Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: HB le 08 Juin 2015 à 17:24:30

Titre: Maintenant 1
Posté par: HB le 08 Juin 2015 à 17:24:30
Les cintres métalliques
Dessinent sur le mur
Des fils tordus
Mannequins sur lesquels
On accroche des corps

Les arbres
Ici
Ne sont pas des squelettes
Ce sont des tripes pendues à des têtes
Des poulpes dans le soleil
Des machines à digérer la terre rouge et le ciel bleu
A recracher la nuit

Tout le monde sourit
Tout le monde a son gri-gri
Son fœtus en fleur de sang contre les fantômes

Avec les derniers chants d’oiseaux
Les derniers cris d’enfants
Les premiers miaulements qui s’extirpent du ventre
Le compte à rebours du gecko
Commence
Dans la palette de couleurs
Avec la pluie qui tombe sur la peau nue des travailleurs
Et la voix du moine au loin récitant les prières dans le haut-parleur

Un chien qui boite
Sur le béton


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Titre: Re : Maintenant 1
Posté par: ZagZag le 08 Juin 2015 à 23:06:29
Salut !
J'ai trouvé ton poème assez étrange, si je puis me permettre. J'ai beaucoup aimé le décor macabre des trois premières strophes, notamment les "fleurs de sang". La dernière strophes ajoute une autre dimension à ton écrit, et m'as laissé l'impression d'une manipulation par le "moine" de tout le spectacle morbide du début (bon, en même temps, je viens de commencer FMA, ça doit être pour ça...).Mais ce sont surtout les derniers vers et la fin qui m'ont laissé sûr ma... faim. J'ai bien aimé ce détail du chiebn qui boite, mais j'aurais préfère un final plus "éclatant".
Mais j'ai beaucoup aprecié ton poème, merci pour le partage !
Titre: Re : Maintenant 1
Posté par: Thérébentine le 09 Juin 2015 à 00:10:46
:)
Titre: Re : Maintenant 1
Posté par: tizef le 09 Juin 2015 à 07:19:20
Très pittoresque
Les vers sont inégaux
Mais ceux-ci,  c'est vraiment du haut de gamme
Citer
Des poulpes dans le soleil
Des machines à digérer la terre rouge et le ciel bleu
A recracher la nuit

Citer
Avec la pluie qui tombe sur la peau nue des travailleurs
Et la voix du moine au loin récitant les prières dans le haut-parleur

J'ai bien aimé
Titre: Re : Maintenant 1
Posté par: azouma le 09 Juin 2015 à 08:15:02
Le travail sur les ombres est très intéressant, et malgré tout coloré.
Puis il y a toute cette tristesse (j'espère ne pas me planter) qui arrive dans les derniers vers.

Par contre, et j'en suis désolé, je n'ai pas compris ce vers-ci

"Son fœtus en fleur de sang contre les fantômes"

Merci pour le partage!

Titre: Re : Maintenant 1
Posté par: rêvasseur le 09 Juin 2015 à 18:14:17
J'ai pas bien compris, y'en a un en texte court aussi.
Pas grand chose de constructif à dire, ça fait partie des poèmes qui me parlent sans que je les comprenne. Faut que je lise le 3.
Titre: Re : Maintenant 1
Posté par: HB le 12 Juin 2015 à 15:46:09
Le "fœtus en fleur de sang contre les fantômes" est en effet une référence qui ne peut être comprise que par les khmérophiles (qui je suppose, comme moi, frisent la khmérophobie en apprenant la profondeur malsaine de ce genre de superstitions)  :

On sait que la méchanceté d'une femme morte en couches s'augmente de celle du foetus irrité de n'avoir pu naître. On sait aussi que les os de femme enceinte sont de redoutables talismans. Ainsi, les mauvais garçons, bandits et militaires, recherchaient les foetus dans le ventre des mortes afin de s'en faire de sinistres amulettes, le kône krok, rendant puissant et chanceux, préservant son maître des maladies et des dangers. L'homme qui désire se procurer un kône krok doit, trois jours après l'enterrement d'une femme en couches, aller, de nuit, réclamer le foetus à la mère grâce à un rituel magique et des invocations. Ensuite il doit le faire griller sur un feu, devant du riz et des oeufs de poule. Le foetus carbonisé sera verni et cousu dans un petit sac afin d'être porté comme amulette. Si le propriétaire prend soin de lui offrir du riz à chaque repas, le kône krok le mettra en garde contre tout danger et le fera gagner au jeu.
Il est un kône krok plus sinistre et plus puissant mais plus compliqué à se procurer. Il faut être marié depuis peu, engrosser sa femme, attendre le 5ème mois de grossesse et l'entraîner faire une promenade en forêt. Là, tout en badinant, il faut l'amener à dire "mais tu sais bien qu'il est à toi cet enfant" ; alors on peut la tuer, lui ouvrir le ventre et procéder au rôtissage du foetus.
Ces pratiques, qui ne furent jamais courantes (sauf pendant la guerre), semblent toujours présentes, surtout dans le nord-ouest du royaume...


Dans Parler le cambodgien, comprendre le Cambodge
De Pierre-Régis Martin et Dy Dathsy

(Bible des francophones intéressés par la langue et la culture du pays.)

Titre: Re : Maintenant 1
Posté par: poisson flou le 12 Juin 2015 à 19:51:25
La note est très intéressante. Et le poème s'apprécie également sans qu'on la lise. J'aime particulièrement le passage avec l'arbre. Merci.
Titre: Re : Maintenant 1
Posté par: HB le 13 Juin 2015 à 16:44:09
Merci, ô poisson flou au pseudo déroutant,
le passage avec les arbres semble faire l'unanimité, mais la répétition de soleil après l'ensoleillé de la première strophe me gratouille le scrotum.
Au départ, j'envisageais de faire sauter dans le soleil (après poulpes), mais, à la suite de vos coms, j'enlève ensoleillé, qui suivait mur, à la place.

(Spoiler ajouté pour les trois autres volets de la fenêtre... Après ces quatre, promis, j'arrête !)