Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Seymour le 01 Décembre 2008 à 18:36:00
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Bon j'ai modifié deux trois choses mais ça reste trop superficiel pour que je le nomme encore deuxième version. J'ai quand meme modifié mon texte parce que je n'aimais pas trop le laissé dans cet état là... :mrgreen:
Pour le titre, il n'est que provisoire, je ne me suis pas vraiment penché sur la question.
Bonne lecture!
A ses yeux torves et sa bobine de travers, je compris tout de suite que quelque chose le tracassait. Il arpentait la pièce d’une démarche lourde en me toisant du regard, un véritable ours, et mal léché. La faute à qui ? Je ne voulais rien savoir. Et puis encore ? Il osait débouler chez moi, sans prévenir, et je devrais me soucier de sa petite personne ? Pauvre petit chou, tu as un problème, tu veux que ton vieux copain Francis te prête une oreille attentive ? Que nenni ! Rien ! Pas d’oreille ! Même pas une sale.
Je savais très bien comment cette discussion finirait. Dans le vinaigre. Et pas de framboise, ah non ce serait trop lui demander à Monsieur Gilles de la framboise, ce serait un de ces vinaigres qui vous tournent la tête rien qu’à le sentir. C’est vraiment qu’un…. qu’un pisse-vinaigre ! Tiens ? Justement.
Il arrêta brutalement sa ronde colérique. Et, d’un ton hargneux, déclara :
- Tu l’as regardé, n’est-ce-pas ?
Je ne savais pas du tout de quoi il voulait parler, mais l’admettre aurait été un acte de faiblesse, ouvrant ainsi une brèche dans laquelle il s’empresserait de se faufiler. Comme une anguille. Gluante et fourbe, elle vous glisse toujours entre les doigts ! Je décidais donc de répondre avec subtilité.
- Je ne te le cacherais pas. Mais pas dans les yeux, ça c’est sûr !
Ma réponse sembla le décontenancé. Bravo ! J’avais fait mouche. Guêpe même. Non mais ! S’il pensait que j’allais me laisser faire, c’était mal me jauger.
Le bougre ne se laissa pourtant pas faire, il contre-attaqua aussi sec :
- Je te parle du débat d’hier soir, à la télé. Tu l’as vu, fit-il.
Malin le saligaud ! Il cherchait à m’emberlificoter, je n’allais pas me laisser faire. Et finalement ça tombait bien, je l’avais vu ce débat.
- Promis, juré, craché ! dis-je avec force.
- C’est un scandale ! hurla-t-il avec conviction. Comment peut-on oser affirmer de telles choses ? Fermer nos frontières ? C’est simple, ça me rebute, ça me répugne, ça m’écœure, ça… ça me fait tout chose.
- Y'a un problème ? C'est quoi le problème ? fis-je sur un ton de défi.
- Comment ? répondit-il avec stupeur.
Il me fixait de ses gros yeux globuleux et s’approcha à petit pas jusqu’au moment où nos têtes se retrouvèrent … en tête à tête !
- Evidemment avec ta tête de pioche, tu fais partie de ces ramollis du ciboulot qui soutiennent de telles ignominies ! me susurra-t-il cruellement au visage.
- Peux-tu présentement penser qu’on peut prendre en charge tous les pauvres peuples persécutés qui prétendent à se réfugier dans notre Paaatrie, lui crachotai-je en guise de réponse.
Combien peut-il y avoir de malheureux sur Terre ? Dix milliards ? Nous n’avons pas assez d’HLM pour tous les recevoir ! Soyons réaliste !
Victoire ! Là, je lui avais cloué le bec à cet oiseau de mauvais augure ! Il siffle, il piaille, mais moi, j’aboie ! Et quand je grogne, mieux vaut rentrer au poulailler.
Gilles s’essuya le visage méthodiquement, ses gestes lents laissaient présager une riposte impitoyable. Il recula d’un bon mètre puis recommença sa ronde hystérique et déclama tout en tournoyant son index vers le ciel :
- Nous ne sommes que des privilégiés ! Des ducs, des barons, des princes, des rois, des…gens… oui des gens si hauts perchés dans leur confort qu’ils en viennent à penser qu’il est un droit et non un privilège ! Mais tu as oublié un petit détail duchesse !
- Non, je ne crois pas.
- 1789 ! cria-t-il triomphalement. Nous sommes le pays des droits de l’Homme ! Nous ne pouvons pas trahir la mémoire des nos pères en claquant la porte au nez à ce Tiers Etat qui souffrent et meurent dans son Tiers Monde !
- Oh ! Et voilà ! Encore et toujours la même rengaine ! Oserais-tu me traiter de royaliste si je clame le droit de ne pas vouloir nager dans les problèmes ! Les bien-pensants savent bien comment cela se termine si on se laisse aller à la pitié. On accueille ces affamés, le chômage grimpe, les gens s’ennuient. Alors, pour passer le temps, ils brûlent la voiture du voisin. Nous, on rouspète, on envoie nos matraques et ils sont tristes. Non, non, non, décidément, ces malheureux seront bien plus heureux chez eux.
- Tu mens !
- Je ne mens jamais. Question d’hygiène. Les menteurs puent, c’est bien connu.
- La délinquance est notre abomination ! hurla-t-il en se jetant au sol. Nous l’avons enfanté en excluant nous-mêmes ces gens de notre société ! martela-t-il en frappant le sol de ses poings.
- Tu en fais trop. Comme dirait Pépé, à l’époque, nous leur avions juste demandé de reconstruire nos maisons, pas d’y habiter…
- Au jour du jugement dernier, tu ne pourras pas t’abriter derrière le rempart de la mauvaise foi ! Et tu brûleras en enfer démon !
- Tu en fais vraiment trop. Pourtant on ne peut pas vraiment dire que tu agissais avec politesse et souci d’intégration en ce qui concerne Mr Mahfouz du quatrième.
- Mais ça n’a rien à voir ! répliqua-t-il. C’était un bandit, et ses fils, des dégénérés qui ne cherchaient qu’à semer le trouble et à flamber des poubelles.
- Comment oses-tu tenir de tels propos ? m’indignai-je. Tu connaissais bien toutes les difficultés qu’ils enduraient. Ils n’avaient même pas assez d’argent pour s’acheter une boite d’allumette. Je peux te le prouver, ces petits anges s’amusaient toujours à me chaparder mon briquet.
- Il n’avait qu’à travailler s’il voulait réellement s’en sortir…
Je ne pouvais pas supporter un instant de plus les sifflements de cette langue de vipère. Je décidais de monter sur mes grands chevaux et de m’envoler dans une dernière chevauchée lyrique.
- Tu n’es qu’un cancrelat, qu’un immonde cafard sans cœur ! Mr Mahfouz se tenait du mal pour s’en sortir, seulement voilà, personne ne voulait lui donner sa chance. Il n’avait pas la tête de l’emploi, disaient-ils ! Pousserais-tu la mauvaise foi jusqu’à cautionner de tels agissements ?
- Y'a un problème ? C'est quoi le problème ? dit Gilles avec dédain.
Il n’avait qu’à mettre un peu de fond de teint. Mais voilà, Mr Mahfouz n’avait aucune envie de s’intégrer, c’est tout ! Il était même trop feignant pour retourner dans son pays. On lui aurait donné tout le travail qu’il voulait là-bas.
- Tu es un monstre ! Il a fui son pays car pour eux la vie n’était qu’un long calvaire. Et je suis heureux de l’avoir accueilli, nous sommes le pays des droits de l’Homme après tout !
Ton intransigeance m’effraie. Nous ne serons jamais d’accord de toute manière !
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hum....
Je vais être franche, j'ai pas trop acroché :-[
ce jeu sur les expressions qui m'a l'air intéressant, je trouve qu'il retombe un peu à plat :-[
ne te vexe pas!
ce que je veux dire, c'est qu'il me semble juste être un jeu, mais.... ça ne va pas plus loin
en fait, peut-être qu'il faudrait que tu retravailles ce jeu pour le mettre en valeur, pour caractériser le personnage
parfois, tu en fait un peu trop, je trouve, ce qui détruit le côté intéressant de ce jeu
et ensuite ça dérive vers quelque chose de plus sérieux qui se finit un peu étrangement d'ailleurs
ce qui fait que je ne crois plus à rien ni à la drôlerie du jeu sur les expressison, ni au côté sérieux moralisateur-poltique de la fin
donc, pour t'aider (parce que le but n'est pas de critiquer à torts et à travers) je pense qu'il faudrait que tu choisisses: soit le sérieux, soit le jeu sur les expressions ou alors si tu tiens à garder les deux, justement joue sur le contrepoids, ce qui fait que ce qui est "sérieux" va devenir ridicule par ce jeu avec les expressions
un peu comme dans Madame Bovary, si tu l'as lu, avec le discours de séduction de Rodolphe et le discours du maire
donc en fait l'idée est bien mais la forme est à revoir
après ce n'est que mon avis donc avant de faire quoi que ce soit, attends d'autres commentaires ;)
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ne t'inquiète pas, je poste justement pour les critiques.
Pour être franc j'ai écrit ce texte en quelques heures, au fil de mon inspiration sans vraiment réfléchir plus loin que ma plume. Je ne me suis pas du tout repenché dessus donc évidemment, je pense qu'il y a beaucoup de choses à revoir.
Le jeu des expressions, en effet ce n'était qu'un jeu qui m'amusais, cela n'allait pas plus loin.
Pour le sérieux du propos, c'est un peu tout mon probleme, je me sens toujours obligé de mettre un peu de sens, de sérieux dans mes textes, qu'il y ait toujours finalement un point de reflexion. Mais au bout du compte, ce texte cherche plus à être comique qu'à donner une morale sur notre société.
J'aimerais que les deux s'embriquent dans une sorte de discours absurde, comme à la fin où finalement les personnages dans leur querelle finissent par s'interchanger leur point de vue.... (un peu comme du Ionesco dans la cantatrice chauve...)
Bon bon bon, en effet, je vais attendre d'autres points de vue, mais de toute manière j'ecris toujours en plusieurs phases, il y aura donc des versions nettement différentes à la fin.
Merci de ton commentaire ;)
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ah oui, en effet à me relire, je trouve aussi que le sérieux du propos fait bancal avec l'absurde du texte.... il faudra que je trouve un moyen de rendre ça plus subtil.....
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Je viens de lire, et j'aime plutôt bien, mais il y a en effet ce décalage qui a déjà été souligné...
A partir de "Il me fixait de ses gros yeux globuleux et s’approcha à petit pas jusqu’au moment où nos têtes se retrouvèrent … en tête à tête !" je me suis dit que ce procédé était une bonne idée qui aurait pu être bien exploitée, mais que dans ce contexte ça finissait par être un poil lourd.
Cela dit l'engueulade et les arguments sont vraiment intéressants, bien tournés, la dialogue est bien fait, c'est pas trop long ni trop court, donc vraiment plutôt un bon texte :huhu: