Bonjour, voilà un texte qui me tient à cœur. Je cherche à formuler quelque chose depuis au moins plus d'un an, et je sens avec celui-ci que je m'approche du but.
Il manque donc quelques étapes, des détails à rajouter, puis peut-être, plus tard, une histoire à ficeler autour. Il n'a que deux heures, ce texte après tout.
Je le poste pour recueillir des avis et voir ce que je peux améliorer avant de l'allonger.
Merci d'avance à vous. :)
Edit : oh putain, je viens de voir que le titre que je venais de choisir m'a été donné inconsciemment par un autre texte du forum. J'ai donc changé. :mrgreen:
Conversion
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Elle marchait sur les mains pour se chausser de ciel, tout dessus dessous. Légère, joyeuse, dansante. Courbe assourdissante sur la droite silencieuse de l'ordinaire. Plus rien ne saurait l'arrêter désormais. Ni ce monde absurde et inhumain ni son passé salé de larmes. Ni cette cruauté qui colle à la vie ni celle voilée sous les sourires. Elle avait trouvé sa danse, battu son rythme, marqué chaque respiration d'arcs-en-ciel vifs et intimes. Mais il n'en avait pas toujours été ainsi et sa métamorphose fut douloureuse. C'était là le prix à payer.
Autrefois sculptée par des doigts anonymes, muets, froids d'indifférence, elle dut devenir à elle-même son propre cobaye pour briser sa coquille, pour casser les chaînes du temps. D'abord, s'écrouler, s'abîmer, s'abattre comme un ennemi. Tenir l'arme sous sa gorge. Surveiller chacune de ses pensées, chacun de ses désirs, chacune de ses couleurs. S'alourdir jusqu'à peser plus qu'on ne saurait supporter à même soi. Jusqu'à ce que peu à peu, jour après jour, il ne reste plus que l'irrespirable, l'accablant, l'insoutenable poids du désespoir. Pas un faux-semblant où l'on attend le regard d'autrui, mais une invisible et silencieuse détresse.
C'était là son vœu le plus cher : faire table rase, ruiner ce que l'existence avait fait d'elle, cette personne quelconque qu'elle était devenue, qu'elle ne voulait pas être. Récurer la pourriture, brûler les charognes qui jonchaient son âme, qui s'étalaient partout depuis son absence, depuis qu'elle s'occupait de suivre, de raturer ses rêves – droite dans ses chaussures mais triste à mourir. Alors elle se mit à creuser, frénétiquement, comme à la recherche d'un trésor, du trésor le plus cher, celui qu'on ne devrait pas avoir à enterrer : le noyau, l'essentiel, le cœur qu'on muselle mais qui n'a de cesse de protester.
Et la conversion commença. Une métamorphose risquée, sur le fil, qui pouvait la ruiner corps et âme. En tombant au plus bas, se disait-elle, où plus rien n'a de sens, où tout se transforme en douleur, en angoisse, où tout n'est plus qu'obscurité, sans aucune lumière qui perce ni aucune ombre qui subsiste, peut-être trouverais-je ce qui importe réellement, peut-être saurais-je écosser ces apparences qui recouvrent mes regards, et peut-être, verrais-je de mes propres yeux, dans cette fissure où plus rien ne compte, où plus rien n'adhère à aucune inclination, à aucun désir, à aucun intérêt, le sens tout nu, la beauté sans fard, l'honnête vérité de mon cher être.
C'était là sa véritable obsession. Tout écarter, tout retirer, tout défaire, tout décrocher. Piétiner, blesser, humilier cet ego artificiel pour que jaillisse dans la déchirure tout ce qui fait le sang de son âme, tout ce qui fait sa chair intime. Pas à pas se rendre folle pour voir ce qui résiste, ce qui reste, ce qui persiste et qui est soi. Pas à pas se perdre, se vicier, s'anéantir pour savoir, au bord du gouffre, devant la mort, sur quoi on peut compter et qui n'a pas fui. Voilà la prise, le rebond qu'elle guettait : ce moment à la fois magique et terrible où la mort prend toute sa latitude immense, échappe à tout dire, à toute expression et se donne comme épouvante indépassable.
A cet instant précis, il n'y eut plus que le noyau pour mener sa guerre – tous les artifices s'étaient émiettés de terreur – plus que ce qui avait goûté à l'abandon qui refaisait surface, qui gagnait son chemin jusqu'au sommet, qui soupirait, murmurait, parlait puis criait, hurlait de toutes ses forces. Les masques craquaient sous la menace, seuls persistaient ces yeux d'enfant, écarquillés, mouillés mais sûrs, rouges mais inflexibles, qui n'acceptaient ni la défaite ni la fin du jeu. Là, devant l'abîme, anorexique et sale, dépressive et pâle, elle venait de retrouver les couleurs authentiques de son enfance – la légèreté qu'elle avait perdue.
Alors elle se mit à marcher sur les mains pour se chausser de ciel, pour rêver, tout dessus dessous. Légère, joyeuse, dansante comme une spirale qui s'engloutit le monde, qui l'avale comme s'il était sien – ballet de chair, courbe assourdissante sur la droite silencieuse de l'ordinaire.
Elle marchait sur les mains pour se chausser de ciel, tout dessus dessous.
Alors elle se mit à marcher sur les mains pour se chausser de ciel, pour rêver, tout dessus dessous. Légère, joyeuse, dansante comme une spirale qui s'engloutit le monde, qui l'avale comme s'il était sien – ballet de chair, courbe assourdissante sur la droite silencieuse de l'ordinaire
Alors j'avoue que là, tu as commencé très fort. J'ai du lire la phrase 2,3 fois pour m’évertuer à la comprendre et à continuer le texte. J'avais fait un blocage :'( .
Je l'ai retourné et j'ai imaginé la fille "danser en spirale" avec les pieds sur terre et je me suis remémoré la phrase d'avant ou tu disais qu'elle avait "retrouvé la légèreté de son enfance". Est-ce le bon "filon"? J'aimerais que tu m'éclaires :).
Sinon très beau texte. Assez lyrique. Très bien structuré au niveau des étapes. J'ai trouvé cela assez plaisant pour ma part. Le moment ou elle se "reconvertit" est un peu plus dur mais je pense que c'était peut être une volonté de ta part d'exprimer cette pénibilité?
Très travaillé les tournures en tout cas. Bravo!
Je le relirai histoire de voir s'il y a des choses à éventuellement "corriger" mais ma première impression est bonne ;)