Et voici donc le début du chapitre 2 de ce récit d'époque, légèrement remanié par mes soins ! La suite du chapitre arrivera très bientôt, mais je préfère poster des morceaux assez courts.
De ce cercle de vide aqueux jaillit un étrange véhicule aérien…on aurait pu parler de vaisseau, si l’engin n’avait pas été si visqueux , et étrangement inconsistant. Il s’éleva majestueusement, accompagné au son du délectable hymne tentaculaire. Sur son navire, l’homme ne s’étonnait toujours pas, il regardait, simplement. De l’engin gluant saillit une longue main tout aussi gluante, qui vint s’agripper au bras droit -a moins que ce ne soit le gauche - de notre héros. Le bras humide tira sèchement, et l'emporta dans le vaisseau. Il ne passa pas par la porte (il n’y en avait pas) mais traversa la paroi dans un bruit peu ragoûtant.
L’intérieur du vaisseau était beaucoup plus grand que l’extérieur ne le laissait paraître, beaucoup plus propre aussi. Un être humanoïde, sûrement humain en fait, était assis négligemment sur le tapis le plus propre que Lom* n’ai jamais vu. L’inconnu se pencha sur ce dernier d’un air moqueur-fatigué :
- Salut cowboy !
Lom n’avait pas eu contact avec un être humain depuis…bougrement longtemps. Aussi sa réponse mit un peu de temps à arriver :
- Sa…lu…
Il se demanda si sa réponse n’était pas trop familière. Ou trop polie. Comme beaucoup de choses, il ne savait plus.
- Tu te demandes sans doute qui je suis et ce que tu fais la, nan ? Plein de trucs comme ça ?
- Un…peu…
Le mystérieux individu se leva, sa belle combinaison de latex bien trop petite poussa un petit chouinement. L’autochtone se mit dos à Lom, les mains croisées derrière les reins. Il s’éclaircit la gorge, cracha dans un mouchoir, le jeta dans le ventilateur, et prit sa plus belle voix :
- Je vais t’éclaircir sur la vérité. Enfin, ce qu’en j’en sais personnellement. A vrai dire, depuis quelques temps déjà, notre monde est en déclin. La source d’énergie se trouvant au centre d’Andromed, notre capitale, est drainée sans que nous ne sachions pourquoi. Nous avons retrouvé les traces d’une étrange force, mais nous ne parvenons pas à l’identifier. La seule solution pour nous était de trouver un terrien avec une force spirituelle suffisante pour percevoir ces énergies, et de les détruire. Même si ce ne sont que des bribes d’explications, tu commences sans doute à comprendre quel est ton rôle ici.
Au fond du cervelet embrumé de Lom, une minuscule chose remua, comme un grain de sable sur une plage, qui en entraînerait une quinzaine d’autres. Toute sa jeunesse, il avait lu des histoires, il en était sur, des récits initiatiques vers des buts, où des personnes normales, comme lui, devenaient des héros après avoir été choisi pour sauver des « mondes en déclin », comme celui ci. Peut être allait il à son tour devenir un héros.
- C’est…vrai ?
- On ne peut plus vrai. Mais ce ne sera pas sans danger. Pour ça, tu devras récolter les trois …Orf, et puis à quoi bon. Même ça, ça ne m’amuse plus. T’es mort, c’est pour ça que t’es la. Au moins, je vais avoir droit au spectacle de ta face décomposée par la surprise. Enfin, nan, pas par la surprise. Plutôt par une sorte de tristesse, de douleur, un truc de ce genre là, j’imagine.
Le type sourit tristement. Lom était sûr d’avoir totalement compris ce que ça voulait dire cette fois. Etrangement, la surprise ne répondait toujours pas à l’appel.
- Je…suis…mort.
- Et comment !
Il partit cette fois d’un violent éclat de rire suivi d’une quinte de toux.
- Bon, tu me gaves, à parler comme un ralenti ! Suis moi…et ne te perds pas surtout ! Je suppose que tu ne veux pas savoir ce qui pourrait t’arriver si jamais tu te perdais dans le vaisseau…
L’inconnu partit. Lom le suivi dans un dédale de couloirs blancs à n’en plus finir. Ils se ressemblaient tous, et Lom jugea absolument impossible de s’y retrouver ultérieurement. Au bout d’un certain temps, il entrèrent dans une petite salle sombre uniquement munie d’un écran blanc. L’étrange individu sortit alors une vieille cassette :
- Bon, l’intégralité de ta vie est contenue sur cette VHS. La regarder te redonnera quelques notions intellectuelles, ça m’évitera d’avoir à voyager avec un demeuré. Ca peut te paraître très long, mais ne t’inquiètes pas : ici, le temps n’existe pas, tu vieilliras pas, en gros t’es pas pressé.
Sur ce, le noir complet se fit dans la salle, l’inconnu quitta les lieux, et Lom contempla sa vie, et sur écran plat, s’il vous plait.
Il vous est sûrement arrivé au cours de votre vie de tomber sur ces ennemis de jeu vidéo, ces ennemis que l’on détruit en masse sans aucune pensée compatissante. Ces ennemis qui arrivent par paquets que l’on descend un à un presque naturellement. Il y en a tant, se ressemblant tous, que l’on aurait jamais le temps de se demander si chacun à une famille l’attendant au coin du feu, les enfants demandant quand est-ce qu’il arrive Papa à leur mère qui, les yeux embués, leur répond lentement que bientôt. Ces personnes, qu’elles aient le passé le plus tragique ou la vie la plus dure de la galaxie, sont vouées à mourir dans la masse, sans que l’on s’en demande rien.
Ce type de personnes peut aussi être présent dans le cinéma, ou en littérature. Par exemple, dans la phrase : « Pierre-Henri, de son nom de code, se tapi dans l’ombre et descendit d’un habile mouvement de poignet le garde de la porte. Il fit de même avec celui au bout du couloir, ainsi qu’avec les trois suivants. ». Dans la phrase précédente, on n’a absolument rien à faire du second garde faisant parti des « trois suivants » en question. Autre exemple : « Le pauvre Jean-Denis était cerné par une douzaine de militaires. Par chance, son acolyte Billy débarqua par la grille d’aération et les abattit tous d’une verte rafale de sa mitraillette à…disons plasma. ». La encore, la vie des militaires n’a aucune importance pour le lecteur et ces pauvres hommes sont considérés comme une chair à alimenter un récit d’action.
Lom avait été ce genre de personne. Il fut l’ennemi dont tout le monde se ficherait une fois mort. Au moment de sa mort, il gardait la porte de l’ascenseur d’un building à l’étage de la Pantoufle Ecarlate et devait s’assurer que personne n’entrait à cet étage. Ainsi, sa mort n’eut que peu d’intérêt, un peu à l’image de sa vie en l’occurrence. Et ce qu’il regarda pendant plusieurs décennies ne valait probablement même pas la moitié d’un des films du Seigneur des Anneaux. Mais il ne lâcha pas l'écran des yeux une seconde.
*Oui, en fait, j’ai décidé d’appeler le héros Lom provisoirement. Parce que renouveler les substantifs à chaque phrase, je trouve ça lourd. Et je vais rapidement en venir à bout. Pour ceux qui s’indigneraient, sachez que je ne m’excuse pas de la gêne occasionnée.
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Pour les curieux, la version certifiée d'époque (la comparaison peut être intéressante). Il est potentiellement possible de la préférer, car elle sans doute plus assumée et pousse plus loin certains délires. Mais enfin, aujourd'hui, j'ai quand même du mal avec certains trucs. Certains trucs notamment qui gênent pas mal le confort de lecture, même c'est justement ce qui me faisait marrer à l'époque ! (d'autant qu'avec la gestion des notes de bas de pages impossible, ça va être un trampoline de lire ce texte sur le forum :P !)
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