Le Monde de L'Écriture

Sous le soleil des topics => Discussions => Le petit salon => Discussion démarrée par: extasy le 21 Juillet 2015 à 14:29:43

Titre: Une mystérieuse affaire de style
Posté par: extasy le 21 Juillet 2015 à 14:29:43
Salut !

C'est ici que vous pouvez mettre vos impressions concernant le style des Mdeins !
En fait, il ne s'agit pas forcément de style. Nous essayons de porter un regard aussi large que possible sur l'écriture des participants. Cela peut donc, éventuellement, se rapporter au style à proprement parler, mais également aux thèmes ou idées qui vous semblent récurrents, à la construction du récit, au de registre de prédilection, et que sais-je encore.
L'idée c'est d'essayer de dégager une sorte de zone de prédilection de l'auteur, et d'en parler. De voir comment chacun perçoit tout le monde. Savoir si quelque chose de général se dégage de nos remarques ou pas. D'essayer bien entendu d'apporter autant de d'idées constructives que possibles.
Bref, nous en sommes encore à une phase d'expérimentation, et c'est ce qui fait la difficulté mais aussi la beauté du truc. Personne ne sait ce que ça pourra donner. Et c'est parce qu'il n'y a pas de vraies règles que je tiens à rappeler qu'on n'est pas là pour critiquer. Et qu'il faudra essayer de ne pas flooder, ce qui ne sera peut-être pas si évident que ça.

Vous pouvez, en attendant de savoir ce qu'on fera des présentations, aller voir ces dernières ici : http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.0.html

Comme ce n'est qu'un début, n'hésitez pas à y aller petit à petit, une simple remarque pouvant faire avancer la machine. Mais si l'envie vous prend de pondre un gros pavé, ce n'est pas moi qui vous en empêcherai   ;)


Liste des participants (Edit : j'ai essayé de regrouper les liens concernant un auteur. Pour l'instant c'est pas très représentatif vu qu'on en a pas encore beaucoup mais voilà ce que ça donne) :

Aphone (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg285116.html#msg285116)
Batpiste (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg285865.html?PHPSESSID=1461e061a9b204140825b78df4fce071#new)
Ben.g (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg284890.html#msg284890) : extasy (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285188.html#msg285188), RDA (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285549.html#msg285549), extasy (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285811.html#msg285811)
extasy (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg284967.html#msg284967)
Loïc (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg284955.html#msg284955) : Milora (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285216.html#msg285216), RDA (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285413.html#msg285413), Milora (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285480.html#msg285480)
MillaNox (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg284897.html#msg284897)
Milora (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg285052.html#msg285052) : World End Girlfriend (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285831.html#msg285831), RDA (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285855.html#msg285855)
Miromensil (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg285424.html#msg285424) : Loïc (voir en bas) (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285413.html#msg285413)
World End Girlfriend (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg285089.html#msg285089) : extasy (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285814.html#msg285814), RDA (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285843.html#msg285843), Viviane (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17677.msg285914.html#msg285914)
...
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: extasy le 21 Juillet 2015 à 15:26:38
J'ouvre le bal et ma première victime sera... Ben.G !

Alors en fait, je voulais insister sur un élément en particulier, qui m'a semblé revenir dans ton écriture : il s'agit du rapport à la temporalité.
En règle générale, lorsque j'écris, l'action se déroule assez rapidement, en une journée, en un acte. Je peux bien sûr jouer un peu avec le temps, faire de petits retours dans le temps, mais avec toi Ben, c'est totalement différent et c'est parce qu'on est si différents que ça m'a tout de suite marqué. Voilà ce qui, selon moi, en fait un truc à toi, parce que je n'ai retrouvé ça chez personne d'autre pour l'instant :

-Pas de jeux temporels, c'est-à-dire que tu n'emploies pas spécialement de retours en arrière ou de projections dans le futur, etc.
-Mais néanmoins, il y a un caractère progressif dans la gestion du temps qui me fait dire "tiens, ça c'est du Ben.G". L'action est bien plus étendue en terme de temps que pour moi. Chez toi, ça peut durer des jours, voire des mois ou des années.
-J'ai l'impression que plusieurs éléments importants du récit sont introduits à travers cette progression temporelle.
-Moi je vois cette progression un peu comme ce qui se fait dans les contes.
-Bref, il me semble que tu entretiens un rapport étroit à la temporalité. Nous le faisons tous, c'est vrai, mais on dirait que chez toi, c'est fait d'une manière plus consciente, ou en tout cas plus spontanée. Il y a quelque chose qui fait que c'est toi dans le rapport entre progression et temporalité.

Sinon, cette idée de conte m'intéresse. J'ai vraiment eu l'impression, en lisant ton premier texte, celui du moinillon ( j'adore ce mot :D) que j'étais dans un conte pour "adultes" décalé/wtf. Genre "il était une fois, dans un monastère fort fort lointain, au milieu de la nature sereine et des jolis arbres... des moines pervers carburant aux magazines pornos et un moinillon qui voulait devenir Pape".
Mais ce qui est intéressant, en plus du côté décalé que je surkiffe, c'est le fait qu'il y ait, comme tu as dit, un fond de réflexion.

Les fins sont obscures. Ce n'est pas à prendre dans le sens négatif. Je veux simplement dire qu'encore une fois, c'est tellement différent de ce que j'ai l'habitude de faire, que je suis désarçonné. J'aimerais bien savoir comment tu vois la chose ?
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Milora le 21 Juillet 2015 à 16:41:21
En fait je suis en train de me dire que ce fil pourrait s'intituler "Gagner un Blind Text pour les Nuls" :mrgreen:

De mon côté, je vais attaquer par Loïc *attrape un gourdin et fonce sur Loïc avec un cri de guerre*. Parce que de tous les inscrits sur ce fil, c'est le seul dont j'aie déjà lu plusieurs textes ^^

Loïc,
Précision : j'ai pas lu tout ce que tu as posté et notamment, j'ai pas lu tes textes longs et Nanos, juste plusieurs de tes nouvelles.
Dans l'ensemble, ta marque de fabrique me semble être ton style combiné au type d'histoire choisie : un style sobre, très propre, très soigné et "neutre" (ce qui n'a rien de négatif) : le style est là pour se faire oublier, ce qui compte c'est ce qui est raconté, pas de fioriture ou d'effet de sonorités ou de jeux sur la langue. D'une manière générale, il me semble que tu te centres surtout sur les actes des personnages, voire leurs pensées, et sur les dialogues. On a souvent peu d'éléments de description ou d'ambiance, par contre, les dialogues sont développés et cherchent à retranscrire le langage oral des personnages, ils sont peu littérarisés (tu y mets volontiers des gros mots, des tournures orales, etc.)
En fait, je m'étais déjà dit que je te trouve un style assez "télévisuel" : simple, sobre, va à l'essentiel, sans accroc, qui présente souvent les scènes de façon externe, en laissant une large part aux dialogues et à l'action. Les pensées des personnages sont retranscrites avec une forme de distance qui fait qu'on les voit un peu de loin, comme dans un film. D'ailleurs, certaines fois, tu emploies des procédés vraiment cinématographiques ; je pense à ton texte avec la maison hantée ou à celui où les archéologues se retrouvaient en Transylvanie dans le passé. La façon de mettre en place la scène, de présenter les personnages, les effets visuels évoqués pour les phénomènes magiques ou les scènes d'actions, font très "audiovisuel", je trouve :)
Du coup ça se lit facilement et ça fait surtout ressortir l'intrigue et les personnages.
Au niveau des thèmes, j'ai pas su voir de marque de fabrique  :-[ Tu dis que tu écris beaucoup de fantasy mais je crois que je t'ai peu lu dans ce genre (à part le texte sur l'Elfe dans la forêt, avec les cartes ; et Alline). Je crois que je t'ai lu au moins deux fois écrivant une romance lesbienne, mais bon, de là à généraliser à partir de 2 textes, ce serait sans doute exagéré... Je n'ai pas remarqué que tes personnages féminins se ressemblent, à la différence de ce que tu relèves dans ta présentation (mais j'ai pas lu tes textes longs, aussi... )
En revanche, c'est toujours des textes à intrigue, et mêmes à aventure. Ils créent un univers ou au moins une suite de péripéties. J'ai du mal à mettre des mots sur cette impression, mais ça me donne vraiment l'impression, oui, de regarder un film ou une série, avec un schéma narratif clair, des scènes d'action (ou de confrontation, mais bref, il "se passe quelque chose", c'est jamais contemplatif ou introspectif), où on lit facilement sans avoir à fournir d'effort.
Ah, oui, et si jamais il y a écrit quelqu'un.e ou certain.e.s, t'es grillé, bien sûr  :mrgreen:

Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Loïc le 22 Juillet 2015 à 11:17:52
Vos deux analyses sont vraiment intéressantes à lire.

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On a souvent peu d'éléments de description ou d'ambiance, par contre, les dialogues sont développés et cherchent à retranscrire le langage oral des personnages, ils sont peu littérarisés (tu y mets volontiers des gros mots, des tournures orales, etc.)

Ça me semble assez vrai, notamment pour ce qui n'est pas du ressort de la vue (cf. la suite de ton commentaire). Héritage de longues année de forums RPG. Pour les dialogues, je pense que c'est quelque chose d'assez récents. J'évitais beaucoup les dialogues au début.

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En fait, je m'étais déjà dit que je te trouve un style assez "télévisuel" : simple, sobre, va à l'essentiel, sans accroc, qui présente souvent les scènes de façon externe, en laissant une large part aux dialogues et à l'action. Les pensées des personnages sont retranscrites avec une forme de distance qui fait qu'on les voit un peu de loin, comme dans un film. D'ailleurs, certaines fois, tu emploies des procédés vraiment cinématographiques ; je pense à ton texte avec la maison hantée ou à celui où les archéologues se retrouvaient en Transylvanie dans le passé. La façon de mettre en place la scène, de présenter les personnages, les effets visuels évoqués pour les phénomènes magiques ou les scènes d'actions, font très "audiovisuel", je trouve :)

C'est intéressant, tu arrives effectivement à mettre des mots sur une pratique d'écriture que j'ai. Quand j'écris certaines scènes, je les visualise effectivement manière télévisuelle avant de les écrire et même pendant.

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Tu dis que tu écris beaucoup de fantasy mais je crois que je t'ai peu lu dans ce genre (à part le texte sur l'Elfe dans la forêt, avec les cartes ; et Alline)

Je sais pas ce que tu as lu précisément mais effectivement ça peut dépendre du corpus. Je compte les 3 textes longs, Alline, les deux textes du dernier BT, le texte sur les archéologues. Mais c'est vrai que j'en ai un certain nombre qui n'en sont pas ^^

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Je crois que je t'ai lu au moins deux fois écrivant une romance lesbienne, mais bon, de là à généraliser à partir de 2 textes, ce serait sans doute exagéré...

Si on compte Toutes les cartes en main, y en a même trois (Le radeau, Alline, Toutes les cartes en main). J'y aurais pas pensé, tiens.

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En revanche, c'est toujours des textes à intrigue, et mêmes à aventure. Ils créent un univers ou au moins une suite de péripéties. J'ai du mal à mettre des mots sur cette impression, mais ça me donne vraiment l'impression, oui, de regarder un film ou une série, avec un schéma narratif clair, des scènes d'action (ou de confrontation, mais bref, il "se passe quelque chose", c'est jamais contemplatif ou introspectif), où on lit facilement sans avoir à fournir d'effort.

Bien vu. Je crois aussi que ça explique en partie ma difficulté à bien finir mes textes. J'ai du mal à aller au-delà de l'aventure ou de la suite de péripéties.

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Ah, oui, et si jamais il y a écrit quelqu'un.e ou certain.e.s, t'es grillé, bien sûr  :mrgreen:

Haha, je ne l'ai fait qu'une fois pour tester ce que ça pouvait donner, et sur un texte bien particulier en plus ^^

Exercice vraiment intéressant à lire. Faut que je m'y mette mais sans pc chez moi c'est pas évident ><



Edit : j'ai essayé de voir Miro.

J'ai lu les deux textes que j'ai commentés + le bureau des rumeurs et le blues du vent que je n'ai pas relus.

De ce que j'ai lu, donc, je retiens d'abord la thématique du vent et de la pluie qui reviennent beaucoup beaucoup. Moins sur le bureau des rumeurs, ou en tout cas ce n'est pas ce qui m'a marqué dedans. Je trouve aussi qu'au final, tes personnages, même centraux, ne sont pas ce qu'on retient. Ni même l'action. C'est plutôt l'ambiance que tu arrives à planter, l'onirisme dont tu parles dans ta description de toi. Du coup ouais, on est souvent dans une espèce d'ambiance de rêve.

Euh voilà c'est court, faut que je me fasse la main ^^
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Milora le 22 Juillet 2015 à 16:39:34
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Héritage de longues année de forums RPG.
Ah tiens, c'est marrant, j'y aurais pas pensé mais maintenant que tu le dis, c'est vrai qu'on peut y voir une résurgence de l'écriture de forums RPG ! (c'est intéressant ^^ * sort son calepin de psy et ajuste ses lunettes*)

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Je sais pas ce que tu as lu précisément mais effectivement ça peut dépendre du corpus. Je compte les 3 textes longs, Alline, les deux textes du dernier BT, le texte sur les archéologues. Mais c'est vrai que j'en ai un certain nombre qui n'en sont pas
Ah, les archéologues je l'aurais mis en fantastique, pas en fantasy...
Pour être plus précise sur mon corpus :mrgreen: , j'ai lu de toi :
- Alline
- Comme en 40, sur les archéologues
- la maison hantée
- Toutes les cartes en mains, l'histoire de l'Elfe dans la forêt du BT
- des coin-coins dans le noir (si si, assume :mrgreen: En plus il m'a marquée et pendant un moment, quand je me demandais ce que t'écrivais, la réponse était ce texte :D)
- le début de ton roman avec Méduse
- Dernière danse
- La vache, le ver de terre et le fermier (même si j'ai pas trop centré mon analyse dessus :P)

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    En revanche, c'est toujours des textes à intrigue, et mêmes à aventure. Ils créent un univers ou au moins une suite de péripéties. J'ai du mal à mettre des mots sur cette impression, mais ça me donne vraiment l'impression, oui, de regarder un film ou une série, avec un schéma narratif clair, des scènes d'action (ou de confrontation, mais bref, il "se passe quelque chose", c'est jamais contemplatif ou introspectif), où on lit facilement sans avoir à fournir d'effort.


Bien vu. Je crois aussi que ça explique en partie ma difficulté à bien finir mes textes. J'ai du mal à aller au-delà de l'aventure ou de la suite de péripéties.
Oh, je trouve pas que ce soit une gêne pour la construction d'histoire, cette caractéristique ! Il peut y avoir des romans très sympas écrits comme ça.
Après - mais peut-être que je sors du cadre de ce qui est attendu sur ce fil - je me dis que peut-être que pour dépasser ce problème, tu pourrais essayer de développer un peu plus l'immersion dans le personnage (qu'on le voie moins "de loin"), ce qui peut permettre de te donner l'impulsion, le moteur interne du texte (moteur qui devient alors la personnalité propre du personnage, ses motivations, non pas globales à l'échelle du roman, mais de scène en scène, pour passer de l'une à l'autre). Ce qui du coup, ferait de la trame de ton histoire non plus un scénario mais une chaîne. Je suis pas très claire et je sais pas si c'est le genre de discussion attendue ici, du coup je développe pas, mais c'est l'impression que j'ai eue, en lisant ta présentation et ensuite en réfléchissant aux traits communs de tes textes...
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Aléa le 22 Juillet 2015 à 21:21:45
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En fait je suis en train de me dire que ce fil pourrait s'intituler "Gagner un Blind Text pour les Nuls" :mrgreen:
Grave c'est un centre d'entrainement béton au blind text  :D

@Extasy

Bin je voulais joindre une analyse de quelqun en te répondant, mais j'ai pas trop eu le temps malheureusement alors je vais te répondre quand meme :P

Waouh bon bah super interessante ton analyse!
Tout simplement parce que, bin tu relèves un élément important dont je ne me suis jamais vraiment rendu compte! Du point pas jusqu'à penser que ca pouvait me distinguer des autres!

En fait le rapport au temps que j'entretiens, c'est le fait de ne pas vouloir me fixer vraiment dans un temps donné, je préfère laisser les pensée/actes évenements du récit guider le temps sans revenir sans arrêt à quelque chose de dater et précis, c'est ce qui à mon avis donne cette impression.
Je pense que j'ai adopté cette narration au tout début (la nuit du mal est mon tout premier texte réecrit) parce que je ne savais pas m'y prendre justement pour raconter un récit niveau dates, c'est con hein, mais j'avais peur qu'en martelant à chaque fois du "deux jours plus tard" ou "3 heures avant" bin ca ralentisse le récit ou donne un coté trop simpliste, et comme je voulais avant tout mettre en avant des idées, c'est ce qui m'a paru le mieux, de ne surtout rien arreter de précis et tranché, et puis ca m'a bien plus et j'ai plus fait attention à ca  ^^

Citer
-Moi je vois cette progression un peu comme ce qui se fait dans les contes.
C'est pas faux, en fait je visualise plus le récit de loin comme une progression, que comme une scène en focale qu'on suit caméra à l'épaule. (faut que j'aille faire un tour sur tes textes pour voir ce que tu veux dire vraiment). Mais ouaip du coup c'est cool, je vois mieux ce qu'il faut faire si je veux sortir de ce cadre un jour héhé
Et du coup oui, pour moi les deux son étroitement lié, je me défini pas de plage temporelle (bon si bien sûr, je sais que telles choses se sont passée en 1 mois pour qu'il en arrive là,  je peux le dire mais) c'est surtout la progression de l'esprit du perso, ou meme son physique qui défini le temps (ou l'inverse hein, enfin normalement c'est ca :moment philo:  :mrgreen: )
Tu dis des années par exemple, pour moi ces deux textes ne se passent pas en plus de quelques mois, mais ca tend vers un passé et un futur quoi



Après pour le coté conte, je me rends compte que mes deux textes là commencent un peu de la même facon, je voulais pas trop mettre de lecture, mais je vais voir si j'en ai un autre pour pas trop qu'on se focalise la dessus. Meme si c'est vrai que c'est assez récurrent chez moi vu que j'aime me plonger dans l'imaginaire (y'a pas de temps dans l'imagination c'est connu lol). Et puis c'est pas facile les débuts.


Euh comment je vois la chose pour les fins? Tu peux m'en dire plus? (que je te dise pas des trucs trop bateaux )


Bon j'espère ca répond un peu à tes interrogations, hésites pas si t'en as d'autres ou si t'as d'autres remarques, et surtout merci beaucoup pour ta finesse de recherche!!!!!





PS: je pense que je vais utiliser ce message initial pour poster toutes mes analyses, ou je déplacerai des comm sinon, mais ca me parait mieux pour s'y retrouver si le topic devient plus gros ca serait pas cool de se taper des pages et des pages pour trouver toutes les analyses possible... Bon ca va faire des posts mastoc, mais laisser le reste à la discussion ca me parait pas mal.
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Milora le 22 Juillet 2015 à 23:02:22
En fait c'est super intéressant de lire la réponse de l'auteur aussi, je trouve ^^ Bref, bonne idée ce fil, Extasy !

Ceci dit, je me permets juste cette mini digression :
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PS: je pense que je vais utiliser ce message initial pour poster toutes mes analyses, ou je déplacerai des comm sinon, mais ca me parait mieux pour s'y retrouver si le topic devient plus gros ca serait pas cool de se taper des pages et des pages pour trouver toutes les analyses possible... Bon ca va faire des posts mastoc, mais laisser le reste à la discussion ca me parait pas mal.
Normalement, le premier post du fil contiendra un index avec les liens vers tous les messages parlant de tel ou tel auteur, du coup ça devrait aller. Et je pense qu'en l'occurrence, on peut se permettre un double post (chaque post étant consacré à un auteur) pour plus de clarté, si vous voulez.
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: extasy le 24 Juillet 2015 à 17:07:13
Alors à Ben : pour les fins en fait, c'est simplement que j'arrive pas trop à ressentir un effet de conclusion. Pour la nuit du mal c'est vrai que j'ai pas vraiment eu ce problème, mais c'est surtout la fin de l'histoire du moinillon que j'ai pas bien captée. Je vais devoir parler de moi pour essayer d'être plus clair  :D Je ne sais pas trop comment exprimer ça, disons que moi j'ai l'habitude (c'est pas toujours toujours le cas mais bon) de finir avec un truc clair qui laisse pas place au doute. En fait mes fins laissent place à une seule forme de réflexion, une seule pensée, qui est celle que j'ai envie de transmettre. Je ne laisse jamais je crois bien, l'auteur interpréter le texte à sa manière. Bref, c'est un truc fermé, rigide, et clair. Alors que pour l'histoire du moinillon, voilà je n'ai pas vraiment compris concrètement la fin, ça m'a pas fait l'effet d'une fin concrète tu vois ? C'est plus comme si tu terminais avec une paragraphe invitant le lecteur à la réflexion, bref je ressens pas concrètement l'effet de conclusion comme dit plus haut. Mais je pense pas que ce soit un défaut ! C'est plus perso ça, faudrait voir comment réagissent les autres à ce sujet.

Bye !
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: extasy le 24 Juillet 2015 à 17:42:21
Et ma seconde victime sera le sieur World End Girlfriend !

Alors alors, que dire de toi ? En fait, j'ai décidé de te donner mon point de vue te concernant en plusieurs parties. Je précise que j'essaie de ne pas tenir compte de ta description sur l'autre fil, pour donner un avis vraiment perso, et si ça trouve, il y aura quelques redondances par rapport à ce que tu as déjà dit. Voilà :

1) L'écriture

Pour ce qui est de l'écriture, j'en profite avant toute chose pour te complimenter parce que ça me fait vraiment l'effet d'une écriture très travaillée et très élaborée ; t'es au point, et pas qu'un peu. Bref, et comme je te l'ai déjà dit à plusieurs reprises, j'aime vraiment ta façon d'écrire, je dirais même que je t'admire ;) Bon à présent les choses sérieuses.
Ton style d'écriture, mon cher WEG, ben je dirais que ça décoiffe comme de la dynamite. Donc notons déjà l'intensité qui se dégage de tes textes. Après comment gères-tu cette intensité ? Moi perso, je vois avant tout une sur-exploitation des sens. Les images, les sons, les odeurs, le toucher, et même le goût je crois bien. C'est assez énorme quand même, et je pense notamment à Snow in Summer et à Comme un vent de contemporain. Donc, sollicitation des sens chez le lecteur pour une profonde immersion dans le récit.
Ensuite, je dirais qu'il y a l'élément de la précision. C'est à dire que tu ne te contentes pas de balancer tes impressions visuelles, auditives, etc. comme ça. Je ne sais pas si c'est naturel ou travaillé, mais il y a beaucoup de précision dans tes descriptions. Vraiment beaucoup. Pour peu qu'on te lise attentivement, je pense qu'on se rendra compte que ce n'est pas simplement intensément décrit, mais intensément ET bien décrit. Je veux dire que je n'ai pas eu cette impression de flou général dans tes textes. Consciemment ou pas, tu sais où tu nous emmènes, et je ne me sens pas perdu dans de longues tirades pleines d'émotions et impressions non contenues et dispersées. Bref, c'est précis, c'est naturel.
Ensuite, je dirais qu'il y a une gestion du rythme qui te caractérise. En gros, ce que j'ai retenu, c'est que : tu es capable de capturer le flot de tes pensées. Parfois, surtout dans Snow in Summer, j'ai vraiment l'impression qu'il n'y a rien qui sépare l'écrit et le pensé. Un peu comme si tu arrivais à capturer tes pensées alors qu'elles sont encore pures, et les mots du coup sonnent plus vrais, plus sincères. Moi quand j'écris, je réfléchis aux mots que je dois choisir, et du coup je perds en naturel. Tout ce que j'écrirai ne sera jamais plus qu'une approximation de ce que je ressens. Toi, tu chopes tes idées alors qu'elles sont encore vibrantes d'énergie, tu arrives à réduire sensiblement la limite entre le pensé et le parlé. Enfin, c'est ce que j'ai senti perso.
Enfin, tout ce que j'ai dit plus haut nous amène à ceci qu'il y a une incroyable vitalité qui se dégage de tes textes. C'est vivant, ça bouge, ça vibre, ça sent, ça ressent. Donc je dirais beaucoup d'aisance dans l'écrit en général. Voilà pour l'écriture.

2) Les idées

Alors je parlerai des petites idées en particulier, pas des idées plus générales. C'est à dire que je ne fais pas référence aux thèmes que tu privilégies, au message que tu souhaites faire passer, etc. C'est plutôt des petites trouvailles, qui je trouvent sont caractéristiques de toi. Une façon de voir. Par exemple, encore dans Comme un vent de contemporain, les deux premières phrases ce sont :

"Au début est une note de piano.Puissante, car ne succédant qu’au silence, mais aussi fragile, puisqu’elle éclôt à peine."

Première note. Puissante car première, fragile car première. J'aime beaucoup cette façon de voir les choses. C'est vraiment pas facile à exprimer, mais voilà j'aime cette vision des choses. C'est comme une nouvelle façon de voir quelque chose que tout le monde connait. Jamais je n'avais pensé à une première note de cette façon. C'est un regard nouveau que tu proposes, un regard d'artiste j'ai envie de dire.
Autre exemple tiré de Compote de hamster :

"Le zeppelin se reconstruit, assimile débris et passagers, aspire une colonne de flammes sur son flanc. Anti-éclosion pyrotechnique qui gobe l'aveugle."

Je t'ai déjà fait cette remarque. Anti-eclosion pyrotechnique. Ou comment représenter quelque chose de non-violent de manière ultra-violente. Un peu comme si je disais : "un cataclysme de paix". Là encore, c'est nouveau comme regard, c'est original. C'est un procédé que je ne connaissais pas.

D'une manière générale, ça me fait un peu penser aux axiomes en science. Les axiomes ça peut pas être expliqué, c'est juste que c'est là, et qu'il faut que quelqu'un les relève. Donc voilà, des fois, j'ai envie de dire que tes idées sont pures comme des axiomes.

A titre purement indicatif : j'ai remarqué la présence d'éléments en apparence contradictoires dans ces idées. Puissante et fragile ; anti-éclosion et pyrotechnique ; cataclysme et paix. C'est peut-être une caractéristique générale de ce genre d'expressions. Mais bon c'est purement philo et abstrait comme questionnement, je faisais que relever.

Après j'aurais bien aimé discuter un peu du Vagabond qui ne trouvait pas sommeil, mais je t'avoue que je ne l'ai pas relu. Donc ça sera peut-être pour une autre fois. Puis j'espère que quelqu'un parlera un peu du fonds, de la thématique, etc. Moi je me sens pas de le faire, j'ai pas vraiment grand chose à dire dessus car j'y ai pas encore réfléchi assez profondément.


Donc en gros, beaucoup d'originalité dans la pensée et un style qui sert admirablement cette originalité.

Bye !
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: World End Girlfriend le 24 Juillet 2015 à 20:44:23
Je vais de ce pas étudier le cas Milora  :)

T'as bien décrit ton style en disant que c'est neutre, j'ajouterai que c'est à la fois simple et léger, ça permet de mieux se concentrer sur l'histoire en elle-même. Je pense ne pas me tromper en disant que la forme pour toi c'est plus un outil au service du fond, quelque chose de secondaire qui accompagne ton message. En gros t'essaie de ne pas trop te faire remarquer, tu préfère la sobriété car tu t'y sens plus en confort justement. J'ai eu cette impression en lisant Bonhomme, Mamie Lucie, Jour de pluie dans une cuisine et Monologue, cette sorte de frilosité, cette peur d'un extérieur terrifiant et incompréhensible. Cela fait un peu (tu me passera le terme) vieux jeu. Tu as des valeurs très fortes, la famille surtout, l'entourage (Bonhomme parle des enfants de demain, Lucie des parents qu'on abandonne, Monologue englobe tout ça, Jour de pluie dans une cuisine implicitement)
J'ai dit que tu préférai la sobriété mais que c'était peut-être par peur de te lancer dans ce monde chaotique qui t'attendais dehors, en dehors du cocon familial quoi. C'est très visible dans Monologue d'une fin de mariage, c'est un vrai cri, tu te lâche un peu maladroitement mais tu lâche quand même, sauf que dans la conclusion tu n'arrive plus à assumer ce que t'as dit alors tu nous balance une chute comique, genre "haha non en fait c'était pour rire, ne faites pas gaffe à mes sentiments" avec un sourire nerveux qui montre bien que c'est pas le cas.
Jour de pluie dans une cuisine est sans doute ce que t'as fait de plus intime, déjà c'est écrit à la troisième personne, tu avais besoin de cette distance pour les raisons que j'ai cité plus haut. Ensuite on y trouve un onirisme enfantin, un besoin de se mettre à rêver à nouveau (d'où le blond dans Lucie, qui cristallise ce même besoin mais d'une manière différente). L'héroine est seule, livrée à elle même face au monde extérieur gris et sale, tu ne fais jamais mention de sa famille. C'est de loin celui que j'ai le plus aimé de toi, c'est vrai, c'est puissant, c'est beau quoi. La conclusion confirme mon idée, elle se détourne de ce méchant extérieur pour se cloîtrer dans son monde intérieur, et trouve de la chaleur/du réconfort en la personne de Pierre-Auguste, ce n'est même pas d'amour qu'à besoin ton héroine finalement, juste d'un lien tactile, une sorte de prolongement affectif qui viendrai se substituer à sa famille quand elle était enfant.

En résumé, je pense que tu gagnerai à écrire à la troisième personne, à explorer d'avantage ta relation avec la société. Cela te permettra de te poser les bonnes questions, de confronter tes personnages à leur malaise, c'est l'étape à suivre pour rendre ton fond plus intéressant, sinon tu risque de stagner sur les mêmes conclusions humouristiques ou utopiques.

Voilà voilà, première cible achevée  :P
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: World End Girlfriend le 24 Juillet 2015 à 21:49:39
Et vu qu'on a droit au double post je te réponds exta (j'éditerai pour la seconde partie  ;) )



Ton retour rejoins ce que j'ai dit sur mon résumé, donc c'est cool.
Histoire d'aller plus loin (et pour ne pas te faire un retour d'une phrase  :P ) je vais essayer d'expliquer pourquoi j'ai choisi d'écrire ainsi. Tout simplement, je pense que la littérature se doit d'évoluer avec son époque. Notre manière de vivre, de réfléchir actuellement n'a plus grand chose à voir avec le 18eme ou 19eme siècle, donc, écrire comme en cette période là n'a aucun sens pour moi. J'ai l'habitude de me faire chier avec les auteurs classiques, pour la simple et bonne raison que c'est lent, c'est gentillet, ça manque de tripes, je ne critique absolument pas, juste que c'est un style parfait pour un gentilhomme posé. Pour un geek qui vit dans une société hyper-rapide de surconsommation et où l'image est reine, c'est pas adapté, pas du tout.
Dans l'ensemble, le format écrit est trop fade pour notre époque, car c'est juste des caractères imprimés sur une page, compare ça au ciné, ça ne fera jamais le poids. SAUF QUE (oui monsieur  :mrgreen: ), si le ciné possède l'avantage de l'image, il n'a pas la même  capacité de profondeur d'une oeuvre écrite. En gros t'as plein de choses qui passent mieux dans un livre que dans un film, l'introspection d'un personnage par exemple. Regarde Game of Thrones, la série a beau être réussie, elle est très loin de retranscrire toute la complexité des personnages lorsqu'on lit le livre. Donc au final, beaucoup de gens préfèrent quand même la suite de caractères imprimés aux images qui bougent et parlent (je dirai que les deux formats se complètent au final).
Pour revenir à mon écriture, j'essaie de tendre vers cette image cinématographique car c'est ce qui manque à la littérature, l'introspection et la complexité est déjà acquise, elle découle du format lui-même, alors que la frénésie contemplative non, c'est la sauce de ton plat, tu dois l'ajouter.
La sensation de précision/pureté que t'as découle du fait que je sais comment je souhaite écrire. Mon style est clair, défini, c'est infiniment plus facile et ça empêche de douter sur la formulation et d'altérer la pensée ou l'image brute, comme elle se manifeste dans mon esprit.
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Milora le 25 Juillet 2015 à 00:12:07
Merci d'avoir pris le temps de cette analyse, WEG ! C'est amusant - et un peu déconcertant - de voir ses textes décortiqués par un autre à échelle plus large qu'un seul texte.
Bon par contre, j'avoue que je suis pas vraiment d'accord avec ce que tu dis, mais en même temps c'est souvent ce qui se passe quand on essaye d'analyser l'auteur à travers ses textes, sans le connaître initialement. Je pense pas qu'on puisse vraiment tomber juste, à mon sens c'est plus utile de se consacrer à un décorticage littéraire...

Je réponds pas tout à fait dans l'ordre, mais :
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C'est très visible dans Monologue d'une fin de mariage, c'est un vrai cri, tu te lâche un peu maladroitement mais tu lâche quand même, sauf que dans la conclusion tu n'arrive plus à assumer ce que t'as dit alors tu nous balance une chute comique, genre "haha non en fait c'était pour rire, ne faites pas gaffe à mes sentiments" avec un sourire nerveux qui montre bien que c'est pas le cas.
En fait non, pas du tout. Je peux assurer - sans la moindre mauvaise foi, pudeur ou autres - qu'il n'y a rien, absolument rien de personnel dans Monologue d'une fin de mariage, et que je ne m'y suis absolument pas lâchée. C'est juste un petit texte pour répondre à un défi farfelu de Lo (la chute du texte, le reste n'est là que pour la préparer), et le développement touche plus à la caricature, pour amorcer la chute, qu'à quoi que ce soit de vraiment personnel. Je l'ai mis dans la liste parce que j'écris souvent (un peu moins ces derniers temps) des textes à chute dans ce genre, du coup j'aurais pu en mettre un autre, ça aurait été pareil... Désolée pour la fausse piste ! ^^

Citer
Jour de pluie dans une cuisine est sans doute ce que t'as fait de plus intime, déjà c'est écrit à la troisième personne, tu avais besoin de cette distance pour les raisons que j'ai cité plus haut.
Pareil : non, pour deux raisons. L'une est que je suis une fervente défenseuse de l'idée que la première et la troisième personne, c'est pareil au niveau distance. Je ne me sens absolument pas plus proche de mon perso quand j'écris en première personne, ni plus distante quand j'écris à la troisième. Je prends la première quand le texte implique un jeu de narration possible à la première personne (trouble de l'énonciation, doute sur l'identité de l'auteur, "voix" spécifique du personnage, narration sous forme d'un flux de pensées...). Dans Jour de pluie, j'ai pris la 3e pour deux raisons : 1- ça se voulait un conte gentillet (d'où usage de la troisième personne), 2- y a deux points de vue, et j'aime pas beaucoup les alternances de plusieurs points de vue à "je".
Non pour deux raisons, je disais. La deuxième c'est que Jour de pluie est pas vraiment ce que j'ai de plus intime, surtout dans la sélection que j'ai mise sur ce fil. C'est, sans la moindre hésitation, Mamie Lucie, le texte le plus intime que j'aie jamais écrit. Pour son thème, pour l'exercice de pensée que ça a supposé (essayer de se mettre à la place d'une personne atteinte d'Alzheimer - quand je l'ai écrite, je vivais avec ma grand-mère qui avait cette maladie), et parce que je l'ai initialement écrite par besoin de m'exprimer sur le sujet, d'en faire "quelque chose". Donc non, Jour de pluie est pas celui qui est le plus intime. En plus, j'ai écrit Jour de pluie avec l'idée que c'était un truc totalement banal et que tout le monde voyait les choses pareil, c'est seulement en lisant les premiers retours dessus que je me suis dit "ah tiens, y a des gens qui trouvent la fin triste"... :D

Citer
(Bonhomme parle des enfants de demain, Lucie des parents qu'on abandonne, Monologue englobe tout ça, Jour de pluie dans une cuisine implicitement)
Là aussi c'est marrant, parce que pour moi, Mamie Lucie ne parle pas du tout d'abandon, vu que j'ai justement tenté de mettre en scène une vieille dame qui n'est pas abandonnée par sa famille - qui vient la voir dès qu'elle peut - ni par la froideur des infirmières - qui au contraire sont gentilles avec elle (pour moi ça parle de la perte de sa propre identité et de sa propre conscience), Monologue n'a absolument aucun sens sous-jacent, et j'ai pas vraiment compris en quoi Bonhomme peut parler des enfants de demain :/ Mais du coup c'est drôle de voir que c'est ça que tu en as retenu ! :)

Bon et du coup, je suis pas d'accord avec ta conclusion, mais c'est parce qu'on voit pas la littérature - et la vie - pareil :P
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En résumé, je pense que tu gagnerai à écrire à la troisième personne, à explorer d'avantage ta relation avec la société. Cela te permettra de te poser les bonnes questions, de confronter tes personnages à leur malaise, c'est l'étape à suivre pour rendre ton fond plus intéressant, sinon tu risque de stagner sur les mêmes conclusions humouristiques ou utopiques.
Ben je continuerai de "stagner" alors puisqu'à mes yeux, l'humour est un art qui doit se travailler tout autant que le triste, et l'utopie c'est ce qui fait tenir les hommes debout ^^ Et la 3e personne ou la 1e, je me sens pas spécialement plus à l'aise dans l'une ou dans l'autre, la première permet de davantage jouer avec la narration, donc je pense que je continuerai à la prendre, surtout pour des nouvelles, qui sont pas centrées sur la construction d'un personnage ^^

Désolée si je donne l'impression de réfuter en bloc  :-[ (c'est juste, sans doute, le sentiment d'urgence qui point quand on dit un truc de vous et que vous vous dites "non attends, c'est pas ça, je dois l'expliquer à a face du monde, qu'y a malentendu !").

Reste qu'en effet, tu as bien relevé certains thèmes que j'aurais pas identifiés comme tels ! :) Je sais pas vraiment ce qui t'a fait relever le sens de la famille dans les textes cités, mais dans d'autres textes en cours d'écriture, il s'y retrouve, oui (encore que...) ; l'onirisme enfantin et le besoin de rêver à nouveau (ou de ne pas oublier de rêver), aussi, carrément :) Je suppose que le monde extérieur hostile aussi (petite, j'adorais les histoires avec un héros traqué et seul contre tous qui devait rétablir la vérité pour renverser un groupe tout puissant :D Ça doit se retrouver dans certains schémas d'histoire - encore que je vois pas trop en quoi ça se retrouve dans Bonhomme ou Mamie Lucie... En fait j'ai l'impression que tu tires surtout tes éléments d'analyse de fond de Jour de pluie, non ?).
Et en tout cas, c'est marrant de lire l'analyse vue de l'extérieur !
Merci pour le temps passé dessus ^^
Titre: Re : Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Vivi le 25 Juillet 2015 à 17:55:17
C'est sympa votre truc. Si y'en a qui veulent se pencher sur mon cas (au risque de perdre leur santé mentale :D), n'hésitez pas :-*



Histoire d'aller plus loin (et pour ne pas te faire un retour d'une phrase  :P ) je vais essayer d'expliquer pourquoi j'ai choisi d'écrire ainsi. Tout simplement, je pense que la littérature se doit d'évoluer avec son époque. Notre manière de vivre, de réfléchir actuellement n'a plus grand chose à voir avec le 18eme ou 19eme siècle, donc, écrire comme en cette période là n'a aucun sens pour moi. J'ai l'habitude de me faire chier avec les auteurs classiques, pour la simple et bonne raison que c'est lent, c'est gentillet, ça manque de tripes, je ne critique absolument pas, juste que c'est un style parfait pour un gentilhomme posé. Pour un geek qui vit dans une société hyper-rapide de surconsommation et où l'image est reine, c'est pas adapté, pas du tout.
Dans l'ensemble, le format écrit est trop fade pour notre époque, car c'est juste des caractères imprimés sur une page, compare ça au ciné, ça ne fera jamais le poids.
j'aime bien cet argument sur l'évolution de l'écriture et l'interpénétration des différents formats de narrations (écrit, visuel, auditif.. sensitif ? <- y'a pas encore lol)

C'est vrai qu'il y a une grosse influence "ciné" dans tes textes, en plus de leurs ambiances très originales, sombres et poétiques à la fois. J'te kiffe ma couille :bisou:
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: extasy le 02 Octobre 2015 à 01:46:11
Okey, je viens de découvrir une auteur super douée. Je pense pas être capable d'écrire quelque chose de vraiment pertinent, mais voilà Anlor quelques impressions  ^^ :

- Style :
Tu es l'incarnation de l'élégante simplicité. Sans déconner, j'ai pas compris comment tu fais (enfin si un peu sinon ce que j'écris là n'a aucun sens :mrgreen:).
Déjà, le ton oralisé, que je ne supporte pas en règle générale, passe parfaitement, mais parfaitment, avec toi. Ca fait plaisir de lire des textes où je ne sais pas si c'est plus de l'écrit ou du parlé que je lis, tellement c'est joliment dosé. Le genre d'écriture où je me dis c'est vrai, pas besoin de poser des briques de mots lourds pour que ça percute dans la tête du lecteur (genre pas besoin de parler forcément de briques pour faire comprendre que c'est lourd quoi  :mrgreen:).
Donc voilà, perso je vois un langage simple et pur, avec ce qu'il faut de soutenu, ce qu'il faut de courant voire familier, et avec de superbes et simples figures de style.
Une lecture très très très rafraîchissante, et qui me donne l'impression d'être vraiment travaillée et soignée.
Bon, c'est pas vraiment constructif je sais, mais que veux-tu je te découvre à peine, moi, et je suis encore sous le charme.

-Personnages :
Oui, je mets une petite partie personnages parce que j'ai relevé quelques trucs que je trouve intéressants.
Dejà, le mode trio, avec le petit enfant, la fille plus grande et son ami. Je dis pas que les trois types de personnages ont la même importance, mais voila je note que ça revient au moins dans deux de tes textes. Dans Aurore, Charles n'a pas vraiment un gros rôle, ce qui ne t'a pas empêché de le créer. Du coup je me dis que c'est peut-être un reflexe que tu as, de conserver ce trio, même quand ce n'est pas aussi essentiel que dans Elle s'appelait Heure (eh oui, j'ai fait quelques lectures supplémentaires). Dans Les yeux noisettes, il manque la troisième personne, mais en même temps la fille a encore plus d'affection pour le petit garçon, et du coup l'énergie totale est conservée si on veut, avec cette attirance pour le petit qui aurait dû revenir à la tierce personnd absente (je dis ça mais en fait, c'est probablement une coïncidence :huhu:).
Après je dirais que les héroïnes d'Elle s'appelait Heure (décidément, tu aurais dû ajouter ce texte à la liste) et d'Aurore se ressemblent un peu. Pas dans leur façon de penser ça c'est sûr, mais de 1 elles ont toutes les deux été des victimes impuissantes, et de 2, elles ont toutes les deux un pouvoir qu'elles détestent, ce qui du coup les fait doublement souffrir, d'être impuissantes d'un côté et puissantes de l'autre. Cette exacerbation de la souffrance est assez impressionnante. D'ailleurs, tu remarqueras qu'Heure, qui est la plus pure et innocente des deux, en prend le plus.
Dernière remarque un peu inutile : Camille a les yeux noisettes et sent la vanille. Cette récurrence est-elle préméditée ?

- Le fond :
Très triste et très doux par endroits (Les yeux noisettes), parfaitement dépressif ailleurs (l'Epaviste. Déjà juste le concept !), il est pour moi toujours intéressant. Bon des fois les dialogues je les trouve pas tip-top, l'Epaviste et ses leçons de morale par exemple, mais il y a une impression de vrai qui me fascine. Chez l'Epaviste toujours, ce qui m'a frappé, c'est le sentiment insoutenable de voir en l'autre son propre reflet, et la violente réaction de rejet en conséquence, que je trouve vraimenh réalistes.
Puis il y a aussi tes chutes/concepts que j'adore. Pour les yeux noisettes, je fais partie de ceux qui n'avaient pas capté que Lou était aveugle (je fais d'ailleurs aussi partie de ceux qui comprennent pas pourquoi eux-deux et une grotte, mais ça c'est une autre histoire ;) ). L'Epaviste, c'est plus le concept qui m'a carrément halluciné. Puis la chute de Elle s'appelait Heure est sincèrement l'une des plus belles qu'il m'ait été donné de lire.

Bref, t'as remarqué que j'ai pas parlé de Hit maxhine ni de Brighton. Le premier parce que je l'ai pas encore lu, et le second parce que je n'ai pas trouvé grand chose à dire dessus (peut-être parce que je l'ai lu avex moins d'attention).

Bref, t'as aussi remarqué que c'était pas hyper constructif ; je répète, je suis encore en mode wah et je vois pas encore de points négatifs (enfin j'en vois quelques uns mais internes aux textes, pas un truc généralisé). T'as aussi remarqué que des fois c'était assez barré comme analyse ; ça c'est moi, j'aime bien voir dans les textes ce qui me plaît, même si c'est pas ce qu'il y a de plus important. T'as aussi remarqué que tout ça était un peu décousu ; en fait j'écris sur téléphone et comme l'écran est petit j'ai du mal à me relire.

Voilaaa. Je regrette pas d'être allé te lire. Même si le thème n'est pas toujours de ceux que je privilégie, le fond reste vraiment sympa et j'y retrouve toujours un ou deux éléments (voire même trois ^^) intéressants. Et surtout surtout, il y a cette écriture de oufff, qui a été une grosse révélation  :coeur:
C'est grâce à toi et quelques uns ici sur le fofo, que je comprends qu'il me faut faire plus d'efforts que ça, et surtout que j'en ai envie  :)

Edit : Vivane, je viens de remarquer ton commentaire où tu disais qu'on pouvait aussi sur ton cas. Si tu veux t'inscrire et nous donner quelques textes que tu trouves représentatifs, t'es le bienvenu :) et ça tombe bien ma santé mentale ça fait bout de temps que je l'ai laissée quelque part, je sais plus trop où ^^
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Loïc le 28 Janvier 2018 à 18:06:37
Yo !
Ça intéresse des gzns de relancer ça ?
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Sophie131 le 28 Janvier 2018 à 18:09:37
Ça me tente carrément ! #commentgagnerleblindtexte
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: LeMargoulin le 28 Janvier 2018 à 18:38:01
Pourquoi pas, je trouve ça intéressant...seulement je doute de pouvoir définir le ""style"" de certains auteurs, je vous ai pas tous assez lu pour ça...

#commentgagnerleblindtexte
C'est pas bien de tricher Sophie  :huhu:
Enlève tes yeux de cette antisèche !
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Loïc le 28 Janvier 2018 à 19:23:44
Bah le but est justement de lire celleux qui se proposent de participer, à partir ou non d'une sélection de textes proposés. Je sais plus si c'est expliqué dans le fil.
Titre: Re : Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Aléa le 28 Janvier 2018 à 20:26:49
Bah le but est justement de lire celleux qui se proposent de participer, à partir ou non d'une sélection de textes proposés. Je sais plus si c'est expliqué dans le fil.
Exactly ! :) Ca se passe dans ce fil pour s'inscrire :  http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17653.msg284778.html#msg284778  ;)
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Say le 27 Mars 2018 à 17:08:00
David_hum

David, hum ? Tu es tombé sur moi, alors ouvrons le bal et allons y. Ce retour sur expérience se fera en deux parties. La première aura lieu ici, comme un bilan, une tentative, un état des lieux de ce que j’ai traversé en découvrant tes écrits. La seconde se fera progressivement, directement sur le fil de tes textes. Il faut savoir qu’ayant épluché les quatre textes que tu as proposé, je me suis senti un peu frustré, j’ai eu un peu de mal à en rester là et je me suis penché sur le reste de tes productions. Peut être donc que je ne suis plus tout à fait dans les cordes. J’essaierai de rester focalisé, dans ce bilan sur tes quatre propositions.

Comme en thérapie de couple, j’emploierai souvent le « je » - en fait pas tant que ça dans le bilan global, mais dans le ressenti sur les textes précis ce sera très présent - parce que j’aurais du mal à parler de ton travail sans expliquer mon ressenti à travers ses résonances avec ma sensibilité, ou ma façon de penser l’écriture.

Dans chacun de tes textes, j’ai trouvé très marquée l’idée de la formule, de la phrase rituelle, presque incantatoire, comme un refrain qui va donner vie au texte, le maintenir à flot et le rythmer.

Une des choses que j’ai  remarqué (en particulier dans “Un sac de bile” - où c’est exacerbé car les deux s’interchangent en permanence - mais cela reste toujours en filigrane dans tes courts) c’est que ton style d’écriture a deux visages.
- Le premier est bâti en phrase courtes, incisives. C’est un style assez impersonnel qui va à l’essentiel et reste du côté de cette expression  formulaïque, rythmée, claquante.
- Le second est plus alambiqué, plus drôle mais pince sans rire, on ne sait pas toujours si c’est volontaire. Il est parfois maladroit mais riche de beaucoup de bonnes idées, parfois agréablement saugrenues et bien pensées.

En te présentant, tu dis que tu aimes te baser sur les idées originales qui jaillissent de ton esprit, et ça se ressent beaucoup dans tes textes courts. Un texte de David_hum, j’ai l’impression que c’est avant tout une idée, toujours bien trouvée, que tu jettes sur le papier et avec laquelle (ça se voit !) tu t’amuses. Parfois, cela prend la forme de l’exploration formelle (la narration morcelée par les prises de conscience éparses du personnage dans “les ténèbres à présent”), et parfois de l’exploration d’une idée de fond (Modernest et pas mal d’autres). Parfois ça prend la forme d’une blague (Fidèle comme une ombre) qui vit juste le temps qu’il faut, parfois d’une “mini-nouvelle” bien ficelée (la mère de toutes les névroses). Parfois aussi, cela donne quelque chose de frustrant, comme le sentiment que tu préfères trouver une idée que vraiment la développer (L’élastique du temps).

Lorsque qu’on se tourne en particulier vers les textes que tu as choisi pour te représenter, le double-visage de la forme que j’évoquai plus tôt se double d’un double-visage de fond, qui en est délié. Tes textes installent souvent une dichotomie très forte entre le corps et l'esprit, entre l'organique et le philosophique, entre le simple et l'alambiqué, entre le sérieux et le flegme. Ces mélanges hétérogènes semblent faire la personnalité de tes textes, et ça marche (selon moi) plus ou moins bien (je développerai ça sur les textes individuels). C’est très marqué dans Les ténèbres et le sac de bile, qui semblent être une confrontation permanente entre le corps, l’esprit, entre le mot franc et les dérives textuelles alambiquées.

Ton texte long est intéressant,, car il est une sorte de melting pot des caractéristiques de tes textes courts. Il a, déjà, l'aspect morcelé des « ténèbres à présent », qui semblent être quelque chose de très présent dans ton écriture. J’ai l’impression que les personnages n'existent sous ta plume qu'à certains moments de lucidité, de prise de recul sur la vanité de leur existence. Ils se posent des questions et, soudain, ils apparaissent dans tes textes, ce qui fait qu'on ne les suit que par moments, et qu'ils continuent à vivre entre les interstices. On pourrait dire que tu « montes » tes textes d'une manière intéressante.

Il y a aussi, dans Un sac de bile et dans le reste, quelque chose de l'ordre de l'association d'idées (cela va dans le sens de ce que tu dis quand tu dis te faire “surprendre” par tes texte). Tu te laisses porter par une idée, un espace, un temps, qui t'emmène vers ailleurs, que ce soit vers une autre idée, une autre situation, ou un autre espace temps, un peu comme un “marabout – bout de ficelle”. Cela se retrouve  poussé à l'extrême, dans Modernest, mais aussi beaucoup dans Un sac de bile, où on passe d’un personnage à l’autre tout au long des premiers chapitres (jeune enfant qui joue, bourreau, prisonnier, coléoptère, armée qui arrive) ce qui donne presque un effet de cadavre exquis (c'est d'ailleurs ce que j'y ai trouvé de plus intéressant) même si ça se perd à la fin.

L’univers de beaucoup de tes textes semble se situer dans une forme de réalisme poétique (qui est ce que je préfère écrire et lire, donc je trouve ça chouette !), à la frontière entre le réel et le littéraire. Parfois, ton univers lorgne du côté du fantastique (comme à la fin du sac de bile) mais la plupart du temps, cela reste dans un décalage plus doux, plus amusant, plus simplement lié au fait que tes personnages évoluent dans un monde de textes, et pas dans notre réel froid à nous (chose que tu confronte directement dans Modernest).
Certains de tes textes plus durs, plus crus, semblent pourtant s’approcher davantage du réel, ne plus avoir conscience de leur décalage poétique avec la réalité. Je pense à Les ténèbres à présent, le Pommier d’Adam et un Sac de bile. Le réel y est très douloureux, et plus organique.

Parce que par moments ton style retourne du côté du corps. Violent, tout en chair et en sang. Mais cet aspect corporel écorché accompagne toujours des phases de pensées fumantes, comme en ombre à la lumière que cette énergie mentale projette.

Tu évoquais comme récurrence dans ton style le jeu avec le temps et la violence (souvent liée à l’enfance). Cette violence, je ne l’ai pas ressentie à ce point là comme un automatisme, même si c’est vrai qu’elle est très marquée dans tes textes organiques évoqués plus tôt. De mon côté, j’y ai vu plus de douleur que de violence. L’image de l’enfance qui fait mal est par contre très présente, comme tu l’avais prévenu.

Quand aux jeux avec le temps, il y en a, c’est sur ! Mais j’ai plus vécu ça comme des jeux avec la perception du réel dans son ensemble (qu’est ce qui fait que j’existe, en cet instant T, qu’est ce qui fait que je suis moi face aux autres, qu’est ce qui fait que le monde tient debout, etc...) qu’uniquement sur le temps. Après c’est sur que dans Fidèle comme une ombre et l’élastique du temps, c’est 100% des jeux temporels. Mais des fois, avec les ténèbres ou la mère de toutes les névroses, ça part dans l’exploration de ces questions de perception sans forcément se cantonner à la question du temps qui se déforme.

Bon ! Voila pour ce premier aperçu de ce que j’ai pensé sur ton style d’écriture, ça reste encore assez  éparpillé : analyser un style est plus difficile que je n’aurais cru ! Comme promis, cela sera suivi de commentaires sur tes textes individuels. D’une part, cela te permettra d’avoir des ressentis / commentaires plus ciblés par rapport à mes lectures de tes productions, et d’autre part cela me permettra, de mon côté, d’étoffer progressivement mes analyses, d’en faire quelque chose de plus chapitré, mais de plus complet ! Je mettrais les liens en dessous de ce pavé au fur et à mesure de ma progression (ça devrait arriver assez vite).

Textes commentés :


Ca arrivera sous peu !

Voilà, en tout cas, n’hésite pas à me faire un retour sur cette tentative d’analyse, je serais content que ça parte en discussion !
Une dernière chose, à ne pas oublier : c’était un vrai grand plaisir de te lire ! J’ai beaucoup aimé ce petit parcours à travers tes textes, et c’était hyper agréable en plus d’être intéressant !

A bientôt sur le Forum !
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Claudius le 28 Mars 2018 à 10:55:15
Euh… il faut oser, donc je me lance Say tu as eu la malchance de tomber sur moi, et moi la chance de tomber sur toi.

Mon avis ne sera peut-être pas très détaillé, j’ai toujours du mal à exprimer ce que je ressens par rapport à l’écriture des autres, j’aime, je n’aime pas… et je n’ai pas l’esprit d’analyse, je synthétise. Pardonne-moi à l’avance si je ne suis pas très explicite.

De manière générale, j’aime beaucoup ton style, il est simple et tu sais exprimer tes idées clairement, je n’ai pas eu besoin de me creuser la tête pour y entrer.
J’ai d’abord lu les textes plus anciens, puis les deux autres, et j’ai fouillé un peu.

Chaque thème choisi semble absolument déjanté, et pourtant on y trouve autre chose en profondeur. Sous prétexte de nous amuser de situations rocambolesques et impensables, tu nous amènes vers des points bien précis, des études de caractères. Je ne sais si je suis claire dans ce que j’essaie de dire, par exemple dans Baume au cœur, l’histoire écrite comme un conte est en fait une incursion dans l’adolescence, où l’on ne sait pas être et plus être. Où on croit tout savoir, blasé, et où l’on apprend à penser ses blessures réelles ou imaginaires et entrer dans la maturité.

Parfois tu plonges dans l’absurde, mais ce qui est amusant c’est que, même si c’est sans queue ni tête, c’est plausible. Te lire est un moment sans réflexion aucune, il suffit de lire et de se laisser aller, de se perdre mais on s’en fout royalement, mais on y revient pour en extraire tout ce qui n’est pas vraiment dit. Ta facilité à imaginer des scènes à la fois ludiques et presque sérieuses dans leur déroulement m’a laissé un petit goût de reviens-y.

L’absurde, je cherchais le mot sans le trouver, tu sais rendre l’absurde plus réel que réel.

C’est ce que je peux exprimer après avoir lu tes deux premiers textes, j’ai donc entamé la lecture de ceux plus récents. J’y retrouve la même plume, ce goût de définir des états d’être par des démonstrations loufoques et hors du commun, en laissant tout de même un doute sur l’identité des personnages.


Blablacar, un panel dément de personnages aussi fous les uns que les autres, des dialogues parfois impensables, tu montes en puissance dans les images et l’imaginaire.

Pour finir sur le bonus, un renard poète et un blogueur extrême, aussi saugrenu que génial ! D’ailleurs j’ai retrouvé ton voyageur en barque et son puzzle dans un autre texte (Say) qui a dû finir en texte long je suppose, puisque il me semble inachevé.

Donc ma conclusion, Say, je ne t’avais pas vraiment lu avant, et je le regrette presque. J’aurais pu avoir plus de recul pour définir mieux ce que j’ai ressenti en te lisant. En tout cas, sincèrement et sans pommade, tout m’a plu.

Un petit détail négatif, quelques soucis d’orthographe.

J’espère avoir répondu au défi… J'avoue que c'est une bonne expérience mais qu'il faut avoir du temps devant soi et du calme pour être dans le bain.

 :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: david_hum le 30 Mars 2018 à 13:48:23
Wow ! Je suis épaté par ton analyse Say !

Je suis content que tu sois allé piocher dans d'autres textes que ceux proposés.

Tu as tout à fait cerné la façon dont j'écrit.

D'un coté, j'aime les phrases courtes. Plus je relis mon texte et plus je taille dans les phrases, en essayant de garder le minimum possible sans nuire au sens.

De l'autre, j'aime aussi les phrases plus tordues, plus longues, plus écrites. Je tire une grande satisfaction à trouver des formulations originales, ou ajouter des sens cachés. Le coté pince sans rire est volontaire.

J'aime jouer à alterner les deux. Je ne pense pas pouvoir faire l'un sans l'autre.

Pour ce qui est des idées, tu as aussi raison. Je me lance rarement sans une idée ou un concept que je trouve original. Souvent je n'ai aucune idée de comment la mener à bien, parfois certaines de ces idées me paraissent impossible à mettre en place, comme pour "les ténèbres à présent". Je ne voyait pas comment écrire une histoire avec comme idée de départ la vue depuis le reflet dans le glace. Sans que le lecteur le comprenne dès le début, sans que cela sois trop compliqué etc...

Pour ce qui est des deux visages du fond, encore une fois, tu as tout à fait raison. Je ne l'avais pas remarqué, c'est ma femme qui me l'avait indiqué, dans "un sac de bile". C'est assez récurent dans ce que j'écris, le corps et l'esprit.
Cela me viens assez naturellement, ce n'est pas quelque chose que je fait sciemment mais c'est souvent la.
Je m'en rend compte après coup.

Je pense qu'une partie de mes textes est écrit de manière consciente, et l'autre subconsciente.
Parfois je réfléchi avant d'écrire, parfois cela sort tout seul. Cela pourrait expliquer la dichotomie.

Pour le coté morcelé de certains texte, cela se fait assez naturellement, ce n'est pas une intention. Je ne me pose jamais de limite au niveau de la structure. J'aime bien faire bifurquer les histoires. Je n'avais jamais pensé aux cadavres exquis, mais oui, je comprend ce que tu veux dire et je suis assez d'accord.
Un sac de bile était trois fois plus long au départ, et était encore plus chaotique dans la continuité, j'avais même l'idée qu'un des personnages lise un livre dans l'histoire et que le lecteur lirai ce livre, oubliant, peut-être, que c'était une histoire dans l'histoire.

Je n'avais pas non plus remarqué ce que tu soulignes concernant les personnages qui continuent à vivre dans les interstices, qu'ils n'existe que lors de moment de lucidité. Encore une fois c'est très bien observé, je ne l'avais jamais remarqué.

Je ne m'était jamais posé la question du monde dans lequel évoluent mes personnages. Tu as encore une fois raison, la plupart du temps, c'est à la frontière du littéraire et du réel. C'est aussi ce que je préfère lire.


Je suis super impressionné par la justesse de ton analyse, et par les points que tu as relevé alors que je n'en avais pas conscience.

En règle générale, j'essaie juste d'écrire un texte que j'aimerai lire.

Et au-delà des textes, je pense que c'est une très bonne analyse de moi-même que tu as fait.

Je vais réfléchir à tout ce que tu as écris, c'est très très intéressant (du moins pour moi).

Merci encore Say !




Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Sophie131 le 30 Mars 2018 à 17:16:37
Yöda

Bon, je me lance ! Je n'ai pas grand-chose à dire, ça risque d'être assez rapide. J'ai lu les quatre textes courts, et le premier chapitre de ton texte long. Ça m'a donné envie de lire la suite, mais je manque un peu de temps actuellement ^^ C'est parti !

Au niveau du style, je remarque souvent la même structure dans tes textes : une exposition, plus ou moins longue, avec des phrases assez longues et beaucoup d'adjectifs, puis l'action est lancée et les phrases se font plus courtes, plus rythmées, avec une ponctuation bien utilisée ; tu utilises aussi les dialogues (dans Monique et la Chance tourne) ou un monologue interne (Sur l'astre abandonné) pour donner du dynamisme à une scène qui pourrait être très tranquille. En te lisant, j'ai eu l'impression d'entrer dans une pièce, de l'observer attentivement, puis que soudain une scène se déroulait devant moi. Une sorte de rythme binaire, d'abord très lent puis qui m'emportait avec lui.

J'ai aussi remarqué des énumérations, dans la même logique de donner du rythme. Ça m'a particulièrement marquée dans Sur l'astre abandonné, mais on le retrouve aussi par petites touches dans tes autres textes.

Au niveau du contenu des textes, Sur l'astre abandonné est à part, une incursion très touchante dans les pensées d'un personnage dont on doute de l'humanité tellement il est touchant. Venceslas Van Worcestershire et Monique en revanche sont absurdes, caricaturaux, une vieille acariâtre et un chercheur de trésors qui ne trouve rien, et rendent les textes très drôles. Il y a plus de distance avec eux, notamment avec les incursions du narrateur dans Exactitude est mère de clarté, mais ça ne les rend pas moins attachants, d'une manière différente.

Et tu as ce sens de la chute, qu'on la sente venir mais qu'elle nous étonne quand même parce qu'on espérait autre chose dans Sur l'astre abandonné, ou qu'elle soit complètement imprévue dans tes trois autres textes courts. La mort est présente de la même manière, inéluctable et attendue ou au contraire drôle et surprenante. Tu sais naviguer entre ces deux styles, l'humour absurde et décalé, et quelque chose de plus touchant, poétique, contemplatif, sans perdre le sens du rythme.

J'ai senti l'évolution entre les deux textes sur Venceslas Van Worcestershire, l'humour est plus assumé, revendiqué comme le sujet principal du texte et je trouve que ça fonctionne très bien.

Je sais pas si ce que j'ai dit est intéressant, ni même pertinent, mais je n'ai vraiment pas grand-chose à dire sur tes textes. Ça a été une découverte très plaisante et je regrette de ne pas t'avoir lue avant :)
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: david_hum le 30 Mars 2018 à 21:32:10
Sophie, j'ai lu les textes que tu as proposé avec attention, je vais faire de mon mieux pour analyser ton style, ton univers.

Ce qui m'a frappé en premier sont ces personnages détachés du monde.
Que cela soit la femme dans "Seule au monde" ou l'homme sur le toit de "envole moi".

Tes personnages qui regardent le monde de loin (d'un toit ou via un écran de télévision).
Ton écriture est critique envers la société, envers l'autorité, et tu nous fait voir le monde au travers d'un prisme assez pessimiste.

La télévision reviens aussi souvent dans tes histoires, souvent pour abrutir les gens (comme dans la vrai vie en fait).
Tu décris un monde ou les humains sont sous contrôle, de l'état, des médecins...
annihilant  leur libre arbitre ou leurs espoirs.

Il se dégage des thèmes qui tournent autour de la rebellion, qui lorgne même un peu, parfois, du coté de l'anarchie. Tes personnages subissent souvent, plus qu'ils n'agissent.
Malgré tout, il s'en dégage principalement un désir de liberté, d'émancipation.

Tes phrases sont souvent courtes et précises. Tu apportes une touche personnelle à une écriture assez classique, par exemple les mot interposés entre les lignes de dialogue dans le texte "Seule au monde"

Tes histoires gravitent autour d'une idée de départ souvent originale et à mon humble avis, pas spécialement simple à developper, que tu parviens à mener d'une manière fluide et prenante.

Je trouve ton écriture assez visuelle, les descriptions sont assez courtes mais suffisement précises, facilitant la visualisation des scenes.

J'ai aussi parcouru d'autres textes que les quatres proposés. J'ai noté beaucoup d'image très bien trouvé et toujours des personnages qui n'évoluent pas dans le monde ou ils voudraient être.

Pour resumer, je dirais que ce qu'il ressort de tes textes sont avant tout tes personnages, systematiquement en décalage par rapport à leur environnement.
J'aime les phrases assez  courtes, claires et précises qui sont une particularité de ton style.
Je note aussi que tu aimes experimenter, que cela soit au niveau des thèmes, et parfois, au niveau de l'écriture en elle-même.


J'ai pris beaucoup de plaisir à lire tes textes, et j'espère que ce que j'ai pu relever dans tes textes te paraitra pertinent.







Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Sophie131 le 30 Mars 2018 à 22:49:43
Merci pour ton analyse david :)

on m'avait déjà fait la remarque pour certaines choses, notamment le style, mais je n'avais jamais fait attention à la similitude entre mes personnages, et maintenant que tu le dis j'ai l'impression que je le mets vraiment partout... C'est vraiment intéressant d'avoir un retour comme ça ^^
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Yöda le 01 Avril 2018 à 14:16:33
Tout d'abord, merci Sophie pour ton retour !  :coeur:  Comme tu dis, c'est vraiment intéressant d'avoir un retour comme ça !
Maintenant que tu me le fais remarquer ça me paraît d'une évidence folle, mais je n'avais pas fait attention à cette mort omniprésente dans mes textes  :o  :mrgreen:

***

Passons maintenant à ma participation au défi, auquel j'ai pioché Jonque ! (Que je félicite au passage pour sa nomination au poste de Community Manager  ^^)
Je tiens également à m'excuser de mon retard, dans ma tête j'ai associé fin du mois avec fin de semaine  :-¬?

Jonque :

Les quatre textes que tu proposais à la lecture ont en commun leur brièveté, avec des retours à la ligne fréquents. Ils sont construits principalement sur tes dialogues que je trouve particulièrement vivants et naturels, avec un sens de la répartie que j'apprécie beaucoup.

Autre point fort de ton écriture, c'est je pense ta construction de l'intrigue. Tu sais accrocher le lecteur et le tenir en haleine avec une très bonne montée de questionnements qui évoluent tout au long de tes textes.
Je trouve cependant que cela s'affaiblit parfois vers la fin. Dans "Le passage" et "Non", le texte nous laisse l'impression que l'histoire n'est pas fini, comme si tu adoucissais la chute. J'aime beaucoup tes "révélations" que je trouve très bien trouvées (L'idée que la fée garde le mal dans le monde de la narratrice et ne le protège en fait pas ; l'idée que pour se débarrasser du kappa, il suffit de lui demander poliment de partir ; le chevalier qui se rend compte qu'il était au bon endroit, et qui finalement abandonne parce que c'est trop dangereux ; le fait que le fuilteach est là par hasard et que l'héroïne se met dans la merde toute seule) même si je trouve que dans les deux textes sus-cités elles perdent un peu de leur impact car suivies de passages qui sont moins forts au niveau des enjeux. Le texte part dans une autre direction, dans laquelle on est également suspendus à ta plume, mais qui ne nous fournit pas d'autre "révélation" ou sentiment de fin. (Ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose, soit dit en passant, c'est juste que je suis restée sur ma faim. J'en voulais plus !  ^^) Dans les deux autres textes, "Les émeraudes de Bois-aux-Roses" et "Rosalie", la fin est mieux marquée, inattendue et drôle (chacune à sa manière, loin de moi l'idée de rire ouvertement de la situation de Rosalie !   :noange:).

Pas ou très peu de description, c'est surtout la rencontre, l’interaction entre les personnages qui priment. On est plongés directement dans l'action, participant silencieusement aux échanges et tracasseries de tes personnages, que tu aimes mettre dans l'embarras (ils finissent d'ailleurs presque tous par jurer  :mrgreen:).

Dans chaque texte on retrouve également une créature fantastique, fée, kappa, lutin, fuilteach, etc. qui, j'ai l'impression, sont à la source de ton inspiration. Tes récits sont construits autour d'eux et les mettent en valeur. Grâce à l'intervention de ces personnages qui sortent de l'ordinaire, tu crées un décalage avec le quotidien de tes héros, décalage qui se révèle plein d'humour.

En bref, une chouette découverte ! Merci pour ces lectures, chère Jonque !  ^^
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: ZagZag le 02 Avril 2018 à 15:26:45
Loïc :

Narration :

Je vais commencer par là, c'est ce qui est je crois le plus significatif chez toi. Ce qui frappe, c'est son efficacité : tu ne t'attardes presque jamais sur des détails ou des scènes qui seraient inutiles à l'histoire. Les descriptions de lieu, par exemple, sont très rarement gratuites, elles apportent toujours quelque chose sur l'état de l'univers que tu décris, comme celle qui ouvre À la vie à la mort, ou bien sur le caractère des personnages, comme la description du bureau de l'enquêteur du Radeau de Méduse. Finalement, tu ne te complait presque jamais dans la pure contemplation et si c'est très compréhensible pour les nouvelles, c'est déjà un peu plus surprenant sur ton long. Pourtant, cela apparaît comme assez judicieux : tu ne t'arrête pour dépeindre Lyon que dans les moments entre Méduse et Laïla, les moments les plus propices à ces temps d'arrêts, donc (et don paradoxalement, on rejoint encore cette efficacité).

Mais cette efficacité dans la description se ressent aussi comme je l'ai dit dans le choix des scènes. En ressort un rythme assez rapide, on souffle peu, l'histoire avance toujours, presque sans nous. Et ce n'est pas forcément un mal ; tes textes sont du coup très fluides, très prenants, ce que tu créé aussi par pas mal de changements de rythme dans la narration, que l'on ressent particulièrement dans À la vie à la mort, qui est finalement assez elliptique, on passe du calme du vieux temple à la rage de la bataille sans transition, pour terminer sur la fuite plus calme des personnages. C'est aussi très voyant dans le Radeau de Méduse, l'action avance très vite, de scènes en scènes, pour faire à tout prix avancer la situation.

Un autre moyen que tu as d'animer tes textes est la très forte présence des dialogues. Alors évidemment, cela saute aux yeux dans Alline, qui en presque exclusivement composé, mais ce ne sont pas là les dialogues que je trouve les plus représentatifs de ton style. Là, ils sont assez courts et composent la quasi-totalité de la narration (plutôt logique dans un contexte politique). En général, tes dialogues sont plus longs, plus posés ; les répliques sont assez longues, très souvent entrecoupées par les réactions et les pensées des personnages, ce qui donne inévitablement une représentation de la scène très précise pour le lecteur.

Pourtant, le lecteur n'est pas celui que tu choie le plus dans tes textes. Tu semble constamment te placer du point de vue de tes personnages, pas de celui du lecteur. Les actions et croyances des personnages sont alors très "banalisées", légitimes, ce qui te permet d'aborder très justement et avec une certaine légèreté les thèmes que tu veux. Ainsi, la plupart (voire tous) de tes héros sont des héroïnes, fortes, indépendantes et souvent homosexuelles (Alline et Méduse). Et finalement ça ne surprend pas, on l'apprend dans le fil du texte et ça le rend parfaitement normal (comme ça devrait en fait l'être si notre société allait bien). Ça ne te sert cependant pas qu'à être politique mais aussi tout simplement à nous rapprocher des tes personnages. Ainsi, on est pas vraiment choqués lorsque tu nous conte le plus calmement du monde que Méduse "ressor[t] ses couteaux et entam[e] la découpe" (d'un cadavre).

Mais assez parlé de la narration, passons au ;

Style :

En fait, je ne m'y attendais pas, mais ton style n'est pas aussi particulier que je l'attendais. Le tout est très fluide, fonctionnel, presque sans défaut. Cela s'adapte à ce que tu écris, on se concentre plus sur l'histoire, notre attention n'est presque jamais détournées par un bel effet de style, on en oublie presque l'intermédiaire entre l'action et nous que constitue le narrateur. Il y a pourtant parfois quelques petites figures de style un peu "tape-à-l'oeil" (ou en tout cas plus remarquables que des trucs style énumération ou comparaison), comme une zeugma dans Alline : "Après s’être passé de l’eau sur le visage et une robe propre", une joli métaphore dans le Radeau de Méduse : "les cheveux noirs commençaient à fuir sa tête." et bien entendu la personnification de l'Arcane dans Toutes les cartes en main : "une larme esseulée apparut dans l’orbite vide de l’Arcane-Sans-Nom. ".

Mais finalement, tu joues plus encore une fois sur le rythme que sur les mots. Tes phrases sont en général soit très courtes, soit assez longues, avec pas mal de petites "précisions" ou incises, qui se ressentent particulièrement dans ce paragraphe du Radeau de Méduse :
"Laïla – c’était ainsi qu’elle s’appelait – avait 22 ans. Elle était venue à Lyon pour ses études ; ses parents vivaient dans le sud, près de la Méditerranée. Comme beaucoup d’autres étudiants de sa spécialité, elle ambitionnait (ou avait ambitionné) de devenir une archéologue à la Indiana Jones avant de vite déchanter. Son avenir était plutôt flou.
Méduse ne lui mentit pas – pas directement, en tout cas. Elle lui dit être grecque, être arrivée en France longtemps auparavant et tenir un restaurant sur les Quais de Saône. Laïla s’enquit plus précisément de sa localisation, mais ce n’était pas dans la partie du quartier qu’elle fréquentait ; elle était de toute façon sûre de n’y avoir jamais mis les pieds."
Cela s'adapte assez bien à ces changements de rythme que je décrivais plutôt, et ça participe là aussi à rendre le récit vivant.

Finalement, le style est très fluide, tout se lit très bien, sans anicroche. Mais c'est pas vraiment de ça que je me souvenais chez toi, d'où ma surprise. Alors, petit filou que je suis, je suis allé te chercher là où je t'avais le plus lu : en soirée dico. D'où le prochain paragraphe :

Dancefloor :

Je n'irais pas jusqu'à dire que tu es radicalement différent quand tu écris sur le vif, mais tu n'es pas tout à fait le même, c'est certain. Enfin bon, j'imagine que c'est pareil pour nous tous, mais je crois que c'est quand même assez intéressant de regarder un peu ça.

Déjà, les sujets. Là où sur des textes développés tu as vraiment besoin d'une idée, d'une histoire bien particulière à racontée, tu vas souvent en soirées dico raconter une ambiance, une émotion, simplement, comme ici (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17520.msg318635.html#msg318635) ou là (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17520.msg320324.html#msg320324) (et d'ailleurs ça parle souvent d'amour), mais aussi des petites tranches de vies, très simples comme ici (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17520.msg324097.html#msg324097).
Et en fait, bon c'est plutôt logique, mais tu prends beaucoup plus de risques : tu utilises plus volontiers le "tu", par exemple.
Le style lui aussi est différent, en fait les contraintes t'apportent de bonnes idées j'ai l'impression, tu arrives en général à caler les mots dans des comparaisons plutôt biens senties qui passeraient parfaitement dans un texte "classique".

La narration est moins rapide, plus apaisée, tu prends plus ton temps (paradoxalement ?) pour exprimer les émotions dans ces scènes, ça tranche pas mal avec tes textes en fait. Enfin bon, comme je l'ai dit, c'est plus ou moins le cas de toute le monde je crois. Mais ça me semblait tout de même intéressant d'y jeter un petit coup d'œil.


Voilà, j'espère que c'était intéressant...
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Miromensil le 02 Avril 2018 à 15:59:02
C'est super intéressant (oui oui Zag :D) de lire vos analyses ! Chouette défi, dommage que je l'ai loupé, en groupe ça donne bien ^^
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Loïc le 02 Avril 2018 à 21:53:00
À moi de m'y mettre. Je me sens tout petit en vous lisant u_u

Claudius donc.

Indubitablement, ce qui m'a le plus marqué, c'est le thème de tes textes. On y retrouve généralement un cadre champêtre, montagnard, plus ou moins marqué, plus ou moins précis. La description, parfois nostalgique, de mondes disparus ou en voie de disparition (tes deux textes courts au moins, Le peintre un peu aussi). Tes textes forment en mot des cartes postales un peu sépia, et de là partent, parfois, des histoires (Orage, Le village abandonné). On est généralement dans du réaliste, même si parfois des soupçons de fantastique viennent s'y nicher (Orage clairement, mais on l'attendrait presque dans Le village abandonné, et finalement n'y est-il pas un peu ?)
J'ai lu un peu d'autres textes, et ce qui revient souvent aussi, c'est la peinture et les peintres ; directement ou dans un sens plus métaphorique. Comme si tu déclinais une même scène en plusieurs écritures différentes, ou comme un même thème traité par plusieurs auteur-es différent-es.

Au niveau du style, ça se traduit dans des poèmes avec des formes et des structures relativement simples, qui racontent des histoires. Des enchainements, des enjambements, etc. On n'est pas là pour se prendre la tête ou faire du cryptique.
J'ai trouvé le ton généralement assez léger, avec des alexandrins bien maitrisés, qui font comme une comptine.

J'ai parlé de la campagne tout à l'heure. La ville est aussi là, mais toujours (ou presque) sous une seule forme : LA ville, à l'opposé de la campagne, la ville polluée, bruyante et bouillonnante, mais pas dans le bon sens du terme. Les personnages sont toujours contents d'en sortir.

Quelque chose d'assez récurrent dans tes textes en proses, j'ai l'impression, c'est une entrée dans la réflexion des personnages un peu forcée, à défaut d'autre terme. Je vais plutôt citer :

Citer
Ah ! Mon romantisme me perdra !

(Le jardin suspendu, mais ça se retrouve beaucoup dans L'orage.) D'une manière générale, je dirais d'ailleurs que tes textes en prose, quand ils sont écrits à la première personne, cherchent un style assez oral, parlé même. Ce sont tes personnages qui sont les narrateurs et ils parlent aux lecteurs. Tes poèmes sont plus classiques à ce niveau.



C'était super intéressant Zag, je prendrai le temps de te répondre :)
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: LeMargoulin le 02 Avril 2018 à 22:15:42
La campagne et la ville, ça me fais penser à Émile Verhaeren...et son incroyable moustache.
Je passais juste dire que, comme Miro, j'ai raté cette édition mais je trouve l'idée intéressante et je participerai sûrement à la prochaine.
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Claudius le 02 Avril 2018 à 22:27:43


Loïc, ton raisonnement est intéressant, c'est sans doute en partie bien pensé. Je ne réalisais pas à quel point ce pays Catalan est présent dans mes écrits.
Tout au moins dans ceux à tendance poétique. Mon immersion dans ces montagnes est pour moi la meilleure chose qui me soit arrivée, c'est sûrement la raison première de ton ressenti.

D'autres textes ou poèmes plus "humoureux" je suppose ne sont pas de même facture

Merci de ton implication à me lire.

J'ai apprécié ce petit jeu, même si j'ai eu du mal à analyser.

Bravo à tous

 :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Aléa le 18 Avril 2018 à 02:41:15


Bon, j'arrive complètement en retad (ca va ca va, je suis pas le seule cnore, je crois  :mrgreen: )


Pour parler de toi Zagreos
*début de musique de joyeux anniversaire ou bien, générique de yu gi oh découvrant une carte piège, au choix*




Tu dis en préambule que ce sont des textes qui datent, mais sur une fourchette entre l'été dernier et mainteant, c'est du tout récent ^^ (je suis allé revoir deux de tes textes plus vieux aussi du coup, masse et les égouts de Paris, dans la foulée des deuxième lectures des autres :P )

Déjà je vais commencer par le plus évident, sur l'écriture elle même (et je parlerai ensuite du fond)


Tu écris principalement à la troisième personne, et au passé.
Et globalement dans le maniement du temps, t'es impec' (il me semble même que dans certains passages d'action, tu passes au présent, et c'est un truc que j'aime vraiment beaucoup, pas facile à faire mais très fin et efficace).
Sur ta narration, c'est souvent aussi des narrateurs semi-omniscients, posé entre ce que le personnage sait et n'est parfois pas dit, et ce que le narrateur sait et ne dit pas forcément non plus, bref la cohabitation est intéressante, d'autant que ton narrateur n'est jamais trop présent et ca laisse pas mal de liberté ^^


Pour le style, je dirai que tu as un style au final très simple, ou plus que simple classique (simple et classique, aux sens plus élogiex hein, les deux peut être diablement bons c'est pas péjoratif dans ma bouche).
C'est à dire que tu te réserves souvent un cadre dans tes phrases bien bâti et posé, assez peu d'envolées au final. Et c'est marrant, je regardais rapidement en parcourant tes anciens textes, ca fait un bout de temps que tu ne fais plus de poésie non plus ? ^^ C'est marrant parce que là aussi tu faisais de la poésie assez cadrée, en vers et comptés. Là encore, c'est pas un reproche, parce que en fait ça te va bien, j'entends que ca se sent que tu as un sens du rythme, du rythme qui tourne bien comme un moteur, t'as assurément l'oeil pour ça.
Dans ce sens là, je le dis juste parce que je trouvais la remarque intéressante sans trop savoir qu'en faire, tu fais rarement des phrases avec pls de deux virgules (et j'ai jamais vu plus de trois), voilà je le dis juste comme ça haha, ca va un peu dans le sens de ce que je dis (c'est des virgules bien posées et qui soutiennent bien les phrases, parfois apporte le piquant qu'il faut pour les relancer ou les clore)

Et quand je vois l'évolution par rapport à tes premiers textes, ca va aussi dans ce sens, donc je vois la marge de progression que tu as fait, vu que tu faisais des phrases encore plus courtes  ^^

(ca me donnerait presque envie, comme un certain lutin me l'a fait lire dans le passé, de te faire lire Les souterrains de Kerouac, écrit quasiment uniquement avec des tirets cadratins, ca change un homme  :D mais bon vu que t'es pas dans une dynamique de longue phrases, je dit ca juste pour la plaisanterie)

Le seul vrai "reproche que je pourrais faire, c'est pas tellement au niveau du rythme (tu sais aussi amener des cassures avec des phrases à un mot etc, qui fonctionnent, et je crois que souvenir que tu l'as déjà fait aussi en dico un peu plus, enfin ptet qu'expérimenter un peu plus de ce côté là t'apporterai toujours quelque chose, mais je pense pas que ton écriture en elle-même tende vers ça, donc, ca peut t'apporter, comme un plus, de tester des trucs)
Désolé je me suis perdu (suspens) je voulais dire, c'est sur tes amorces de phrases. Il me semble avoir vu un commentaire de Nacas quelque part qui te disait déjà ça, tes premiers mots de phrases sont très tès classiques. Des le la quand que c'est avec alors, bref des pronoms, des mots transitifs, ca coule tout seul et à un moment j'ai regretté un peu ce manque de..surprise à nouvelle phrase. Et je pense pas que ce soit un manque de vocabulaire, parce que ca (comme sur les matelas voraces, mais je vais revenir sur ce point) ca fait plutôt partie de tes qualités. Donc voilà, pour réjoindre ce que je disais dans la parenthèses d'avant, sans te conseiller de dynamiter tes textes, peut être rechercher un petit peu dans les structures de phrases ce qui pourrait amener des débuts de phrases moins attendus ( je trouve que arpès le terminus Hadès testait déjà plus dans ce sens, après je me trompe peut-être)



Je fait une parenthèse de transition ici, pour te dire que j'ai eu du mal avec la fin de Après le terminus, Hadès, malgré tes corrections on dirait. En fait, j'ai pas saisi : il part sur les rail avec son théâtre, puis d'un coup on dirait qu'il l'a plus et il fait demi tour comme pour accuser le chauffeur (dont d'ailleurs on ne sait pas si c'est le même chauffeur que celui qui lui a ouvert, on dirait pas). Alors en relisant à nouveu, je vois qu'en fait il trébuche juste (mais la façon dont tu décris le corps qui chute, même si tu dis chute, est pas hyper explicite, je trouve) casse le truc et ne se rend pas compte... Mais du coup pas cohérent. En fait j'ai vraiment cru que genre, le chaffeur l'avait cassé sans faire exprès avant de lui rendre, et qu'il l'avait réalisé qu'ensuite, ou qu'il n'avait jamais eu son theatre entre les mains, bref, je pense que tu pourrais encore clarifier cette scène et donner une véritable raison pour la baston, qui passe très bien à l'écrit en plus (et sans en plus ne faire passer ni l'un ni l'autre pour des connards).
(et au passage ce texte était très cool, voilà)
(fin de la parenthèse)





LE FOND
Eh oui



D'abord, tu te dis toi même écrire des textes plus sf et des textes plus littérature blanche, et en fit en te lisant, j'ai pas l'impression que tu devrais te fixer ces barrières. Tes textes sont parfaietement entre les deux, allient très bien les deux.
E fait en te lisans je pense forcément à Pennac (du coup je ne peux pas concevoir que tu 'ai pas lu Pennac, et si c'est pas le cas, fonce !! toute sa série avec l'inspecteur dont la profession est bouc émissaire, ahem, la fée carabine par exemple ! )
J'ai lu un livre y'a pas longtemps (qui est pas forcément des plus réussi mais pas mauvais et intéressant) qui est un témoignage d'une psy dans un monde dystopique ultra contrôlé, on est parfaitement entre les deux et il est vendu comme de la blanche

En fait même dans tes textes qui ne sont pas sf, y'a un foisonnement qui, dans l'étrangeté des situations ou la marginalité des personnages, frise toujours un peu avec le fantastique et c'est une très grande force. Et je pense que tu es capable d'allier les deux sans que l'un ne vienne contredire l'autre, dans le sens où le réel tu le manie toujours avec sa part d'irréalité, avec les flottements non pas de la raison (même si un peu) mais de la sensibilité face au monde, et tes fictions, toujours avec un aspect matériel très présent. Et au cœur de ça une légereté à parler de ce qui est grave, la sensibilité qui tient la balance.

Le truc qui me marque dans ce sens, et qui symbolise et te caractérise bien tout ça, c'est le rapport que tu as aux objets. Dans tes quatre textes c'est l'élément central. Bref tu arrives à donner vie aux objets comme des personnages à part entière en restranscrivant parfaitement l'attachement ou la sensibilité qui est placée en eux (et forcément dans les matelas vorace, ca déroule de ce côté et ca fonctionne du feu de dieu)

Et c'est aussi un peu dans ce sens que j'en viens à dire « classique », pas uniquement pour la forme, pour le fond, qui traite du réel (même si c'est une réalité fictionnel) de façon tangible, comme une vraie extension de l'humain. Ca sent bon la mystique des brocantes (j'arrive pas à trouver de phrase qui corresponde mieux), comme un lien très fort envers l'objet en tant que culture, personnelle, c'est à dire dans la construction du personnage, mais aussi une culture globale du monde dépeint, bref comme une fascination des cultures dans leur aspect porte tangible et matérielle du monde (et je dis ça sans basculer dans le totémisme sociologique, même si on n'en est pas loin au final).

Pour ça que je parle de Pennac (et je pense aussi, dans la « couleur » globale que tes textes me font ressentir, et cet aspect, tranche de vie appliquée dans un monde en l'observant avec une loupe, dans ses détails car c'est à ça que l'histoire et les personnages se raccrochent, je pense aussi à Simenon -et je me doute aussi, de l'influence d'Hugo-. C'est en ça que je parle de classique, pour la force, mais aussi le fond, y'a une « couleur » que je trouve partagée entre ces auteurs et ce que tu developpes, je trouve, tu me diras si je me trompe). Parce que Pennac arrive à prendre ce côté surréaliste des événements tout en restant parfaitement dans notre réalité, parfois avec des métaphores poétiques, aussi, et puis drôle aussi, par le biais de certains persos, pourquoi pas une piste, je ne sais pas.
Et cet attachement se ressent aussi dans le vocabulaire que tu utilises, qui fait bien honneur à tout ça.



Du coup, vu le foisonnement que tu déploies au niveau de l'ambiance (sans trop en faire, grâce à ton type de narration) et surtout de la matière de ce à quoi se rapporte les univers que tu met en place, je trouve que ton style correspond bien, si t'avais des phrases dynamitées, ca serait trop à suivre, juste bah, continuer à le solidifier quoi (mais bon c'est pa le but de l'analyse haha)


Et je pense, pour clore parce que comme d'hab je parle beaucoup, à un livre que j'ai lu aussi de Amin Maalouf. En gros il raconte une histoire dystopique (je sais pas si t'as vu le film Les fils de l'homme) mais part cet angle totalement « blanc » comme je t'en parlais plus haut. Le point fort, c'est son perso principal sur le début, un docteur spécialiste dans l'étude des scarabées. Ce personnage me fait tellement mais alors tellement penser à ce que tu pourrais faire, il est juste, délicieux dans son exposition. PLUS, ce livre a une écriture à la fois très classique, c'est à dire plus comme toi, solide avec des constructions de phrases simples mais un très bon vocabulaire, le plus, c'est qu'il se permet plus de liberté à ce niveau là. C'est à dire des débuts de phrases un peu en dehors de leurs usages, des mélanges entre très vieilles tournures et à la fois des utilisation hyper modernes. C'est un livre très court qui pourrais t'intéresser je pense (je sais pas si tu viens à la rando de ce dimanche, mais je te le passerai, il fait 150 pages je crois, c'est assez court ^^ ), enfin voilà, il m'a fait penser à a tonalité de ce que tu fais (mais je t'ai beaucoup comparé et euh, je suis désolé de ça, c'est pas agréable et ca aide pas forcément à trouver son truc, enfin voilà, quand je parle de tonalité, c'est juste comme je dis une couleur, un vague esprit commun, comme je l'ai relevé sur plein de trucs tu developpe déjà quelque chose de bien à toi, j'entends par là que tu l'as peut être plus trouvé que tu ne le crois et que t'as encore un champ immense dans ce genre là et que ca semble te correspondre, et que après, y'a encore mille et une branches à explorer, mais t'as une bonne grosse base)



Ah si tiens, j'ai oublié d'en parler alors que c'était sur ma to-do list, mais j'ai peu retrouvé dans tes textes les touches d'humour pourtant énormes que je t'ai vu faire dans les soirées dico, voilà c'est tout ce que je voulais faire remarquer haha





VOILA VOILA
j'ai mis le temps, j'espère ne pas être trop à côté sur certaines choses, ni trop en avoir fait en parlant d'autres auteurs, en tout cas c'était fort chouette de te (re) découvrir, hors des tic tac et soirées dico, parce que au final ca faisait longtemps que je ne t'avais pas lu, et ca fait rudement plaisir de me pencher aussi précisément sur ce que tu écris (j'ai pris du vrai plaisir à lire toutes tes nouvelles, c'est de la bonne huhu), alors vilà, merci pour le partage  :mafio:

Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: ZagZag le 19 Avril 2018 à 13:07:55
Yo Ben.G !

T'as pris ton temps, ouais  :D Mais ça vaut le coup.

(je suis allé revoir deux de tes textes plus vieux aussi du coup, masse et les égouts de Paris, dans la foulée des deuxième lectures des autres :P )
Folie que ceci  :-[

C'est à dire que tu te réserves souvent un cadre dans tes phrases bien bâti et posé, assez peu d'envolées au final. Et c'est marrant, je regardais rapidement en parcourant tes anciens textes, ca fait un bout de temps que tu ne fais plus de poésie non plus ? ^^ C'est marrant parce que là aussi tu faisais de la poésie assez cadrée, en vers et comptés. Là encore, c'est pas un reproche, parce que en fait ça te va bien, j'entends que ca se sent que tu as un sens du rythme, du rythme qui tourne bien comme un moteur, t'as assurément l'oeil pour ça.
Ça doit être mon côté matheux u_u Mais oui, je suis d'accord, je déstructure assez peu la langue dans mes textes, je crois pas forcément avoir la bonne sensibilité pour ça.
Mais pour la poésie, en fait j'ai arrêté parce que j'aime pas ce que je fais là-dedans. Justement, le côté trop carré, à tout le temps rechercher un effet de rythme ou une figure de style, ça rend le tout trop balourd à mes yeux, ça passe pas.

Dans ce sens là, je le dis juste parce que je trouvais la remarque intéressante sans trop savoir qu'en faire, tu fais rarement des phrases avec pls de deux virgules (et j'ai jamais vu plus de trois), voilà je le dis juste comme ça haha, ca va un peu dans le sens de ce que je dis (c'est des virgules bien posées et qui soutiennent bien les phrases, parfois apporte le piquant qu'il faut pour les relancer ou les clore)
Rien que dans le début des Matelas voraces j'en ai vu une avec quatre. Mais en fait elle compte pas, je viens de lui retirer une virgule moche. Donc je suppose que tu as raison. Mais je suis assez surpris quand même, parce que j'ai tendance à faire des phrases un peu alambiquées, qui du coup engendrent pas mal de virgules (enfin je croyais, faut croire que je fais juste pas de pause pour le lecteur). Mais du coup, je crois que j'en utilise surtout deux parce que (je crois pas que ce soit vraiment conscient, j'y pense juste maintenant) je privilégie pas mal les rythmes ternaires (et donc deux virgules).

Désolé je me suis perdu (suspens) je voulais dire, c'est sur tes amorces de phrases. Il me semble avoir vu un commentaire de Nacas quelque part qui te disait déjà ça, tes premiers mots de phrases sont très tès classiques. Des le la quand que c'est avec alors, bref des pronoms, des mots transitifs, ca coule tout seul et à un moment j'ai regretté un peu ce manque de..surprise à nouvelle phrase. Et je pense pas que ce soit un manque de vocabulaire, parce que ca (comme sur les matelas voraces, mais je vais revenir sur ce point) ca fait plutôt partie de tes qualités. Donc voilà, pour réjoindre ce que je disais dans la parenthèses d'avant, sans te conseiller de dynamiter tes textes, peut être rechercher un petit peu dans les structures de phrases ce qui pourrait amener des débuts de phrases moins attendus ( je trouve que arpès le terminus Hadès testait déjà plus dans ce sens, après je me trompe peut-être)
Je vois ce que tu veux dire. Là encore, je crois que c'est mon côté matheux qui transparaît (c'est que j'y tiens à mes connecteurs logiques). Mais c'est vrai que cela ne peut faire que du bien d'essayer d'y penser un peu (au pire ça marche pas, c'est pas grave).

Je fait une parenthèse de transition ici, pour te dire que j'ai eu du mal avec la fin de Après le terminus, Hadès, malgré tes corrections on dirait. En fait, j'ai pas saisi : il part sur les rail avec son théâtre, puis d'un coup on dirait qu'il l'a plus et il fait demi tour comme pour accuser le chauffeur (dont d'ailleurs on ne sait pas si c'est le même chauffeur que celui qui lui a ouvert, on dirait pas). Alors en relisant à nouveu, je vois qu'en fait il trébuche juste (mais la façon dont tu décris le corps qui chute, même si tu dis chute, est pas hyper explicite, je trouve) casse le truc et ne se rend pas compte... Mais du coup pas cohérent. En fait j'ai vraiment cru que genre, le chaffeur l'avait cassé sans faire exprès avant de lui rendre, et qu'il l'avait réalisé qu'ensuite, ou qu'il n'avait jamais eu son theatre entre les mains, bref, je pense que tu pourrais encore clarifier cette scène et donner une véritable raison pour la baston, qui passe très bien à l'écrit en plus (et sans en plus ne faire passer ni l'un ni l'autre pour des connards).
J'en suis pas satisfait non plus à vrai dire, mais j'ai toujours du mal pour retravailler mes textes un peu en profondeur. Bref, fait que je m'y mette un jour (cet été peut-être), parce que j trouve ça dommage cette fin après ce texte dont je suis mine de rien assez satisfait.

D'abord, tu te dis toi même écrire des textes plus sf et des textes plus littérature blanche, et en fit en te lisant, j'ai pas l'impression que tu devrais te fixer ces barrières. Tes textes sont parfaietement entre les deux, allient très bien les deux.
E fait en te lisans je pense forcément à Pennac (du coup je ne peux pas concevoir que tu 'ai pas lu Pennac, et si c'est pas le cas, fonce !! toute sa série avec l'inspecteur dont la profession est bouc émissaire, ahem, la fée carabine par exemple ! )
Boarf, je sais pas si je me fixe vraiment des barrières, c'est juste pour la description là que j'ai décris ça comme ça. Je pars toujours sur une idée relativement précise du genre, oui, mais au final il y a nécessairement des influences qui viennent s'y glisser et je les refoule pas. (d'ailleurs c'est rigolo ça me fait penser à un texte où j'avais vraiment hésité entre faire du fantastique et de la blanche pure et au final je crois que ça mélange bien les deux ^^)
Par contre j'ai pas vraiment lu Pennac, non. Plus jeune j'ai du lire trois ou quatre romans de lui  (L'Oeil du loup, les Kamo), mais je suis jamais allé plus loin après. Mais ud coup je m'y essayerai !

Le truc qui me marque dans ce sens, et qui symbolise et te caractérise bien tout ça, c'est le rapport que tu as aux objets. Dans tes quatre textes c'est l'élément central. Bref tu arrives à donner vie aux objets comme des personnages à part entière en restranscrivant parfaitement l'attachement ou la sensibilité qui est placée en eux (et forcément dans les matelas vorace, ca déroule de ce côté et ca fonctionne du feu de dieu)
Tiens, j'y avais jamais pensé, mais c'est vrai maintenant que tu le dis. Genre de ouf.  En fait je crois que ça vient du fait que pour un écrire un truc, j'essaye toujours de partir d'une idée précise d'un concept, d'une situation, et donc forcément ça donne quelque chose de très centré là dessus (et qui est donc souvent un objet).

Pour ça que je parle de Pennac (et je pense aussi, dans la « couleur » globale que tes textes me font ressentir, et cet aspect, tranche de vie appliquée dans un monde en l'observant avec une loupe, dans ses détails car c'est à ça que l'histoire et les personnages se raccrochent, je pense aussi à Simenon -et je me doute aussi, de l'influence d'Hugo-. C'est en ça que je parle de classique, pour la force, mais aussi le fond, y'a une « couleur » que je trouve partagée entre ces auteurs et ce que tu developpes, je trouve, tu me diras si je me trompe).
C'est rigolo parce que j'ai presque jamais lu aucun de ces auteurs. Simenon jamais, j'avoue que ça m'a jamais attiré, sûrement à tort, et Hugo j'ai rapidement lu les Misérables plus jeune et un peu de sa poésie (Pauca Meae est vraiment chouette), mais jamais plus. Du coup je vais voir ça ^^

Le point fort, c'est son perso principal sur le début, un docteur spécialiste dans l'étude des scarabées. Ce personnage me fait tellement mais alors tellement penser à ce que tu pourrais faire, il est juste, délicieux dans son exposition
J'avoue, c'est totalement mon type de personnage !

PLUS, ce livre a une écriture à la fois très classique, c'est à dire plus comme toi, solide avec des constructions de phrases simples mais un très bon vocabulaire, le plus, c'est qu'il se permet plus de liberté à ce niveau là. C'est à dire des débuts de phrases un peu en dehors de leurs usages, des mélanges entre très vieilles tournures et à la fois des utilisation hyper modernes. C'est un livre très court qui pourrais t'intéresser je pense (je sais pas si tu viens à la rando de ce dimanche, mais je te le passerai, il fait 150 pages je crois, c'est assez court ^^ )
Nope, je pense pas venir, mais je lirais à l'occasion, tu me l'as bien vendu  ;)

Ah si tiens, j'ai oublié d'en parler alors que c'était sur ma to-do list, mais j'ai peu retrouvé dans tes textes les touches d'humour pourtant énormes que je t'ai vu faire dans les soirées dico, voilà c'est tout ce que je voulais faire remarquer haha
Ouaip, j'ai plutôt tendance à séparer les choses maintenant. Sur un long je me laisserai plus de liberté là-dessus je pense, mais sur des choses plus courtes je préfère séparer les textes plutôt disons "délirants" et les autres quand même assez lourds dans le fond. (je me vois mal faire des blagues dans Après le terminus, Hadès)

j'ai mis le temps, j'espère ne pas être trop à côté sur certaines choses, ni trop en avoir fait en parlant d'autres auteurs, en tout cas c'était fort chouette de te (re) découvrir, hors des tic tac et soirées dico, parce que au final ca faisait longtemps que je ne t'avais pas lu, et ca fait rudement plaisir de me pencher aussi précisément sur ce que tu écris (j'ai pris du vrai plaisir à lire toutes tes nouvelles, c'est de la bonne huhu), alors vilà, merci pour le partage  :mafio:
Merci à toi pour cette analyse super intéressante et fournie :mafio:
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Loïc le 30 Mai 2018 à 20:01:38
Et du coup j'ai pris mon temps pour répondre à Zag aussi :P

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tes textes sont du coup très fluides, très prenants, ce que tu créé aussi par pas mal de changements de rythme dans la narration, que l'on ressent particulièrement dans À la vie à la mort, qui est finalement assez elliptique, on passe du calme du vieux temple à la rage de la bataille sans transition, pour terminer sur la fuite plus calme des personnages. C'est aussi très voyant dans le Radeau de Méduse, l'action avance très vite, de scènes en scènes, pour faire à tout prix avancer la situation.

Tout à fait, mais c'est aussi un gros cache-misère pour ces transitions que j'ai beaucoup de mal à faire (je le vois bien dans le texte que je suis en train d'écrire). J'ai vite l'impression de me répéter, de tourner en rond entre mes temps forts, ce qui fait que finis par zapper tout ça.

Citer
Tu semble constamment te placer du point de vue de tes personnages, pas de celui du lecteur.

Oui, et je pense que ça rejoins bien ton point numéro 1 sur les descriptions et les détails.

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(comme ça devrait en fait l'être si notre société allait bien).

J'écris en pleine utopie :mrgreen:

Citer
d'ailleurs ça parle souvent d'amour

Caramba, je suis repéré.

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Et en fait, bon c'est plutôt logique, mais tu prends beaucoup plus de risques : tu utilises plus volontiers le "tu", par exemple.
Le style lui aussi est différent, en fait les contraintes t'apportent de bonnes idées j'ai l'impression, tu arrives en général à caler les mots dans des comparaisons plutôt biens senties qui passeraient parfaitement dans un texte "classique".

La narration est moins rapide, plus apaisée, tu prends plus ton temps (paradoxalement ?) pour exprimer les émotions dans ces scènes, ça tranche pas mal avec tes textes en fait. Enfin bon, comme je l'ai dit, c'est plus ou moins le cas de toute le monde je crois. Mais ça me semblait tout de même intéressant d'y jeter un petit coup d'œil.

Yep. J'utilise (utilisais) les soirées dico comme laboratoire, pour tester des trucs, des débuts d'histoire ; mais je crois que j'arrive rarement à les réinjecter. C'est un autre esprit d'écriture aussi, et je crois que ça joue (plus que le temps limité ; mes wordwars de nano sont en général plus classiques je crois.)

Merci encore pour cette belle analyse et ton effort de lecture :)
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Camille Barthe le 20 Janvier 2020 à 16:19:42
Salut,

Dis donc, je crois que nous avons pas mal d'influences communes!
En tout cas excellent, j'ai pensé au Pulp de Bukowski par moments.

Besos
😉
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Miromensil le 20 Janvier 2020 à 16:30:32
Tu parles à qui, Camille ? Est-ce que tu as vu ce qu'était ce fil... ?
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Camille Barthe le 20 Janvier 2020 à 16:53:35
En effet, méprise, je débute sur le site!

Merci pour le tuyau
Titre: Re : Une mystérieuse affaire de style
Posté par: Miromensil le 20 Janvier 2020 à 17:23:23
Ok, pas de soucis. Si tu as une question hésite pas à la poser ici http://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=25204.0 ou à un modo (ceux avec un pseudo bleu) ^^