On imagine souvent l'enfer comme un lieu où la chaleur étouffante, les tortures et les flammes dévorent les âmes en peine. Un endroit où la loi du plus fort prime. Un endroit ou la vie et l'humanité nous quittent. Mais moi je vais vous conter le réel enfer. Venez avec moi, suivez le fil de ma plume, c'est tout ce qu'il me reste pour vous faire comprendre ce qu'est réellement l'enfer.
Lorsque je suis mort, j'avais 35 ans. Oui dans la fleur de l'age. Juste après avoir tué quelqu'un. Non ne cherchez pas à savoir pourquoi ou qui j'ai tué. Ce n'est pas intéressant, et n'importe quel journal à deux sous pourra vous renseigner. Venons en directement au sujet. L'enfer.
La première chose remarquable en ce lieu étrange est qu'il n'y a pas de lumière. Non aucune lumière, tout est noir. Ensuite il y a un petit être agaçant. Des ailes trouées, une face hideuse et surtout , une haleine à découper de la tôle. C'est d’ailleurs la première chose que j'ai sentie, son haleine. Puis il y a eu une brûlure, sous mes pieds, me dévorant, me déchirant, réduisant mes pensées en lambeaux.
"Si tu étais intelligent tu bougerais." piailla une voix inconnue. Je ne l’écoutais pas, trop occupé à ma douleur.
"Sais tu que rester à la même place te fera brûler ton âme?"
La voix me mordit à l'oreille , la décharge de cette douleur presque irréelle me fit bouger. La douleur se dissipa.
"Il faut que tu bouges, sinon la douleur recommencera, c'est fou, vous n'apprenez jamais rien vous les humains !" dit il en riant.
C’était d'ailleurs plus un crissement qu'un rire. Mais le bitoniaux -un nom que j'avais décidé arbitrairement- avait raison. La douleur lancinante me reprit. J'avançai donc. Si on marche, on finit toujours pas arriver quelque part. Je découvris que je n’étais ni dans une pièce, ni dans un couloir, mais dans un escalier. Je devinais les marches rugueuses sous mon pied nu. Je continuai à avancer, tantôt me questionnant, tantôt maudissant Le Bitoniaux. Il me faisait avaler ses paroles au fil des marches sans fin, son haleine ponctuant ses exclamations , son rires des crécelle odorant ses moqueries sur l'ironie de la vie. Au bout de deux, trois heures selon moi je fini par m’impatienter. Cela ne finirai t il jamais?!
"Ça ne finira pas mon pote!" s'exclama t il dans un élan de joie. Il se reprit et avec un sourire sadique "C'est l'enfer. Ici je suis roi, tes pensées , ton âme m'appartiennent."
Un rire de démon s’échappa de sa gorge. L'heure de se délecter d'une nouvelle âme approchait. La haine, la colère, le désespoir me prirent le cœur, en firent leurs royaume. Il ne m'aura pas. Je voulais le tuer, l’écraser de ma main ou de mon pied, mais la punition de l'enfer me rappela à l'ordre. Et je me remis à marcher comme un vulgaire animal de trait, la tête baissée, la rebellion animant mon corps que les rires de Satan attisaient.
Si je suis encore là, c'est grâce à ce rire. Il me donne la force, la haine de marcher marche par marche, de me relever lorsque je tombe. Si vous connaissez l'existence de cet escalier sans fin, c'est grâce à Satan. Si les flammes ne m'ont pas dévorées, c'est grâce à Satan.