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Le lit éternel
N’ai pas peur, ma belle, n’ai pas peur. Je reste auprès de toi, tout près de toi, et rien ne pourra t’atteindre dans ta prison de bois, ni la mort, ni le froid. Le vent souffle dehors mais dors, toi, dors. Je guette, je te protège, je surveille ton visage paisible recouvert de ce voile vaporeux. Les ombres paraissent menaçantes à la lueur des cierges mais ce n’est qu’une illusion. Tu peux te reposer en paix, rien n’existe ici, ni la peur, ni le danger. Ton cœur qui bat lourdement entre ces murs glacés suffit seul à me consoler de la nuit qui s’infiltre lentement, avec une douceur inquiétante, entre les barreaux rouillés de la porte branlante. Ce rythme apaisant éclipse le reste, tout le reste. J’oublie les hurlements du temps, les cris nocturnes, et les enfoui dans une amnésie sombre pour mieux contempler le pâle de tes joues. Allons, étouffe ces doux gémissements, fige ces lèvres tremblantes et aime moi. Aime moi comme je t’aime et, dans le rêve où ta conscience t’a emmenée, veille sur moi. Rien ne nous séparera, ni la pénombre, ni la brise glaciale, ni l’écho de ce tombeau silencieux. Le tonnerre gronde à l’extérieur, tes paupières frémissent nerveusement. Laisse-moi te garder, mon amour. Pressé contre ton cœur battant, partageant ton lit éternel, je saurais te consoler de la frayeur de la nuit, de la mort, de l’amour. Alors, je resterais immobile et pour toujours, éploré contre ton corps froid. Et ma voix, dans un faible filet de mots indistincts, susurrera à tes oreilles closes :
N’ai pas peur, ma belle, n’ai pas peur. Je suis là.