Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Writer77 le 10 Mai 2015 à 06:06:51

Titre: Benito, ce héros?
Posté par: Writer77 le 10 Mai 2015 à 06:06:51
Première partie


Je suis devant la porte. Je dépose ma boite à outils sur le sol. Je sonne une, deux, trois fois. Pas de réponse. Je me mets donc à tambouriner. Des pas se rapprochent. La porte s’ouvre.

- Bonjour Mr…Torcas, dis-je, après un moment d’hésitation.

L’homme qui se tient devant moi est petit et trapu. Il a une barbe de trois jours environ, et des cheveux gris. Il porte une chemise blanche accompagnée d’une cravate noire et un pantalon de la même couleur. A ses pieds, des chaussures de soirée. Il m’observe avec des yeux méfiants. Je me sens gêné.

- Euh…Je suis là pour remplacer votre vitre brisée.

Mr Torcas continue de me fixer sans rien dire.

- Nous avons parlé au téléphone il y a quelques minutes ?

Son visage s’éclaire soudain.

-Ah mais oui ! s’exclame-t-il. Entrez donc.

Je respire. Je ne sais pas ce que j'aurais fait s’il m’avait claqué la porte au nez. Ça fait deux jours que personne n’a fait appel à moi.

Une fois à l’intérieur, la première chose qui attire mon attention c’est l’odeur. Je ne sais pas très bien ce que c’est, mais c’est très déconcertant. L’homme me conduit aussitôt à la source du problème. Au passage, je remarque à ma gauche un salon assez petit avec des fauteuils en cuirs noirs qui, à ma grande surprise, sont déchirés de part en part. C’est comme si quelqu’un s’y était agrippé de toutes ses forces. A ma droite, un long couloir avec une porte tout au fond, et une autre de chaque côté du mur.

Arrivé dans la cuisine, je manque de défaillir. Je comprends aussitôt l’origine de cette odeur qui m’a agressé, à peine entré dans la maison. De toute ma vie, je n’ai jamais vu une cuisine dans un tel état. Ça doit bien faire plus d’une semaine que la vaisselle n’a pas été faite vu la pile d’assiettes dans le lavabo.  Sur le sol, il y  a des mouchoirs apparemment utilisés, et plus loin trois gros sacs à ordures, autour desquels plusieurs mouches semblent festoyer.

Je lance un coup d’œil à mon hôte. Aussi bien vêtu, mais vivant dans une véritable porcherie ! Est-ce la paresse ou un penchant pour le nauséabond qui le pousse à vivre ainsi ? Ne pouvant exprimer mon dégoût à haute voix, par courtoisie, je le fais passer dans mes yeux. Mr Torcas comprend sûrement puisqu’il dit :

- Les femmes, vous savez… Ça fait plusieurs jours que je dis à la mienne de s’occuper du ménage, et regardez-vous-même !

Je ne dis rien. Femme ou pas, un homme ne devrait pas vivre dans de telles conditions.

- Je suis sûr, poursuit Mr Torcas, que la vôtre doit faire pareil quelques fois.

- Je ne suis pas marié Mr. Je vis seul.

- Dans ce cas, vous ne pouvez pas comprendre, répond-il en souriant. Bon, trêve de bavardages, c’est par ici.

Je le suis sans ajouter un mot. Je crains presque d’ouvrir la bouche, de peur que toute cette saleté n’entre en moi.

- Voilà, dit Monsieur Torcas en me montrant un grand espace vide.

Je vois des bouts de verres éparpillés sur le sol.

- Comment dites-vous que c’est arrivé encore ?

- Un accident.

- Un accident ?

- C’est ça.

J’hoche la tête lentement.

- Alors ? Vous croyez en avoir pour longtemps ?

- Il m’est impossible de le dire sans avoir pris les mesures. Il s’agit d’une baie vitrée, n’est-ce pas ?

- Oui, répond Mr Torcas, les mains sur ses hanches. Quel foutoir !

« A qui le dites-vous ! » dis-je intérieurement.

Sans plus tarder, j’ouvre ma boite à outils. A l’aide d’un mettre ruban, d’une corde, d’un crayon et un papier, je me mets au boulot. Je commence par les mesures horizontales et verticales. Puis, j’utilise la corde pour mesurer les diagonales. Mais ces mesures ne suffisent pas. Je dois maintenant connaitre l’allège. Elle me permettra de fixer la poignée à la bonne hauteur. Maintenant que c’est fait, je prends mon crayon et mon papier et je note :

Baie coulissante : 2 vantaux : 215 x 180/210/240 cm.

J’hoche la tête pour moi-même. Puis, je tends le papier à Mr Torcas.

- Voici ce qu’il me faut, Mr Torcas.

- Je t’en prie l’ami. Appelle-moi Arel. Je peux te tutoyer ?

Je suis tenté de répondre par la négative, mais je finis par approuver d’un hochement de la tête.

- Bien. Et toi quel est ton nom ?

- Benito, dis-je, n’appréciant guère toutes ces questions.

- Benito comment?

- Lambert.

- Benito Lambert. Quel drôle de nom! Ajoute-t-il avec un petit rire. J’ai une envie folle de lui mettre mon point dans la figure, mais je me retiens. Portoricain ? ajoute-t-il. 

- Non, je suis originaire d’Honduras, dis-je avec impatience. Euh, Mr…Arel. Vous allez acheter le matériel ou dois-je y aller ?

- Attends un instant. Il reporte son attention sur le papier que je lui ai remis. C’est quoi des vantaux ?

- Des battants. Ou des volets si vous préférez.

- Ah d’accord. Eh bien, je pense que ce serait mieux que tu y ailles toi-même. En plus, je m’apprêtais à sortir.  Combien ça va me couter ?

- Dans les $400 - $500, dis-je après un moment de réflexion.

- Bien. Attends-moi ici. Je vais prendre mon portefeuille.

Je le regarde s’éloigner. Me poser des questions sur mes origines…Comme si ce n’était pas assez difficile pour moi !

Cela fait à peu près cinq ans maintenant que j’ai quitté Tegucigalpa, des rêves de grandeurs plein la tête. Je suis venu aux Etats-Unis pensant vivre « The American Dream », mais c’est plutôt « The Shame Dream » que je vis.  Malgré mon diplôme en Information Technology, je n’ai toujours pas trouvé de travail en rapport avec mes compétences. Pour arrondir mes fins du mois, je suis donc devenu un homme à tout faire. Cela aurait été plus facile à vivre s’il ne s’agissait que de moi. Mais ce n’est pas le cas. Je porte une famille nombreuse sur mes épaules. Ma mère, mes deux frères et mes trois sœurs. En fait, juste deux sœurs maintenant. La dernière est morte il y a deux ans. Elle était séropositive. C’est d’ailleurs sa mort qui m’a remis les pendules à l’heure. Pendant que moi ici, je rechignais à faire ce boulot prétextant qu’il n’était pas digne de moi, elle se prostituait pour subvenir aux besoins de la famille. Et elle en était morte. Je me suis senti tellement coupable après son décès, que j’ai fini par accepter de baisser mes standards. Pour ma famille. Mais surtout en mémoire de Katrina…

Je me dégourdis un peu les jambes à l’extérieur. La cuisine donne sur une petite cour. Deux arbres y sont plantés. La maison est entourée d’une clôture, chose que je n'aime pas vraiment. On dirait une prison.

Je commence à perdre patience. Mr Torcas est parti depuis au moins quinze minutes. Je soupire. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour gagner un peu d’argent…Mon regard se balade dans les environs. Je vois les morceaux de verres brisés sur les carreaux marron. A côté, sur le mur, un autre sac poubelle que je n’avais pas vu. Contrairement aux trois autres, il est ouvert. Quelque chose attire mon attention.  A l’intérieur, il y a juste quelques papiers et…on dirait un livre. Non, un cahier plutôt. Il est de couleur rouge. Je ne sais pas pourquoi je le fais, mais après voir vérifié que mon hôte ne revenait pas, je sors le cahier du sac à ordure. Dessus il est écrit : « Diary » en jaune. L’une des choses qui m'aident à tenir le coup ici, c’est ma passion pour les livres. Les romans en particulier. Cette faculté qu’ils ont de vous transporter dans un autre monde, de vous faire transcender, reste un mystère pour moi. Certains se droguent pour oublier. Moi je lis.

Ainsi, je n’ai jamais su résister à l’envie de lire tout ce qui me passe sous la main. Je regarde le cahier pendant quelques secondes, hésitant, puis je finis par l’ouvrir.


18 juin 2005


Il aura fallu trois ans pour convaincre mon ravisseur de m’acheter un cahier sur lequel je peux écrire. Je ne comprends pas pourquoi il a autant hésité. Ce n’est pas comme si je pouvais m’enfuir. Les instants les plus pénibles sont passés. J’ai l’impression qu’il commence à me faire confiance. Au début, il me rouait de coups. Maintenant c’est juste quelques soufflets en passant. Peut-être parce-que je suis sa préférée. Du moins, c’est ce qu’il me dit. Cependant, il refuse toujours de nous dire son nom. Quand je dis « nous », je parle de moi, Claire et Abigail. Claire était déjà là quand je suis arrivée.  Quant à Abigail, cela fait juste quelques mois qu’elle est là. En ce moment, c’est avec elle qu’il couche tous les jours. Il dit qu’elle est encore « fraiche ». La pauvre. Ses cris me brisent le cœur. Elle est la plus fragile d’entre nous. Mais Claire et moi sommes passées par là. Elle s’y fera.

Ariette R.

Je regarde le texte, incrédule. J’hésite un moment, avant de tourner la page.


23 septembre 2005


Je n’ai pas pu écrire durant ces deux derniers mois. Arel – il a fini par me donner son prénom – était très en colère contre moi. Il nous laisse prendre de l’air de temps en temps, lorsqu’il est de bonne humeur. Il le fait toujours très tard le soir, pour éviter que quelqu’un nous remarque. Ainsi, pris par un moment de courage ou plutôt de folie, je décidai de m’échapper en escaladant la clôture. Mais Arel fut plus rapide. Il ne m’avait plus infligée une telle correction depuis très longtemps. Cette fois-ci c’est sûr, il m’a laissée des cicatrices indélébiles. Abigail et Claire ne pouvaient que regarder. Lorsqu’il est dans cet état, il ressemble à un lion sauvage. Il perd toute raison. Mais est-ce mal de vouloir la liberté ? Est-ce mal de désirer revoir ma famille, rien qu’un instant ? Il dit que c’est lui ma famille maintenant. Parfois, je suis tellement désespérée que je me dis qu’il a raison.

Ariette R.

Je tremble, de peur et de rage. Ce que je viens de lire parait irréel. Dans cette maison, il y aurait donc trois filles qui ont été kidnappées depuis plus de dix ans ? C’est impossible. Je les aurai entendues. Non…Pas forcement. La porte au fond du couloir. Et si elle conduisait à une cave ? Oui c’est fort possible. Je scrute les environs. Toujours pas le moindre signe de Mr Torcas. Et si au lieu d’aller prendre son portefeuille comme il me l’a dit, il était allé…Mon Dieu ! Je reporte mon attention sur le journal. Apres cette page, il n’y a plus rien. Certaines pages ont été arrachées. Les autres sont vides. Non, il y en a encore une autre. J’ai bien failli la manquer. Pour cause, elle se trouve à l’avant dernière page du journal. Je lis sans perdre de temps.


5 mars 2013


Ma vie est un cauchemar duquel je ne me réveillerai jamais. J'en suis sûre . Ma petite princesse, que j’ai appelé Hope, a eu un an aujourd’hui. Elle est mon rayon de soleil dans ces ténèbres. Je ne la considère pas comme le fruit d’un viol, mais comme un cadeau de Dieu. Je me sens un peu comme la vierge Marie, comme si Dieu était lui-même le père de cet enfant. Mais quel avenir ai-je à lui offrir ? Une vie de peur, de violence et de misère ? Lorsque je suis tombée enceinte, j’ai cru qu’Arel allait me tuer. Je pensais qu’avoir un enfant était la dernière chose qu’il voulait. Mais quelle ne fut pas ma surprise quand il l’accueillit comme si elle était la huitième merveille du monde ! Il est devenu plus doux, plus gentil avec moi. Grace à Hope. Je devrais m’en réjouir, sauf que ce n’est pas ce que je veux. Je n’en ai rien à faire de sa gentillesse, ce que je veux c’est qu’il nous laisse partir ! Pas seulement Hope et moi, mais aussi Abigail et Claire. Nous faisons mine que tout va bien pour ne pas attiser sa colère, mais la vérité c’est que nous sommes mortes. Mortes à l’intérieur. Ma seule raison de vivre c’est Hope.
C’est la dernière fois que j’écris dans ce journal. Je n’en vois plus trop l’intérêt. Même Anne Frank a du s’arrêter un jour. Si par miracle, quelqu’un le lisait, sachez juste que j’ai fait de mon mieux.

Ariette R.
ps : j’hésite mais on ne sait jamais. Vous êtes peut-être un envoyé de Dieu. Si l’envie vous prenait de venir me sauver, sachez que je suis dans une cave, dans une maison située au 18315 Thicket Grove Rd, Houston. Arel est de moins en moins prudent avec moi, alors j’en ai profité pour lui voler une de ses factures. Voilà. Je ne vois pas ce que je pourrai dire d’autre.

Je referme le journal avec précipitation. Il n’y a plus de doutes. Elles se trouvent bien ici. Cette dernière entre date de la veille. Mes yeux se posent sur les morceaux de verres brisés. Maintenant que je regarde bien, je crois apercevoir des gouttes de…Se pourrait-il que… ? Mon Dieu! Que dois-je faire ? Arel Torcas n’est toujours pas de retour. Dois-je aller appeler la police et revenir ? Une des paroles de ma mère me revient subitement en mémoire: « quand on a l’occasion de faire le bien, et qu’on ne le fait pas, on le paiera tôt ou tard. » Non, je ne peux pas les abandonner.  Je ne veux pas avoir leurs morts sur la conscience.

Je fouille mes poches. Mon téléphone est resté dans ma voiture. Je n’ai pas le choix. Je dois essayer de les libérer moi-même. C’est maintenant ou jamais.
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: maanilee le 10 Mai 2015 à 08:11:21
Citer
Je suis devant la porte. Je dépose ma boite à outils sur le sol. Je sonne une, deux, trois fois. Pas de réponse. Je me mets donc à tambouriner sur la porte. Des pas se rapprochent. La porte s’ouvre
.
3xporte
Citer

. A ma droite, un long couloir avec une porte tout au fond, et une porte de chaque côté du mur.
et une autre de chaque coté du mur ?

Citer
La maison est entourée d’une clôture. Je n’aime pas trop ce genre de maisons.
répétition de maison
Citer
Qu’est-ce qu’il ne faut pas souffrir pour gagner un peu d’argent…
étrange formulation


Ahhhh j'aime ce nouveau texte  :coeur:
c'est un texte court mais j'aurais autant aimé qu'il soit long pour m'en délecter :)
Au plaisir ! Comme toujours !
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: ZagZag le 10 Mai 2015 à 10:23:23
Salut !
Citer
une porte tout au fond, et une porte de 
Répétition de porte
Et met un espace après les ...
Sinon on s'attends qu'il va y avoir un problème avec ce monsieur, mais globalement c'est tres bien écrit ! Bravo :)
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: GAYA TAMERON le 10 Mai 2015 à 11:23:23
Ce texte est vraiment formidable. J’ai adoré le crescendo banal - glauque. Et la partie journal est juste parfaite pour tout comprendre. Bravo Writer77!
J’ai repéré une faute qui se répète : "morceaux de verre".
Voilà c’est tout,  surtout continue  à nous ravir de tes histoires! J’adore ton style!
A bientôt pour la suite!
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Dewen le 10 Mai 2015 à 11:24:12
Salut :) !
Chouette un nouveau texte :) !
J'ai beaucoup aimé l'histoire, c'est vraiment beau.
J'aime bien l'idée du journal, tout ça...
La fin aussi est belle.
Voilà, je ne sais pas quoi ajouter :)
Bravo :) !
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Calegal le 10 Mai 2015 à 11:42:28
Salut Writer, j'ai adoré ce texte. L'ambiance est vraiment géniale, très glauque. J’aurais moi aussi aimé qu'il soit un peu plus long, histoire d'en connaitre le dénouement. J'ai remarqué deux trois petits trucs:

Citer
Il m’observe avec des yeux où je lis de la méfiance.
Bizarre comme formulation je verrais plus un truc du genre "Il m'observe avec des yeux méfiants"

Citer
-Ah mais oui ! S’exclame-t-il. Entrez donc.
Pas de majuscule

Citer
Est-ce la paresse ou un goût pour le nauséabond qui le pousse à vivre ainsi ? Ne pouvant exprimer mon dégoût à haute voix, par courtoisie, je le fais passer dans mes yeux. Mr Torcas comprend sûrement puisqu’il dit :
Répétition de goût

Citer
Je vois des bouts de vers éparpillés sur le sol.
Verre non? Et il ne faudrait pas un retour à la ligne?

Citer
La maison est entourée d’une clôture. Je n’aime pas trop ce genre de maisons.
Répétition de maison

Citer
Mes yeux se posent sur les morceaux de vers brisees
Verre?

Voilà c'est tout ce que j'ai vu, content d'avoir lu un si bon texte :D
A+, Cal
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: extasy le 10 Mai 2015 à 14:37:24
Hop, terminé !
Alors, je n'ai pas lu beaucoup de textes de toi, mais j'ai l'impression que cet écrit reste parfaitement fidèle à ton style net, à l'univers réaliste et sombre que tu aimes à décrire, et aux personnages qui, sans être des super-héros, se voient forcé de lutter contre l'adversité. Dans l'ensemble, je rejoins l'avis général, et j'ai beaucoup aimé cette nouvelle histoire signée Writer (ton pseudo en jette un max  :mrgreen:)
Par contre, j'ai moins accroché cette fois-ci pour ce qui est des détails. Je pense qu'Ariette manque encore de profondeur, et ce qu'elle écrit ne me semble pas vraisemblable, pour une femme séquestrée depuis près de dix ans. J'ai vraiment eu l'impression que tu as rédigé les parties d'Ariette à la va-vite. De même, le fait qu'Arel ait laissé son journal intime, une preuve si compromettante, à la portée d'un inconnu qu'il a laissé seul dans la maison alors que ses otages s'y trouvaient également, ne me parait pas très réaliste.
Et je pense aussi que ça aurai été bien d'avoir plus développé ton récit, parce que du coup, les nombreux détails que tu as précisé concernant ton héros (ses origines, sa famille nombreuse et son sentiment d'être responsable d'elle, la mort de sa sœur) n'ont plus vraiment leur place, car tu ne nous montres pas en quoi c'est ce qui a aidé Benito à faire le choix de sauver les victimes d'Arel.
Donc, pour conclure, je dirais qu'à mon avis, ça pourrait être une histoire vraiment très intéressante, si seulement tu la développais davantage !
J'ai tout de même passé un très agréable moment de lecture, sincèrement  :)
A plus !
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Writer77 le 12 Mai 2015 à 19:42:44
@ Maanilee! Vraiment content que tu aies aimé!  :-[ :coeur: J'ai modifiee le texte en fonction de tes remarques  :)

Citer
c'est un texte court mais j'aurais autant aimé qu'il soit long pour m'en délecter :)

En fait, c'est juste la première partie. Je ne voulais pas que le texte soit trop long. Merci encore!  ;)

@ Merci beaucoup Zagreos!  :mrgreen: J'ai corrigé la faute  :)

@
Citer
Ce texte est vraiment formidable. J’ai adoré le crescendo banal - glauque. Et la partie journal est juste parfaite pour tout comprendre. Bravo Writer77!

Merci Gaya!  :coeur: J'ai corrigé la faute :-[ Merci!  ;)

@
Citer
J'ai beaucoup aimé l'histoire, c'est vraiment beau.

Merci beaucoup Dewen!  :-[ Ça me fait plaisir que tu aies apprécié!  ;)

@
Citer
Voilà c'est tout ce que j'ai vu, content d'avoir lu un si bon texte :D

Merci Cal'!  :mrgreen: J'ai corrigé les erreurs! A+!  :)

@ Merci pour ton retour exta!  :mrgreen: Il y a des détails que j'ai omis volontairement. Peut être que la suite te fera changer d'avis. Pour ce qui est du journal, je pense qu'il est possible qu'elle ait pu le laisser a cet endroit sans qu'Arel ne s'en rende compte, vu qu'il était un peu plus "large" avec elle. Mais je comprends tes remarques! Merci encore!  ;)
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Writer77 le 12 Mai 2015 à 19:59:39
Deuxième partie et dernière partie

J’arpente prudemment la cuisine, évitant les mouchoirs sur le sol et respirant par la bouche à cause de l’odeur. J’en suis presque sorti lorsque je m’arrête brusquement. Où ai-je la tête ? Aller affronter ce psychopathe sans arme ? Ce serait la mort assurée ! Je me mets à la recherche d’un objet, pointu de préférence, pour faire peur à cet énergumène. Je m’approche du lavabo. Il y a là plusieurs couteaux de cuisine. J’en saisis un. Je me dirige de nouveau vers la sortie avant d’hésiter à nouveau. Et si jamais dans la foulée j’en venais à tuer cet homme ? Je n’ai jamais tué. Je ne me suis même jamais battu. En fait si. Deux fois. Contre des membres d’un gang appelé Romeros dans le quartier où j’ai grandi à Honduras. Mais c’était pour me défendre, et aussi parce qu’ils essayaient de recruter Tonio, mon petit frère. Je m’étais retrouvé avec plusieurs fractures, mais eux avaient pris beaucoup plus cher. Apres ça, ils nous avaient laissés tranquilles.

Je réfléchis. En fait, ce que je veux c’est l’immobiliser. La police se chargera du reste. Je dépose le couteau sur la table. C’est à ce moment que je vois le rouleau à pâtisserie.  Je le prends aussitôt. J’hoche la tête. Il fera l’affaire.

Je continue d’avancer à pas de loup.  Je revois les fauteuils en cuir au salon, déchirés par endroits. Apres avoir lu le journal d’Ariette, ce que je prenais pour des déchirures toutes simples ont à présent une connotation différente. La maison en-elle-même me parait différente, comme si quelqu’un y avait subitement jeté un mauvais sort. Une atmosphère lugubre y règne désormais.
J’arrive au niveau du couloir. D’instinct, je sais où aller. La porte tout au fond. Je n’ai fait que deux pas lorsque la porte s’ouvre soudainement.

Arel Torcas. Il s’arrête aussitôt dès qu’il me voit. Il est comme pétrifié. Nous nous dévisageons pendant quelques secondes sans rien dire. Son regard se pose sur le rouleau à pâtisserie que je tiens dans ma main droite. Puis, il lève les yeux vers moi. Il sourit.

- Hey l’ami, dit-il en écartant les mains, comme s’il s’apprêtait à me prendre dans ses bras. Il y a un problème ? Je croyais t’avoir dit de m’attendre ?

- Tu parles qu’il y a un problème, dis-je d’une voix menaçante.

Le sourire sur le visage de Mr Torcas s’efface aussitôt. Je ne sais pas ce qui le surprend le plus. Le ton que j’ai employé pour m’adresser à lui ou le fait que j’ai cessé de le vouvoyer.  Son regard se durcit.

- Pardon ? dit-il.

- Je sais ce que tu fais espèce de malade ! dis-je d’une voix un peu plus forte que je ne l’aurais voulu. Je sais ce que tu as fait durant ces dix dernières années.

- Je ne vois pas ce que –

- La ferme ! J’ai trouvé le journal intime d’Ariette. Je sais.

Sur son visage, je ne lis aucune émotion. Ni peur, ni surprise. Il n’a pas l’air d’être choqué par ma révélation. Ça me met mal à l’aise.

- Ecoute, dit-il en avançant lentement vers moi, c’est surement une erreur. Ceci n’est qu’un simple malentendu…

- Reste ou tu es ! Dis-je. Mais il se rapproche toujours. Je commence à reculer un peu. Mon cœur bat la chamade. Il n’est plus qu’à quelques mètres de moi quand il dit :

- Je vais tout t’expliquer. Il sourit. En fait…

Et là, tout se gâte.

Je crois rêver lorsque je vois cet homme trapu se jeter sur moi tel un fauve sur sa proie. Je tombe sous la pression de son corps, perdant mon arme par la même occasion. En une seconde, ses mains se retrouvent enroulées autour de ma gorge. Il appuie. Fort. Sans hésiter. J’essaie de me dégager. Je n’y arrive pas. L’expression de son visage a totalement changé. Je repense aux paroles d’Ariette : « Lorsqu’il est dans cet état, il ressemble à un lion sauvage. Il perd toute raison». Je ne peux qu’être d’accord avec elle. Je commence à sentir mes forces m’abandonner. Je suffoque. Ma vision se brouille. Mes yeux se ferment petit à petit. Je pense à ma famille. Katrina je vais bientôt te rejoindre…

Boum.

Tout à coup, la pression autour de ma gorge se relâche. Mais je suis toujours sonné. De l’air. Je respire. Je prends de grandes bouffées d’air. J’inspire. J’expire. Comme si je le faisais pour la première fois. Je toussote comme un enfant. Puis, lentement, j’ouvre les yeux.

Je distingue une silhouette, debout, en face de moi. Ma vision s’éclaircit et je manque de m’évanouir à nouveau. Une femme, ressemblant trait pour trait à ma défunte petite sœur, m’observe avec des yeux inquiets. Elle a le même teint bronzé, les mêmes yeux verts auxquels s’y mêlent du gris, et les mêmes longs cheveux noirs. Elle porte une robe de maison de couleur blanche, ouverte sur les épaules. J’aperçois le rouleau à pâtisserie dans sa main gauche. Sa main tremble. Je me relève péniblement. A ma gauche, je vois Arel Torcas allongé, les yeux fermés. Elle l’a assommé. Je me tourne vers elle.

- Merci, dis-je d’une voix faible. Sans votre intervention, il m’aurait certainement tué.

La femme continue à me fixer sans rien dire. Elle tremble comme une feuille secouée par le vent. Puis, sans crier gare, elle fond en larmes en s’agenouillant sur le sol. Je ne sais que faire. Je sais qu’il s’agit de l’une des femmes kidnappées par Arel, mais je ne saurais dire laquelle. Je tente le coup.

- Etes-vous…Ariette ?

La femme s’arrête de pleurer et lève les yeux vers moi. Je ne peux m’empêcher de remarquer à quel point elle est belle. Les larmes qui coulent de ses yeux ressemblent à du Crystal. J’ai envie de la prendre dans mes bras, mais ce serait inapproprié.

- Comment connaissez-vous Ariette ? demande-t-elle surprise.

Avant que je n’aie le temps de répondre, deux autres femmes surgissent de derrière la porte située au fond du couloir. L’une d’entre elles tient un bébé dans ses mains. Elles marchent lentement vers nous et s’arrêtent devant le corps inerte de Mr Torcas. Elles le regardent avec des yeux où je lis de la crainte mais aussi du soulagement. Pendant qu’elles continuent de le fixer, je profite pour les observer de plus près. La première est assez grande de taille. C’est la plus grande des trois. Elle est blonde avec des cheveux courts et un teint pâle. Ses yeux sont d’un vert plus prononcé que la femme qui ressemble a Katrina. Elle porte une robe jaune fleurie. La deuxième, celle qui tient le bébé, a les cheveux châtains. Je ne sais pas pourquoi, mais elle me fait penser à une de ces actrices de séries brésiliennes que ma mère adore regarder. Elle a les yeux marron, un nez aquilin, et un teint un peu plus clair que celle qui m’a sauvé la vie. Sa robe bleue foncée semble un peu trop grande pour elle. Elle est plutôt jolie. Je m’adresse à elle en premier.

- Ariette ? Dis-je en la regardant.

Les trois femmes sursautent, comme si elles avaient déjà oubliée ma présence. Elles ont passé tellement de temps sans voir personne d’autre que leur tortionnaire. Leur réaction ne me surprend pas trop. Celle à qui je m’adresse me regarde sans rien dire.

- Je suis Ariette, répond la blonde. Elle, c’est Claire, ajoute-t-elle en désignant de la tête celle qui tient le bébé. Et elle, c’est Abigail.

J’hoche la tête et je leur souris.

- Tout ira pour le mieux maintenant.

- Comment nous avez-vous trouvé ? me demande Claire.

- Grace à ton journal Ariette, dis-je avec un petit sourire.

- Je n’aurais jamais pensé que quelqu’un le lirait un jour, répond-elle. Je l’avais jeté la veille sans qu’Arel ne s’en rende compte. J’étais tellement … désespérée …

Elle me regarde et je vois ses yeux se remplir de larmes. Abigail va aussitôt auprès d’elle et l’entoure de ses bras. Je leur explique tout ce qui s’est passé sans rien omettre. Elles m’écoutent patiemment pendant une dizaine de minutes, leurs regards fixés sur moi comme si j’étais le Christ.  A la fin de mon discours, Ariette se jette dans mes bras en murmurant :

- Merci…Merci…Merci…

Elle m’agrippe fortement. Puis Abigail me prends dans ses bras à son tour. Elle se blottit à moi comme une petite fille qui viendrait de retrouver son papa après une longue absence. Claire, tenant le bébé, ne peut pas faire de même. Elle se contente de me dire merci en hochant la tête.

Je me tourne vers Abigail, pensant subitement à quelque chose.

- Au fait, comment se fait-il que tu sois apparu comme ça soudainement ?

- Je veux bien te le dire, mais pas ici. Je ne veux plus rester dans cette maison une seconde de plus.

Les deux autres femmes acquiescent de la tête. Je les comprends. Cette maison pour elle est synonyme de l’enfer.

Apres avoir attaché Arel Torcas avec les cordes dont je m’étais servies pour les mesures de la baie vitrée, je compose le 911 sur mon téléphone portable. Pendant que nous attendons la police sur le perron devant la maison, Ariette m’explique tout ce qui s’est passé depuis mon arrivée. Elle me révèle que c’est Arel qui a cassé la vitre dans un accès de rage. Il voulait coucher avec elle, mais elle a refusé. Vu qu’elle tenait Hope dans ses bras à ce moment-là, il ne lui a rien fait et s’en est pris à la vitre. Puis, il l’a renvoyé dans la cave en fermant la porte derrière elle. Je regarde Hope qui se trouve toujours dans les bras de Claire, endormie. Ariette surprend mon regard.

- Hope est une fille vraiment spéciale, dit-elle en la regardant avec affection.

- Je l’avais compris en lisant ton journal, dis-je en souriant.

- Non je ne parle pas seulement de ça. Je ne sais pas pourquoi, mais elle ne pleure presque pas. Je peux compter le nombre de fois où elle s’est vraiment mise à pleurer. Et même à ces rares occasions, ça ne durait jamais longtemps. C’est comme si…J’ai peur que…

- Quoi ?

- J’ai peur qu’elle soit comme son père. Ou qu’elle le devienne…

Je sens la crainte dans sa voix. La crainte de voir sa fille ressembler à l’homme qui l’a mutilée pendant dix ans. Ce n’est qu’à ce moment que je remarque les coupures sur son bras et plusieurs cicatrices. J’en vois une sur le cou d’Abigail. Une longue trace faite avec ce qui me semble être un objet tranchant. Claire a quelques bleus et des traces de brulures. Je mets la main sur  l’épaule d’Ariette et je lui dis :

- Ta fille sera ce que tu voudras qu’elle soit. Ma mère me disait toujours que les parents sont les premiers architectes de la vie de leurs enfants. Ils posent les fondations, ensuite les enfants bâtissent dessus. Si tu poses les bonnes fondations, alors tu n’auras aucun souci à te faire.

Elle me sourit, les larmes aux yeux, et acquiesce de la tête. Soudain, Claire se lève.

- J’ai oublié quelque chose à l’intérieur, dit-elle en regardant Ariette. Je reviens.

- Donne-la-moi alors, dit Ariette en tendant les mains pour prendre sa fille.

- Non, ça va, répond Claire avec un sourire. Il ne faudrait surtout pas qu’elle se réveille.

- D’accord, dit Ariette, souriant à son tour. Je peux sentir le lien qui les unit toutes les trois. Trois parfaites inconnues qui se retrouvent forcées à partager un logis pendant plus de dix ans. Tôt ou tard, des liens finissent par se créer.

Claire s’en va et referme la porte derrière elle. Mon regard se pose sur les environs. Les maisons, de style victorien, se ressemblent toutes. Le quartier est calme. J’ai du mal à croire que pendant dix ans, personne n’ait remarqué qu’un de leurs voisins séquestrait des femmes dans sa cave. Ariette poursuit son récit.

- Plus tard, on a entendu sonner. Nous nous sommes regardées avec espoir. Mais avant qu’on n’ait pu même ne fut-ce que penser à faire  quelque chose, Arel surgit et nous dit que si on tentait quoi que ce soit, il nous égorgerait vive. Il ajouta que nous étions toutes remplaçables. La seule qu’il ne pouvait pas remplacer c’était Hope.

Ariette s’arrête, frémissant de peur en évoquant ce souvenir. Je comprends maintenant pourquoi il a mis si longtemps à venir m’ouvrir la porte. Je jette un coup d’œil à Abigail. Elle a le regard perdu dans le vide. Je n’ai qu’une envie, la prendre dans mes bras. Mais encore une fois, je me retiens.

- Ensuite, poursuit Ariette, il est reparti. Plusieurs minutes s’écoulèrent  avant qu’il ne revienne. Il se dirigea directement vers moi, une lueur de concupiscence dans les yeux. Je savais ce qu’il voulait. Il m’ordonna de donner mon bébé à Claire. Je refusai car, même si ça me fait mal de l’avouer, Hope était aussi mon moyen de défense contre lui. Il s’énerva et prit Hope pour la mettre dans les bras de Claire. Je le suppliai, encore et encore, mais il ne m’écoutait pas.

- Comment se fait-il que je n’ai rien entendu ? Dis-je d’une voix dans laquelle se mêlent la colère et la tristesse.

- Tu ne pouvais pas entendre quoi que ce soit, répond Abigail d’une voix dure.  La pièce est complètement insonorisée.

Je la regarde avec tristesse. Si seulement j’étais arrivé plus tôt…

- Il t’a donc…violée devant ta fille ?

- Non, dit Ariette. Ce gros porc m’a juste forcée à lui faire une fellation.

Je suis dégoûté. Je voudrais qu’elle arrête de raconter, mais en même temps je veux connaitre la suite.

- Quand il a été satisfait, il est remonté en disant qu’il reviendrait bientôt. Et qu’il fallait qu’on soit sage. C’est à ce moment-là qu’on l’a entendu parler avec quelqu’un dans le couloir, car il n’avait pas refermé la porte.

J’hoche la tête lentement et je me tourne vers Abigail. Elle me regarde, puis détourne la tête aussitôt. D’une voix sans émotion, elle dit :

- Ensuite, je me suis levée pour aller voir ce qui se passait. Les filles ont essayé de m’en empêcher, mais je leur ai dit que c’était peut-être notre dernière chance. Je l’ai vu plonger sur toi et mettre ses mains autour de ton cou. J’ai vu le rouleau à pâtisserie sur le sol et je l’ai pris. Je me suis approchée lentement et je l’ai frappé de toutes mes forces. La suite tu la connais.

Nous restons silencieux pendant un long moment. Je ne sais pas quoi dire d’autre.

La police finit par arriver, suivie d’une ambulance. Les voisins sortent de leurs maisons, et en moins de temps qu’il ne faut, un attroupement s’est formé devant le 18315 Thicket Grove. J’apprends que les trois femmes se nomment Ariette Rosen, Claire Hanson et Abigail Dominguez. Je me présente également. Nous leur disons où se trouve Arel Torcas. Ils rentrent dans la maison et en ressortent avec lui. Il a une grosse bosse sur le côté gauche de sa tête et semble un peu étourdi.  Je leur explique également où j’ai trouvé le journal. Entre temps, deux autres voitures de police arrivent par la suite. Nous sommes sur le point d’aller avec les forces de l’ordre au commissariat pour faire notre déposition quand Ariette s’immobilise soudain. Elle jette des regards dans les alentours.

- Excusez- moi Mr l’agent, mais nous ne pouvons pas partir maintenant. Claire et ma fille, Hope, sont encore à l’intérieur de la maison.

Je vérifie à mon tour. Elle a raison. Depuis qu’elle est partie tout à l’heure, elle n’est toujours pas revenue.

- Je suis désolé Madame, répond l’agent de police  apparemment confus, mais il n’y avait personne d’autre à l’intérieur.

- Quoi ? demande Ariette sans comprendre. Vous n’avez surement pas bien cherché. Etes-vous allés dans la cave ?

- Nous avons fouillé la maison de fond en comble, répond l’agent de police.

- C’est impossible, dit Ariette. Elle se lève aussitôt et retourne dans la maison, Abigail et tout le reste du groupe sur ses talons. Elle se met à crier dans toute la maison.

- Claire ! Claire ! Où es-tu ? Claire ! Tu peux sortir ! La police est la ! Il n’y a plus rien à craindre.

Pas de réponse. J’ai un mauvais pressentiment. Nous continuons de farfouiller la maison pendant plusieurs minutes avant de nous rendre à l’évidence. Claire a disparu.

Ariette continue de crier, cette fois en pleurant bruyamment. Mais ce n’est plus le nom de Claire qu’elle crie.

- Hope ! Hope ! Mon bébé !

Pour éviter de l’entendre pleurer, je me rends dans la cour, derrière la maison. Je réfléchis. Ce n’est pas possible. Quelqu’un ne peut pas disparaitre comme ça. Mes yeux se posent subitement sur une partie de la clôture. Elle est en bois. Je ne l’avais pas remarqué avant. Mais quelque chose d’autre attire mon attention. Je crois voir…Ce n’est pas vrai…

- Venez ! Dis-je en criant. Venez tous !

Ils accourent tous, Ariette en tête. Je leur montre ce que j’ai découvert. Une ouverture assez grande pour qu’une personne comme Claire puisse s’y faufiler. Ariette et Abigail regardent l’ouverture comme pétrifiées.

- Vous ne saviez pas que ce passage existait ? demande l’agent de police aux deux femmes.

Pour moi, c’est une question stupide. Elles l’auraient su, elles nous l’auraient dit ou encore elles auraient essayé de s’échapper plus tôt. Et il n’y avait pas cette ouverture tout à l’heure quand j’y étais. C’est surement un passage secret. Abigail secoue la tête. Ariette reste muette de stupeur.

- Elle n’a pas pu aller bien loin, dit un autre policier. Il est chauve avec le teint foncé. Elle a peut-être eu peur et elle s’est enfuie avec le bébé.

- Oui, répond Ariette, retrouvant soudain ses esprits. C’est ça. Elle a surement eu peur. Elle se cache sans doute dans les environs.

Nous sortons aussitôt de la maison. Tous les voisins sont rentrés chez eux.  La police les a peut-être fait déguerpir ou alors ils ont fini par s’ennuyer, comme c’est souvent le cas dans ces moments. Au passage nous croisons à nouveau Arel Torcas. Il a les yeux braqués sur nous. Un agent de police est resté avec lui pour le surveiller.

- Vous ne la retrouverez jamais, dit-il soudain.

Nous nous arrêtons tous de marcher. Même les policiers.

- Comment ça ? demande l’agent de police au teint foncé.

Pour toute réponse, Arel se contente de sourire, exposant ses dents dont certaines sont aussi jaunes que le soleil.

- Réponds, lui intime l’agent de police.

- Elle avait tout prévu, dit Arel. Vraiment tout. Elle avait tout prévu. Tout prévu…

- Qu’est-ce qu’elle avait prévu ? demande un autre policier. Parle salopard !

Mais Arel répète la même phrase « Elle avait tout prévu…Elle avait tout prévu» comme un dément. Je tente une approche.

- Tu veux dire que tout ça c’était…son idée ?

Arel me regarde brusquement, puis sourit.

- Je l’ai rencontrée il y a un peu plus de dix ans dans un bar, dit-il. Nous avons tout de suite accroché. Elle avait les mêmes goûts que moi, les mêmes penchants, les mêmes fantasmes. Nous avons vécu dans cette maison pendant près d’un an. Je ne suis pas proche de ma famille et je n’ai pas d’amis, donc je ne l’ai jamais présenté à personne.

Nous l’écoutons tous sans dire un mot. Hypnotisés. Abigail tient la main d’Ariette. Les deux regardent leur ravisseur avec des yeux pleins de haine mais aussi de crainte. Je redoute ce qui va suivre.

- Mais il y avait un problème. Elle voulait un enfant mais ne pouvait pas en avoir de façon traditionnelle. Elle ne voulait pas non plus adopter. Du moins pas de manière conventionnelle. Il fait une pause. Il sourit. Maintenant qu’il a commencé à parler, il semble ne plus pouvoir s’arrêter. Elle m’a donc proposé cette idée : kidnapper deux femmes sur qui je pourrais réaliser mes fantasmes et on choisirait l’une d’entre elles pour porter mon enfant. Notre enfant.

A ce stade, Ariette s’écroule. Abigail la retient de justesse avant qu’elle ne touche le sol.

- Non…, dit-elle. Non…Ce n’est pas possible…Pas Claire…

- Si, dit Arel avec un grand sourire. Si. Elle a par la suite insisté pour se faire passer pour une victime également. Comme ça, disait-elle, je serai aux premières loges. Pendant ces dix dernières années, elle s’est donc fait passer pour l’une d’entre vous. Claire Hanson n’est même pas son vrai nom. Bien sûr, je devais aussi abuser d’elle et la violenter, pour tromper votre vigilance. Mais contrairement à vous, elle adorait ça. Que je la force. Que je la batte. C’était un jeu pour nous. Vous ne pouvez pas savoir le nombre de fois qu’elle a jouit lorsqu’elle me voyait vous défoncer la –

Il n’a pas le temps de terminer sa phrase. Ariette se jette subitement sur lui, les mains sur sa gorge.

- Salaud ! Salaud ! hurle-t-elle. Je te tuerai ! Et je la tuerai aussi !

Un des policiers tente de la soulever, mais elle tient bon. Il faut l’aide d’un autre agent de police pour la faire lâcher prise. Mais elle continue de crier, de gesticuler. Elle a perdu toute raison. Je repense une fois de plus à son journal : «Ma seule raison de vivre c’est Hope.» Je la comprends. On lui a volé ces dix dernières années. On lui a pris sa dignité. Sans sa fille, elle n’a plus rien. Abigail essaie vainement de la calmer, elle-même pleurant abondement. Pendant ce temps, Arel Tortas se met à rire bruyamment. Je mets mes mains sur ma tête. Je n’essaie pas de retenir les larmes qui coulent lentement de mes yeux. La vie est cruelle.


*


Un mois plus tard


Je suis allongé sur mon canapé dans mon appartement. Je regarde le journal du soir. Arel Torcas fait la une. Moi aussi bien sûr. L’information a été retransmise dans les journaux du monde entier. Dans un sens ça m’a aidé. Je suis harcelé par les journalistes, les propositions d’emplois coulent à flot, ma famille est fière de moi. Je suis devenu célèbre. On parle même de me donner une médaille. J’éteins la télé. J’en ai marre de les entendre jacasser. Je me lève. La montre sur mon horloge indique 00h30. Je vais dans ma chambre, puis j’ouvre la porte de la salle de bains. Je me regarde dans le miroir. Le teint bronzé, les cheveux noirs ébouriffés, avec une cicatrice sur le front faite par un membre des Romeros. Je ressemble à Harry Potter, version adulte. Je me brosse les dents, ensuite j’avale un somnifère, sans lequel je n’arrive plus à dormir.

Je m’assois sur mon lit. La veilleuse est toujours allumée. Je pense à Ariette qui est devenue alcoolique. Elle est retournée dans sa famille. Elle ne veut plus voir personne. Excepté Abigail et moi. On n’a toujours aucune trace de Claire – ou peu importe comment elle s’appelle – et de Hope. Arel Torcas a pris perpète, ce qui pour moi n’est pas assez. Il mérite la chaise électrique. Abigail a intégré une organisation semblable à Alcooliques Anonymes mais pour femmes qui ont été violées. Dans son cas, le terme exact serait plutôt « violée à répétition ». Elle et moi nous voyons de temps en temps. Je voudrais qu’il y ait plus, mais je sens qu’elle n’est pas encore prête.

Je suis sur le point d’éteindre la lampe lorsque mes yeux tombent sur la Bible sur mon chevet. Depuis l’incident, je la lis plus souvent et je prie davantage. Je l’ouvre au hasard et je tombe sur ce passage : « Et que sert-il à un homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme ? »

Je referme la Bible et la repose sur mon chevet. Oui, en un sens, j’ai gagné le monde entier. Mais j’ai perdu mon âme dans la foulée.
Le titre du Houston Chronicle, le lendemain de la catastrophe, était : « Benito, ce héros. » Mais suis-je vraiment un héros ?

J’éteins la veilleuse. Je m’endors aussitôt.


Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: extasy le 12 Mai 2015 à 20:53:44
Re pour cette seconde partie !
Alors déjà, pour la première, j'ai lu tes explications, et je me range à ton avis. Tu avais prévu d'écrire une suite, et ça explique pas mal de choses. Idem pour le journal, à bien y réfléchir, ça reste dans la limite du vraisemblable. Toutes mes plus plates excuses  :mrgreen:
Donc deuxième partie. Qui termine l'histoire et comble les lacunes, et que j'aime beaucoup. Toujours vraisemblable, et captivant. Bref, du bon boulot, quoi  :D
La chute est vraiment bien amenée. On pense prévoir ce qui se passera, car on se dit que c'est tout de même louche que Claire insiste pour garder Hope et quitter les autres. On se dit donc qu'elle fuira, ou qu'elle tuera le bébé, bref qu'il se passera quelque chose, mais on ne comprend pas pourquoi tu la fais réagir de cette manière, et on se demande où tu veux en venir. Jusqu'à ce qu'on découvre qu'elle est la véritable instigatrice de ce drame !
Donc, superbe chute à mon avis, parce qu'on croit savoir, on doute, on se dit que ça n'a aucun sens, mais que pourtant c'est évident que Claire va s'enfuir, on doute encore, et paf !
Nice job  :mrgreen:
Et tu as eu la bonne idée de rédiger un après-chute, pour ramener le lecteur au titre de ta nouvelle, et à la problématique qui sous-tend ton texte et qui d'un coup prend tout son sens. C'est grâce à Benito que les deux femmes ont pu être sauvées, car sans sa présence, rien n'aurait été possible, mais en même temps, il n'a pas pu empêcher le drame de la perte de Hope se produire, et il a également été sauvé par les deux femmes de la folie meurtrière d'Arel. Bref, un bilan mitigé. Est-il ce héros que les journaux vantent ?
J'aime quand les choses et les événements ne sont pas tous simples, et tous beaux, mais réalistes donc humains.
Bien joué !
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: maanilee le 12 Mai 2015 à 22:28:56
J'ai beaucoup aimé  :coeur: :coeur: :coeur:
J'ai lu en mangeant donc pas de relevé j'ai juste noté 'robe de maison" ??? robe de chambre tu veux dire ?
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: GAYA TAMERON le 13 Mai 2015 à 00:26:44
Quel retournement de situation ! Je croyais savoir, je me méfiais de Claire, quand elle a voulu garder Hope avec elle, mais pas un instant, je n’aurais imaginer une telle fin ! Sacrée chute ! Encore une histoire de qualité de ton cru ! Au plaisir de découvrir la prochaine!
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Writer77 le 13 Mai 2015 à 05:57:00
@ Exta tu as résumé avec brio toute ma pensee!  :mrgreen: Merci beaucoup!!! Je suis ravi que cette deuxième partie t'ait éclairée sur l'histoire en général! C'est très encourageant! Merci !  :-[

@ Trois  :coeur: :coeur: :coeur: rien que pour moi?  :mrgreen: Merci maanilee!!  :-[  Pour la robe, c'est bien "robe de maison" que je voulais dire. J'ai fait des recherches et apparemment il y a une différence  ;)

@
Citer
Quel retournement de situation ! Je croyais savoir, je me méfiais de Claire, quand elle a voulu garder Hope avec elle, mais pas un instant, je n’aurais imaginer une telle fin ! Sacrée chute ! Encore une histoire de qualité de ton cru ! Au plaisir de découvrir la prochaine!

Gaya!  :-[ Merci!!!!! Je suis content que la chute t'ait plu!  ;)
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: maanilee le 13 Mai 2015 à 09:14:11
Citer
@ Trois  :coeur: :coeur: :coeur: rien que pour moi?  :mrgreen: Merci maanilee!!  :-[  Pour la robe, c'est bien "robe de maison" que je voulais dire. J'ai fait des recherches et apparemment il y a une différence  ;)

hé oui je reste une de tes fans de la 1ère heure !
Ben j'avais jamais entendu robe de maison j'aurais appris un truc je vais aller  voir ce que c'est ce machin là !
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Dewen le 13 Mai 2015 à 17:40:48
Salut !
Je n'ai pas pu faire de relevé, mais j'ai bien aimé la suite et fin !
On se méfie de Claire, elle veut garder Hope, tout ça, on se doute qu'elle va partir... Mais le reste, non, pas du tout ! Je pensais juste qu'elle était jalouse d'Ariette, mais en fait c'est beaucoup plus !
Donc vraiment, une chute super, une fin qui pousse à réfléchir, moi je dis : Bravo.
Et puis c'est toujours aussi beau comme style  :coeur: :coeur:
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: ZagZag le 14 Mai 2015 à 11:33:18
Salut !
Vraiment bravo ! J'ai été happé par ton récit, les émotions des personnages sont vraiment très fortes, ce que tu arrive vraiment à retranscrire !
Citer
je ne l’ai jamais présenté à personne
présentée je crois
Sinon, Benito dit ne s'être jamais battu, à part avec un gang... Je trouve que c'est un peu incohérent ! Se battre avec un gang, surtout s'il les a battus ce n'est pas ne s'être jamais battu !
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Calegal le 14 Mai 2015 à 15:36:06
Je viens de lire la deuxième partie. C'est vrai qu'on se méfie de Claire quand elle part avec le bébé mais on ne s'attends pas du tout à ça. J'ai été vraiment surpris, dans le bon sens. Je n'ai rien relevé de gênant à part le moment où tu dis :
Citer
La vie est cruelle
Ça fait un peu cliché comme phrase je trouve.
J'adore ton style qui nous tient en haleine pendant tout le récit, bravo  ;D
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Olibrius le 14 Mai 2015 à 16:56:47
Bonjour !  :D

Je viens juste de lire ta nouvelle, et je n'ai qu'une chose à dire : wow !  :coeur: :coeur:

Au niveau du style, rien à redire, l'histoire est parfaitement amenée, et la chute magistrale.

Juste une petite chose, la fin est un peu glauque quand même, tu pourrais peut-être rajouter la mension [Explicite] ?

Au plaisir  :mrgreen:
Titre: Re : Benito, ce héros?
Posté par: Writer77 le 22 Mai 2015 à 02:42:53
@ Merci Dewen!!!  :-[ :coeur: :coeur: :coeur:

@ Merci Zagreos!!  :-[  Ah oui, dit comme ça, c'est vrai que ça peut prêter a confusion! Je vais changer ça!  :mrgreen:

@ Merci a toi Calegal!!  :mrgreen: C'est vrai que ça fait un peu cliché, mais franchement, je ne voyais pas quoi dire d'autre...Merci encore!  ;)

@ Merci beaucoup Olibrius pour ce commentaire encourageant!  :-[ :coeur: :coeur: Rajouter la mention explicite...? Hum... Peut-être!  :mrgreen: