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II.
Alissandre reprit conscience derrière ses paupières closes. Beaucoup de temps avait coulé et le bruit de la forêt avait disparu ; un instant elle crut n’avoir fait qu’un mauvais rêve. Mais les sons et les odeurs - le vieux bois et le poulet froid -, ne lui étaient pas familiers. Un sentiment étrange envahit son torse ; elle ouvrit timidement les yeux. Elle était effondrée sur une chaise en bois, au bout d’une très longue table à manger.
Un unique poulet rôti, posé en milieu de table depuis sans doute trop longtemps ; se trouvait encerclé de pommes de terre et d’un bol de carottes. A l’autre extrémité de la longue table , son hôte la fixait de son regard sans yeux. Alissandre se redressa instinctivement en sentant la panique envahir chacun des pores de sa peau.
La créature se leva brutalement, comme en réponse à la jeune fille, et sa dressa de toute sa hauteur. Ses membres semblaient aussi fragiles que du bois sec, mais son effrayante grandeur lui donnait des airs d’araignée imprévisible. Il s’avança lentement vers la volaille. De ses longs doigts squelettiques, il en découpa minutieusement un morceau de blanc. Alissandre retint sa respiration alors qu’il s’approchait, passant ce qui semblait être une éternité à le déposer dans son assiette.
Quelques instants. Il revint vers le poulet, en arracha une cuisse, et s'en alla la disséquer, courbé au dessus de son assiette.
La jeune fille n’avait aucune idée d’où elle pouvait se trouver. C'était une grande salle à manger, sans fenêtres ni portes. Sur les murs, d'un rouge aimable, de grands tableaux représentaient, probablement, toutes sortes de choses : Alissandre ne parvenait pas à focaliser ses yeux dessus, et sa vision périphérique ne déchiffrait que d'étranges contours à l'intérieur des cadres de bois. Un escalier, que le regard suffisait à faire grincer, menait à l’étage. Entre deux grandes armoires, un couloir. Elle ne voyait pas où il pouvait mener, le lustre pendu au plafond n’éclairait pas assez.
Elle serait incapable de manger. Il le fallait, elle ne savait pas de quoi était capable la créature à laquelle elle faisait face, mais elle en était incapable. Elle eu un haut le cœur en portant le premier morceau de poulet à sa bouche, avec la fourchette en argent fatiguée. En face d'elle, l'homme sans visage, en découpant lentement sa cuisse, semblait l'encourager. Il découpait, inlassablement, jusqu'à ce que sa cuisse ne ressemble plus à rien. Il ne porta rien à sa bouche, il n'en avait pas.
Il se leva, rangea sa chaise, et vint se dresser de toute sa hauteur près d'Alissandre, majordome au garde à vous. Alissandre avait à peine avalé un morceau de sa viande.
Le monstre en costume se dirigea vers l'escalier. La petite fille se leva et le suivit, elle n'avait qu'assez peu envie de rester seule dans cette salle, avec tous ces tableaux que son esprit semblait se forcer à censurer. Ils montèrent les marches ; l'escalier semblait retenir ses grincements le plus possible. En haut, l’unique porte, ouverte, donnait sur une petite chambre morbide, mais douillette sans doute.
A peine y fut elle entrée que la porte se referma doucement derrière elle. La bête avait disparue. Il ne restait plus qu'elle, dans cette chambre au fin fond de la peur. Cette chambre aux fenêtres mal grillagées, trop hautes pour que l'on ne puisse voir au travers. Alissandre était seule avec son brouillon de rédaction vierge, et son effroi.
Le lit l'effrayait, la forme du matelas, la couleur des draps.
La commode l'effrayait.
La table de chevet, et sa petite lampe à fleurs, l'effrayait aussi.
Sans bouger, incapable de pleurer, elle ferma les yeux très fort, et disparut dans un sommeil profond, sans bouger un muscle.
Elle se réveilla, étalée sur le parquet. Il faisait nuit noir. De petits crissements se firent entendre entre les lattes, et Alissandre se jeta sur ses jambes. Elle s'assit prudemment sur le lit, suspicieuse, et alluma minutieusement la petite lampe de chevet de mauvais goût. Elle encercla ses jambes de ses deux bras, et essaya de se calmer, de réfléchir. Quelque chose l'en empêchait.
Dans la commode, quelque chose roulait. Elle essaya d'ignorer ce bruit, et réfléchit à sa rédaction, pour oublier.
Il y avait sans doute beaucoup de métiers très intéressants.
Coiffeuse – pompière – médecin – dentiste – *roule roule* - chanteuse – prof pourquoi pas ? – sportive - *roule roule* – fermière – avocate – qu'est ce qui peut bien rouler dans cette commode ? - productrice – actrice – il y a plusieurs choses qui roulent – diététicienne – au moins une dizaine – qu'est ce que ça peut être ? - monitrice d'auto-é…
Elle n'y croyait plus. Elle en avait assez d'être une victime passive, et il fallait qu'elle sache. Pour être rassurée, ou pour au moins savoir de quoi avoir peur. Elle allait jeter un minuscule coup d’œil.
Elle se leva prudemment et s'avança vers la commode. Elle entrouvrit un tiroir avec tout le courage dont elle pouvait s'armer, et la circulation de son sang s'arrêta.
Des dizaines d'yeux globuleux roulaient dans la commode. Ils roulaient autour de dizaines de nez, de bouches édentées, et de paires d'oreilles. Alors qu'Alissandre était glacée par de la vision d'horreur, tous les yeux se tournèrent vers elles. Les bouches lui sourirent. Elle claqua le tiroir d'une force dont elle ne se serait pas cru capable. Les roulements redoublèrent d'intensité : les yeux se jetaient contre le bois du tiroir. Alissandre se mis à hurler le plus fort qu'elle le put, peut être pour leur faire peur, surtout pour ne plus les entendre.
Elle employa alors une technique qu'elle utilisait fréquemment dans ses cauchemars. Face au terrible silence, face à l'affreuse horreur sourde, elle se mit à courir en hurlant. La colère se mélangeait à la peur, et grâce à elle Alissandre se sentait plus forte. Elle tira la porte de toutes ses forces, dévala l'escalier qui craqua sur son passage, et se cogna dans la table de la salle à manger, plongée dans le noir.
Quelque chose attira son attention. De la lumière venait du couloir. De la lumière et de la musique. Un véritable orchestre semblait se déchaîner de l'autre côté de cette étrange maison. Elle reprit sa course en direction du couloir lumineux, prenant garde à ne pas penser à ces terribles tableaux qui devaient l'épier dans le noir. Le gigantesque couloir était tapissé de vert. Il prit un angle, puis deux : il semblait ne pas avoir de fin. Alissandre ne ralentit pas, les sons se laissaient de mieux en mieux dompter par ses oreilles. Dans cette maison glaciale, cette symphonie chaleureuse la rassurait, elle avait la sensation que c'était la seule chose qui pourrait la sauver. Elle parvint enfin à faire couler les larmes le long de ses joues.
Alissandre passa la porte au bout du couloir sinueux presque sans y réfléchir, elle n'avait plus rien à perdre. Il y avait là une grande salle de bal. Éclairée par une douzaine de lustres, elle était éblouissante. La musique résonnait plus fort que jamais, rebondissant sur tous les murs. Le tuba, la clarinette, les cordes l'encerclaient. Le xylophone égrena une petite mélodie en pointillés. Cette musique n'était pas si rassurante finalement.
Au fond de la salle, sur une scène aménagée, bordée de rideaux rouges, son hôte squelettique jouait au chef d'un invisible orchestre. Devant lui, des dizaines d'enfants costumés tournoyaient, dans une valse millimétrée. Les garçons portaient un costume noir élégant, les filles une jolie robe blanche. Deux par deux, ils dansaient, tout en douceur, valsant dans la grande salle.
Puis vint le moment qu'Alissandre redoutait. Elle regarda leur visage. Aucun de ces enfants n'avaient de visage.
L'orchestre marqua une respiration dans la musique.
Alissandre ouvrit la bouche.
Les instruments reprirent de plus belle.
On ne les voyait nul part ; à l'oreille, ils semblaient tournoyer autour des lustres. La musique s'affolait, les percussions frappaient fort. Cette musique était-elle triste ? Ou était-elle joyeuse ?
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Suite et fin.
III.
Alissandre se réveilla en sursaut. Son premier réflexe fut de se palper le visage. Son nez, ses oreilles, elle n'avait jamais été aussi contente de les retrouver. Elle regarda autour d'elle. Elle était de retour dans la chambre des horreurs. Les draps étaient méticuleusement bordés, il faisait plein jour. Elle n'aurait plus peur, plus comme la veille. Elle voulait s'en sortir, avant de devenir lisse comme tous les autres enfants. Le roulis à l'intérieur de la commode se faisait toujours entendre, mais un autre son venait le heurter. Quelque chose de pointu tapait l'épaisse vitre de la fenêtre.
La petite fille leva la tête, l'ouverture était trop haute et elle ne voyait rien. Elle se mit debout sur le lit, mais cela ne suffit pas à la réhausser suffisament.
La vitre craqua. "Petite !" dit la fenêtre. Alissandre se crispa ; la voix était rassurante. "Petite !", continua-elle. Alissandre s'appuya doucement sur le lit et s'essaya à un petit rebond discret, juste pour combler la hauteur qui lui manquait pour apercevoir cette vitre parlante. Hop !
"Je vais te sortir de là !"
Alissandre amortit son petit atterissage sur les draps, les yeux écarquillés. Il y avait un oiseau, là, derrière la fenêtre, qui tapait à la vitre. Ses plumes étaient bleu clair, et il lui parlait.
"Je vais casser cette vitre, je vais ronger ces grilles. Cela prendra un peu de temps, mais je vais te sortir de là."
Le coeur d'Alissandre se réchauffa brutalement. Dans cet enfer cauchemardesque, elle avait un allié. A cet instant les marches menant à la chambre se mirent à craquer. Elle eu juste le temps de murmurer un "Shhht!" sonore. L'oiseau s'envola, elle se jeta sous les draps. L'homme maigre ouvrit la porte.
Allait il lui prendre son visage ? Il fit signe de le suivre en bas.
Il lui fit suivre le même manège que la veille autour de la table à manger. Poulet tout neuf, pommes de terres, carottes. Alissandre avait pris de l'assurance et ne toucha même pas à ses couverts cette fois. Elle pensait à l'oiseau, elle pensait à son espoir. Son grand hôte n'insista pas, il baissa la tête. La petite fille réfléchit : si elle était dirigé vers le couloir, elle s'enfuirait dans la chambre en courant. Par tous les moyens possibles, elle ne rejoindrait pas le bal. Mais à sa grande surprise, elle fut conduite vers sa chambre.
Peut être n'avait-elle simplement encore personne avec qui danser. La veille, les enfants tournaient deux par deux. Elle n'avait vu aucun enfant isolé. Peut être devrait-elle attendre le prochain venu avant d'être emmenée. Ce n'était qu'une théorie mais c'était tout ce à quoi elle pouvait se raccrocher.
Assise sur le lit, elle entendit un battement d'aile. L'attente était la seule option, il fallait espérer que l'oiseau fasse vite. Les coups sur la vitre reprirent. L'oiseau ne parla plus, et Alissandre n'osa pas réengager la conversation, de peur de paraître idiote. Elle préferait qu'il se concentre sur sa tâche. Le temps était long, dans la chambre, mais l'espoir la faisait patienter. Parfois elle entendait un craquement et son cerveau s'emplissait de joie. Les roulements ne l'effrayaient plus : elle avait presque de la peine pour tous ces organes enfermés dans l'armoire. Elle ne la rouvrirait jamais, tout de même.
Quelques jours passèrent ainsi. La peur s'amenuisait, et Alissandre commençait a avoir très faim. Elle se risqua un midi à croquer un morceau de poulet, cela n'allait pas la tuer. Du moins elle l'esperait. C'était bon, elle alla jusqu'a finir son assiette. Ce soir la, quand elle se leva pour remonter dans sa chambre, l'homme sans visage la rejoint a grandes enjambées et la prit dans ses bras. L'étreinte dura quelques secondes. Alissandre était tétanisée, les bras squelettiques étaient glacés. Lorsque l'étreinte se relâcha, elle fut conduit, encore une fois, à sa chambre.
Le lendemain, la vitre se brisa, dans un grand éclat, peu avant l'appel du midi. Il ne restait plus à l'oiseau qu'à ronger le mince grillage entre l'ouverture et la pièce.
"J'y suis presque." Il n'avait pas repris la parole depuis le début. Alissandre respira plus fort.
"Tu vas me sauver, tu vas me ramener chez moi. Qu'est ce que je dois faire, dis moi ?" Les mots sortirent à toute vitesse.
"Ne t'inquiète pas ! Je ne le laisserais pas faire tout ça. Je vais ronger cette grille le plus vite possible et quand ce sera fait, je te prendrais dans mes pattes, et on s'envolera, tous les deux ! Je te ramènerais chez toi."
"Oui ! Oui !" Alissandre avait des larmes de soulagement aux yeux.
Elle entendit du bruit venant de la salle à manger et se tut sèchement. Il y avait des bruits de chaises se déplaçant sur le parquet, mais personne n'était venu la chercher. La crainte, étouffée par les jours écoulés sans incidents, remonta en elle brutalement. Enfin, son hôte monta les marches, et vint la chercher. Et en descendant l'escalier, ce qu'elle redoutait le plus se présenta devant ses yeux. A sa place habituelle se trouvait un autre enfant, un petit garçon d'à peu près son age, sans doute : il avait l'air tétanisé. Elle crut apercevoir une lueur de soulagement dans ses yeux, au moment où il l'aperçu.
L'hôte, visiblement plus enjoué que d'habitude – cela se sentait dans l'ampleur de ses mouvements – invita la jeune fille à s'assoir en face, à la place habituelle du maître de maison. Maintenant qu'elle avait accepté de se nourrir, elle servirait d'exemple. Elle s'assit, lentement, économisant la moindre seconde pour mettre au point le plus vite possible un plan pour pouvoir s'échapper en toute situation. Maintenant que son compagnon était arrivé, ils suivraient probablement tous les deux le monstre dans le couloir à la fin du repas, et leurs yeux rejoindraient les autres dans la commode. Le monstre, debout à côté de la table, jetait sa tête d'un côté, puis de l'autre, semblant évaluer l'alchimie entre ses deux protégés.
Alissandre allait manger. En coupant des morceaux minuscules, et en machant bien. Cela laisserait du temps à l'oiseau. Pour gagner encore un peu plus de temps, elle allait discuter avec le garçon. Elle n'avait de toute façon rien à perdre. Il fallait commencer par le rassurer, elle détestait les pleurnichards et n'était pas d'humeur.
- Salut, dit Alissandre.
- ..., dit le petit garçon à travers ses larmes.
- Ne t'inquiètes pas, on risque rien ici. Au début c'est étrange, mais finalement on s'y plait bien. Comment tu t'appelles ?
- Leo.
- Ah bon. Moi c'est Alissandre.
- Ho. Comme la fleur ?
Alissandre était à peu près sure qu'aucune fleur ne s'appelait comme ça.
- Hmm, peut être ! Il faut manger Leo, en tout cas. C'est vraiment bon, t'inquiètes pas.
Il y eu un silence, et Leo goûta au poulet, après l'avoir retourné dans son assiette une bonne dizaine de fois. Alissandre reprit brutalement :
- Qu'est ce que tu veux faire plus tard, Leo ?
La question sembla perturber le petit garçon, qui esperait déjà sortir d'ici vivant avant de penser à son avenir. Il répondit tout de même :
- Docteur, je crois.
- C'est bien comme métier !
- Je pense oui.
Il n'osa pas renvoyer la question à Alissandre, il était encore trop intimidé. L'esprit d'Alissandre s'enflamma.
- Moi je veux voler !
- Voler ? Tu veux être voleuse ?
- Non ! Je veux voler dans le ciel.
- Ho tu veux être pilote alors ?
- Hm. Je sais pas trop.
La gestuelle du monstre laissait entendre qu'il ne comprenait pas grand chose à ce que racontait les deux enfants. Il se tortillait dans tous les sens.
Au fur et à mesure du repas, le garçon se relaxa de plus en plus. Son regard sur Alissandre avait changé. Il semblait la regarder avec complicité, comme pour devenir son ami. La jeune fille essayait de ne pas trop penser au fait qu'elle l'abandonnerait à pourrir dans cette maison d'ici quelques minutes. En terminant son poulet en silence elle eut des visions terrifiantes : elle se figurait, en train de danser toute sa vie, sans visage, avec ce petit garçon qui ne l'intéressait pas.
Son poulet terminé, Alissandre ferma les yeux quelques instants et se concentra. L'hôte, figé comme un phasme, bondit comme une flèche, et se désarticula vers l'entrée du couloir. Il leur montra la direction à suivre d'un air suggestif. Léo se leva, il avait fini la moitié de son assiette. Alissandre poussa lentement sa chaise. Elle se dirigea vers le couloir, et alors que le monstre tournait la tête...se mit à marcher vers l'escalier. De plus en plus vite. Elle se mit à courir dans les marches. IL se retourna. Léo ouvrit grand les yeux. Alissandre se mit à pousser un hurlement de guerre. Elle allait sortir défintivement de ce cauchemar. Elle ouvrit en trombe la porte de la chambre :
"EMMENE MOI ! Fais moi voler avec toi !"
L'oiseau rongeait le dernier morceau de grille lorsque la créature la rattrapa dans la chambre. Elle sembla reconnaître l'oiseau, et jeta sur lui ses immenses bras squelettiques. L'oiseau fusa à travers la chambre, évitant tranquillement chacun des membres lancés à pleine vitesse. Le monstre continuait à se secouer en tous sens, désespéré.
- Accroche toi, Alissandre, dit l'oiseau.
- C'est parti ! Cria-elle.
Elle s'accrocha aux petites pattes de l'oiseau et celui-ci la tira par la fenêtre et fusa à travers le ciel. Derrière elle la grande créature lanca le bras le plus loin qu'il put vers le ciel, puis s'effondra sur le lit, les mains sur la tête.
* * *
Alissandre volait. Son rêve se réalisait. Elle était haut dans le ciel maintenant, accrochée aux petits pattes de l'oiseau. Derrière elle, elle ne parvenait pas à distinguer la maison où elle avait passé ce séjour lugubre. Seulement la forêt, la forêt à perte de vue. Le vent dans le visage, ses yeux brillaient. Tout cela valait la peine d'être vécu après tout.
- Oiseau. J'aimerais passer au dessus de mon école. J'aimerais que mes amis me voient voler comme ça.
- Alissandre...Tu sais que les petites filles ne sont pas censés voler ?
- Je sais. Je sais. C'est pour ça que je suis si heureuse.
- Ce n'est pas ce que je veux dire. Alissandre. Les petites filles ne sont pas censées voler.
Au loin, Alissandre aperçut son village. En dessous d'elle, il y avait l'immense forêt sombre dans laquelle elle s'était aventurée. Ses arbres semblaient étranges. Elle plissa les yeux. Bien sur, ils n'avaient pas de feuilles, on était en plein automne. Mais en dessous, c'était des enfants, qui étaient plantés dans leurs branches acérées. Leurs paupières étaient closes, et le sang tachait leurs vêtements.
L'oiseau lâcha Alissandre. Celle-ci retint son souffle. Tous ces enfants avaient un visage. Elle n'eut pas le temps d'y penser plus longtemps, et une branche se planta dans son thorax. Sa tête, dont la vie s'était déja échappée, heurta le torse d'un autre enfant, dont le sang avait séché depuis déjà bien longtemps.
* * *
La fenêtre fut barricadé avec des barreaux plus solides. Léo logea dans la chambre en attendant que la créature sans visage ne lui trouve une autre compagne. Il en trouva une bien vite, et bientôt, Léo et Anna retrouvèrent les autres enfants dans l'éternelle valse de la salle de bal. La créature s'occupa d'eux, en prit soin comme de ses propre enfants. Il tournèrent, tournèrent, sans visage, et furent heureux pour l'éternité.
Mais ils n'eurent jamais la moindre idée de ce que cela pouvait être, de fendre l'air, là haut dans le ciel.
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