Suite à une sécheresse assez intense ces derniers temps, je n'ai que ce pauvre texte à vous proposer. Texte totalement expérimental, décousu, "bizarre" probablement. Où il n'y a pas vraiment de début, ni de fin. Où il y a principalement des phrases très succinctes, cycliques, des dialogues sous forme théâtral...Donc c'est sûrement un style surprenant, en tout cas pas "classique". Mais c'est volontaire et ça m'a amusé d'écrire ce texte (malgré la soif ressentie). Bref, j'espère que vous prendrez quand même plaisir à le lire et à le commenter, of course ! ^^
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RENGAINE D’UN TROU
Trou : enfoncement, dépression dans une surface.
*
Une terre. Hostile. Mais une terre tout de même. Et puis un trou. Comme il y en a parfois. Trois bras. Deux têtes. Stone. Piedra.
Soudain, sortant du trou, à fleur de terre, une tête. Yeux globuleux, tignasse noire, ébouriffée, bouche salivante – Piedra.
S’élevant du trou, un long râle, dégoulinant sur la terre hostile – Stone.
STONE Horizon ?
PIEDRA Effiloché. Sans l’ombre d’un chat.
STONE Heure ?
Mouvement : rotation des yeux globuleux. Salive suspendue au coin de la bouche.
PIEDRA Perdue…
STONE Encore ?
PIEDRA Trop rapide. M’a échappée.
STONE Comme toujours, comme toujours…Ciel ?
PIEDRA Saigné à blanc. Fines lézardes ruisselantes de poussière. Quelques étoiles écorchées sont parsemées.
Silence. Cri écumant du sourd-muet, souffle sur les plaines éventées des mémoires, abysse de l’oubli.
PIEDRA Stone ?
STONE Oui.
PIEDRA Tu crois, toi…là-haut…que des funambules dansent sur des barbelés égarés, dans la sourde prière d’arbres de papier s’écartelant dans un vent inexistant ?
STONE Croire n’est pas savoir. Tu rêves trop, Piedra.
La tête rentre dans le trou. De nouveau trois bras, deux têtes. Stone. Piedra.
Et puis mouvement : torsion de l’unique main Stonienne dans une poche.
Bruit sec d’une allumette craquée dans la nuit. Reniflements. Odeur âcre. Sur les parois terreuses du trou, la flamme filiforme fait danser les ombres. Spectres vagabonds, ayant traversé le voile de la mort.
PIEDRA Je rêve pour deux…Toi tu ne rêves même plus, Stone.
STONE En effet. J’ai fini par comprendre que l’imaginaire n’enfante que la souffrance.
Piedra crache.
STONE Piedra !
La flamme s’essouffle dangereusement.
STONE Merde !
Obscurité. Linceul sur le cercueil, braises inertes d’un feu somnolent, cauchemar de l’enfant dans la nuit. Les spectres, fatigués d’avoir trop dansé, s’en sont allés.
PIEDRA Pardon.
Froissement d’ailes. Un ange passe.
Soudain, sortant du trou, à fleur de terre, une tête. Piedra. Doigt frêle tendu à l’extrême vers un point luisant, là-haut. Plus haut. Si haut.
PIEDRA Il y a quelque chose là-haut, Stone.
STONE Une étoile. Comme il y en a des centaines d’autres. Laisse Piedra.
PIEDRA Ce n’est pas une étoile.
Yeux globuleux s’élargissent. Reflètent des morceaux du ciel.
STONE Qu’est-ce que tu veux que ce soit d’autre qu’une étoile ?
PIEDRA C’est…c’est une larme de sang.
STONE Et alors ?
PIEDRA Une larme de sang. Le ciel a mal, Stone. Et toi tu restes là, dans un trou, le cul dans la poussière, à te ronger les ongles, attendant de te faire faucher par un temps qui ne viendra plus !
STONE Moi aussi j’ai mal. Et pourtant tu restes là, dans la même poussière, à contempler un ciel qui ne demande qu’à mourir.
Air suffocant.
PIEDRA Je sors. Stone.
STONE Tu dis ça à chaque fois.
PIEDRA Cette fois c’est la bonne. Je sors.
Mouvement : extension d’un bras hors du trou. Puis d’un autre. Extension d’une jambe hors du trou. Puis d’une autre. Piedra, hors du trou.
STONE Piedra !
Soubresaut des yeux globuleux. Goutte de salive se décrochant du refuge buccal. Ploc – sur le sol.
PIEDRA Je m’en vais.
STONE Va. Mais il n’y a rien vers là-bas.
Une terre. Hostile. Immense étendue d’ombres et de cendres, fissurée de temps à autre par des fils de fer éreintés, des chiffons déchiquetés, du sang coagulé d’un ciel entaillé. Mais une terre tout de même.
Un trou. Comme il y en a parfois. Un seul bras. Une seule tête. Stone.
STONE Piedra, reviens !
Piedra, unique filament de vie, marche. S’éloigne du trou. Dans les pas de son ombre, s’enroule l’écho froissé de Stone. Frissons : peur – froid – curiosité. Battements d’un cœur juvénile.
*
PIEDRA Stone !
Au bord du trou : Piedra.
Au fond du trou : Stone.
STONE Hum…tu es revenue. Je le savais.
Les yeux globuleux scrutent le visage de Stone. Sans probablement rien y trouver.
PIEDRA J’ai aperçu l’heure.
STONE Et ?
PIEDRA Elle trébuchait sur l’horizon.
STONE Vraiment…alors nous n’avons plus qu’à recommencer. Ne reste pas là, rentre.
Mouvement : saut de Piedra dans le trou. Bruit sourd. Poussière déplacée créant des arabesques éphémères.
Une terre. Hostile. Mais une terre tout de même. Et puis un trou. Comme il y en a parfois. Trois bras. Deux têtes. Stone. Piedra.
Soudain, sortant du trou, à fleur de terre, une tête. Yeux globuleux, tignasse noire, ébouriffée, bouche salivante – Piedra.
S’élevant du trou, un long râle, dégoulinant sur la terre hostile – Stone.
STONE Horizon ?
PIEDRA Effiloché. Sans l’ombre d’un chat.
Au loin, sous le regard concentré de Piedra, un point noir, file, ailleurs, en un miaulement rauque.
PIEDRA Enfin si un chat.
Mouvement : rotation du regard de Stone vers Piedra. Echange de perplexité.
STONE Heure ?
PIEDRA Seulement aperçue.
Raclement d’une gorge harassée. Ritournelle de l’âge – Stone.
STONE Certes, mais comment ?
PIEDRA Trébuchante.
STONE Des chiffres, Piedra. Il me faut des chiffres.
PIEDRA 1 et 4.
STONE C’est tout ?
PIEDRA C’est suffisant pour aujourd’hui.
STONE Probablement. Ciel ?
PIEDRA Mourant.
STONE Encore ?
PIEDRA Toujours, Stone, toujours.
Un temps.
Féroce cri du vide. Poignard de la solitude.
Deux temps.
PIEDRA Stone ?
STONE Hum ?
PIEDRA Tu crois qu’on pourrait le soigner ?
STONE Qui ?
PIEDRA Le ciel.
STONE Quelle importance ?
PIEDRA On ne verra bientôt plus les étoiles.
STONE Les étoiles…et qu’est-ce qu’elles font pour nous les étoiles ?
PIEDRA Rêver.
STONE Rien. Elles se contentent de briller. Et à mi-temps seulement. Le ciel a mal ? Qu’il meure. Ça ne me regarde pas. Les étoiles n’ont qu’à descendre briller dans le trou et la crasse, avec nous. Peut-être alors elles me feront rêver.
PIEDRA Un trou n’est pas fait pour des étoiles.
STONE Alors nous ne sommes pas faits pour elles.
Piedra crache.
STONE Piedra !
PIEDRA Je sors, Stone.
STONE Tu dis ça à chaque fois.
PIEDRA Cette fois c’est vraiment la bonne. J’en ai assez. Je sors.
Une terre. Hostile. Immense étendue d’ombres et de cendres, fissurée de temps à autre par des fils de fer éreintés, des chiffons déchiquetés, du sang coagulé d’un ciel entaillé. Au bout, l’horizon. Fin liseré noir, effiloché. Et puis, derrière l’horizon, là où Piedra et Stone n’osent regarder, une mer. Une mer criblée de ferrailles, de feu, de cris, de sang. Avec des vagues houleuses, despotiques, qui s’abattent sur les hommes et les réduisent au néant. Et comme il y en a parfois, des trous, dégoulinant de souffrances muettes.
Mais une terre tout de même.
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