Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Michel K le 26 Mai 2015 à 09:08:03

Titre: Enfants en promotion.
Posté par: Michel K le 26 Mai 2015 à 09:08:03
Ce fut une journée peu ordinaire pour les élèves de CM2 d’une petite école campagnarde. Leur maîtresse, Lucie, décida d’ensoleiller cette morne journée hivernale en emmenant sa classe dans un hypermarché non loin pour réaliser un projet pédagogique. Elle voulait leur inculquer un regard ludique et curieux sur la chaîne alimentaire moderne ; l’homme au sommet, les cookies et les muffins à la base. Les enfants, sages mais parfois assez agités, nécessitaient  l’attention d’un deuxième adulte. Ainsi Nathan, un jeune surveillant, la seconderait dans sa tâche. La classe fut scindée en deux groupes, chacun responsable d’une liste d’ingrédients à compléter qui seront utilisés le lendemain pour la confection de leur goûter.


Nathan chapeauta le groupe « Muffins » tandis que Lucie supervisait le groupe « cookies ». Pour les petits cette situation était propice au jeu, une course de vitesse s’instaura entre les deux équipes. Cette hâte déplut à Nathan qui s’éreintait à canaliser les élèves.
- Quentin ! Arrête de tirer les cheveux d’Emma, dit-il tout en rattrapant in extremis Max par le col avant qu’il ne s’enfonce dans l’allée des bandes dessinées. Non, on n’achète rien d’autre, pas de chewing-gum. 


Au même instant, à quelques pas seulement, les enfants tournèrent en braillant autour de Lucie, elle n’a su déceler à temps le piège de ce raccourci. La tentation s’accapara des enfants à la vue des paquets de bonbons multicolores et de toutes les formes. Tous voulurent des bonbons. Elle s’opposa d’emblée à tout ajout de sucreries au chariot. Mais un afflux inépuisable de supplications d’enfants habituellement gâtés submergea la maîtresse. Ils répondirent à l’obstination par des reproches en insinuant qu’elle n’avait point de cœur. Un des garçons se mit à pleurer et à implorer sa pitié, un autre se laissa tomber théâtralement au sol en hurlant.
-Non les enfants, pas de bonbons nous sommes venus pour acheter les ingrédients pour les cookies, demain vous pourrez en manger autant que…
-Vous êtes méchante, rétorqua Paul vous ne voulez pas nous acheter des bonbons.
-La maîtresse est cruelle OUAIN ! renchérit Romain.


Elle savait qu’elle ne devrait pas céder, les enfants apprendraient vite. Cette victoire fortifierait les enfants et engendrerait à l’avenir une cascade de caprices intolérables. Elle ne voudrait pas gérer une telle situation. Lucie redouta leur silence rancunier, et plus que tout elle ne voudrait devenir la méchante maîtresse aux yeux de ses élèves qu’elle aimait comme ses propres enfants. Ce désaveu serait insoutenable pour elle.


Son accablement nourri par ses conflits internes implosa quand Zoé, son élève chouchoute, la traita de méchant monstre. Ce fut un électrochoc pour son cœur, ses nerfs rompirent. L’imminence des larmes, talonnée par le tiraillage incessant de ses élèves, poussèrent la maîtresse à se retrancher dans les toilettes pour ne pas pleurer devant ses élèves. Avant que la porte ne se referma, les enfants entendirent un : Soyez sages les enfants, je reviens dans deux minutes. Lucie s’essuya les yeux larmoyants, pratiqua des exercices de respiration pour recouvrer sa sérénité. Elle se consolait avec l’idée que leurs paroles furent seulement inspirées par la déception sans refléter leurs pensées profondes.


Un peu plus tôt, au rayon chocolat sonna un portable :
- Bonjour M. LAMY Nathan, c’est M. Hervé, le responsable des ressources humaines de la compagnie de croisière “Les cinq continents“ à l’appareil. Je vous appelle pour vous informer que nous avons un léger contretemps. Nous devons repousser votre entretien d’embauche d’une demi-heure. Cela ne vous dérange pas?
- Euh… Non pas du tout.
- Parfait, je vous attends dans une heure.
Comment avait t-il pu être si stupide et oublier ce rendez vous si important ? Il n’eut plus une minute à perdre s’il voulait être ponctuel, se dit Nathan.
- Les enfants ! Rejoignez votre maîtresse !
Trois minutes plus tard la voiture de Nathan démarra en trombe sur le parking du magasin. Stupéfaits et désemparés, les enfants se mirent en quête de leur maîtresse en prenant le soin d’emporter le chariot.


A leur arrivée, aucune maîtresse en vue, seule une horde indisciplinée d’enfants remplissant à outrance le chariot de marshmallow, dragibus et fraises tagada.
Les enfants se racontaient leur histoire respective. Max fût saisi d’une idée géniale en voyant le rayon des boites de conserves de l’autre côté de l’allée centrale.
- Venez avec moi prendre des boites si vous voulez manger des bonbons, dit-il.
Titillés par leur curiosité Ethan, Louis et Hugo encore quelque peu hésitant suivirent. Ils l’aidèrent à transporter des boites de haricots verts jusqu’aux toilettes.


Dans l’ensemble du magasin résonna l’annonce de la fermeture imminente du magasin. Lucie, alors réconfortée par ses pensées positives voulut sortir mais la poignée de la porte refusa de bouger. En dépit de tous ses efforts, elle ne put l’abaisser. La maîtresse pensa à une blague de ses élèves et somma à travers la porte de lui ouvrir. Ni réponse ni délivrance ne lui fut accordée. Elle s’empressa alors de sélectionner sur son portable le numéro de Nathan. Aucun réseau téléphonique n’était disponible. La charpente métallique de l’édifice particulièrement dense au niveau des toilettes devait l’isoler du réseau téléphonique, pensa t-elle. Elle rangea désespérément son portable dans sa poche.


Max fut parvenu à temps à empiler les conserves, puis à combler le dernier espace entre le sommet de tour et la poignée de la porte avec une petite conserve de maïs. Et ce sans le moindre tintement métallique. L’achèvement de la tour coïncida avec l’annonce de la fermeture. Cela contrariait Max, ce serait la fin prématurée de leur orgie de bonbons. Les neurones de Max turbinèrent à plein régime pour trouver une parade. Il suggéra à ses camarades de se dissimuler jusqu'à ce qu’ils soient seuls dans ce magasin, ainsi tout le monde pourrait manger plus de bonbons qu’ils n’en eurent mangés de leur vie. Leur ravissement leur procura tout l’entrain nécessaire : tous cherchèrent des cachettes. Deux fillettes se recroquevillèrent dans une petite piscine de terrasse en forme de coquillage et refermèrent la coquille supérieure sur elles, une autre s’enfonça dans les fourrés du rayons de vêtements, tandis que certains garçons se réfugièrent sous un étal de légumes, un autre trouva une place dans une grande corbeille à linge. Seul Clément, aussi appelé le « Dodu » par ses camarades erra désespérément en quête d’un abri plus large et accessible qui lui convienne.


Lucie s’élança du fond de la cabine, percuta la porte de son épaule pour la casser comme dans les films. Seuls son espoir de s’évader et son épaule se brisèrent. La porte quant à elle ne ploya pas. Une douleur intense s’empara du haut de son membre, la captive ne pensa plus à une seconde tentative. Elle hurla alors d’hystérie et s’acharna sur la poignée pour se faire entendre des derniers clients, qui eurent quittés les lieux bien auparavant. Les lumières s’éteignirent. Seule une lueur dans le couloir la préserva de l’obscurité totale. Elle se résigna. A bout de force, sans secours elle s’effondra au sol, frictionnant son épaule douloureuse. Les sanglots s’échouaient dans les abîmes du silence.
   - Les parents doivent être rongés par l’inquiétude, dit-elle d’une voix à peine audible. J’espère que les enfants trouveront un moyen de les prévenir. Je n’aurais pas dû choisir un autre magasin à la dernière minute, au moins ils auraient pu me retrouver là bas. Le proviseur va être furieux en apprenant l’affaire. Je vais me faire virer…  Des larmes ruisselèrent sur ses joues.


Les derniers clients sortis, un employé fit une ronde pour s’assurer de la vacuité du magasin. Clément s’affola à l’approche de l’écho de pas plus lourd d’un adulte. Il sauta dans la première planque assez large susceptible de pouvoir l’accueillir ; un long bac gris avec une porte coulissante en verre au dessus. L’employé ne remarqua ni la porte qui se referma doucement, ni les faibles gémissements provenant des toilettes au fond de l’allée centrale. L’éclairage principal s’éteignit, plongeant les couloirs dénués de vie dans une lumière tamisée dispensée par les veilleuses.


A l’instar des prémisses du printemps, les premières têtes curieuses émergèrent de leur cachette, tous convergèrent vers le corridor aux murs de sucre. “Dodu“ sortit de sa cachette aussi vite que lui permirent ses membres engourdis. Les lèvres bleuies par le froid. Ses dents claquèrent. Il maudit son choix de cachette. Il ne prit la peine de refermer le bac réfrigéré. Ragaillardi par l’idée du trésor qui l’attendait, il accouru vers le rayon des sucreries. Emporté par son entrain il ne parvint pas à s’arrêter sur le carrelage glissant et percuta l’étagère qui s’ébranla et déversa sur lui une avalanche de sachets de bonbons à la grande joie de Clément.


Tous ses camarades participèrent au pillage. Les emballages éventrés foisonnaient sous leurs pieds. Les garçons stoppèrent leur carnage quand Max, déjà rassasié et à l’écart du groupe lança d’une voix ferme « à moi chevaliers, venez défendre votre roi contre les forces du mal». Enjoués, tous les garçons, à l’exception de Dodu qui préféra festoyer, accoururent. Une fois la répartition des forces en deux camps faite, ils allèrent s’armer d’épées de concombres, de boucliers de couvercles de casseroles, se casquèrent de bols plastiques. Deux armées de cinq se formèrent, le rayon légumes devint le château des chevaliers blancs tandis que les chevaliers noirs dressèrent leur campement dans le rayon des fruits.


La bataille fût rude, les concombres s’entrechoquèrent, d’autres se fracassèrent sur les boucliers. Des concombres de rechange furent placés dans les deux camps pour ne laisser aucun répit à l’ennemi. Deux chevaliers blancs désignés par Max s’emparèrent de tomates mûres et déchaînèrent une grêle rouge sur leurs assaillants pris au dépourvus par cette nouvelle tactique. Loin du champ de bataille, les fillettes abandonnèrent Dodu s’amusant avec ses nouveaux amis les schtroumpfs dévorés au fil du jeu. Elles s’accaparèrent de tricycles roses et parcoururent les grands espaces des couloirs déserts du magasin.


Deux chevaliers ténébreux les virent filer à travers les allées et s’en inspirèrent. Ils s’emparèrent de tricycles bleus. Ainsi les cavaliers noirs s’apprêtèrent au combat munis de rouleaux de papier cadeau en guise de lances. La revanche sonna. Ils s’élancèrent en grande pompe à coup de « la victoire est à nous » vers les défenseurs. Ces derniers eurent conscience de leur atout et concentrèrent avec des tirs nourris de tomates. L’un des deux cavaliers fut touché au casque et en plein cœur et s’écroula dramatiquement au sol. Le deuxième chevalier put atteindre sa cible qui feignit un cri de souffrance et d’agonie avant de s’effondrer la main sur le cœur. La charge valeureuse s’acheva avec un bombardement de tomates sur le chevalier solitaire.


Les forces du bien acculèrent leurs rivaux dans leur camp grâce à leur foi et aux tomates volantes. Face à leur détresse les chevaliers noirs érigèrent des remparts salutaires contre les projectiles à partir de toutes sortes cartons dérobés dans les rayonnages avoisinants. L’un des serviteurs du chaos, après avoir été ressuscité sur le front, chercha un cageot de noisettes. Par poignées il les lança en l’air, à l’aveuglette vers l’ennemi, qui dût se retrancher sous les étals de légumes pour échapper aux douloureux tirs de mortier improvisé. A court de munitions les chevaliers blancs répliquèrent avec des échalotes. La bataille s’enlisa, plus personne n’osa sortir de peur des projectiles. Pour remonter le moral des compagnons d’infortune, Quentin chercha une caisse de cerises d’un rouge foncé et s’empiffrèrent goulûment. Le camp adverse s’en aperçut, jaloux de leur goûter et repoussés par tous ces légumes infectes à leur portée ils hissèrent le drapeau blanc. Ou plutôt un sachet plastic au bout d’un poireau. Ils scellèrent l’armistice autour collation de cerises.


Le dodu s’adonna à son festin. Quelque peu embarrassé par le remord en pensant à sa maîtresse enfermée, il se leva, ramassa quelques paquets par-ci par-là et se dirigea vers les toilettes.
- Madame, je vous ai apporté des chocolats noirs, je sais que ce sont vos préférés.
- Merci Clément, dit Lucie. Sa voix hésitante et éraillée se voulait douce et bienveillante. S’il te plait, laisse-moi sortir, je promets que tu ne seras pas grondé. Le Dodu, silencieux car pensif lui répondit enfin : je ne pourrais plus manger des bonbons, vous avez dit qu’on n’aura pas le droit d’en manger, et à la maison je n’ai jamais le droit d’en manger.
- Clément ouvre cette porte, je t’en…
Il tourna les talons et plongea son esprit dans l’univers doux et sucré qui se présenta à lui.


Pendant ce temps, les quatre filles se réunirent autour d’une table en plastique dressée pour l’exposition, burent un thé fictif accompagné de biscuits cherchés auparavant et parlèrent de leur projet de princesses. Soudain elles hurlèrent. Zoé prit une bille en papier sur le nez puis sur la main ; Océane en reçut deux sur la tête ; Emma sentit une rafale de quatre billes dans son dos ; Ambre en reçut sur l’épaule et les fesses. Une cohue de garçons fit irruption, sarbacanes en carton à la main rechargées entre deux rires. Pfouh ! Pfouh ! Pfouh ! Les billes volèrent impitoyablement vers leurs cibles démunies. Impuissantes les fillettes s’enfuirent en gémissant. Max assisté de son meilleur amis Quentin surgirent au détour d’un couloir puis leurs envoyèrent à bout portant une nouvelle salve de projectiles. En passant Quentin tira une couette d’Emma, juste pour rigoler. Parties, les garçons se moquèrent d’elles, imitant en amplifiant leurs cris et tournant en dérision leurs gestes paniqués. 


Les garçons, Max en tête, se mirent en quête d’une nouvelle fourberie envers les filles. Ils cherchèrent, un sourire diabolique aux lèvres, des bombes de crème chantilly. Ensuite, une file indienne serpentait sournoisement dans le magasin. Le garçon en tête du cortège épia précautionneusement chaque nouvelle allée. Le couloir des yaourts et fromages était désert, aucune jupe en vue dans le rayon vaisselle, les minutes suivantes furent similaires. Les garçons se démotivèrent quand enfin ils les aperçurent dans l’encoignure du magasin, assises sur le carrelage blanc recouvert de livres de coloriages. Ils se divisèrent en deux pour les prendre à revers. Quentin tenta d’étouffer son rire qu’il ne put contenir. Les bouchons des bombes de chantilly tombèrent. « Banzaï ! » Les garçons galopèrent vers leurs victimes. Leurs pieds dérapèrent sur le carrelage enduit d’huile et tombèrent à terre un à un.


La glissade amena les garçons aux pieds des fillettes, qui empoignèrent aussitôt des bouteilles d’eau dissimulés derrière des livres les aspergèrent tous, puis elles blanchirent les garçons allongés tels des tortues sur le dos avec des paquets de farine préalablement ouverts. Une fois la farine épuisée elles saisirent de grands paquets de papier toilette, prirent de l’élan et s’en servirent comme de luges pour franchir la zone glissante en un instant. Les garçons ne se relevèrent que péniblement de leur humiliation, se disant que cela ne resterait pas impuni. Honteux d’avoir été piégés, ils se réunirent donc pour mettre sur pied une revanche.


Les garçons lancèrent l’opération « chatouilles ». Une fois de plus ils peinaient à dénicher les filles, probablement cachées pour échapper aux représailles. Non seulement cela ne les décourageait pas, en plus ils cherchèrent plus âprement chaque recoin. A l’extrémité d’un couloir un bruit de chaussures se fit entendre, ils purent voir une silhouette passer. Ils s’engagèrent dans ce couloir plus sombre que les autres, seulement éclairé par la lumière vacillante d’une ampoule défaillante.


Un rire féminin retentit, mais non pas celui d’une personne jouissant de sa raison et aux intentions bienveillantes, tout au contraire. Les garçons s’échangèrent quelques regards tracassés sans toute fois se laisser décontenancer et avancèrent. Même s’ils paraissaient sereins, au fond d’eux, leur détermination fut ébréchée. Le tremblotement de la lumière, plongeant régulièrement les garçons dans le noir complet pendant un bref instant titillait leurs nerfs. Vers la fin du couloir, en plein milieu ils distinguèrent une forme ovoïde immobile dans l’air. L’envie de découvrir l’objet leur manquait, ils poussèrent leurs voisins à passer devant. Et un nouveau rire fut émis dans le couloir d’à coté. Quoi que ce fût, cela se rapprocha d’eux.


Certains s’accrochèrent aux bras de son prédécesseur, s’abritant derrière son dos. Ils avancèrent de quelques pas quand ils distinguèrent nettement l’objet flottant : un crâne leur souriait tandis que ses orbites vides les fixaient. L’effroi saisit les premiers à l’avoir vu, qui s’enfuirent d’où ils vinrent. La panique contamina les autres camarades qui coururent dans la même direction. Une créature difforme, à tête aux allures de loup obstruait l’embouchure du couloir. Elle se tenait sur ses quatre jambes disproportionnées. Les garçons se figèrent, effarés, dépourvus de possibilité de retraite ni d’avancée. Ils se pelotonnaient en groupe compact, certains garçons pleurèrent. Le monstre se redressa sur ses membres postérieurs et ôta sa tête. Zoé, riante, tenait à la main son masque de loup-garou. Elle leur tira la langue avant de disparaître dans un autre rayon. Les garçons comprirent l’entourloupe et la coursèrent. A peine engagés dans ce nouveau dédale qu’ils se prirent les pieds dans du scotch transparent étendu au travers du passage, lui même fixé de part et d’autre du couloir à des paquets d’essuie tout et de papier toilette. En s’y emmêlant les pieds ils déclenchèrent sur eux une avalanche. Submergés, ils abandonnèrent la traque. Vaincus, mais non résignés, ils se vengeraient.


Leur nouveau plan se devait être plus machiavélique que celui des filles. Ainsi ils prirent leur temps pour en débattre. Ayant soif à force de courir, Quentin se proposa de chercher des boissons. Il ne se souvint plus de l’emplacement des bouteilles de coca, en cherchant il vit sur sa gauche des rangées de bouteilles de toutes les couleurs aux étiquettes chamarrées. Il regarda de plus prêt, aucun des noms ne lui paraissait familier. Il opta pour une bouteille d’un bleu turquoise, d’un rouge vif, et d’un vert pomme aguichant. Il ameuta ses camarades les bras chargés de ces curieuses boissons, et chacun voulu alors goûter. Ils s’empressèrent de boire à même le goulot.


Les boissons fortement sucrées ne leur déplurent pas, ainsi le léger arrière-goût bizarre ne les rebutait pas. Ils papotèrent assis, oubliant leur projet au profit des chips et de la désaltération. Les joues empourprées et chaudes amusèrent beaucoup les enfants. Louis, au contraire devint blême et nauséeux, comme il fut silencieux il passa inaperçu. Sacha se leva pour se réapprovisionner en cacahuètes. Il chancela au premier pas, pris de vertige et se retint de justesse à une étagère. Aussitôt les garçons rigolèrent de la maladresse apparente de leur camarade. Un autre d’entre eux se leva lui-même fût pris de vertiges et se ravisa. Certains se plaignirent de maux de tête naissants, davantage encore sentirent leur estomac devenir pesant, brûlant même. L’incompréhension et l’appréhension les gagna tous. Une douleur paralysante tenaillait les petits, le premier ne tarda pas à vomir, il eut juste le temps de se détourner de ses camarades.


Dans un coin derrière les caisses, les filles chuchotantes se repaissaient dans un premier temps de leur victoire sur les garçons. L’allégresse s’estompa progressivement tel un château de sable devant les vagues. Ce lieu leur paraissait de plus en plus lugubre, sombre et inquiétant. Loin de leurs parents, elles s’inquiétèrent de savoir quand elles les reverraient. Elles se représentaient leurs mères pleurant d’inquiétude. La mélancolie se joignit à elles.


Max et ceux qui se sentirent capables de marcher se mirent en tête de chercher de l’aide auprès de leur maîtresse. Le magasin fut tel une traversée du désert ; interminable, éprouvant. Sacha trop nauséeux s’échoua contre une étagère de livres et les incita à continuer sans lui. Les survivants, au nombre de trois, persévérèrent. Leur délivrance leur sembla proche à mesure qu’ils s’approchèrent des toilettes. Ils furent rejoints par les fillettes aux yeux rouges et humides. La tour métallique bloquant la porte fut abattue sans ménagement.


La maîtresse sortit en trombe, gronda ses libérateurs puis enlaça de soulagement ses geôliers. Elle les réprimanda, tandis que de ses yeux coulèrent des larmes de joies de les revoir. L’inquiétude emplissait son visage quand elle vit les garçons aux visages livides. Les témoignages des garçons la propulsa vers les autres garçons agonisant au milieu de bouteilles d’apéritifs et de liqueurs. Elle joignit sans hésiter les secours. Lucie rassemblait tous ses élèves près de la sortie : « 11, 12, 13, 14… il en manque un. Où est Clément ? Restez tous ici les enfants je vais le chercher ». Connaissant l’insatiable gourmandise de Clément elle fila vers le rayon friandises. Elle le retrouva allongé sur un tapis d’emballages déchiquetés, les mains sur son ventre rond, la satisfaction gravé sur son visage. Les secours ne tardèrent pas à arriver, avec aux trousses une meute de parents affolés par la disparition de leur progéniture que le directeur s’évertuait à dompter à la patience. Les retrouvailles ravirent la foule, les mamans mortes de chagrins pleuraient en embrassant leur petit. Clément emporta avec lui son petit secret enfoui dans ses poches, il se gardait de divulguer le précieux contenu à ses parents. Tous ne tarderaient pas à retrouver la sérénité et le confort de leurs habitudes et chacun aurait son lot d’histoires à raconter. Des histoires d’horreurs pour les uns, d’aventure pour les autres.
Titre: Re : Enfants en promotion.
Posté par: Oussri le 26 Mai 2015 à 17:31:36
Salut Kliff !

Et bienvenue surtout ^^

J'ai bien aimé ton histoire, la lecture est agréable. Le style est simple mais juste, je n'ai pas relevé de fautes.

J'ai apprécié ce que les enfants font de cet hypermarché, ce terrain de jeu qu'il devient, tous ces jeux qu'ils créent...

Bon par contre, le fait que le surveillant laisse les enfants seuls sans vérifier que la maîtresse peut bien les prendre en charge... Ce n'est vraiment pas réaliste (ou alors c'est un crétin égoïste et irresponsable qui va se retrouver sans emploi).

Je trouve que ça manque de sentiments sinon. Ou alors qu'ils ne sont pas bien retranscrits. Les parties qui sont censées exprimer les émotions des enfants mais surtout de la maîtresse manquent de profondeur. Ton texte semble "trop bien" écrit. Je ne ressens pas grand chose en le lisant. Après ce n'est que mon avis. Je pense que tu peux faire mieux vu ton style et le soin que tu apportes à ton orthographe et ton vocabulaire.

Je le répète, ce fut un moment agréable, j'ai sincèrement apprécié la lecture du texte et l'histoire, même si je pense qu'il y a matière à approfondir les personnages, que finalement, on ne connait pas beaucoup (à part Clément :P).

Au plaisir !
Titre: Re : Enfants en promotion.
Posté par: Michel K le 26 Mai 2015 à 19:50:18
Bonjour Oussri,

merci pour l'accueil.

Et merci pour ton commentaire juste et précieux pour moi.

Tu as raison les sentiments nécessitent d'avantage d'affinage, je vais m'y affairer dès que possible.

Au début je pensais à un surveillant irresponsable, les gens sont capables du meilleur et du pire, je changerais aussi ce détail j'ai déjà mon idée de remplacement en tête.

Par contre, le "ton texte semble trop bien écrit" demeure une énigme pour moi, qu'entends tu par là?

Encore une fois merci pour ton com ;)

Au plaisir!
Titre: Re : Enfants en promotion.
Posté par: Oussri le 29 Mai 2015 à 13:35:16
Salut Kliff,

Je t'en prie :D

Par "trop bien écrit", j'entends trop "scolaire", trop soigné. Je n'ai pas l'impression que tu laisses l'écriture venir de tes tripes. Il me semble que tu contrôles trop ce qui te vient. Dis-moi si je me trompe, c'est simplement mon ressenti.

J'ai hâte de lire les modifications que tu apporteras à ton texte. Je ne manquerai pas de commenter de nouveau ^^

Au plaisir !
Titre: Re : Enfants en promotion.
Posté par: Michel K le 29 Mai 2015 à 18:18:20
Salut Oussri,

ton ressenti ne t'as pas trompé, j'ai un cadre assez rigide, mais c'est pour pouvoir mieux appréhender le travail de l'écriture et me forger mon style, pour reprendre une expréssion déjà bien essorée : "qui peut le plus peut le moins", je suis encore en phase de recherche, je tâtonne, j'expérimente, j'apprends.

Je suis curieux de connaître le point de vue des autres écrivains (en herbe et confirmés) sur cette question :

la nouvelle semble t-elle trop fade d'un point de vue émotif?

J'améliorerais le texte en lui conférant une dimension plus émotive dès que j'en aurais l'occasion ;)

Au plaisir :)
Titre: Re : Enfants en promotion.
Posté par: GAYA TAMERON le 01 Juin 2015 à 22:40:51
Salut, j’ai bien aimé ton texte, mais effectivement, il lui manque de l'émotion,  des sentiments plus fouillés. Ton style est maîtrisé, ce qui rend la lecture agréable,  mais tu devrais te laisser porter par ton imaginaire et ton coeur. C’est cela aussi écrire!
A bientôt et au plaisir de te lire à nouveau!