Salut à tous ! Je représente ma première fiction, il s'agit de Cycle. Je laisse l'ancien post (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,6100.0.html)ouvert pour toutes les critiques et pour la référence marrante que j'ai laissé de l'ancien post - enfin marrante pour moi.
Bonne lecture :D
CYCLE
Grand, c'est ainsi qu'il est. Grand et musclé. C'est sans doute un des guerriers rentré d'une guerre longue et profondément meurtrière. Le torse saillant, bombé, est mis en valeur par une armure de cuir plutôt épaisse. Il semble las, mais heureux. Il tient d'ailleurs un petit bonhomme en paille, cadeau qui ici est généralement offert aux enfants.
Son sourire s’efface lorsqu'il atteint les portes du village. En effet, de longues volutes de fumée montent haut dans le ciel, et lorsqu'il les aperçut, le guerrier prit une mine grave et demande à son destrier d'accélérer, le frappant fortement avec ses pieds. Il ne semble pas entendre les hennissement de douleur que le canasson éprouve à chaque fois que ses bottes le frappe, de même il ne sembla pas non plus avoir vu le petit gras qui venait de s'enfuir en marchant d'un pas claudicant – pourtant utile pour la suite, j'en ai ma certitude.
Maintenant, le guerrier est occupé à bien mieux. Analyser les décombres de son ancienne maison. D'un coup de pied, il terrasse habilement les morceaux calcinés qui lui barrent la route, arrache la porte de la maison, alors qu'elle n'a plus aucun mur, pour finalement trouver la conclusion de ses noires pensées.
Une jeune femme, belle, tenant un enfant dans le creux de ses bras, ayant une mine horrifié, ou douloureuse, impossible de le savoir. Si je vous disais qu'ils me rendent triste, tout les trois.
Le guerrier debout, ne sachant ni quelle posture adopter, ni savoir si l'illusion qu'il perçoit en est réellement une. La femme, retenant son enfant contre son sein, voulant le protéger d'une menace horrifique ou très puissante. Et enfin l'enfant, trop jeune pour avoir sût réellement ce qui dût arriver, regardant fixement le haut de la maison de ses yeux vides de vie mais toujours aussi brillant.
Je pense qu'à cet instant, qui dure -en tout cas pour moi- une éternité, le cerveau humain de notre pauvre homme n'a pas compris ce qu'il voit. Son organe, permettant de ressentir des sens et de comprendre sa vision à décidé que les yeux doivent accomplir cette besogne.
Yeux qui bondissent donc d'un visage à l'autre analysant leurs traits. Si ceux de l'enfant leur paraissent inconnus, ceux de leur femme en revanche, ils les reconnaissent bien. Elle est plus âgés, gagnant trois rides depuis leur dernière visite, rides qu'ils ne leurs déplaisent pas, mais ayant aussi perdu du poids. Longue, élancée sa silhouette avait été changée. L'enfant était plus vieux. Si la dernière fois qu'ils étaient tournés en sa direction, il était à l'intérieur même du ventre, ici il est à l'extérieur. Mais sans même l'avoir vu en dehors, ils ont tout de suite reconnus les traits de son visage. Un savant mélange entre les meilleurs de son père et les meilleurs de sa mère, mais les yeux, c'était eux. Le garçon, plus vieux aurait été magnifiquement bâtit et aurait même pût avoir les faveurs des plus belles femmes. Portant des cheveux court, à l'inverse de son père, il était quelqu'un avec le visage ouvert et rieur. Ils auraient bien aimés le voir avec l'éclat de la vie et l'innocence du moment.
Le cerveau commençant lentement à prendre le relais, place quelques informations par ci, par là. Leur première rencontre, dont les yeux avaient été de grands acteurs. Ils se paraient d'un grand éclat qui avec la paupière avaient entrepris de montrer l'excitation que le cerveau ressentait. C'est de ses yeux que la femme était tombée follement amoureuse : deux yeux verts qui avaient regardé son corps sous toutes ses coutures, exprimant toujours la même soif que lorsqu'ils s'étaient posés sur elle la première fois.
Mais ce souvenir fait ressurgir une vague de nostalgie et des pensés aussi étranges que pathétiques. Pas de doute le cerveau reprenait enfin du service. Si les premières pensés furent pour son fils. Comment marchait-il, comment parlait-il, aimait-il le thé ? Rapidement, ce fût au couple qui posait la question. La mère était-elle gentille avec son enfant ? Avaient-ils joués ensembles, voire chanter ensemble ? Comment le fils connaissait son père ? Comme un guerrier fantôme qui ne reviendrais jamais ? Comme un héros de guerre qui allait bientôt rentrer ? Est-il heureux ? Avaient-ils souffert ? Pourquoi sont-ils mort ? Auraient-ils une sépulture décente ?
C'est ici que le guerrier tombe à genou. Se laissant aller dans une vague de désespoir, imaginant vainement une vie parfaite, qu'il n'aurait jamais, allant même jusqu'à prier pour un dieu dont il ne croit pas. Son cerveau venant enfin de réaliser ce qu'il ne pensait jamais voir. Sa douleur est mentale, mais il tremble. De même, ses os et ses muscles ne cherchent plus à éviter la gravité, alors que son cœur et ses poumons lui envoi des signaux de désespoirs.
Je ne chercherais pas à m'étendre d'avantage sur la douleur du guerrier, ni sur la sépulture qu'il offrait à sa famille, mais je chercherais à décrire l'immense soif qu'il ressent.
Car il ressent aussi une soif. Une soif dévorante, comme s'il est devenu un glouton. Ce ne sont plus ses organes, ce n'est plus son intelligence, ni quelque chose qui venait de lui. Il perçoit cette soif comme une inspiration divine. Enfourchant son cheval il se mit en quête de son Graal. Et le Graal, qu'était-ce ? Trouver le coupable et le tuer, aussi simple que cela. Simple, mais elle occupe son esprit comme une partie d’échec particulièrement retors. Chacune de ses fibres occupée à préparer son exécution. Planifiant un à un tout les cas de figure – non en cas d'échec – mais de trouver la meilleur façon de mettre fin à une vie. Vie qu'il visualise enfin. Le petit gras au début, qui était de son époque un vieux fou qui clamait pouvoir ressusciter les morts.
Mais comment décrire avec précision le changement que la figure du vieillard inspire au guerrier ? La vision, qui autrefois était celle d'un gros vieillard secondaire, se transforme en celui d'un ennemi. Je ne pense pas qu'ennemi est un terme assez fort. Je dirais que le guerrier pense que le vieillard est son opposé. Un jumeau maléfique qui ne sert qu'à plonger le monde dans le chaos. S'il est le protagoniste, lui c'est l'antagoniste. Mais en plus d'être un antagoniste, c'est un démon, qui se devait d'abattre comme un monstre horrible ! A cause d'une terrible action, sa vie entière n'a plus de sens. A cause d'un homme, il n'a plus rien à faire dans ce monde et aurait voulu ne jamais survivre de la guerre.
Si autrefois, ses os étaient par terre, ne pouvant plus le relever, ne luttant plus contre la gravité, maintenant ils sont debout, prêt à combattre. Le fait d'avoir le goût du sang et de la vengeance dans sa bouche lui donne une vigueur nouvelle. Il pense à tort pouvoir tout résoudre avec de la colère, de la haine et de la vengeance.
Arrivant devant le château il sort son épée, prêt à détruire la porte de bois assez vulgaire. L'épée fait onze pieds, poignée comprise, pour quatre kilogrammes et si je me permet de la décrire ainsi, c'est pour vous faire patienter le temps que le guerrier arrive à la porte, achever sa vengeance.
Lorsqu'il frappe le premier coup, la porte ne bouge pas. Le second la fait un peu bouger, mais le troisième est fatal. La porte, tombe avec un grand fracas qui raisonne dans tout l'espace et qui me fait penser à un tombeau qu'on ouvre. Les yeux du guerrier cherchent vainement le nécromancien. Ne le trouvant pas tout de suite, il monte les marche, détruisant tout sur son passage. Défonçant les portes, coupant des tables et massacrant des étagères remplies de bouquins. Le château devint rapidement aussi propre que ma propre chambre.
Mais le nécromancien est devant lui depuis le début. La corde qui retient son cou pend du lustre en hauteur. Ce qui rend difficile le fait de l’apercevoir en saccageant tout. Aurais-je besoin de décrire avec précision sa face bleue ? Ou le coup tranchant du guerrier qui n'eut pas le plaisir de le tuer lui même ? Dans tout les cas, le corps tomba loin de la tête et le guerrier ne pût accomplir sa saine vengeance.
Car même si l'antagoniste aurait été tué par son arme, cela ne pouvait clairement pas faire revenir sa famille. Ayant compris que ça ne lui servirait à rien, il se résous à perdre une deuxième fois ses espoirs, ses illusions et sa vie. Le goût de défaite dans la bouche, la gravitation reprenant les droits sur son corps, le guerrier abandonne. Il n'abandonne pas que l'espoir, il abandonne aussi son humanité, son corps, ses pensés. Il ne peut plus bouger, d'ailleurs il ne veut plus. Il est maintenant inconscient de sa propre existence. Cherchant comme à se réveiller de ce cauchemar.
Mauvaise journée pour notre héros, non ? Mais lors de son réveil il prit machinalement le premier objet qui traîne sur le sol. Un vieux livre poussiéreux sur la réincarnation et la résurrection. Je dois avouer que si je le comprenais jusqu'ici, maintenant je n'ai aucune idée de pourquoi il s'en retrouve revigoré. Ayant accepté la mort de sa famille, il se doit au contraire de faire son deuil. Ici, c'est comme si une seconde vengeance, une seconde quête venait de le tirer de son sommeil. Il veut revoir sa famille, de n'importe quel manière, dû-t-il brûler un village. Pendant près de vingt ans je le vois encore potasser son bouquin, testant diverses possibilités et écrivant sur un papier différents calculs alambiqués et idées complexes – un peu comme mes phrases. Pour enfin aboutir au massacre d'un village.
Il n'eut pas le temps de se suicider. L'homme qui l'avait abattu ne lui en avait pas laisser le temps. Mais le résultat est le même, il venait enfin de comprendre la triste réalité. Ce n'était pas à eux de les rejoindre, mais à lui.
Il est impossible, même en massacrant un village, de ressusciter des êtres chères. La réincarnation ne les transformes qu'en poupée désarticulée. Mais à l'inverse, s'il n'avait rien fait, il aurait sans doute empêché la terrible malédiction qui lui avait donné. Car voyez-vous, l'âme des damnés reposent dans un même lieu. Mais les âmes qui sont maudites, sont coincées entre la terre et l'enfer. Vous voyez l'ironie de la situation ?
Mais, il y a plus drôle. L'homme qui venait d'abattre notre protagoniste, dort sur le même livre que lui il y a une vingtaine d'année : « Cycle de vie et de mort. »