Le Monde de L'Écriture

Encore plus loin dans l'écriture ! => L'Aire de jeux => Discussion démarrée par: Gros Lo le 22 Décembre 2008 à 21:55:21

Titre: Le dit de l'hiver
Posté par: Gros Lo le 22 Décembre 2008 à 21:55:21
L'hiver vient.

Des chaînes de flocons, un souffle continu de blizzard mordant : la chaîne des histoires de la nuit blanche est à nouveau lancée !

Le thème : l'hiver (en fantasy).


(bougie soufflée - par le froid ?)
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Gros Lo le 22 Décembre 2008 à 22:57:05

La fillette à la neige rose


La petite fille regardait la neige à ses genoux : elle était rose. Les frêles boules blanches qui tombaient du ciel et s’ajoutaient au tapis de neige. Bientôt, elle ne vit plus l’humus noir et le lichen envahisseur. Tout était d’une blancheur immaculée. Les branches nues ployaient sous le poids de la neige. Le ciel s’était débarrassé de ses draps sur le monde. Le soleil perçait entre les nuages, aveuglait la petite fille. Les flocons emperlaient ses cheveux. Elle était belle, à pleurer dans le froid et le vent. Le blizzard sifflait et elle demeurait là, agenouillée dans la neige, comme une statue de glace. Si belle maintenant, alors que la veille encore, la joie innocente lui déformait le visage en d’affreuses grimaces rieuses. Les fragiles éclats de nuage tombaient doucement sur la fourrure de son manteau et sur ses boucles blondes, on aurait dit de pâles lampyres qui tournoyaient dans les rafales. Ses cheveux avaient la couleur de la lune. La petite fille regardait la neige ; tout étant blanc autour d’elle. A ses genoux, la neige était rose. Mais le blanc manteau recouvrait peu à peu le cadavre, tandis qu’elle murmurait ici et là : « Papa… » que le vent s’empressait de lui arracher. Les flocons se mouillaient à la flaque écarlate et la neige peu à peu rosissait. Bientôt, il n’y eut que le blanc, les sanglots, les flocons.



La neige tombe en silence

Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Plume d'argent le 22 Décembre 2008 à 23:19:45
Voici, ma participation, plus ou moins bien amenée :noange:

Effluve d'hiver:

Un moineau gris chanta à mon toit
Ritournelles, d'un printemps épars
Hymne à la peine et à la joie
Que la douleur amène et sépare

En moi s'insuffle son effluve,
Flocon qui choit sur l'interfluve
Ange maculé du chagrin des rois
Plainte s'envolant, gracieux émoi.


Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: ernya le 22 Décembre 2008 à 23:35:14
 

L'enfer blanc

Tout était calme, dans la froidure de la nuit d’Orient, la lune éclairait une frêle silhouette agenouillée.
Un corps immense reposait devant elle. Un corps ailé, qui semblait être une créature sacrée et puissante.
Il n’y avait aucun bruit. Seule l’eau de la fontaine pleurait la mort du géant des airs. La silhouette resta un long moment à se recueillir devant la dépouille.
Finalement, elle se releva et d’un mouvement vif courut vers le palais.
Cette mort ne serait pas la dernière. Il en suivrait mille autres. Le monde deviendrait en enfer, un enfer blanc, un enfer de désolation funèbre.
Elle revêtit ses armes ainsi qu’un linceul. Elle serait la vindicte pour une nuit. Une seule nuit car jamais le soleil et la chaleur ne pourraient revenir. Un froid éternel.
Elle caressa l’opale ensanglantée, cœur du dragon déchu, et l’enfouit dans le creux de son corsage, laissant des traces sanguinolentes sur sa poitrine blanche.

Le vent se mit à souffler, des flocons s’éparpillèrent sur le sol.
Le jeune garçon, ébahi, contempla le prodigieux spectacle. Il attrapa au vol ces tout petits nuages. Et ses mains se noircirent. Aux nuées de neige se mêlait la cendre. Et au loin, une figure voilée, se rapprochant insensiblement, enflammait le monde.

Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Kailiana le 22 Décembre 2008 à 23:45:35
Il pose doucement une patte sur le sol ; les coussinets y laissent une trace nette : quatre petits creux et un plus gros dans le blanc poudreux. L'autre suit – non, s'arrête en l'air. A l'affut, le petit chat, oreilles pointées, reste immobile. Son poil soyeux et noir se distingue nettement sur l'herbe givrée. Sa queue s'agite un peu, tendue. Un frémissement parcourt tout son corps ; le chaton se ramasse. Sa proie s'agite, encore, et encore, régulièrement, plic, ploc... plic... Il frémit. Trésaille. Il a peur qu'elle s'échappe s'il s'élance trop hâtivement. Il ne veut pas se précipiter, mais c'est si tentant !
Plaf !
Il a bondi. Le chaton se roule dans la flaque, se relève, tout mouillé, étonné. Il tape dans l'eau glacée de sa tendre patte et est tout décontenancé de ne rien y trouver.
Plic... ploc...
Le chaton se hérisse, se met sur la défensive. On l'attaque ! C'est une agression sournoise, qui vient de haut, qui vient du ciel
plic
Ah, mais ! Ca continue !
ploc
Non, ça suffit !
Le chaton noir tout détrempé, tout penaud, fini par s'éloigner de cet ennemi trop fort pour lui. Et derrière lui, les gouttes d'eau poursuivent leur lente descente sur les stalactites givrées de la gouttière – plic, ploc... - et, bien en peine, le petit chat préfère regagner le coin du feu et jouer avec une pelote de laine.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Rain le 22 Décembre 2008 à 23:48:02
De glace

Il s’éveille, s’étend, s’étire. Qui l’a tiré de son sommeil ? Il ne le sait. Sans doute quelque mortel imprudent. Lentement, il ouvre un œil. Il est surpris : tout a bien changé depuis qu’il s’est endormi. Il promène un regard critique autour de lui. Autrefois, la glace s’étendait bien plus loin, semait la mort, endurcissait les mortels. Il en était fier. Un monde gelé, blanc, si pur ! Mais aujourd’hui…
Vert. Le monde était vert ici, jaune là et par endroit, on apercevait le bleu chaud d’une mer tropicale. L’être se redresse de tout son long, son ombre s’étend sur cette Terre qui lui est inconnue. Il baisse les yeux, aperçoit l’insolant qui l’a réveillé. Un homme, qui recule d’un pas en le voyant. Autrefois, les hommes venaient souvent lui rendre visite, lui offrir des offrandes, le prier de les aider. Il acceptait, il refusait, selon son humeur.
Il ne veut même pas l’écouter. Son monde est en péril. Les derniers glaciers fondent, lentement, mais sûrement. Alors, l’être déploie ses ailes immenses, et prend son envol. Il parcourt la Terre nouvelle, ne reconnaît rien. Combien de temps a-t-il dormi ? A peine quelques millénaires, il en est sûr. Pourquoi tout est-il différent ?
Affolé, il se pose en un pays de sable. L’air y est cuisant, insoutenable. Alors, l’être, colosse de glace, long serpent nacré, souffle, et souffle encore un puissant blizzard, dans un effort désespéré pour conserver son monde. Mais le givre, à peine formée, commence à fondre. Et le dragon des glaces comprend que son temps est achevé. Longtemps, il hurle sa rage, il hurle son désespoir. Partout, les hommes s’arrêtent et pleurent, sans savoir pourquoi. Les loups tendent l’oreille, hurlent à la mort. La Terre même gémit. Et le dragon s’envole, retourne dans les terres de glace.
Ainsi s’en va le dernier des dragons.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Plume d'argent le 22 Décembre 2008 à 23:55:05
Le début sans la fin
D'une histoire enneigée
Qui suit son chemin
De peine érigé

Rivière ancestrale
Au cœur glacé
Rythme orchestral
Deux souffles enlacés

Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Ambrena le 23 Décembre 2008 à 00:09:29
L'Arbre

L'enfant décorait patiemment l'immense sapin de Noël, situé au centre de la salle du trône. En vérité, ce n'était un enfant que par rapport aux critères de sa race, car cent hivers s'étaient déjà écoulés depuis sa lointaine naissance.

Ce soir-là, c'était à regrets qu'il se trouvait enfermé, à ainsi accomplir la tâche rituelle qui constituait la clef de la cérémonie du solstice d'hiver. Il aurait mile fois préféré jouer à l'extérieur, en courant dans le vent et la neige, mais il en avait été empêché.

Car c'était lui qui devait disposer les boules d'ambre, de jaspe et de grenat sur cet arbre précieux, et lui seul. Afin d'insuffler sa force à l'arbre, afin d'ériger un repère de vie en cette saison de mort.

Tel était le devoir du jeune prince des elfes, et telle était la source de l' immortalité de son peuple.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Plume d'argent le 23 Décembre 2008 à 00:17:16
L'ours et la rose(rain tu l'auras voulu na) ou quand Plume part en dérive(la faute à qui hein?)

L'ours peint une rose sur la glace
Mémoire d'antan d'une autre race
Figée dans l'inconscient d'un sourire
Qui se tord, rictus, frasque d'un rire

Et un pingouin de ses nageoires fébriles
félicite un panserbjorne honteux
Qui gribouille une note sans vrille
Sur un ton sentencieux



Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Gros Lo le 23 Décembre 2008 à 00:21:00
Mon Basileus


Il est tranchant, le froid ! l’étang figé par le gel. J’ai du sang sur les mains, c’est chaud et poisseux, heureusement ce n’est pas le mien. Des éclaboussures rouges maculent ma tunique, mais j’aime bien me sentir sale. Comme ça, je pourrai sautiller jusqu’au fleuve et prendre un bain glacé. Et Basile m’accompagnera. Les muscles de mes bras fondent à force d’apprendre la broderie. Pourquoi les femmes apprennent des trucs de fille à celles qui veulent être un garçon ? Non, moi je préfère jouer les messagers, attendre tout le jour dans la volière, quitte à aider le père Grumeau-pâle à racler les fientes. Je préfère manier un sabre en bois qu’une aiguille en fer, tout le monde devrait avoir mes goûts, c’est stupide de passer ses heures au coin du feu à chantonner bêtement en se piquant les doigts, surtout que je dois cacher Basile. Je ne veux pas être une princesse à la noix, on s’étonne que c’est les garçons qui finissent rois. Moi, je serai un roi-fille. Mais les garçons aussi sont stupides : ils mettent des fleurs de lys sur leurs étendards. C’est pour les pimbêches et les duègnes. Moi je mettrai Basile. Il a plus de classe. En attendant, je dois me laver de tout ce sang. Basile, où es-tu ? c’est énervant d’être aveugle, on est toujours exclu par les garçons comme par les filles. Basile ?
Ca leur fera les pieds, à tous ! Basile sera mon chambellan. C’est eux qui l’ont baptisé ainsi. Ils criaient tous ça : « Basilic ! Basilic ! », mais j’ai raccourci, la fin faisait trop matelot viking. Alors que Basile, ça fait Basileus, le roi des serpents ! et moi, le roi-fille des humains. J’espère qu’ils ne seront pas tous morts quand je me ferai sacrer. En attendant, il faut que j’aille me laver. Tordre le coup aux coqs, ça vous colore d’écarlate en moins de deux. Mais Basile risquait de se sentir seul, il fallait bien que je lui trouve de la compagnie. Avec cette demi-douzaine d’œufs et tout ce sang de coq, il va avoir des copains. J’espère juste que l’hiver ne sera pas trop rigoureux, c’est moche, un serpent blanc. Allez, un plongeon dans l’eau glacée ! Viens, mon Basile, guide-moi… rien n’est facile quand on est aveugle. Heureusement que je t’ai ! Ouh, elle est froide, la neige. Allez, à l’eau !



*Et la neige qui siffle*
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Krapoutchniek le 23 Décembre 2008 à 00:28:21
L'attente


Des terres désolées s’étendaient à perte de vue. Des montagnes gelées surplombaient les terres noires. Au-dessus, le ciel sombre ne laissait passer aucune lumière. De la neige virevoltait quasiment en continu et le sol devenait blanc par endroits. Aucun son ne provenait de la planète froide. Une éternité de glace l’avait rendue inhabitable et aucune forme de vie n’y avait vu le jour.

Pourtant, une chose se déplaça, d’un pas hésitant, balayant la neige sur son passage. Minuscule point noir parmi l’immensité blanche, la créature s’arrêta. Une meute de ses semblables l’entourait. Tous grognaient et criaient. Ils étaient plusieurs milliers, hurlant au vent. Ils attendaient. Leurs yeux inexpressifs, rivés l’un sur l’autre, ne semblaient pas voir.

Mais ils attendaient, patiemment, depuis de longues années…
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Kailiana le 23 Décembre 2008 à 00:47:54
La pluie tombe sur le sol. Éclats iridescents, les gouttes frappent la glace de leurs pics acérés. La déesse Hiver lève le visage au ciel, laisse l'eau rouler sur ses joues et ses longs cheveux épars. Sa longue robe de glace scintille sous les nuages sombres.
Son bras se lève, haut vers les cieux. Ses gestes tendres paraissent être des caresses destinées à un amant. Les nuages s'alourdissent, s'agglutinent. Ils deviennent neigeux – laineux – et entourent leur bergère. Le vent joueur qui polissait la glace disperse les moutons aux alentours. Lorsque la neige commence à tomber, Hiver danse sur la glace. Elle recueille tendrement les petits flocons et les maintient un instant entre ses paumes, avant qu'ils ne redeviennent liquide. Ils sont ses chers enfants, ceux qu'elle enfante et enterre – fruits du dieu Eté autant que d'elle-même.
Lorsque l'eau retourne à son origine, parcourant les rivières et les torrents, nageant dans les lacs et les mers, voguant d'un océan à l'autre ; passant parfois par les fontaines des humains ou leurs égouts saumâtres ; toujours, le soleil finit par la rappeler au ciel. Hiver ne voit pas souvent ses enfants ; Eté est plus chanceux. Mais elle se considère privilégiée : elle est la seule à pouvoir révéler la vraie nature de l'eau, à pouvoir la transformer en oeuvre d'art sous la forme de minuscules flocons aux bords finement dessinés.
Sur la glace polie, la déesse Hiver danse. Autour d'elle volent ses chers enfants, et sur le monde tombe un rideau blanc.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Ambrena le 23 Décembre 2008 à 01:01:30
Le chant

Des lointaines nuées, une voix s'élève. Bientôt, elle est soutenue par nombre d'autres, qui la rejoignent, la soutiennent. Les harmonies se déploient alors, pures et claires dans la nuit enneigée. Le chant parle d'un royaume, très éloigné, à la cime des cieux. Il parle de la venue d'un dieu qui établira le pont entre ce royaume et le monde des hommes.

Les bergers écoutent en silence .

A un instant, lorsque la mélodie se met à narrer une sombre histoire de ténèbres et de chute, l'une des voix se dissocie, semble vaciller. Mais aucun canard ne vient troubler la musique et tout finit par rentrer dans l'ordre.
Ou du moins, presque.

Du coeur de la terre, un contre-chant s'élève. D'abord presque inaudible, il se fait peu à peu assourdissant. Il brouille la première trame musicale mais, étrangement, il la complète aussi.

Là se trouve la clef. Les anges et les démons ne sont pas des contraires, ce sont les deux revers d'une seule et même pièce.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Kailiana le 23 Décembre 2008 à 01:03:09
La neige crisse sous ses pas. Le grand méchant loup cherche une proie, rôde dans la forêt déserte.
... Déserte ? Non ! Là, un ondoiement de rouge ! Quelqu'un paraît se promener dans la forêt, lourdement chargé. Tout habillé de rouge, il va gambadant gaiement. Le méchant loup s'approche par derrière – c'est plus simple s'il ne se fait pas voir après tout – oh, mais c'est qu'il a l'air appétissant cet humain !
*Blop*
Oui, vraiment appétissant.
Le loup caresse son ventre arrondi, et laisse échapper un rôt. Il se gratte la mâchoire, et extrait, coincé entre ses dents après son repas, un long bonnet rouge avec un pompon blanc au bout.
Ouais, le Père Noël lui a offert un beau repas comme cadeau.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: ernya le 23 Décembre 2008 à 01:08:52
Le fleuve admirait la mer. Elle était si grande et recelait tant de merveilles !  Il brûlait de pouvoir un jour l’approcher, ne faire qu’un avec elle.
Son émoi était si grand que de son esprit émanait des fumeroles voluptueuses.
Et le ciel, témoin silencieux, recueillait et répandait ses déclarations muettes. Mais, celles-ci, trop nombreuses, trop douloureuses, laissèrent échapper des larmes lorsque le silence glacial devint trop pesant. Cet amour était pourtant bien limpide.
Triste de voir une telle passion se perdre dans les vents tumultueux du frileux oubli, le mont décida alors d’immortaliser ces effluves amoureuses et les grava tout là-haut, aux yeux de tous, dans le cristal nacré.



Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Krapoutchniek le 23 Décembre 2008 à 01:25:23
Les deux antagonistes se regardaient dans les yeux. L’un, serrant fermement son fleuret, se tenait droit et fier. L’autre, le ventre à terre, scrutait l’homme. La neige froide les figeait comme deux rocs. Aucun ne bougeait. Seul le vent et la haine les empêchaient de s’évader, de se laisser bercer dans le tourbillon de glace. Un rictus et un grognement seuls suffisaient à leur rappeler que leur vie était en danger. L’homme à l’épée saignait abondamment, formant une petite mare semblable à une tache de vin.

Soudain, ils bondirent l’un sur l’autre, dans un vacarme de métal et de grondements. Ils roulèrent dans les feuilles humides et se débattirent, l’un avec son arme, l’autre avec ses crocs. L’homme se battait avec l’énergie du désespoir. Il n’avait d’autre choix que de lutter ou mourir. L’animal bondit et tenta de lui agripper la gorge avec sa mâchoire puissante. Mais l’homme para le coup et embrocha le loup.

La bête s’effondra sur le sol en grognant. L’épée dépassait de son corps, et l’homme hésita un moment avant de reprendre l’instrument qui venait de venger sa famille.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Rain le 23 Décembre 2008 à 01:39:17
Le jeune homme et l'abricot

Il était une fois, dans une ville lointaine en proie à la guerre, un jeune apprenti forgeron. Le jour, il travaillait avec son maître et la nuit, il se promenait dans les rues de la ville avant d’aller se coucher. Un jour, ou plutôt une nuit, lors de l’une de ces promenades nocturnes, le jeune homme trouva un étrange abricot d’un bleu céleste. Le jeune homme un peu sot vit en lui une merveille, un don des dieux. Le lendemain, il ne cessa de se gargariser de sa découverte. Partout il clama avoir découvert un joyau unique, un met des plus rares, un élixir de jouvence. Profitant que son maître s’était absenté, il invita ses amis, ses connaissances, sa famille, ses voisins, toute la ville enfin à la forge, pour leur présenter le fruit sur un plateau d’argent, les invitant à le goûter. Voyant leurs mines réticentes, il en prit lui-même une bouchée, croyant ainsi devenir un dieu parmi les hommes. Les autres, peu à peu convaincus par sa harangue, se décidèrent enfin. Chacun préleva sa part. Les jeunes se croyaient plus forts, les vieux plus jeunes. Mais le jeune homme se sentit soudain un mal de ventre. Ses boyaux se tordaient, son estomac se révoltait, et l’homme  de rejoindre la fosse d’aisance. Bientôt, ce fut toute la ville qui fut prise de colique. Beaucoup en moururent. La crise passée, l’on trouva le jeune trublion que l’on nomma traître. On le soumit à la Question, il subit le chevalet, et resta un an en prison, sans rien avouer. Il fut au final établi que le jeune homme n’était qu’un ignorant, que le fruit divin n’était qu’un abricot moisi. Ne vantons point hâtivement les mérites d’un bien sans les connaître.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Kailiana le 23 Décembre 2008 à 02:52:24
Le grand méchant loup rajusta sa capuche et remit son écharpe. Le vêtement rouge était un peu large, un peu long, mais le déguisait convenablement. C'était l'essentiel.
Il regretta ne pas avoir de rennes à sa disposition pour l'amener jusqu'en ville, puis se souvint qu'ils garnissaient son ventre.
Ce fut donc à pieds, dans les grosses bottes fourrées du Papa Noël, que le loup se dirigea vers la plus proche chaumière.
Toc toc toc, firent les moufles lorsqu'il frappa à la porte.
Qui est là ?
C'est le Papa Noël qui vient apporter les cadeaux ! (dit le Loup, en contrefaisant sa voix)
La porte s'entrouvrit et laissa place à un petit garçon en pyjama aux grands yeux curieux. Il laissa entrer le Père Noël et le dirigea aussitôt vers le sapin.
« Tu m'as apporté quoi, dis, dis, dis ? »
D'une des chambres provenaient les ronflements des parents, et le grand méchant loup se lécha les babines, puis laissa tomber son sac au sol et retira ses gants.
« Eh bien...
-Oh ! Papa Noël, comme tu as de longs ongles !
-C'est pour mieux faire les paquets cadeaux. Je...
-Et comme tu es musclé !
-C'est pour mieux porter tous les paquets, que crois-tu. Le sapin...
-Et ces grandes oreilles !
-C'est pour savoir si les enfants sont sages, mon petit. Tu...
-Et cette grande bouche !
-C'est pour mieux... euh... »
Ce faisant, le regard du loup tomba sur les chocolats qui avaient été posés près du sapin pour remercier le Père Noël de déposer les cadeaux. Il sentait les doux effluves chocolatés remonter le long de ses narines, et la bave lui coula des machoires.
« C'est pour mieux manger ce que vous m'offrez, mon enfant ! »
Sur ce, le loup déposa quelques cadeaux, s'empara des chocolats et les fourra dans sa grande gueule. Son plaisir fut tel qu'il continua sa tournée dans le seul but de trouver d'autres chocolats, et  depuis ce temps là, le Papa Noël est un peu plus poilu que ce qu'on imagine.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Matt le 23 Décembre 2008 à 18:44:51
Vous ne dormez pas à cette heure là les enfants ?  :D

Sympa ces petits textes.
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: Spes le 24 Décembre 2008 à 00:25:53
Petit Souffle

- Ce soir, je dors.
L'enfant, pourtant, demeurait assis sur le rebord de la fenêtre. Peut-être allait-il s'y allonger.
Le vent, dehors, tempêtait avec rage, participant à son mal-être. Cette nuit serait blanche. A ses pieds, un paysage laiteux que la lune éclaboussait de lumière ; il le scrutait, comme s'il eut pu trouver là réponses aux interrogations qui le taraudaient. De son poste d'observation, l'air, furieux, ne pouvait l'atteindre. Il était en sécurité, sans le savoir cependant. Dans la pièce qui s'étirait confortablement derrière lui, l'atmosphère était figée et tiède. Mais elle avait beau tendre ses bras vers lui, le jeune dauphin ne se retournait pas.
Il préférait le danger à cette bulle maternelle.
Derrière lui, le feu crépitait. L'enfant avait posé à coté de l'âtre une pile désordonnée de parchemins.
Il se pencha un peu en avant, et le vent le gifla avec violence.
Ses doigts n'étaient que brindilles givrées, qui manquèrent craquer lorsqu'il reporta tout son poids dessus. L'enfant avait entrepris l'ascension du mur. Il se hissait avec peine, chaque mouvement lui arrachait une plainte, bien malgré lui.
Maintenant qu'il avait quitté sa bulle, il ressentait pleinement la haine de ce monde glacial à son égard. Mais il prenait aussi conscience de lui, de son corps, de sa force. Il n'était pas l'un de ces bibelots que l'on lustre chaque soir pour attirer la considération de quelques convives.
Le placement régulier des pierres lui permit d'atteindre le sommet. Il tira péniblement son corps frêle jusqu'à ce qu'il se retrouve tout entier au sommet de la tour.
Alors, le vent se jeta sur lui avec une violence inouïe. Il brûlait d'ardeur.
Déchirer ce corps !
Secoué, l'enfant voulut protéger son visage du froid qui le consumait aussi sûrement qu'un brasier. Ce geste pathétique fut le seul qu'il eut le temps d'esquisser. Un ultime assaut l'avait précipité dans le vide.
Quelques instants plus tard, la neige se teinta de rouge dans la plaine toute entière. La lune était rousse.

Fin
Titre: Re : Le dit de l'hiver
Posté par: nasnas29 le 01 Novembre 2010 à 13:50:11
 Le dit de l'hiver
 est dans le non dit:
 Quand sous le blanc linceul
 il verdit!  :huhu: