Il y avait une étrange odeur de poisson pourri dans ce pub. Il faut dire que les fumées de la cuisine s'évaporent juste en face de moi. Il doit faire chaud là-dedans. Je buvais mon martini bien tranquillement en jetant un œil à la blonde bouclée. Elle parle au barman avec un sourire ravageur, son rire me fait franchement chié. À ma droite, trois pauvres types à barbe la regardent. Celui du fond semble mal en point devant sa bière. Il me fait penser à ce bon vieux Fred. Un homme divorcé, vieux et alcoolo. Je m'étais lié d'amitié avec Fred le temps d'une soirée. On picolait ensemble. Cette odeur de poisson me donne la gerbe. Je me déplace vers miss sourire. Qu'est-ce-qu'une nana comme celle-ci pourrait parler avec un vieux croûton comme moi ? Je pue la vinasse, le poisson maintenant et je manque cruellement de sex-appeal. J'en ai jamais eu à vrai dire.
- Tu lui remettrais pas un rosé à la ptite dame ?
- Oui Msieur
Elle me jette un regard étonné. J'en attendais pas moins. Elle me remercie poliment et continue de parler au serveur. Je termine mon martini et en commande un autre. Mes trois potes de derrière la matent toujours. Je me suis posé avec Fred Bis. Je le sens bien celui là.
- As-tu déjà posé ton regard vers la personne qui se nourrit de ton âme comme le jus d’une pêche fraiche ? me dit-il en regardant la blonde d'un air mélancolique.
- ... On tisse le drame avec ce genre de femme. On s’agite face à l’émotion, accroché à notre vertu. Le corps se retrouve ainsi conjugué avec le désordre de l'esprit... Je me remercie de l'avoir aimé à n'en plus pourvoir méditer sur ma propre existence. J'essaie pourtant de vivre en acceptant la réalité mais la tonalité de notre couple me berce chaque seconde... Vois-tu ?
J'aime pas comme il parle mais il est pas con.
Il allume une cigarette. J'éteins la mienne.
- Comment elle s'appelle ?
- Laura
Cette petite minette avait du lui en faire baver. Elle pourrait me faire penser à ma salope de mère. Elle n'a pas eu une enfance heureuse mais ça n'excuse pas son comportement avec mes frères et moi. J'ai peu de souvenir avec eux, je me suis tiré de la maison familiale assez jeune. Tim, l'ainé est devenu musicien dans une troupe espagnole à Huelva et George est devenu un putain de travelo. Il m'est arrivé de croiser un trans lors d'une soirée Strasbourgeoise, un vraie beauté. On avait picolé jusqu'au bout de la nuit, elle m'avait sucé dans les chiottes et je l'avais emmené dans un hôtel miteux non loin de là. On avait fait nos affaires jusqu'au moment où je glisse mes doigts dans sa culotte. Deux heures après, je me suis retrouvé chez les flics pour coups et blessures avec agression verbale. J'ai nié comme un lâche et les flics m'ont libéré deux jours plus tard. Alors tu comprends quand j'ai su que George voulait se faire une chatte, j'ai pété un câble.
- Un autre Martini serveur
Fred est un brave type, il doit avoir la cinquantaine, violé par la vie et ses coups durs mais surtout par l'alcool. Un look de clochard, les pupilles ternes, un gros pif, les cheveux long grisâtre avec un gros bide. Il sort un jeux de carte et on s'est mis à jouer à la belote.
- Un autre Martini serveur ?
Il faut croire que les deux se font plaisir à l'abri de nos regards indiscrets car le serveur et la blonde ne sont plus là... ça va vite à cet âge-là. Dommage, j'ai envie d'un martini. Alors je me suis servi derrière le bar. Fred Bis est concentré pour ne pas perdre, moi, j'en ai rien à foutre de perdre.