Beaucoup, parmi les détracteurs de la fantasy, brandissent l'argument d'une littérature de consommation/de gare, peu digne d'intérêt littéraire. Ils ont parfois raison, c'est dommage.
Ce bouquin est le contre-exemple absolu. C'est une gemme sortie d'un atelier d'orfèvre nommé Silhol, une narration remarquablement ciselée, avec un style incomparable. Superbe, sublime, indescriptible. Lisez.
L'intrigue devient secondaire ; elle est dans la tradition des lais arthuriens, et j'ai moyennement accroché. Mais j'ai lu sans décrocher, pour et grâce au style.
Du coup, ça en devient frustrant. On est exclu de l'intrigue parce que les références sont presque pour des spécialistes, mais la lecture reste incomparable.
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Trois fois les Parques ont parlé : Finstern, Roi de la Cour de Dorcha, doit mourir. Seule la belle Angharad peut contrecarrer la mort de Finstern, ou la précipiter. Elle ignore son propre destin, et le prix à payer pour accomplir sa mission... Dans la funeste partie d'échecs qui s'engage entre les Cours d'Ombre et de Lumière, la Reine Blanche devra trouver sa voie.
Les prix prestigieux, c'est mine de rien un beau gage de qualité, on n'saurait l'répéter suffisamment ! Vénéneux, envoûtant.
Deux extraits, qui donnent un rapide aperçu ; mais le livre a une cohésion stylistique que des extraits ne peuvent rendre vraiment.
Extrait 1.
Prélude
Quatre oiseaux noirs dans un bosquet
En un crépuscule du soir, au-delà des cinq fleuves, le seigneur Finstern, que l'on nomme parfois le Maléficient, chassait avec sa cour dans les forêts parsemées de fleurs de pavot et des corolles translucides des monnaies du Pape.
Son cheval, cette nuit-là, était blême comme l'os ou les rayons de la lune, et tout aussi inexorable.
Son armure était ciselée de jaspe et d'or, émergence d'animaux fantastiques et d'âmes en peine figées dans la minéralité séculaire du métal. Ses cheveux étaient dénoués, sous le heaume oriental qui couvrait son visage comme une miséricorde inattendue. [...]
Derrière lui chevauchait sa Cour, splendide et barbare à la lueur des étoiles aux étranges configurations de ces terres. Le galop de leurs montures était comme un orage dans les hautes herbes, comme le roulement régulier d'un tambour monstrueux.
Et devant couraient les mortels surpris cette nuit sur le fief de Féerie, amenés là par l'égarement ou la malice de ses habitants. Ils couraient pour leurs vies, et seuls leurs gémissements leur tenaient compagnie. Il n'y avait dans le regard de leurs tourmenteurs, emplis d'un amusement sans tendresse ou de la fièvre de la poursuite, aucune pitié.
Extrait 2.
Canto deux
On dit que les gens du village trouvèrent la petite orpheline dans la forêt au printemps, en allant ramasser du bois pour faire des fagots en prévision des rites d'Imbolc. Ils la trouvèrent seulement vêtue de ses longs cheveux et lorsqu'elle s'éveilla aux bruits qu'ils firent, elle ouvrit sur eux des yeux étranges, reflétant la lumière comme ceux d'un chat, passant instantanément de la nacre à la couleur des jeunes feuilles. Son premier son fut un rire qui ressemblait à un chant, et à ce son des dizaines de fleurs naquirent autour de son berceau de mousse. Les paysans tombèrent à genoux et se signèrent.
***
A découvrir très vite, pour se redonner le moral quand la fantasy est assimilée à Goodkind. J'pense que dame Silhol se fait une place parmi les écrivains de la haute.