Cher ami,
Je m’excuse, beaucoup de temps s’est écoulé depuis ma dernière lettre. Je t’y parlais beaucoup du passé, l’écrire à provoquer chez moi de grand changement et un tel bouleversement est épuisant. C’est pourquoi, j’ai décidé pour celle-ci de prendre un ton plus léger. Comme tu le sais le sport et l’écriture ont pour moi une place importante. Quel est le rapport entre l’un et l’autre ? J’y viens.
Toutes les semaines alors que mon fils prends son cours de natation dans une partie réservée de la piscine municipale, de mon côté j’enchaine tant bien que mal les longueurs, en slalomant entre les enfants qui jouent dans la partie publique. Je ne crawl pas, je brasse uniquement. L’intérêt que je trouve à cette nage calme est qu’elle permet une réflexion poussée et ininterrompue. La semaine dernière je songeai toute en me délassant de ma journée, à un extrait des Chroniques de l’oiseau à ressort d’Haruki Murakami que je venais tout juste de terminer. Je me sentais comme Toru Okada : « Nager…Nager est l’une des choses les plus merveilleuses de ma vie. Ça n’a résolu aucun de mes problèmes, mais ça ne m’a jamais nui, et rien n’est jamais venu gâcher le bonheur que ça me procure. Nager… ».
J’arrivais à la fin d’une longueur et me retournais pour en entamer une nouvelle. Le bassin public avait été déserté et je profitais seule de toute cette eau dont je ne prenais conscience qu’alors, comme si son volume m’avait été dissimulé par les corps qui l’habitaient. Le luxe à 2€95. Je ne perdais pas de temps, enchainant les longueurs, sentant mon corps glisser sur sa surface parfaitement lisse avant mon passage. Ce moment de grâce ne dura pas et je reçu le retour du bâton. Le cours de mon fils était bientôt terminé et les jeunes membres de l’équipe de Water-polo arrivèrent pour s’échauffer. Après le calme d’une mer un jour sans vent c’est une petit tempête que je devais affronter pour regagner le bord, évitant in extremis les jeunes sportifs déchainés. Les parents aussi arrivaient s’agglutinant sur les bancs.
Je remarquais un jeune père, toujours assis à la même place, toujours absorbé par sa lecture. Il levait les yeux, parfois, à la recherche de sa progéniture.
Il est impossible de ne pas le remarquer, ses yeux sont d’un bleu pur, et chaque fois j’y plonge, attirée par leur fraicheur un jour de canicule. Il doit le remarquer et peut être en être gêné. J’imaginais quoi lui répondre, si par malheur il venait à me questionner :
- J’ai remarqué que vous me fixiez, nous connaissons nous ?
- Pas du tout en fait, c’est la faute de vos yeux. Excusez mon culot mais ils sont d’un bleu tellement parfait. Ne vous méfiez pas, il ne s’agit en aucun cas d’une tentative de drague maladroite et j’ai conscience de l’impolitesse de mon attitude. Cependant, si j’étais photographe ou peintre, j’aimerai les saisir pour leurs offrir l’éternité. Malheureusement, je ne suis qu’écrivain amateur, alors je les observe dans l’espoir d’avoir un jour le talent nécessaire pour les fixer sur le papier.
Je n’aurais certainement pas le courage nécessaire pour lui répondre avec autant d’esprit et s’il venait à m’interroger, je ne lui ferais que de plates excuses en baissant les yeux, condamnée à ne jamais plus les admirer.
J’ai pris, ce jour-là, conscience du travail encore à effectuer avant d’être capable de décrire, grâce à ma plume uniquement, l’intensité de la couleur.
Affectueusement.
Une petite question quand je copie mon texte, la mise en forme n'est pas respectée. Y a t il un moyen de la conserver ? ou au moins de faire apparaitre les tabulations ?