Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => L'Atelier => Cuisiner la langue : ustensiles et méthodes => Discussion démarrée par: Kath le 18 Juin 2015 à 06:53:54
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Bonjour,
En pleine relecture d'un roman, je suis confrontée à un souci auquel je n'ai toujours pas trouvé de réponse satisfaisante après une bonne semaine de réflexion.
En effet, l'auteur fait, par moments, parler certains de ses personnages en chti, et propose juste après la traduction entre guillemets et en italique, ce qui donne un truc comme ça:
— Vous êtes policier ?
— Ouaih, ch’est l’commissaire, dis y ti que l’vieux y n’étot pas tout seu !
« Oui c’est le commissaire, dis-lui, toi, que le vieux n’était pas tout seul !»
— Non,...
et ça ne me plaît pas du tout :'(, mais mettre la traduction en note de bas de page tout du long du dialogue, ça serait vraiment trop lourd. Comment feriez-vous, vous?
D'autre part, il y a quelques termes "d'anticipation" dans le texte, mais qui ne reviennent pas très souvent. J'ai bien envie de mettre la première mention entre guillemets, puis les suivantes en italique, car je trouve les guillemets trop lourds.Je n'ai rien lu qui contredise cette façon de faire, mais rien qui ne l'approuve non plus...
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Je trouve la question très intéressante ^^ comment rendre compte d'un dialecte ou même d'une langue étrangère dans un récit?
Je pense qu'il faudrait tout d'abord établire si le dialect en question est compréhensible ou non par un lecteur moyen : est-ce qu'une personne ne parlant pas chti peut le comprendre sans trop déffort ? D'après l'exemple que tu donne j'ai tendance à penser que oui.
Donc moi j'obterais plutôt pour une mise en page normal (sans traduction) mais avec un dossier en fin ou début de roman qui donnerait quelques bases morphologiques et phonétiques. Un glossaire me semble également indispensable (car il doit exister des mots en chti qui n'existent pas en français standard).
Ou alors éventuellement (en dernier recours si le texte n'était vraiment pas compréhensible) une traduction en note de fin (pour ne pas briser la continuité du récit.
Voilà moi j'aurais plutot tendance à miser sur le fait qu'avec un peu d'habitude le lecteur se familiarisera avec la langue, éventuellement même en prenant cela en compte au cour de l'écriture du roman: par exemple en faisant attention à ne pas mettre de formulation trop obscure en début de roman (faire une gradation dans la complexité du dialecte si tu préfère). Enfin il reste toujours la possibilité d'ajouter un personnage non chti qui pourra demander diégétiquement (à l'intérieur du récit) des traductions (par exemple: un personnage s'exprime en chti, le non chti demande "Qu'est ce qu'il a dit?" et un autre lui traduit).
Si je voulais écrire un roman bilingue je pense que c'est que je ferais: un dossier explicatif en début, un glossaire pour les mots compliqués en fin, et un récit aménager, pour que le lecteur puisse s'imerger progressivement dans le dialecte ou bien qui me permette d'ajouter diégétiquement des traductions.
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Je pense moi aussi que l'auteur que tu cites n'a pas forcément fait le meilleur choix. J'avais lu un roman jeunesse qui faisait presque pareil : dialogue en italien et traductiom en note.
Je trouve que ça passe mal, dans un livre. C'est une technique plus adaptée à l'audivisuel (où on peut mettre un sous-titre). Dans un livre, ça coupe la lecture et ça fait lourd.
A mon avis, la question se pose autrement. Le personnage par qui on voit la scène comprend-il cette langue étrangère ? Si oui, le lecteur doit comprendre en même temps que lui. Du coup, soit un simple "dit-il en chti", soit une technique plus délicate : introduire progressivement le vocabulaire jusqu'à ce que le lecteur l'apprenne, le comprenne. Récemment, j'ai lu deux romans qui y réussissaient très bien : dans Les derniers parfaits de P.Beorn, les personnages de son monde de fantasy parlent une sorte d'occitan, et des mots d'occitan émaillent le texte, de même qu'il y a des répliques dans cette langue. Ben on comprend bien. Soit parce qu'il s'arrange pour choisir des mots/phrases transparents, soit qu'on comprend par le contexte, soit que le personnage tire une réflexion de ce qu'il vient d'entendre, et donc on comprend indirectement. L'autre livre c'est Le prince et le moine de R.Hazs. Là y a carrément des dialogues (courts) en latin, et l'auteur réussit à ce que, juste par le contexte de la réplique, la réaction des persos et les commentaires du narrateur, on comprenne. J'avais trouvé ça assez fort. En tout cas, à aucun moment il n'y a de traductiin directe, et ça passe beaucoup mieux, je trouve.
Ou alors ton perso ne comprend pas, auquel cas le lecteur ne doit pas comprendre non plus - donc inutile de traduire, là encore.
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Personnellement, j'ai bien compris sans traduction. Elles ne sont peut-être pas nécessaire...
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Je suis entièrement d'accord avec tout ce que vous avez dit ( ::)). D'ailleurs, un livre rédigé comme on te l'a donné Kath, j'abandonne assez rapidement parce que je trouve ça lourdingue et exaspérant. Pour le chti, Mil et Milena ont tout dit.
Pour les termes d'anticipation, je mettrais pas non plus de guillemets après la première occurrence (voire jamais). Ensuite je laisserais soit en italique comme tu le proposes et si ces termes sont assez peu nombreux, soit écrits avec la même typo que le reste.
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Merci de vos réponses!
Pour les termes d'anticipation, j'ai choisi de tous les mettre en italique, après tout il n'y en a pas tant que ça, et ça permettra aussi de rappeler au lecteur que l'action est dans le futur (même si c'est un futur proche). J'hésite encore à mettre en italique les noms d'armes à feu, il y en a peu, et même si ce ne sont pas des armes très connues du grand public, ça n'est pas très grave.
Pour les traductions.. en fait il n'y a que deux passages en vrai chti, donc ça ne rend pas le roman lourd (mais allez savoir pourquoi, j'ai beau vivre depuis plus de 20 ans à Lille, je suis totalement hermétique au chti, alors que je comprends sans trop de mal des dialectes occitans). Et ce n'est pas si invraisemblable que ça, le régisseur de ma résidence parle chti, et je ne suis pas sûre qu'il sache parler autrement!Bref, je vais encore y réfléchir en prenant vos réponses en compte.