle ? »
«
Dis plutôt que tu n’as plus envie de venir… », pensa-t-il. Il regarda sa fille partir, la mort dans l’âme. Evidemment qu’elle ne voulait plus venir. Dans cet appartement ridicule, pouilleux, sans chaleur. Il n’avait plus rien à lui offrir. Plus rien à s’offrir non plus. Depuis que la médecine du travail l’avait diagnostiqué dépressif, qu’il avait de fait perdu son poste d’ingénieur cybernétique, au profit d’un élément plus jeune et plus performant, depuis qu’il avait refusé des boulots rééducatifs minables, et depuis qu’il n’avait plus un rond pour payer ses factures, il ne lui restait plus de ressources pour aller de l’avant. Plus de ressources dans son porte-monnaie, plus de ressources en lui... Les seules personnes envers qui il pouvait avoir une once d’utilité se débrouillaient bien mieux sans lui. Il les tirait vers le bas. Plus rien…
A des centaines de mètres sous ses pieds, la mégalopole hurlait d’activité et de vitesse. Les aérocars sillonnaient le ciel autour de lui, emmenant ses semblables vers leurs vies utiles et efficaces. Il espérait que personne ne s’occuperait de lui. Il fallait qu’il saute, et qu’il réussisse une dernière chose utile : débarrasser les siens, et même la société, d’une épine dans le pied. D’un objet humain gênant, dont personne ne savait plus quoi faire. Pas même lui.
Un vent glacé lui fouettait le visage. Mais au moins, au sommet de ce building, l’air se respirait mieux qu’en bas. Ce n’était pas aussi facile qu’il le croyait. Il redoutait la longueur de la chute, il ne voulait pas avoir le temps de penser avant de mourir. Mais s’il sautait de plus bas, il risquait de se rater. «
Non, ne rate surtout pas ça… »
Il tenta de vider son esprit. Encore un instant, et il serait prêt. Mais une voix détruisit brutalement sa concentration.
« A cette hauteur, vous y parviendrez. Mais que diriez-vous d’y donner un peu plus d’éclat ? »
Il ouvrit les yeux, regarda autour de lui. D’où venait cette voix ? Il était seul. Il chassa par réflexe un insecte qui virevoltait autour de sa tête. Mais la bestiole insistait et attira son attention. Ce n’était pas un insecte, c’était un œil ! Un petit globe oculaire qui fixait sur lui un iris bleu électrique, et dont s’échappait une voix métallique…
« Vous pouvez vous effacer de la surface de la Terre en un pas, c’est certain. Mais si vous me rejoignez en bas, je vous proposerai quelque chose qui pourrait vous permettre de laisser une trace conséquente.
- Mais de quoi parlez-vous ?
- Rejoignez-moi en bas. Qu’avez-vous à perdre, si ce n’est un peu de temps ? »
La voix féminine réussit à piquer sa curiosité. Il pouvait se permettre de passer quelques minutes de plus dans sa peau.
Tout en bas, à l’entrée du building, une femme l’attendait. Outre son allure étonnante, Mark nota immédiatement l’absence d’œil dans l’une de ses arcades sourcilières. Elle ne pouvait qu’être une cyborg. De son visage lisse, et dont un corps composé de métal argenté poursuivait harmonieusement la silhouette, elle le fixait sans expression. L’œil volant qui accompagnait Mark vint se poser dans la main tendue de la jeune femme, avant qu’elle le replace dans son orbite vide. Elle sourit timidement, presque mécaniquement.
« Je suis Minerva T-2. Pardonnez-moi d’avoir retardé votre mort. Mais si vous voulez bien m’accompagner, je pense que vous ne le regretterez pas. J’ai une bien plus belle mort à vous proposer.
- N’êtes-vous pas censée empêcher ma mort, plutôt que de l’encourager ? »
Au lieu de répondre, elle s’approcha de Mark et lui saisit la main. La puce qu’il portait sous la peau de son poignet s’alluma un instant. La cyborg devait être munie d’un lecteur à ondes modulées.
« J’ai lu votre matricule. Je sais qui vous êtes. Et d’après ce que j’ai vu, je ne vois pas l’intérêt de vous convaincre de rester parmi nous. D’autres se sont tués pour moins que ça. »
Malgré son amertume, Mark ne releva pas les propos de la jeune femme, qu’elle débitait sans une once de sentiment dans la voix. Il n’aimait décidément pas les cyborgs, trop difficiles à décrypter.
« Que voulez-vous me proposer ?
- Pas moi. Monsieur Tanaka. Je préfère que ce soit lui qui vous expose son projet. Me suivez-vous ? »
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2ème partieL’aérocab les déposa dans le quartier portuaire. Ici, les buildings étaient plus bas que dans les autres quartiers – moins de quarante étages – et laissaient au cours sinueux du fleuve l’espace suffisant pour développer son activité commerçante et ses centrales d’énergie hydraulique. Mark suivit Minerva T-2 le long du quai et constata qu’ils approchaient d’une péniche tout à fait originale : flambant neuve, construite dans un matériau que Mark ne reconnut pas – un croisement de plastique et de métal -, elle reflétait la silhouette des buildings sur sa carcasse rutilante, lisse et dorée. Un bolide des fleuves, qui devait coûter une fortune.
Minerva l’entraîna à l’intérieur de la péniche et le fit entrer dans un salon spacieux, entièrement blanc. Un homme asiatique, vêtu de noir et caché derrière des lunettes feutrées, les regardait approcher depuis son divan.
« Monsieur Tanaka, je vous présente Mark Slater. Un candidat idéal. »
Alors que les deux hommes se serraient la main, Minerva demanda à Mark de sa voix métallique :
« Savez-vous qui est Monsieur Tanaka ?
- Non, mais je crois deviner. »
Sur les murs, de nombreux cadres attiraient son attention. La plupart étaient des articles de webzines affichant le portrait de Tanaka, saluant en lettres grasses l’artiste conceptuel, présentant ses «
projets graphiques avant-gardistes hors normes ». D’autres cadres, plus grands, montraient une page blanche. Mark s’en approcha, perplexe.
« Ce n’est pas comme ça qu’il faut les voir. Je vais vous montrer », précisa Tanaka en s’approchant de lui.
Il pressa un interrupteur qui plongea le salon dans l’obscurité. Lentement, les cadres se remplirent de lumières phosphorescentes qui formaient des explosions de couleurs abstraites. Des œuvres d’art probablement, pas vraiment du goût de Mark. Il n’aurait su dire s’il s’agissait de peinture, de graffiti, ou d’une autre matière quelconque.
« Très joli. Mais ce n’est pas pour cela que vous m’avez fait venir, je suppose ? »
Tanaka ralluma l’éclairage, qui les éblouit un instant. Sauf Minerva, qui les regardait toujours avec un sourire figé.
« Vous avez raison. Je ne tournerai pas autour du pot. Vous voulez mourir M. Slater, et il n’y a rien que je puisse faire contre cela. »
En jetant un œil sur le cadre luxueux dans lequel l’homme évoluait, Mark ne put s’empêcher de penser qu’il avait, au contraire, de nombreux moyens de changer sa vie, de la façon la plus matérielle possible, s’il l’avait souhaité. Mais il ne répondit pas.
« Je suis un artiste, M. Slater. Je réfléchis à l’art, et je pense
art. Le monde dans lequel nous vivons est blasé et l’art se doit de le bousculer. C’est pourquoi j’ai monté le projet de pousser l’art sous une forme plus brutale, plus substantielle. Qui prendra la forme d’une émission de TV-gramme. Une chaîne importante me suit sur le projet. Le concept est simple : des hommes et des femmes veulent mourir, et le font en s’affrontant dans un combat mortel. J’y ajoute une touche graphique personnelle », il désigna les cadres blancs, « et nous obtenons un concept artistique existentiel et esthétique tout à fait nouveau. »
Mark n’en croyait pas ses oreilles.
« Des hommes et des femmes qui se tuent les uns les autres, vous appelez ça de l’art ?
- Les pulsions humaines les plus morbides associées à un panel esthétique on ne peut plus vivant. C’est ma proposition artistique.
- Mais c’est illégal ! »
Minerva prit la parole.
« Votre puce indique que vous êtes à un stade suicidaire terminal. La mort consentie n’est pas illégale, M. Slater. M. Tanaka ne fait que vous proposer de la mettre en scène. »
Son sourire inaltérable pouvait devenir glaçant.
« Vous venez me chercher alors que je suis sur le point de me foutre en l’air pour me proposer de me foutre en l’air, mais devant des milliers de spectateurs ? Et c’est ça que vous appeliez
laisser une trace conséquente ?
- Je comprends votre réaction » intervint Tanaka. « Mais je ne vous ai pas encore dit quel intérêt vous pouvez y trouver. C’est une compétition. Ceux qui perdent laissent 500 000 dollars à leur famille. Celui qui gagne, car il faut bien qu’il y en ait un qui gagne, empoche 5 millions de dollars pour repartir sur un meilleur pied. Ou léguer la somme à ses proches, s’il persiste à vouloir mourir… »
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3ème partieMark se tenait aux côtés des autres concurrents. Ils étaient huit. Parmi eux, autant d’hommes que de femmes, de tous âges. Il n’y avait pas d’âge pour vouloir en finir. Le plus jeune d’entre eux ne semblait pas avoir plus de 15 ans…
En face d’eux, une horde de journalistes les filmait, scannait, aveuglait des néons de leurs caméras, et leurs questions se bousculaient.
« Avez-vous déjà tenté de vous tuer ?
- Qu’allez-vous faire si vous gagnez ?
- Quel a été le pire moment de votre vie ?
- A qui léguerez-vous votre corps ?
- Pensez-vous vraiment avoir une chance ?... »
Mark était submergé. Il ne comprenait pas l’engouement autour de sa personne ou des autres concurrents. Le monde attendait-il vraiment de voir la mort en direct ? Parce que les morts en sursis étaient volontaires, il avait le sentiment que toutes les curiosités les plus morbides se décomplexaient. Etre assis aux côtés des hommes et des femmes qu’il était sensé tuer aurait dû le faire vomir. Mais ce qui les attendait était encore trop abstrait pour lui.
Depuis plus d’un mois qu’il avait signé le contrat, il vivait dans une semi-autarcie. Minerva protégeait les concurrents du monde extérieur autant que possible, leur évitant notamment de les mettre en contact avec leur famille. Mark aurait voulu voir sa fille une dernière fois, et peut-être même son ex-femme. Mais il n’était pas sûr d’en être capable.
Malgré la protection qui les entourait dans l’hôtel où ils étaient hébergés, Mark avait tout de même conscience de l’émulation que l’émission, qui débuterait dans moins d’une semaine, créait dans le monde entier. Il était maintenant une véritable star. Quelle ironie, le monde semblait vraiment lui dire que la meilleure chose qu’il avait à donner, c’était sa mort. C’était ce qu’il pensait déjà, mais l’entendre dire par des médias rendait le constat plus amer…
Alors qu’il rejoignait sa chambre, le moral en berne, il eut la surprise de découvrir une jeune femme assise sur son lit. Belle, la peau noire lisse et satinée, elle l’attendait avec une tension visible en recroquevillant ses mains sur les pans de son imperméable.
« Qui êtes-vous ?
- M. Slater, il fallait à tout prix que je vous vois !
- Comment êtes-vous entrée ici ?
- Je n’arrête pas de penser à vous. Ce que vous vous apprêtez à faire est tout bonnement impensable. »
Elle s’était relevée et s’avançait vers lui.
« Ecoutez, je comprends que vous vouliez me dissuader, mais… »
D’un simple mouvement de la main, elle fit tomber sa veste et se retrouva entièrement nue devant lui. Ses yeux s’agrandirent, la rapidité de son souffle s’accentua alors que Mark la contemplait avec perplexité.
« Vous dissuader ? Surement pas… Je vous admire ! Mark, je vous en supplie, j’aimerais tellement être la dernière femme que vous posséderez ! »
Mark n’en croyait pas ses oreilles… mais ce qu’il voyait était plus facile à saisir, et il décida qu’il serait bien bête de ne pas en profiter une dernière fois…
La compétition débuta par des « matches test », comme les appelait M. Tanaka. Chaque concurrent était opposé à un cyborg de niveau 1, c’est-à-dire relativement facile à vaincre. Ainsi, les téléspectateurs pouvaient faire connaissance avec chacun des concurrents en situation. Après ce tour de chauffe, les premiers combats réels commenceraient. Le match de Mark s’était déroulé beaucoup mieux qu’il ne l’avait redouté. Suite à sa victoire-éclair, il était passé en tête des paris en ligne, et devenu la coqueluche de millions d’internautes. On disait même que la femme du Président de la République avait adhéré à son fan club.
Mais plus le jour du premier match avançait, plus Mark se sentait fébrile. Il ne savait pas s’il serait capable de frapper un autre être humain. Il s’était confié à Minerva, mais son discours ne variait pas et elle l’enfonçait dans sa certitude que la vie ne lui réservait plus rien, qu’il ne devait pas reculer. Il eut tant aimé parler à un véritable être humain, un qui n’avait pas envie de se tirer une balle, ou de le voir s’en tirer une. Il voulait parler à sa fille.
Aliénor… Plus il y pensait, plus il se sentait dévoré du désir de la voir une dernière fois. Il était assis dans sa loge, aux sommets de l’arène. Dans quelques minutes, un concurrent inconnu, ajouté à la dernière minute dans la liste des combattants, allait entrer en piste pour son match test. Ils étaient maintenant neuf concurrents. Il se sentait de plus en plus incapable de découvrir un autre visage, un autre humain qu’il devrait tuer pour survivre… Oui, survivre. Il réalisa que c’était bien la survie qui comptait pour lui à présent. Pas la mort. Il fallait qu’il se sorte de cette farce invraisemblable.
Il partit à la recherche de Minerva. C’eut put être difficile dans cette obscurité relative, car elle était l’une des rares spectatrices à ne pas arborer une multitude d’éléments phosphorescents. Mais il la trouva à l’endroit où elle se tenait lors de chaque match, juste au-dessus de la bouche du tunnel d’où les concurrents parvenaient à l’arène.
« Minerva, on arrête. Je ne marche plus, je veux me retirer. »
S’il s’attendait à une réaction emportée de sa part, il en eut pour ses frais, car elle ne se départit pas de son habituel et rigide sourire.
« Vous ne pouvez pas, Mark. C’est trop tard ! Regardez. »
Elle désignait les affiches et banderoles luminescentes à l’effigie ou au nom de Mark, qu’une multitude de fans arboraient dans le public.
« Ca m’est égal. Ma vie était peut-être minable, mais je ne veux plus la perdre. »
Minerva se tut un instant. Il faisait sombre et Mark ne pouvait en être certain, mais il lui sembla le temps d’un instant fugace que le visage de la cyborg exprima quelque chose, une forme de tristesse.
« M. Tanaka a compris que votre volonté chutait. C’est pourquoi il a eut cette idée. Elle risque de ne pas vous plaire, mais vous comprendrez que votre retrait avant la fin du jeu mécontenterait des millions de personnes. La fin justifie les moyens, comme dit M. Tanaka. »
Elle se pencha au-dessus de la balustrade et l’invita à l’imiter. A quelques mètres au-dessous d’eux, le nouveau concurrent apparu. Il était sur le point de camoufler son visage sous un masque de protection. Mais Mark eut le temps de reconnaître le visage de sa fille… Il sentit son sang refluer de son corps.
« Aliénor ! »
La jeune fille leva la tête. Ses lèvres tremblaient. Lorsqu’elle aperçut son père, des larmes coulèrent sur ses joues, comme si elles avaient attendu cette excuse pour se libérer. Elle baissa son casque et entra dans l’arène, résolue. Mark était comme fou, agrippé à la rambarde, impuissant. Minerva reprit la parole. Cette fois, il était indéniable que son visage exprimât une profonde tristesse.
« M. Tanaka ne voulait pas qu’elle puisse vous voir. Il lui a promis que si vous arriviez tous les deux en finale, il vous laisserait repartir ensemble. »
Elle fixait l’arène, les yeux dans le vide. Plus trace de son sourire.
« Vous vivez dans un monde tellement étrange… »
(...) ?