Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Gros Lo le 27 Janvier 2009 à 00:45:13

Titre: L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 27 Janvier 2009 à 00:45:13
Bah, je le poste ici mais je ne sais pas s'il ne serais pas mieux dans la section Textes (c'est un refrain connu...)

Bon donc voilà mon dernier, ça fait près de deux mois que je n'ai rien écrit en textes pseudo-poétiques, donc je suis content de m'y être remis, et en même temps je constate que ça ne va pas, que c'est bien trop fade, que ça ne colle pas assez au sens, qu'il n'y a rien qui ressemble à de la force poétique là-dedans, seulement des effets de manche, et je le poste un peu "par tradition"... ces effets de manche me gonflent, parce que leurs limites sont visibles, et que je n'arrive pas à les dépasser ou faire autre chose, et c'est triste, mais c'est comme ça, et ça conduit à un texte qui ne laisse pas de trace, juste des mots qui passent et qui se diluent les uns dans les autres. Par tradition, donc, le voilà.

*

edit 30/08/09, finalement je l'aime bien, ce texte, j'ai fait une ou deux corrections, rajouté des titres.







L'exil du peuple de l'océan



Les statues, les orgueilleuses statues de pierre noire, tournées vers le volcan, tournées vers le ciel, rongées par les lunes, mettent bas. Leurs portées de rêves à la nuit réticente. Songent aux infimes éclaboussures de lune qui mouillent les cieux gris, et leurs silhouettes coupantes et longues et leurs lèvres pincées et leurs yeux appâtés par les ténèbres lointaines lentement se dissipent. Les bustes de basalte, ridés de siècle et de sel, sages protecteurs pour tous fors eux-mêmes, couvant d’autres passions, n’ont que faire de leur île.


Ecumes

L’herbe est rousse et sèche, l’océan marmonne en contrebas. Il est là, haché par la brise et l’âge, je le contemple et je l’aime, lui son regard est ailleurs, car il aime et contemple, et son cœur est jeune encore. Conseille-moi, Ancêtre, dis-moi ce qu’il en coûte, le prix de l’aube en vertige.

Le désert a frissonné. Des rides soucieuses ont froissé les dunes que le vent du large, de mémoire d’écume, et d’homme, et de pierre, creusait. Les fins vaisseaux de bois filaient sous les étoiles, dévalant la houle et s’engouffrant dans les récifs. L’aîné avait chassé le cadet, de la suie coulait du ciel –

Conseille-moi, Ancêtre, je ne sais ce qui m’attend, assoupi dans la langueur du déclin. J’ai, Ancêtre, est-ce là notre genèse ? lu dans les étoiles.

Les flots gris de l’ouragan se mouraient sur le sable. Quelque part entre l’eau et le vent, la nuit les harponnait de bourrasques et avalait les rameurs. Mais le jour était un temps qu’ils ne connaissaient pas encore, un sang de seiche noircissait le cosmos, et noircies les lames goulues, les étoiles crasseuses ; l’écume blafarde avait mangé leur éclat, rien n’était dans ce monde d’esquifs éreintés voguant sur les crachats amers –

Alors j’ai compris que c’était cela que tu cherchais, j’ai su ce qui attristait ton regard et j’ai voulu que tu me suives, toi le grand ancêtre qui, tailladé par le sel, restes, dans la tiède torpeur de la Grande Lointaine, debout.

On lisait dans les cieux constellés le reflet revanchard des flots lourds. La nuit fut pure encore, la pénombre assiégée s’échappant peu à peu, île et île, archipels dans le vague. De la blessure ouverte par les nôtres s’épanchait une lumière en lambeaux, aux parures de flammes et de houle, des larmes aux éclats de lagon coincées dans la paupière battante du jour en éveil. L’aîné avait chassé le cadet, de l’or brûlait au loin. L’aîné règne dans la nuit, le cadet fend l’océan vers d’autres étoiles –

Je ne suis pas de pierre et les morts seuls m’interpellent.

Alors ils la distinguèrent entre les plaies de l’aurore, et surent qu’il n’y aurait plus de frères sur la grève, de pirogues se faufilant vers le grand bleu : c’était l’île dernière qui croissait dans l’aube infectée d’or, la Grande Lointaine, c’était le havre de la fin des âges, Rapa Nui dans le matin clair.


Etoiles

Et le dos brisé, la peau meurtrie, les yeux révulsés, un à un les ancêtres confiants et fiers, le regard perdu dans les ténèbres de lumière mouchetées, tombent.

Grand ancêtre apprends-moi, par le cœur, ce que tu as scellé aux tréfonds du basalte lorsqu’ils t’acheminaient du volcan aux falaises, les rapanui défiant la mort et l’océan, les rondins roulaient sous ton dos…

Ces jours répondaient aux nôtres, les grands moais tombent face contre terre, brisés par le vent, rongés par les pleurs de la houle, sourds aux suppliques et muets toujours, tombent et ne me suivent, car leur sente est celle qui mène aux étoiles, les gouttelettes blanches maculant l’immortelle nuit des esquifs aînés, je suivrai ceux qui les rejoignent en brisant leur bogue de lave froide, tombent et se brisent, tombent, disloqués loin des éjaculations stellaires, l’œil torve qui plonge dans l’humus, des caillots terreux abîmant le regard, et le souffle court, l’éternité qui les rattrape.

Conseille-moi, ancêtre ; courbé face au volcan, et la chair en cendres aux prises avec la coulée visqueuse… il n’y aura personne, sur la grève pâle ou dans la gueule du vieil édenté de Rano, pour m’extraire de la roche noire et me sculpter les traits des ancêtres et me traîner jusqu’aux falaises et hisser, hisser mon visage au plus près des étoiles. Car il est dit que l’aîné devait régner sur l’atoll et le cadet affronter l’aigreur de l’exil du bout du monde, et la fuite ancestrale chancelle à la morsure du vent d’est et s’étire en flamme nouvelle entre les piliers de Rapa Nui.

Vient le temps pour les nôtres du bannissement vers les étoiles.

Ancêtre, si c’est toi le dernier, qui est l’homme à tes pieds qui te somme et t’implore ? Je suis, moi, celui qui n’était pas compté, le surplus et le trop-plein, l’imminence du chaos, je suis l’homme de trop.

Les grands moais ont les yeux révulsés et la mort hante les béances de leur regard. Les grands moais sont partis rejoindre les étoiles menteuses et hautaines, est-ce là le chemin qu’il faut endurer ? Ils ont délaissé Rapa Nui un à un, noirs et voûtés dans le ciel sans nuées, laissant suinter leur âme des gangues aveugles et inertes, fichées dans la terre, vers le ciel noir vers les lumières qui gouttent, et leur marche a ébranlé le ciel.

Dos à la mer, regardant les étoiles, c’est la mort qu’ils me soufflent –







Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: ernya le 27 Janvier 2009 à 18:53:47
je poste un vite-fait donc bon, survole-le voire ne le lis pas, je crois pas que ça en vaille la peine

bon, j'ai pas trop aimé :-[
en fait, ça ne change pas ( pas ton texte, mon point de vue), je n'accroche pas à tout ce qui est légèrement descriptif et surtout tout ce qui peut me rappeler  Le Clézio :mrgreen:
ensuite niveau forme, c'est pareil, j'aime pas les tirets et les textes mi-structure de prose: mi-structure de vers
en gros, c'est tellement personnel que ça sert à rien que je commente
c'est sûrement bien écrit, et peut-être que justement ce jeu formel rend bien telle ou telle idée, mais moi, ça me plaît pas, il n'y a rien à faire, question de goût :-[

donc du coup, j'ai lu, la répétition, je l'ai remarquée mais.... voilà :-[

donc voilà, fais comme si j'étais pas passée ><
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 27 Janvier 2009 à 19:27:27

C'est par rapport à quoi, Le Clézio ? (j'ai rien lu de lui donc je sais pas les points de ressemblance...)


Non mais sinon je suis d'accord sur le fait que ça rend mieux en vrai (http://www.endoftherainbow-gifts.com/images/moai.jpg)...

bon ben...
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: ernya le 27 Janvier 2009 à 19:57:30
hum, ce ne sont que des vagues réminiscences, Le Clézio, j'ai vu ça en quatrième ( et oui, ça m'a traumatisé, lol!)
mais ça, àa lui ressemblerait bien:
Le désert a frissonné. Des rides soucieuses ont froissé les dunes que le vent du large, de mémoire d’écume, et d’homme, et de pierre, creusait. Les fins vaisseaux de bois filaient sous les étoiles, dévalant la houle et s’engouffrant dans les récifs.
(...)
Les flots gris de l’ouragan se mouraient sur le sable.
bon après, peut-êtr que ecux qui connaisent bien LE Clézio vont me contredire, mais bon, voilà, tout ce qui est... je sais pas "naturant tempétueux mêlé de sable et d'eau", pour moi, c'est du Le Clézio et donc j'aime pas  :mrgreen:


mais bon, c'est VRAIMENT personnel
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 28 Janvier 2009 à 17:44:59

Bon... je voulais lire Le Clézio justement... on verra comment il m'influencera, peut-être qu'il me dégoûtera de cette thématique-là ! ou qu'il m'y enfoncera encore plus xD

en tout cas j'trouve que les Polynésiens, que leur civilisation est bien adaptée à la poésie... d'ailleurs j'avais les couvertures des Rois navigateurs en tête pendant que je gribouillais ça.

Bon, tant pis alors... :(
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Matt le 28 Janvier 2009 à 18:02:24

Bonsoir,

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et je l’aime, lui son regard est ailleurs, car il aime et contemple, et son cœur est jeune encore.

La formulation de cette phrase est vraiment étrange. D'abord la séparation entre "aime" et "lui son regard". J'ai relu plusieurs fois et ça ne passe pas très bien. Je pense que c'est le "lui" qui fausse tout, je dirai même qu'il est inutile. Ensuite j'ai un problème avec le reste de la phrase : les deux premiers "et" sont bien, c'est poétique, mais avec le "est" par la suite, ça en donne un nouveau et de trop. Le "encore" me gêne.

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je suis prêt, peut-être, à t’écouter…

C'est correct mais dans le rythme "peut-être" est peut-être inutile  :)

Citer
Les fins vaisseaux de bois filaient sous les étoiles, dévalant la houle et s’engouffrant dans les récifs.

J'aime bien cette phrase.

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L’aîné avait chassé le cadet, de la suie coulait du ciel –

Le tiret à la fin c'est pour une "inspiration", c'est pour quoi ?

Citer
J’ai, Ancêtre, est-ce là notre genèse ? lu dans les étoiles que

Formulation étrange, peut-être revoir l'ordre + problème avec le paragraphe qui suit (le lien ? pourquoi ce saut de ligne...)

Citer
un sang de seiche noircissait le cosmos, et noircies les lames goulues, les étoiles crasseuses ;

J'aime pas trop ici le "un sang", pourquoi "un" ?  + noircissait et noircies (répétition qui peut donner une incompréhension dans la lecture)

Citer
Rano Raraku pourvoyeur de chair immortelle, debout.

Qui est Rano Raraku ?

Citer
île et île, archipels dans le vague.

île et île ?  je ne comprends pas

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Grand ancêtre conseille-moi je ne suis pas de pierre et je ne sais plus lire.

Problème avec la ponctuation ici.

Citer
Rapa Nui dans le matin clair.

De même, c'est qui ?  :)

Citer
  Maintenant les grands moais

C'est quoi "moais" ?
 
Citer
Les grands moais ont les yeux révulsés et la mort hante les béances de leur regard. Les grands moais

Répétition.

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Dos à la mer, regardant les étoiles, c’est la mort qu’ils me soufflent –

Visiblement le "-" n'est pas une inspiration, mais c'est pour quoi alors ?

--------------------------------

Concernant le texte, je trouve qu'il y a de belles images, mais certaines sont trop complexes et donnent un sens flou au texte. Ce qui fait que l'on se détache de ce que tu veux décrire et montrer au lecteur. Je pense que tu peux le retravailler et le rendre beaucoup mieux, morceaux par morceaux.

Affaire à suivre...
Titre: Re : Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 28 Janvier 2009 à 19:05:02

Allons-y !


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et je l’aime, lui son regard est ailleurs, car il aime et contemple, et son cœur est jeune encore.

La formulation de cette phrase est vraiment étrange. D'abord la séparation entre "aime" et "lui son regard". J'ai relu plusieurs fois et ça ne passe pas très bien. Je pense que c'est le "lui" qui fausse tout, je dirai même qu'il est inutile. Ensuite j'ai un problème avec le reste de la phrase : les deux premiers "et" sont bien, c'est poétique, mais avec le "est" par la suite, ça en donne un nouveau et de trop. Le "encore" me gêne.
Pour "lui", peut-être bien, je vais voir. Mais je voulais marquer l'opposition, "je"/"lui". S'il n'y a que "son", c'est moins marqué... pour "est", c'est à cause de l'homonymie ? Pour "encore", en fait j'ai failli l'écrire "encor", c'est vraiment avec cette connotation un peu vieillotte et racinienne...



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je suis prêt, peut-être, à t’écouter…

C'est correct mais dans le rythme "peut-être" est peut-être inutile  :)
c'était pour rendre ses hésitations... pareil pour la suite, avec

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J’ai, Ancêtre, est-ce là notre genèse ? lu dans les étoiles que

Formulation étrange, peut-être revoir l'ordre + problème avec le paragraphe qui suit (le lien ? pourquoi ce saut de ligne...)
en fait, le récit de l'arrivée des Polynésiens sur l'île de Pâques alterne avec son apostrophe au moai. Du coup, le narrateur se souvient : "lu dans les étoiles que / Les flots gris de l'ouragan se mouraient". Mais il y a une dissociation chronologique, et le récit de l'arrivée des Polynésiens tente un peu de s'affranchir du souvenir du narrateur, il veut acquérir une sorte d'autonomie (j'ai essayé de faire quelque chose de plus poétique, de plus fort pour ces morceaux-là)... enfin c'est comme ça que je le vois.


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L’aîné avait chassé le cadet, de la suie coulait du ciel –

Le tiret à la fin c'est pour une "inspiration", c'est pour quoi ?
c'est pour marquer le brusque retour au temps présent, celui du narrateur, dont les souvenirs s'interrompent. Et graphiquement ça marque plus nettement les deux sortes de récit...


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un sang de seiche noircissait le cosmos, et noircies les lames goulues, les étoiles crasseuses ;

J'aime pas trop ici le "un sang", pourquoi "un" ?  + noircissait et noircies (répétition qui peut donner une incompréhension dans la lecture)
une incompréhension ? pour "sang", déjà "du sang de seiche" je trouve ça moins joli, avec ces "d". Et puis l'article indéfini, ça apporte quelque chose de presque familier, dans le sens où "un sang de seiche" peut résonner à l'oreille comme "un noir de poix" (c'est bien ça l'expression ? ou j'ai fait un cocktail de deux différentes ? xD)...


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Rano Raraku pourvoyeur de chair immortelle, debout.

Qui est Rano Raraku ?
le Rano Raraku c'est le volcan de l'île de Pâques qui abritait les grandes carrières de pierre exploitées par les Pascuans pour élever leurs moais.


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île et île, archipels dans le vague.

île et île ?  je ne comprends pas
c'est pour dire que l'obscurité perd bastion après bastion... et "vague" parce que c'est une pénombre puis un demi-jour, on est encore à la frontière entre la nuit et l'aube... et puis pour jouer avec les sens de "vague" bien sûr.



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Grand ancêtre conseille-moi je ne suis pas de pierre et je ne sais plus lire.

Problème avec la ponctuation ici.
c'est un vent de panique :mrgreen: non bon le narrateur a peur, l'angoisse le gagne et le temps le presse. Et le moai ne répond pas.


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Rapa Nui dans le matin clair.

De même, c'est qui ?  :)
c'est le nom que donnent les Polynésiens à l'île de Pâques. Et pour eux aussi : ils ne disent pas "le peuple pascuan" mais "le peuple rapanui".


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  Maintenant les grands moais

C'est quoi "moais" ?
arf oui en fait il faudrait que j'explicite parce que le poème pour le coup ne doit avoir aucun intérêt si on ne comprend pas... ce sont les grandes statues de l'île, j'ai mis un lien dans un post précédent.

 
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Les grands moais ont les yeux révulsés et la mort hante les béances de leur regard. Les grands moais

Répétition.
ouip c'est fait exprès, d'ailleurs il y en a une troisième je crois ? ou quelque chose du même goût


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Dos à la mer, regardant les étoiles, c’est la mort qu’ils me soufflent –

Visiblement le "-" n'est pas une inspiration, mais c'est pour quoi alors ?
là c'est comme avant, pour la brusque interruption du récit, et puis "soufflent" ça fait aussi on souffle la poème, il s'éteint ; et puis, au début du poème (ou du texte, heu...) c'était pour un retour au temps présent, après un paragraphe où les souvenirs s'autonomisaient... là ça veut dire que, peut-être, il y a une troisième voix... voire que ça s'enchaîne comme ça, des récits gigognes dont on ne sait quel sera le dernier...
(ou pas xD)



'oilà :-[

merci d'avoir commenté !
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Matt le 28 Janvier 2009 à 19:33:32

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c'est à cause de l'homonymie ?

C'est surtout qu'au niveau du rythme j'ai l'impression de louper une marche d'escalier.

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une incompréhension ? pour "sang", déjà "du sang de seiche" je trouve ça moins joli, avec ces "d". Et puis l'article indéfini, ça apporte quelque chose de presque familier, dans le sens où "un sang de seiche" peut résonner à l'oreille comme "un noir de poix" (c'est bien ça l'expression ? ou j'ai fait un cocktail de deux différentes ? xD)...

L'incompréhension n'est pas pour "sang" mais plutôt pour la suite de mots "noircissait" et "noircies". Pour le "un" là je ne sais que dire, c'est vraiment étrange ici...m'enfin c'est peut-être parce que c'est moi !  :)

Voili et merci pour tes précisions !
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 28 Janvier 2009 à 19:38:14


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un sang de seiche noircissait le cosmos, et noircies les lames goulues, les étoiles crasseuses ;

Ah oui, en fait j'avais prévu :

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un sang de seiche noircissait le cosmos, et noires les lames goulues, noires les étoiles crasseuses ;

pour bien qu'on comprenne que c'était voulu. Et ensuite je me suis dit que "noircissait" et "noires" c'était pas assez proche pour que le lecteur n'ait pas à un moment le doute de la répétition involontaire. Alors j'ai choisi "noircies", qui est plus insistant... mais du coup c'était trop lourd avec deux "noircies" et j'ai enlevé celui avant "les étoiles crasseuses".

Et du coup le doute s'est quand même faufilé... mdr

Avec l'explication pour Rapa Nui, Rano Raraku et les moais, ça s'est un peu éclairci ?
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Plume d'argent le 28 Janvier 2009 à 21:56:50
Je n'accroche pas trop, au sens où je ne saisis vraiment pas de quoi tu parles dans ton texte(où est-ce peut-être de ma faute). Les phrases s'enchaînent, jolis, certes, avec de belles images, bien écrites, mais sans rien m'évoquer. Comme une eau pure glisserait sur un rocher sans s'y immerger. (j'ai pris une overdose de textes poétiques, ces jours-ci) Et à la fin, je m'y perds, arrivant à la chute, trop vite, avec l'impression d'avoir buté sur certaines idées.

Et je le répète, ça peut ne venir que de moi, car j'ai trouvé l'écriture de ce texte en tout cas remarquable, mais c'est au fond que je n'ai pas adhéré.

Voilà ><

Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 28 Janvier 2009 à 22:25:27
P't-être que j'aurai dû refaire le coup du paragraphe introductif... (ça manque de smiley songeur)

en tout cas ça n'aurait rien changé au fait que ce texte n'a pas d'âme.

Bah, j'essaierai d'en réécrire un, sur le même thème, une fois que j'aurais mieux absorbé la thématique, une fois que, heu, j'aurai laissé infuser. Ce texte est un peu, hm, une boisson qui n'a pas assez infusé. Un truc fade, pour dire franchement ;D  (ça me fout lse jetons d'être aussi posé, tiens. Normalement j'aurai sombré dans un chaos poisseux de misérabilisme. Quand on est posé c'est qu'on ne peut plus faire de progrès, et qu'on prend de la distance et qu'on se ment en disant "ça ira mieux demain". Bref, je me lève du divan oui bien sûr)

bah, en plus j'avais prévu de faire des recherches sur Rapa Nui.

J'vais me remettre à la Nécro, et laisser reposer Rapa Nui.

merci d'avoir lu ^^
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Kailiana le 29 Janvier 2009 à 17:39:49
Citer
Grand ancêtre conseille-moi je ne suis pas de pierre et je ne sais plus lire.
j'aime moins que le reste niveau rythme
Citer
Grand ancêtre apprends-moi par le cœur ce que tu as scellé aux tréfonds du basalte,
virgule après ancêtre ?
Citer
les rondins roulaient sur ton dos souviens t’en, ton visage dur en ce temps-là fut si proche de la terre florissante, sais-tu que leurs corps mangés par les vers ont pourri loin des carrières du Rano Raraku ?
j'aime moins


Bon alors niveau sens, avant de voir la photo, j'avais rien de rien compris  :-¬? Du coup le texte ne m'a pas vraiment (pas du tout  :-[ ) parlé. C'est dommage, parce que sinon c'est du Lo', ie super bien écrit. Mais... niveau sens, je nageais trop. Déjà en temps normal lorsqu'on sait de quoi tu parles faut se concentrer sur ce qu'on lit pour te comprendre avec ton style (ce n'est pas forcément un défaut). Mais si en plus on ne connait pas du tout le sujet, c'ets mort.

Sinon, je me disais... je sais pas trop pourquoi tu classes ce texte dans les poèmes, je le verrais plus dans les textes. Et puis aussi, quand tu veux faire de la prose poétique comme dans ce texte là, pourquoi tu n'essaie pas de faire plus court ? Jveux dire, t'écris super bien. Mais j'ai l'impression que sur un texte comme ça, où le sens est plus que brumeux, ça fonctionnerait bcp mieux si c'était "très" court, si tu n'allais qu'à l'essentiel - on aurait moins le temps de se dire "pfff je comprends rien", et plus le temps d'apprécier la prose. Non ?
Ou alors, essaie de faire un texte avec un scénar' bien plus commun, lol,  ça peut peut-être donner un truc bien avec ton style  :P (cf le film In the Mood for Love que je viens de revoir  :mrgreen: )



Nouveau commentaire après relecture.
Bon en fait ça va être très différent lol  :mrgreen:
Donc j'ai relu le texte en sachant de quoi ça parlait. Et vraiment, je suis admirative du style, surtout au début. Donc déjà je te conseille de mettre une photo/un dessin au début du texte.
Donc j'ai trouvé le début de la description vraiment bien. Il est certain que ça peut être encore amélioré, acr en fait avec la manière dont tu écris tu embellis tout (enfin c'est l'impression très subjective que ça me donne) et donc du coup y'a moins de... comment dire... enfin, si tout est beau, on s'en rend moins compte. Je sais pas trop si tu vois ce que je veux dire.
Par contre j'aime un peu moins la fin, surtout les deux paragraphes :
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Grand ancêtre apprends-moi par le cœur ce que tu as scellé aux tréfonds du basalte, chuchote en langue d’autrefois ce que tes oreilles si longues ont perçu lorsqu’ils t’acheminaient du volcan aux falaises, les rapanui défiant la mort et l’océan, les rondins roulaient sur ton dos souviens t’en, ton visage dur en ce temps-là fut si proche de la terre florissante, sais-tu que leurs corps mangés par les vers ont pourri loin des carrières du Rano Raraku ? Ils sont tombés et leurs esprits ont erré en vain près des statues. Maintenant les grands moais tombent face contre terre, brisés par le vent, rongés par les pleurs de la houle, sourds aux suppliques et muets toujours, tombent et ne me suivent, car leur sente est celle qui mène aux étoiles, les torches blanches à la proue des esquifs aînés, je suivrai ceux qui les rejoignent en brisant leur bogue de lave froide, tombent et se brisent, tombent.

Conseille-moi, ancêtre ; courbé face au volcan, et la chair en cendres aux prises avec la coulée visqueuse… mais qui pour m’extraire de la roche noire et pour me sculpter les traits des ancêtres et me traîner jusqu’aux falaises et hisser mon visage au plus près des étoiles – j’ai vu mes frères choir dans le vent et je te trouve perclus et brisé, la mort se cramponne à mes flancs, je suis son dernier repas. Car il est dit que l’aîné devait régner sur l’atoll et le cadet affronter l’aigreur de l’exil du bout du monde, et la fuite rampe encore et se perd ou s’élève entre les piliers de Rapa Nui. Vient le temps pour les nôtres du bannissement vers les étoiles. Ancêtre, si c’est toi le dernier, qui est l’homme à tes pieds qui te somme et t’implore ? Je suis, moi, l’homme de trop.
Je les trouve en dessous du reste et ils ne te valent pas.

En fait je pense que ce qu'il manque c'est un cadre. Jveux dire (je vais encore dire un truc incompréhensible mais c'est pas grave  :mrgreen:) ce que tu as écrit là c'est un tableau. Mais il n'a pas de cadre, et c'est comme si la peinture toute entière était mise en relief, jveux dire tous les détails sont bien peints mais du coup l'impression générale en pâti, et... bref, on a du mal à l'apprécier.

Donc il suffit que tu réussisses à faire un cadre et à donner un relief général et non sur tous les détails pour que ce soit bien  :mrgreen:  :-¬?

Bon, mon commentaire est sans doute un peu bizarre, lol. Bah si c'est pas compréhensible dis-le  :mrgreen:
Titre: Re : Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 29 Janvier 2009 à 19:00:27


Si si c'est compréhensible ! (enfin la fin moins MDR)


Citation de: Kailiana
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Grand ancêtre conseille-moi je ne suis pas de pierre et je ne sais plus lire.
j'aime moins que le reste niveau rythme
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Grand ancêtre apprends-moi par le cœur ce que tu as scellé aux tréfonds du basalte,
virgule après ancêtre ?
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les rondins roulaient sur ton dos souviens t’en, ton visage dur en ce temps-là fut si proche de la terre florissante, sais-tu que leurs corps mangés par les vers ont pourri loin des carrières du Rano Raraku ?
j'aime moins
moi aussi, tout comme
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Grand ancêtre apprends-moi par le cœur ce que tu as scellé aux tréfonds du basalte, chuchote en langue d’autrefois ce que tes oreilles si longues ont perçu lorsqu’ils t’acheminaient du volcan aux falaises, les rapanui défiant la mort et l’océan, les rondins roulaient sur ton dos souviens t’en, ton visage dur en ce temps-là fut si proche de la terre florissante, sais-tu que leurs corps mangés par les vers ont pourri loin des carrières du Rano Raraku ? Ils sont tombés et leurs esprits ont erré en vain près des statues. Maintenant les grands moais tombent face contre terre, brisés par le vent, rongés par les pleurs de la houle, sourds aux suppliques et muets toujours, tombent et ne me suivent, car leur sente est celle qui mène aux étoiles, les torches blanches à la proue des esquifs aînés, je suivrai ceux qui les rejoignent en brisant leur bogue de lave froide, tombent et se brisent, tombent.

Conseille-moi, ancêtre ; courbé face au volcan, et la chair en cendres aux prises avec la coulée visqueuse… mais qui pour m’extraire de la roche noire et pour me sculpter les traits des ancêtres et me traîner jusqu’aux falaises et hisser mon visage au plus près des étoiles – j’ai vu mes frères choir dans le vent et je te trouve perclus et brisé, la mort se cramponne à mes flancs, je suis son dernier repas. Car il est dit que l’aîné devait régner sur l’atoll et le cadet affronter l’aigreur de l’exil du bout du monde, et la fuite rampe encore et se perd ou s’élève entre les piliers de Rapa Nui. Vient le temps pour les nôtres du bannissement vers les étoiles. Ancêtre, si c’est toi le dernier, qui est l’homme à tes pieds qui te somme et t’implore ? Je suis, moi, l’homme de trop.


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Bon alors niveau sens, avant de voir la photo, j'avais rien de rien compris  :-¬? Du coup le texte ne m'a pas vraiment (pas du tout  :-[ ) parlé. C'est dommage, parce que sinon c'est du Lo', ie super bien écrit. Mais... niveau sens, je nageais trop. Déjà en temps normal lorsqu'on sait de quoi tu parles faut se concentrer sur ce qu'on lit pour te comprendre avec ton style (ce n'est pas forcément un défaut). Mais si en plus on ne connait pas du tout le sujet, c'ets mort.
or donc oui, mais je ne vais pas mettre une photo, parce qu'à ce moment-là autant faire une grande photo qui s'appellerait "dessin" et pas "poème" (ou texte, oui je vais le mettre dans l'autre section, ou alors non je vais peut-être le raccourcir comme tu le suggères, en tout cas une chose est sûre c'est qu'il ne végètera pas, mais tout ce qui sort de cette certitude est un peu dans l'suspense xD j'ai un phrasé dégoulinant de versatilité, hikikikih - ça va très mal ! mais je suis de bonne humeur c'est pour ça. Et je me reprends. Hop, repris.)


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Sinon, je me disais... je sais pas trop pourquoi tu classes ce texte dans les poèmes, je le verrais plus dans les textes. Et puis aussi, quand tu veux faire de la prose poétique comme dans ce texte là, pourquoi tu n'essaie pas de faire plus court ? Jveux dire, t'écris super bien. Mais j'ai l'impression que sur un texte comme ça, où le sens est plus que brumeux, ça fonctionnerait bcp mieux si c'était "très" court, si tu n'allais qu'à l'essentiel - on aurait moins le temps de se dire "pfff je comprends rien", et plus le temps d'apprécier la prose. Non ?
donc voilà ça j'ai déjà répondu, hop.



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hiiiin c'est intéressant, j'ai jamais essayé cette fonction.



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Donc j'ai relu le texte en sachant de quoi ça parlait. Et vraiment, je suis admirative du style, surtout au début. Donc déjà je te conseille de mettre une photo/un dessin au début du texte.
oh comment j'suis trop fort j'ai déjà répondu à ça aussi ! xD (et je ne me suis toujours pas repris...) merci, sinon :-[ Secret de Loredan à Kailiana : (il y a une phrase où je me suis inspiré de Hobbes mais il faut pas le répéter c'est un secret de toi à moi.) Fin du secret.


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Il est certain que ça peut être encore amélioré, car en fait avec la manière dont tu écris tu embellis tout
ah oui c'était ça le problème que j'arrivais pas à cerner. Quand je fais des images elles sont toujours mélioratives ! je vais aller relire Baudelaire... bonne idée ça, très, si. Merci.



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En fait je pense que ce qu'il manque c'est un cadre. Jveux dire (je vais encore dire un truc incompréhensible mais c'est pas grave  :mrgreen:) ce que tu as écrit là c'est un tableau. Mais il n'a pas de cadre, et c'est comme si la peinture toute entière était mise en relief, jveux dire tous les détails sont bien peints mais du coup l'impression générale en pâti, et... bref, on a du mal à l'apprécier.
donc ça très sincèrement c'est ce qui m'arrache un rire virtuel (et un vrai haussement de sourcil, et un vrai rire avorté)



voilà donc c'est cool ça si si vraiment c'est deux moyens concrets de tenter une amélioration : raccourcir, baudelairiser. Merci beaucoup !
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Kailiana le 29 Janvier 2009 à 19:23:14
ça veut dire quoi baudelairiser ?  :-¬?
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 29 Janvier 2009 à 19:31:44

Hem ben, faire que les images ne soient pas mélioratives, ce qui est relou à la fin ; genre des parallèles entre quelque chose d'habituellement beau et quelque chose de laid. Genre : l'aurore est une charognarde qui veut se repaître de la chair de la nuit. C'est un exemple.
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 30 Janvier 2009 à 00:47:43
Hop. Suppressions. Ajouts et modifs en gras.

___




Les statues, les orgueilleuses statues de pierre noire, tournées vers le volcan, tournées vers le ciel, rongées par les lunes, mettent bas. Leurs portées de rêves à la nuit réticente. Songent aux infimes éclaboussures de lune qui mouillent les cieux gris, et leurs silhouettes coupantes et longues et leurs lèvres pincées et leurs yeux appâtés par les ténèbres lointaines lentement se dissipent. Les bustes de basalte, ridés de siècle et de sel, sages protecteurs pour tous fors eux-mêmes, couvant d’autres passions, n’ont que faire de l’île de Pâques.


*


L’herbe est rousse et sèche, l’océan marmonne en contrebas. Il est là, haché par la brise et l’âge, je le contemple et je l’aime, lui son regard est ailleurs, car il aime et contemple, et son cœur est jeune encore. Conseille-moi, Ancêtre, dis-moi ce qu’il en coûte, car je suis prêt, peut-être, à t’écouter…

Le désert a frissonné. Des rides soucieuses ont froissé les dunes que le vent du large, de mémoire d’écume, et d’homme, et de pierre, creusait. Les fins vaisseaux de bois filaient sous les étoiles, dévalant la houle et s’engouffrant dans les récifs. L’aîné avait chassé le cadet, de la suie coulait du ciel –

Conseille-moi, Ancêtre, je ne sais ce qui m’attend, assoupi dans la langueur du déclin. J’ai, Ancêtre, est-ce là notre genèse ? lu dans les étoiles que

Les flots gris de l’ouragan se mouraient sur le sable. Quelque part entre l’eau et le vent, la nuit les harponnait de bourrasques et avalait les rameurs. Mais le jour était un temps qu’ils ne connaissaient pas encore, un sang de seiche noircissait le cosmos, et noircies les lames goulues, les étoiles crasseuses ; l’écume blafarde avait mangé leur éclat, rien n’était dans ce monde d’esquifs éreintés voguant sur les crachats amers –

Alors j’ai compris que c’était cela que tu cherchais, j’ai su ce qui attristait ton regard et j’ai voulu que tu me suives, toi le grand ancêtre qui, tailladé par le sel, restes, dans la tiède torpeur de la Grande Lointaine face au Rano Raraku pourvoyeur de chair immortelle, debout.

On lisait dans les cieux constellés le reflet revanchard des flots lourds. La nuit fut pure encore, la pénombre assiégée s'échappant peu à peu, île et île, archipels dans le vague. De la blessure ouverte par les nôtres s’épanchait une lumière en lambeaux, aux parures de flammes et de houle, des larmes aux éclats de lagon coincées dans la paupière battante du jour en éveil. L’aîné avait chassé le cadet, de l’or brûlait au loin. L’aîné règne dans la nuit, le cadet fend l’océan vers d’autres étoiles –

Grand ancêtre conseille-moi je ne suis pas de pierre et les morts seuls m’interpellent.

Alors ils la distinguèrent entre les plaies de l’aurore, et surent qu’il n’y aurait plus de frères sur la grève, de pirogues se faufilant vers le grand bleu : c’était l’île dernière qui croissait dans l’aube infectée d’or, la Grande Lointaine, c’était le havre de la fin des âges, Rapa Nui dans le matin clair.


*


Et le dos brisé, la peau meurtrie, les yeux révulsés, un à un les ancêtres confiants et fiers, le regard perdu dans les ténèbres de lumière mouchetées, tombent.

Grand ancêtre apprends-moi, par le cœur, ce que tu as scellé aux tréfonds du basalte lorsqu’ils t’acheminaient du volcan aux falaises, les rapanui défiant la mort et l’océan, les rondins roulaient sous ton dos souviens t’en, les herbes agaçaient ta nuque.

Ces jours répondaient aux nôtres, les grands moais tombent face contre terre, brisés par le vent, rongés par les pleurs de la houle, sourds aux suppliques et muets toujours, tombent et ne me suivent, car leur sente est celle qui mène aux étoiles, les gouttelettes blanches maculant l’immortelle nuit des esquifs aînés, je suivrai ceux qui les rejoignent en brisant leur bogue de lave froide, tombent et se brisent, tombent, disloqués loin de l’éjaculation stellaire, l’œil torve qui plonge dans l’humus, des caillots terreux abîmant le regard, et le souffle court, l’éternité qui les rattrape.

Conseille-moi, ancêtre ; courbé face au volcan, et la chair en cendres aux prises avec la coulée visqueuse… il n’y aura personne, sur la grève pâle ou dans la gueule du vieil édenté de Rano, pour m’extraire de la roche noire et me sculpter les traits des ancêtres et me traîner jusqu’aux falaises et hisser, hisser mon visage au plus près des étoiles. Car il est dit que l’aîné devait régner sur l’atoll et le cadet affronter l’aigreur de l’exil du bout du monde, et la fuite ancestrale chancelle à la morsure du vent d’est et s’étire en flamme nouvelle entre les piliers de Rapa Nui.

Vient le temps pour les nôtres du bannissement vers les étoiles.

Ancêtre, si c’est toi le dernier, qui est l’homme à tes pieds qui te somme et t’implore ? Je suis, moi, l’homme de trop.

Les grands moais ont les yeux révulsés et la mort hante les béances de leur regard. Les grands moais sont partis rejoindre les étoiles menteuses et hautaines, est-ce là le chemin qu’il me faut endurer ? Ils ont délaissé Rapa Nui un à un, noirs et voûtés dans le ciel sans nuées, si grands, laissant suinter leur âme des gangues aveugles et inertes, fichées dans la terre, vers le ciel noir vers les lumières qui gouttent, et leur marche a ébranlé le ciel.

Dos à la mer, regardant les étoiles, c’est la mort qu’ils me soufflent –

Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Matt le 30 Janvier 2009 à 19:22:21

Bon j'ai pas tout relu par manque de temps là mais je tenais à dire que je trouve le premier paragraphe vraiment poétique.  :noange:

Ceci dit j'ajoute comme Kailiana qu'il faudrait faire des phrases moins longues car sinon on perd vite le sens du texte.

Bonne continuation !
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Kailiana le 30 Janvier 2009 à 20:48:39
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Leurs portées de rêves à la nuit réticente. Songent aux infimes éclaboussures de lune qui mouillent les cieux gris
L'idée du paragraphe d'intro avec "ile de Paques" est bonne, mais j'aime moins ces phrases : la première j'ai du mal à la comprendre, et je la trouve... mal introduite ; la deuxième, ici, j'aime pas trop l'absence du sujet.

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Grand ancêtre conseille-moi je ne suis pas de pierre et les morts seuls m’interpellent.
J'aime toujours moyen. En fait c'est le début "grand ancêtre conseille-moi je ne..." que je trouve... je sais pas, j'aime pas le rythme
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disloqués loin de l’éjaculation stellaire,
euh oui "éjaculation" c'est bof pour parler des étoiles  :mrgreen: Disons que ça va pas du tout dans le ton du texte  :-¬?

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Ces jours répondaient aux nôtres, les grands moais tombent face contre terre, brisés par le vent, rongés par les pleurs de la houle, sourds aux suppliques et muets toujours, tombent et ne me suivent, car leur sente est celle qui mène aux étoiles, les gouttelettes blanches maculant l’immortelle nuit des esquifs aînés, je suivrai ceux qui les rejoignent en brisant leur bogue de lave froide, tombent et se brisent, tombent, disloqués loin de l’éjaculation stellaire, l’œil torve qui plonge dans l’humus, des caillots terreux abîmant le regard, et le souffle court, l’éternité qui les rattrape.
Et de manière générale j'aime pas trop ce paragraphe/phrase. En particulier, "et ne me suivent", je crois que je l'avais pas dit avant mais j'avais un peu accroché et j'accroche toujours, c'est bof à prononcer
Et si tu veux faire une seule phrase dans ce paragraphe, ok, je comprends, mais il faudrait que ça coule mieux, que... enfin là, je trouve que ça accroche, peut-être à cause du "je" qui apparait comme ça un peu abruptement (ds le paragraphe) je sais pas... Oui, peut-être que ce sont ces deux détails qui font que j'aime pas trop le paragraphe. A voir.

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Ils ont délaissé Rapa Nui un à un, noirs et voûtés dans le ciel sans nuées, si grands,
Jsuis pas sûre que "si grands" soit vraiment utile (jveux dire perso j'ai pas besoin que tu le dises à cet endroit là pour les imaginer "si grands" et ça accroche un peu dans la phrase)

Bon j'ai pas tout relu (juste les paragraphes modifiés) donc je peux pas trop te dire si c'est mieux sur l'ensemble, d'autant que même si je relisais tout, mes impressions de la prmeière version sont biens trop fraiches pour que je puisses juger celle-ci  :-[

 
Ceci dit j'ajoute comme Kailiana qu'il faudrait faire des phrases moins longues car sinon on perd vite le sens du texte.
Euh j'ai dit ça où que c'était la faute à la longueur des phrases ?
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 30 Janvier 2009 à 20:57:53


Ok je continuerai les corrections. Là pour l'instant je suis sur un autre texte, mais je m'y remets dès que j'ai fini.
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Spes le 30 Janvier 2009 à 21:08:51
Je n'ose pas vraiment relever des points de ponctuation dans ce genre de texte, ni critiquer les choix que tu as fait... Décidément, il faudrait que je lise plus de poésie ^^
J'avais compris qu'il s'agissait de Moaïs ( d'ailleurs, ç'aurait été plus clair avec le tréma, non ? Il me semble que les deux sont corrects ), mais je n'ai pas tout saisi pour autant.
Dans l'ensemble, le texte m'a plu, cependant cette semi-compréhension et les changements de rythme m'ont amené à glisser dessus sans vraiment rentrer dans l'ambiance. Je le relirais à l'occasion
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 30 Janvier 2009 à 21:12:36


Ah oui j'étais pas sûr pour l'orthographe avec le tréma, mais si c'est bon c'est sûr que ça aidera. Si on lit "mohè" ça le fait tout de suite moins :-¬?

Oui, on glisse dessus. >< je vais le retravailler, pour certains textes j'en suis incapable, mais là je crois que ça marche un peu, le retravail... merci ! :)
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Matt le 30 Janvier 2009 à 21:28:19

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Euh j'ai dit ça où que c'était la faute à la longueur des phrases ?

J'ai peut-être mal compris. (c'était plus sur le texte alors...)
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Verasoie le 31 Janvier 2009 à 10:29:42
Bon alors le sens j'étais complètement passée à côté ^^
Mais j'ai quand même bien aimé.
En fait j'ai aimé le rythme, principalement. Y'a une phrase que j'ai commencée de trois mots avant de me dire "faut que je regarde l'heure", et en glissant vers la fin de la ligne mes yeux ont préféré d'eux mêmes aller à la ligne suivante plutôt que de descendre à la barre des tâches. Non ok ça fait kitsch dit comme ça mais c'est vrai xD  celle ci :
(ah zut j'avais pas lu la deuxième page du topic, je termine ce que je disais et je m'y mets)
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mais qui pour m’extraire de la roche noire et pour me sculpter les traits des ancêtres et me traîner jusqu’aux falaises et hisser mon visage au plus près des étoiles – j’ai vu mes frères choir dans le vent et je te trouve perclus et brisé, la mort se cramponne à mes flancs, je suis son dernier repas.
Voilà. En fait faut que je parte >< Donc je laisse ce début de commentaire et je terminerai tout à l'heure, toutes mes excuses
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 31 Janvier 2009 à 12:36:07


Ok xD merci d'avoir commencé ;)  la deuxième version est là (http://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=1795.msg29150#msg29150) ^^
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Verasoie le 31 Janvier 2009 à 13:33:07
Voilà, j'ai lu la deuxième version. A mon avis avec ce "préambule" on saisit mieux, enfin à ma deuxième lecture j'ai apprécié plus d'images en sachant que tu parlais de l'île de Pâques, en sachant qui est "l'ancêtre" etc.
Côté style comme dit j'ai bien aimé le rythme surtout. J'aime aussi l'image "un sang de seiche noircissait le cosmos" ^^
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 31 Janvier 2009 à 18:11:48


Ok, oui je pense que le préambule est utile pour apprécier la suite, même s'il faut que je le revoie.

Par contre, je sais pas trop comment travailler le côté "trop lisse" >< l'âme des textes s'échafaude pendant la rédaction, quand on a le rythme dans la tête, et plein d'autres paramètres de ce moment-là ; j'pense que c'est mort.

Ben merci de ton avis ;)
Titre: Re : Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Nienna le 01 Février 2009 à 19:51:45
J'avais lu la première version et très franchement j'avais eu du mal parce que, certes c'était très bien écrit, mais j'avais rien compris et ça m'avait gênée et j'étais restée vraiment frustrée.
Et j'ai lu la deuxième version et j'ai beaucoup aimé. Probablement grâce à tes explications, ton préambule (qui pour moi est vraiment nécessaire), tes rajouts/coupures...

Deux, trois trucs :

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disloqués loin de l’éjaculation stellaire,
euh oui "éjaculation" c'est bof pour parler des étoiles  :mrgreen: Disons que ça va pas du tout dans le ton du texte  :-¬?

Idem, dans ma lecture j'ai buté sur ce mot et je me suis prise à le relire deux fois. Pareil que Kail' ça convient pas vraiment au ton du texte.

Par contre le "grand ancêtre conseille moi..." contrairement à Kail' je trouve que le rythme imposé (faut manger chaque mot séparément en faisant attention à ne pas abîmer les mots...enfin bref  :mrgreen: ) est intéressant parce qu'il dégage une certaine majesté, un profond respect.

[désolée c'est pas dans l'ordre du texte]

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Ils ont délaissé Rapa Nui un à un, noirs et voûtés dans le ciel sans nuées, si grands,
Jsuis pas sûre que "si grands" soit vraiment utile (jveux dire perso j'ai pas besoin que tu le dises à cet endroit là pour les imaginer "si grands" et ça accroche un peu dans la phrase)

Idem, je pense que le rajout "si grand" est inutile ici.

Sinon, ton écriture  :coeur: vraiment très belle, de superbes images. Bon après c'est sûr que faut s'accrocher mais ça en vaut la peine - pour le "voyage" !
Une fois lu, j'ai une sensation d'immensité qui reste en moi...ton texte il me fait penser à une sculpture (ce qui est positif étant donné le sujet). Et donc, avec cette ambiance, cette grandeur ça me fait un peu penser aux tragédies grecques...et je pense mais c'est très subjectif (et puis peut-être que c'est pas vraiment dans ce sens que tu veux aller) que ça serait encore mieux en allant farfouiller un peu plus de ce côté-là (tragédies), enfin je sais pas trop en fait, car faut pas non plus tomber dans l'excès...

Après faudrait que je le relise pour mieux saisir le sens encore. Mais j'aime beaucoup. La dernière phase  :coeur:

[ah aussi j'ai pas pu m'empêcher d'y voir un parallèle avec les dragons et les Anciens de Hobb...(Hobb quand tu nous tient... ><)]
Titre: Re : L'exil du peuple de l'océan
Posté par: Gros Lo le 01 Février 2009 à 20:03:06
Citation de: Nienna
Citation de: Kailiana
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disloqués loin de l’éjaculation stellaire,
euh oui "éjaculation" c'est bof pour parler des étoiles  :mrgreen: Disons que ça va pas du tout dans le ton du texte  :-¬?

Idem, dans ma lecture j'ai buté sur ce mot et je me suis prise à le relire deux fois. Pareil que Kail' ça convient pas vraiment au ton du texte.
d'accord. Pourtant ça colle bien j'trouve, mais... ouais, problème de registre en effet.


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Par contre le "grand ancêtre conseille moi..." contrairement à Kail' je trouve que le rythme imposé (faut manger chaque mot séparément en faisant attention à ne pas abîmer les mots...enfin bref  :mrgreen: ) est intéressant parce qu'il dégage une certaine majesté, un profond respect.
d'acc, en fait j'avais pensé à le modifier... ben je verrai alors.



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Idem, je pense que le rajout "si grand" est inutile ici.
ouip je l'enlève.



Sinon, ça me fait plaisir pour le... sentiment d'immensité, c'était ce que je voulais essayer de rendre, le respect devant ce qui nous dépasse et qui nous survit... bah au moins ça aura marché une fois :)

Et, et pareil pour la dernière phrase, je l'aime bien, j'suis content que tu l'aies relevée ! je trouvais que c'était une bonne synthèse, pour une fois...


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[ah aussi j'ai pas pu m'empêcher d'y voir un parallèle avec les dragons et les Anciens de Hobb...(Hobb quand tu nous tient... ><)]
je m'en suis rendu compte en l'écrivant, et encore j'ai enlevé des passages où c'était plus flagrant xD


merci d'avoir lu et content que t'aies apprécié ! ^^