Je réponds à un défi de Peyps. Je pense en faire un autre texte : celui-là est calqué sur la réalité... Pour l'autre je ferai sûrement un peu plus appel à mon imagination ;)
je te défie d'écrire une histoire sur le voyage d'un photon qui part du soleil, jusqu'à notre peau qui bronze. Nul ne sait ce qu'il va rencontrer en chemin, mais tu vas nous le dire ?
Ah, j'ai failli oublier. Tu n'as le droit qu'à seulement deux phrases de plus de dix mots dans toute l'histoire.
***
Départ imminent : direction, ailleurs. Dans 10 jours à peine. Après presque 72 385 ans. J’en ai fait des rencontres toutes ses années. J’ai jamais été seul. Pas depuis que mes protons de parents ont fusionné.
Comme tous mes congénères, j’allais aléatoirement. J’ai parcouru un bout de chemin avec certains. Dans les colonnes de gaz. Le vide. Le soleil. Ses différentes couches. Certains en sont morts. Certains ont été bien plus rapides que moi. Comme s’ils étaient aussi pressés que vous les Hommes. Moi ? J’ai fait mon petit bonhomme de chemin. Prenant mon temps. Observant. Me délectant des rencontres. Surtout celles avec les atomes ionisés d’hydrogène ou d’hélium. Au début, ils étaient une foultitude que j’aimais à côtoyer. Les laissant parfois m’absorber. Mais jamais pour longtemps. C’est arriver des millions de fois.
Je m’en suis lassé. Heureusement ils étaient de moins en moins nombreux à m’aborder. C’est à ce moment-là que j’ai accéléré. Ne plus en voir aucun. Les quitter. Vivre pour moi. Seul. Le temps d’un instant me suffirait. J’en ai besoin.
Trop d’autres. Trop de vie. Trop de bruit. Trop de chaleur. Trop de lumière. Pourquoi ne me laissent-ils jamais seul ? Pourquoi la nuit ne m’atteins pas ? Pourquoi ne puis-je jamais me reposer. Vous en avez de la chance. Vous, les terriens. Votre Monde évolue calmement. Vous choisissez où vous allez. Vos parents vous accompagnent. Vous avez le temps de vous ennuyer. Rarement. Celui de rêver. Souvent. Votre vie est éphémère. Elle ne vous semble jamais assez longue. Vous vous précipiter. Pourquoi ? Pour voir plus de choses ? Pour comprendre ? Pour connaitre ? Pour savoir ? Non. Pour vivre chaque jour la même chose. Votre devise pourrait être l’efficacité ou la découverte. Toujours pas. Nous la connaissons pour l’avoir trop de fois entendue. « Métro, boulot, dodo. » Vos nuits vous soulagent. Parfois. Vos rêvent sont votre échappatoire. Vous en oubliez pourtant la plus part.
Nous, photons, connaissons notre devoir. Nous ne vivons que par lui. Nous vivons des milliers d’années. Mais nous ne choisissons rien. Nous ne voyons rien de spécial. Notre vie est infinie dans le vide. Nous y sommes immortels. Certains ont un trajet bien plus long que d’autres. Vous avez quelques fois rêvé de créer l’immortalité. Alors imaginez une vie infinie !
J’en ai en partie l’expérience. Et quelle torture. Les rencontrent intéressantes sont rares. De plus en plus insignifiantes. Les paysages se ressemblent tous. La plus part vous sont connus. Le tout n’est que monotonie morbide au cœur du rien.
Ce dont j’ai envie ? Moi ? Vous ne me croiriez pas. Je voudrais visiter la Terre. Et mourir après. Je voudrais faire un choix. Une seule fois. Arrêter de me laisser porter. Dans quelques minutes maintenant. Je vais quitter mon monde. Le Soleil. J’espère être dirigé vers chez vous.
Ca y est j’en suis sorti. Il fait moins chaud ici. Je suis propulsé à une vitesse folle ! Moi qui en avais marre de mon trajet tortueux. Une voiture parisienne sur le périph à dix-huit heures. Lent. Saccadé. Fatiguant. J’émerge enfin des gaz de la Grande Rouge.
Je suis embarqué dans le sillon de mes semblables. Un rayon. Nous formons une ligne. Pas une droite. Très vite, sur ma gauche, j’aperçois une comète. Elle ne s’arrête pas. Pas de priorité à droite chez nous. Notre loi c’est « au plus grand ». Elle transperce notre groupe de part en part. Rien ne lui importe que sa trajectoire. Certains d’entre nous sont morts sur le coup. D’autres ont été détournés. Une fois de plus, je continue. Toujours tout droit. Rien n’a changé dans les dernières deux minutes. Sauf le bruit. La lumière. La température. La force d’attraction. Je me sens libre. Seul, malgré les milliards de photons autour de moi.
C’est tellement beau. Les étoiles brillent de mille feux. Malgré la présence de l’Etoile Flamboyante. 3 minutes. J’aperçois au loin Mercure. Cette magnifique planète tellurique parfaitement ronde. Elle va vite. Elle me rappelle tant la comète que la Terre. Un souvenir et un espoir dans le même instant. Elle est très loin sur ma droite. Elle n’est pas mon point d’arrivée. Un soulagement. Je l’ai déjà dépassée quand je le comprends.
Tout à coup un objet étrange apparaît. Entre l’orbite de Mercure et Vénus. Ca ressemble à … Astérix ? C’est un satellite ? Mais il est bizarre. Comme si ça avait une trajectoire mais pas d’orbite ? C’est une sonde spatiale. Enfin je pense… J’aimerais bien la suivre. Voir où elle va. Savoir ce qui vous intéresse si loin de chez vous. Mais nous l’avons déjà largement dépassée.
Je regarde derrière moi. Et là, le soleil semble avoir disparu. Mais à sa place, une étoile géante m’éblouie. Elle a six branches. Elle ressemble à toutes les autres. Quand on les voit de près. Un peu. J’en ai le souffle coupé. Elle est spectaculaire.
Quelque chose d’étrange se produit. Comme un coup de vent. Une bourrasque. Une fusion solaire au ralenti. Je dévie légèrement de ma trajectoire. Je regarde autour de moi. Je veux comprendre. Il s’agit de Vénus. Sur ma gauche. Majestueuse. Rapide. Lumineuse. Forte. J’éprouve une forte attraction envers elle. Mais la Terre m’appelle. Avec de la chance, dans deux minutes, je verrai la Lune puis quelques secondes plus tard, la Terre.
Six minutes et trente-deux secondes. Vénus est derrière moi. Le plus dur est passé. Ma vie s’éloigne de moi. La Grande Rouge. Mon chez moi. Ma « Terre natale ». Le soleil. Je ne le vois plus qu’en tout petit. Sept minutes et vingt-huit secondes que je l’ai quitté. Je dépasse Orion qui se dessine sur l’horizon.
Des centaines d’objet non identifiés nous escortent. Ils vont droit sur l’atmosphère de la Belle Bleue. Ils prendront feu et offriront un spectacle fabuleux. Dans quelques jours. C’est l’été. Août. Il n’y aura pas trop de nuages. Beaucoup de gens dehors. Si j’ai de la chance.
J’aperçois une terre détruite. Un fragment de seconde. Loin, très loin de moi. Un visage ravagé par le passé. Démuni par sa course continuelle. La lune. Elle ressemble à un adolescent. De ces boutonneux. Vous savez ceux que vous appelez « calculette ». Ceux qui souffriront toute leur vie de ces cicatrices. Elle est comme eux. Magnifique. Heureuse. Elle sourit béatement à sa vie. Je la salue en la dépassant.
***
Huit minutes, dix-neuf secondes. 149 597 870 km.
Il fait un peu plus chaud. L’attraction est plus forte. J’ai l’impression d’être revenu près du soleil. La Terre. Elle est Fabuleuse. Bleue. Sublime. Tachée de vert et de lumières. Des nuages captent certains de mes compagnons. Je les évite. Je veux en voir plus. Faire quelque chose de plus grand. Pour la première fois, je trouve la force de choisir.
Un oiseau de métal coupe notre trajectoire. Certains y laissent la vie. Les autres accélèrent. Impatients.
Un autre nuage. Un autre faisceau de photon près de nous. Un oiseau de chair et d’os. Un immeuble. La Tour Effel. Un drone. Un jeu d’enfant. Un cerf-volant. Un ballon.
Nous ne sommes plus très nombreux.
Un camion qui s’allume.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Un bras. Une mallette. Une poussette.
Je vise autre chose. Je veux quelque chose de plus important. Je veux laisser ma marque. Qu’on se souvienne de moi.
Un visage. Des lunettes. Les yeux ? La bouche ? Les joues ? Le nez. Je choisi le nez. Au milieu de la figure. Celui que tout le monde verra.
Je suis sur un brun aux yeux noisette. La tête d’une jeune fille sur l’épaule. Elle le regarde. Elle rit. Ils voulaient bronzer tous les deux. Au pied de la Dame de fer. Romantique ? Pas avec un coup de soleil sur le nez beau brun.
J’ai laissé une trace. Je suis mort en livrant un message. Adieu. Je meurs en paix. J’ai accompli mon destin : dessiner une image. Créer un souvenir.
Et seulement une phrase de plus de dix mots (si j'en crois mon très cher ordinateur :) )
Edit : J'ai ajouté sur les conseil de Ned un dialogue. Il est dans le spoil, le texte pouvant se lire avec ou sans. Et du coup, il y a peut-être deux phrases de plus de dix mots mais je n'en suis même pas sûre :-[