Yo !
Moi je devais écrire un swap pour Musyne et du coup voilà ce que je lui ai envoyé...
(il y avait normalement des petits mots à déplier ou enveloppe à ouvrir donc je les mets dans des spoilers pour que vous ayez un peu le même effet. Et je met l'écriture d’Églantine en violet pour que vous vous y retrouviez.)
Les petits mots d’amour
La lettre arriva en même temps que l’hiver. Cela n’avait pas trainé. Le premier chèque en bois remontait à deux semaines, et ils en avaient signé dix ce jour-là, pour faire le plein. Le lendemain, des policiers avaient sonné à la porte et prévenu qu’ils compteraient jusqu’à trois avant de la défoncer. Heureusement, Barnabé avait ouvert à deux. Puis Églantine et lui leur avaient remis tous leurs moyens de paiement, sans résister. De toute façon, à quoi cela leur servait-il encore ?
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C’était donc si simple ? Pourquoi s’être battu, trois ans durant, alors ? Pourquoi n’avoir mangé que des pâtes bon marché au point que la nausée les prenne dès qu’ils les plongeaient dans l’eau de cuisson ? Pourquoi les sept-cent-quarante-trois lettres de motivation remises en mains propres à l’autre bout de la ville ou de la région ?
Églantine et Barnabé lisaient et relisaient le courrier. Pas de doute, Barnabé avait un emploi. Enfin.
Mais déjà, le tic-tac de l’horloge rappelait Églantine à l’ordre. Elle devait filer au travail, celui qui avait payé les pâtes sans suffire pour acquitter le loyer. Ses lèvres déposèrent un baiser sur celles de son aimé. Deux sourires s’engagèrent dans un dialogue muet. Des scintillements s’échappèrent des deux paires d’yeux qui se regardaient. Cela salit un peu le sol, mais la poussière d’étoiles se désagrégeait rapidement. Heureusement.
Heureusement, car du ménage, Églantine en faisait déjà toute la journée, et Barnabé n’aurait désormais plus le temps.
Dans l’hôpital où elle travaillait, Églantine frottait, astiquait, balayait. Ses mains gantées plongeaient dans le désinfectant dilué. L’odeur, forte, lui piquait un peu la gorge et imprégnait sa peau malgré le latex protecteur. Les patients la saluaient quand elle entrait, puis reportaient leur intérêt sur la télévision. Les chambres étaient toutes identiques : blanches, une fenêtre et une salle de bain. Du lino bleu, comme partout dans le service, peut-être pour rappeler le ciel ? Mais le ciel en bas, c’est le monde à l’envers, n’est-ce pas ? Lorsqu’un malade décédait, un grand nettoyage s’imposait. Tous les meubles possédaient des roulettes et rejoignaient alors le couloir, après avoir été briqués. Dans la pièce vide, la voix d’Églantine résonnait pendant qu’elle aseptisait. Elle chantait pour ramener de la vie. Elle ouvrait en grand la fenêtre pour que le parfum de la mort s’en aille.
Après cinquante-sept minutes de transports en commun, Barnabé découvrit l’étrange cité de Villepenchée. Un savant quadrillage de rues contenait trois-cent-quatre usines. Nulle habitation, nul chemin de traverse : seulement des angles droits et des hangars portant une lettre et un numéro. Il trouva le G12 sans difficulté.
— Bienvenue ! lui dit l’agent d’accueil. Je vais vous faire visiter la fabrique.
Des lignes de tables et de chaises serrées envahissaient le lieu. Toutes inclinées silencieusement sur leur travail, des centaines de personnes attrapaient des feuilles de papier recyclé, pliaient, collaient.
— Que font-ils ? demanda Barnabé.
— Ils confectionnent des enveloppes. Ce sont celles qui servent à tous les envois du gouvernement.
Se penchant sur le fruit du labeur d’un ouvrier près de lui, Barnabé reconnut l’enveloppe dans laquelle il avait reçu sa lettre. Celle qui l’avait menée jusqu’ici. Enfin, ce n’était pas celle-là, mais elle lui ressemblait en tout point.
— Je pensais qu’on avait des machines pour faire les enveloppes, risqua-t-il.
— Que croyez-vous ? rétorqua son accompagnateur. Puisqu’il n’y a pas de travail, on en invente ! On ne va quand même pas vous le donner l’argent, non plus !
L’agent d’accueil affichait un air méprisant et agacé. Barnabé n’osa rien répondre. Il avait des arguments pour deux bonnes heures de discours sur l’absurdité de la situation, mais il savait par avance que le débat serait stérile, et surtout, il n’était pas en position de force. Ce salaire, il en avait besoin.
— Il n’y a plus de place le jour. Vous viendrez du lundi au samedi, à 20h00. Vous pourrez rentrer chez vous par le bus de 5h00 le matin. Chacun a droit à trois pauses de dix minutes, à prendre à votre guise pendant la journée. Pardon, pendant la nuit. Venez, je vais vous montrer le pliage maintenant.
Interloqué, Barnabé ne réagissait pas.
— J’oubliais, c’est à prendre ou à laisser. Vous signez ?
Il signa.
— Parfait ! Et voici une ramette de papier recyclé en cadeau de bienvenue !
La première semaine de ce nouveau rythme fut déroutante pour Églantine et Barnabé. Elle revenait de l’hôpital : il courait prendre son bus. Juste le temps de répandre un peu de poussière d’étoile sur le tapis dans l’entrée, qu’Églantine contemplait avec tendresse une fois son aimé parti. Il rentrait de l’usine, s’effondrait à côté de sa belle endormie : elle s’éveillait une demi-heure plus tard et embrassait Barnabé assoupi sur le front avant de filer au travail.
Le dimanche arriva comme une libération. Il s’agissait de leur unique jour de congé dans la semaine, et ils bénissaient le hasard de leur avoir accordé le même. Ils ne quittèrent pas le lit, lovés l’un dans les bras de l’autre. Leurs phrases se ponctuaient de baisers dans le cou. Depuis combien de temps ne s’étaient-ils pas vus ? Une éternité ? Beaucoup moins en vérité, mais fallait-il écouter ses sensations ou croire à la réalité ?
Dès le mardi, les choses se corsèrent.
— Vous vous présentez systématiquement avec une minute et vingt-deux secondes de retard, Monsieur Ling, déclara l’agent d’accueil. Je vais devoir en référer à nos supérieurs.
— Je suis désolé, plaida Barnabé, c’est que le bus précédent m’amène avec trente-cinq minutes d’avance…
— Voilà qui est parfait. Vous pouvez commencer votre travail plus tôt si la chaise est libre. Mais nous ne payons aucune heure supplémentaire.
Toute la nuit, pendant que Barnabé pliait mécaniquement les feuilles de papier, son esprit s’enfonça dans un tourbillon anxieux. Cinq minutes par jour pour voir Églantine les yeux ouverts, ce n’était presque rien. Mais c’était tout ! Tout le bonheur de plonger dans les ténèbres de ses pupilles. Toute l’ivresse d’entendre la mélodie de sa voix. Tout le plaisir de caresser sa joue en lui disant au revoir. Et tant d’autres broutilles qui ne demandaient pas de temps, juste de se croiser éveillés pour un instant d’extase.
Il suffisait de prendre le bus précédent, et tout cela disparaîtrait. Mais avait-il le choix ?
Il ne l’avait pas.
Le vendredi, Églantine rentra du travail et s’effondra en pleurs. L’appartement était vide. Il n’y avait pas de poussière d’étoiles par terre, cela faisait déjà trois jours que ses yeux n’avaient pas scintillé. Elle n’avait pas envie de voir des amis, pas envie de sortir, pas envie de rester seule. Elle voulait Barnabé. Sa présence, son essence, son indécence aussi. Ses larmes redoublèrent et, assise à la table de la cuisine, elle plongea la tête dans ses bras croisés. Reniflant bruyamment, elle finit par poser son menton sur ses poignets. Son regard chercha une boîte de mouchoirs, mais trouva la pile de papier recyclé que Barnabé avait rapportée de l'usine, son « cadeau de bienvenue ». Églantine attrapa un stylo.
À l’aube, quand Barnabé atteignit la porte de sa chambre, une feuille pliée l’attendait, scotchée à hauteur de ses paupières fatiguées.
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Son cœur se pinça. Lire Églantine, ce n’était pas tout à fait l’entendre, mais c’était déjà si doux ! Il se blottit contre elle sous les draps. Sa peau nue sentait bon, et il s’endormit aussitôt, grisé par ce parfum. À son réveil, elle avait disparu, et une autre odeur attira son attention. Barnabé passa sa main dans son cou et se mit à rire quand il découvrit de la poudre orangée sur le bout de ses doigts. Il écrivit trois petits mots d’amour tout en buvant son café du matin, puis les dispersa dans le deux pièces.
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Le dimanche, Églantine et Barnabé se fondirent l’un en l’autre. Ils ne mangèrent pas. La faim leur sembla d’ailleurs insignifiante. À demi-mot, ils se parlèrent des petits mots laissés et du bonheur éprouvé à les lire. Ils se promirent de s’écrire.
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Et Églantine sourit.
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Seul chez lui, Barnabé écouta attentivement. Un délicieux frisson le parcourut.
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Et Barnabé soupira.
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Mais Églantine prendrait son repas seule.
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Les yeux de Barnabé étaient humides.
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Églantine n’en pouvait plus.
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Ils partirent comme ça. Ils claquèrent la porte au nez de la société qui ne leur convenait pas. Nul ne sait ce qu’ils firent ou ce qu’il advint d’eux. Libres ? Morts ? Heureux ?
Ils ne laissèrent derrière eux qu’un petit mot dans une enveloppe.
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