Voilà, il y a quelques temps j'avais posté ce texte (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,15255.msg251441.html#msg251441), et on m'avait dit que le sujet aurait pu être un peu plus exploité. Je reviens donc avec trois petites nouvelles qui illustrent les trois mondes évoqués dans Erocraties (ledit texte). On n'y retrouve aucun personnage, mais les situations abordées d'une manière générales, ici poussées non pas dans le détail, mais d'un regard plus... personnifié.
Bonne lecture à vous.
Extra sexuelle
Jaune appuya sur le bouton de la clé, et sa maison s’ouvrit.
Il s’orienta instinctivement vers la cuisine, se servit un verre, et erra un petit peu. Des vannes relâchaient la pression dans son esprit, tandis qu’il se libérait de sa pleine journée. Il tourna autour de la table, lentement. Le matin même il s’était levé vingt-six minutes après son réveil aux côté de Saline, le temps d’un coït matinal sensé stimuler bien des zones du corps et de l’esprit. Il gagna le salon et tâta le moelleux d’un canapé. Boulot-porno sur son ordinateur toute la journée, à raison, d’un commun accord avec le chef, d’un ratio de temps inférieur à vingt pourcents des heures payées. Jaune monta les escaliers sans faire de bruit pour ne pas réveiller les enfants. Ensuite, il avait rencontré Héraldique, comme son journal de santé lui indiquait pour sa Rétribution Sexuelle Quotidienne. Il redescendit les marches et opta pour la tranquillité du canapé. Puis, il était allé au Studio Libre et s’était occupé le temps que renaisse en lui l’envie. Quand cela arriva, dès le premier signe, il rentra, pensant à Saline via les nanites pour savoir si elle était rentrée.
Non, et elle ne pensait pas rentrer avant quelques heures. Des histoires de sexe.
La nounou était partie une demi heure après le couché des mômes, donc elle ne pouvait pas servir. Les enfants eux-mêmes dormaient. Il ne voulait pas voir les voisins. Enfin merde, il n’y avait personne pour s’occuper de son hypersexualité ? C’est là qu’il songea pour plus tard à louer une des chambres à un étudiant. Il ôta ensuite ses chaussures, et ses vêtements. Il demanda aux nanites de lui faire lever son engin, avant de commencer à se palper lui-même, un porno réalité augmentée dans les lentilles. C’est alors qu’on sonna à la porte.
- Bonsoir monsieur, police mondiale. Veuillez m’excuser mais mon collègue et moi avons eu une légère perte de contrôle du véhicule qui a malencontreusement rencontré votre haie.
Jaune suivit le représentant de la loi jusqu’à l’endroit du drame, et constata les quelques dégâts. Une ou deux branches du thuya étaient cassées, mais cela n’endommageait pas outre mesure l’aspect bouffant du mur végétal.
- J’aurais un petit service à vous demander, et on oublie tout ça.
L’agent observa Jaune qui ne s’était pas rhabillé pour ouvrir, remarquant que son membre qui s’était
ramolli durant l’examen des arbustes recommençait à poindre.
- Oh vous savez, moi je pourrais rien pour vous, j’ai une libido en sous activité. Mon psy ne sait pas comment guérir ça. Mais demandez à mon collègue, il se fera un plaisir de vous aider.
Jaune raffolait du contact physique lorsqu’il était sexuel. Son côté tactile se réveillait dès qu’une petite action allait dans son fantasme, et il satisfaisait son appétit épidermique et son désir digital.
Quand Saline rentra, Jaune s’était affalé sur le canapé. Une goutte de sperme avait séché sur le bout de son sexe.
- Tu t’es fait ça tout seul ?
- J’ai bien faillit. Heureusement que la police était là.
- Ils ont toujours quelques minutes pour nous, c’est vraiment bien. Mais tu ne les as pas appelé que pour ça j’espère ?
- Non, ils sont venus tous seuls, j’ai profité de l’occasion.
Saline ajouta ‘ah bon tant mieux’, et lui raconta sa journée. Elle avait trainé avec des amis durant un petit apérorgie. Sans ça elle n’aurait pas survécu, car sa RSQ n’était pas très chaude.
- Une petite fille de vingt cinq ans, extrêmement belle ! Mais elle ne voulait pas que je la touche, et elle avait du mal à me toucher. Elle attend un certificat médical, la pauvre. Allergique au sexe, je dirais. Je vois que ça. C’est de plus en plus répandu à ce qu’il parait. Du coup on s’est bien mis avec les copains, mais là j’ai encore envie.
Alors Jaune et Saline firent l’amour, machinalement.
Ejactuelle
Métadine et Allergique flottaient dans leurs pyjamas, côte à côte.
Assis sous les draps contre de gros oreillers, ils regardaient droit devant eux.
Neuf heures venaient de sonner, mais malgré l’heure encore précoce, tous deux flottaient dans un état hypnagogique qui les auraient empêché habituellement de dialoguer avant de s’endormir. Mais Allergique était plus tendu que d’habitude, et sa langue avait envie de gouter Métadine en repoussant le sommeil.
- Je crois que je te l’ai dit des milliers de fois, mais aujourd’hui je te trouve encore plus belle que les autres jours.
Métadine sourit. Elle aimait être belle aux yeux de son époux. La beauté était à la fois un cadeau inégal et le fruit d’un labeur engagé, et malgré les codes qui poussaient les hommes à dire aux femmes qu’elles leur plaisaient, elle se sentait exceptionnelle à ses yeux.
Elle lui prit la main.
- Et toi tu es le plus charmant des hommes que j’ai côtoyé.
Allergique sourit à son tour. Il aimait être respectable aux yeux de son épouse. Les bonnes manières étaient à la fois une prédisposition et un effort conscient, et en dépit des codes qui voulaient que les femmes exigent des hommes une tenue morale et galante, il aimait à se sentir comme un gentleman pour sa femme.
- Embrasses moi.
Ils se penchèrent l’un vers l’autre, et leurs lèvres se rencontrèrent doucement.
- Oh mon dieu, qu’est ce que c’est que ça ? s’écria Métadine.
Elle avait baissé les yeux sur la bosse que tentait de cacher son mari au niveau de son entrejambe.
- Depuis quand n’as-tu pas prit ton frein libido ? S’inquiéta t elle, presque outrée.
Allergique bégaya un semblant de réponse, une forme désarticulée d’excuse désillusoire qui se sait démasquée.
- Je… je…
Puis il se reprit.
- Ecoute, je sais que ce que je vais te dire est complètement insensé, mais je crois que le sexe n’est pas une si mauvaise chose. J’ai voulu essayé par moi-même, tu vois. On nous serine depuis notre enfance sur le caractère mauvais de la sexualité, mais au vu de nombres de mensonges que la société véhicule, j’ai voulu en avoir le cœur net.
Métadine était choquée, et avait bien du mal à se contenir.
- Comment as-tu pu ? C’est dégoutant ! Qu’as-tu fais ô mon dieu ?
- Il faut que tu me comprennes, je t’assure que l’idée qu’on s’en fait est vraiment surfaite. C’est vraiment incroyable ce que notre corps nous permet. Des sensations tellement… oh je ne peux pas te décrire comment c’est, je voudrais tellement vivre ça avec toi.
Métadine se reprit. Elle avait toujours eu confiance en son mari, et jamais il ne lui avait fait défaut. Alors elle envisagea l’impossible, et après un soupir, posa sa main sur le drap, caressant le membre d’Allergique.
- Ca te fait quoi là ?
- Si tu savais…
Devant l’état surréaliste de son mari, elle sentit en elle un instinct ancestral, qu’elle n’osa pas refouler. Par curiosité, elle continua à masser l’homme qu’elle aimait, et fut envoutée par la réaction que cela provoquait.
Libidolâtre
- Les hommes ont créé la monogamie parce que les femmes s’amusaient plus qu’eux, et ils en étaient jaloux. Dans certaines religions, le plaisir de la femme est à ce point blessant qu’il est interdit. On fait alors croire aux hommes qu’ils perdent le contrôle lorsque leur partenaire ressent du plaisir.
Placide caressait la poitrine de Profiteuse.
- Ouais… j’y crois pas trop. Le plaisir sexuel, c’est surtout les hommes qui le recherchent.
- Parce que cela fait des millénaires que nous frappons les femmes pour ce qu’elles ressentent physiquement.
- C’est vrai que j’ai rencontré des hommes avec une libido plus faible que la mienne.
- Et qu’en as-tu pensé ?
- Ils sont chiants.
- Ce ressentiment est naturel, c’est frustrant de désirer sans retour. Les femmes ne comprennent pas encore ça, mais ça viendra.
Ils étaient amants depuis quelques semaines, et toutes leurs conversations orbitaient autour de la sexualité. Leur relations étaient purement charnelle, mais ils aimaient à se donner des airs amoureux, parce que ça fait toujours plus classe quand on aime, et que ça donne une excuse pour baiser comme des phoques.
Placide reprit.
- D’ailleurs ça ne m’étonnerait pas que la tendance revienne malgré nos révolutions sexuelles. Les femmes ont largement plus de chances de se satisfaire rapidement et facilement que les hommes. Tiens, avant de me rencontrer, depuis combien de temps étais tu célibataire ?
- Deux semaines, et c’était long.
- Six mois pour moi, et c’était tout aussi long. Quand je pense qu’on dit que les femmes mettent plus de temps à se remettre d’une rupture. Combien de mecs t’as connu ?
- Je ne sais pas… une vingtaine.
- Moi une dizaine. Tu vois. C’est la hiérarchie sexuelle. Les belles filles choisissent celles qui les font fantasmer, donc toujours les mêmes, alors que les mecs s’ouvrent à toutes les opportunités. Soit, parce qu’ils sont affamés, mais néanmoins plus ouverts.
- Tu racontes des conneries là, nous les filles on a des gouts plus variés que la simple apparence physique.
- Ce n’est pas parce que ce ne sont pas des critères physiques qu’ils ne sont pas les mêmes d’une fille à l’autre.
- Je demande à vérifier.
Placide n’était pas du tout sur de ce qu’il disait, mais ce dont il était sûr, c’est qu’il connaissait bien plus de célibataires endurcis mâles que femelles, et que ce n’était pour eux pas par choix, contrairement à elles. Mais il en avait rien à faire, il avait tiré son coup ce soir et était prêt à tout concéder à sa moitié juste pour qu’elle daigne se faire enfiler de nouveau. Alors il lui raconta ce qu’elle avait envie d’entendre, mais en se promettant de répondre au désir de toutes les filles qui le voudraient.