Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: gage le 09 Mars 2015 à 21:15:39

Titre: Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 09 Mars 2015 à 21:15:39
   


      Je préfère arriver par le jardin. Je fais ça quand il fait beau, la maison est alors à son avantage : elle est ensoleillée tout l'après-midi et présente de ce côté-ci un visage radieux et trompeur, pimpante de son vieux crépi rose.

     J'ai donc garé la voiture dans la ruelle, à l'ombre des buis du voisin.
Sur la pointe des pieds, salissant ma chemise sur le haut portillon écaillé, j'ai envoyé ma main en aveugle, toujours craintif que mes doigts rencontrent une épeire dodue ou un perce-oreille assoupi. Mais non, pas d'intrus. J'ai fait glisser le loquet rouillé et poussé le vantail : en un seul pas j'ai déchiré du lierre, délogé un chat sentinelle et effarouché les framboisiers qui colonisent l'allée.
Le sentier qui mène à la maison est facile à discerner : c'est là que l'herbe est la plus haute. Foulant les graminées, je longe le potager minable, un suave parfum de figuier m'accompagne. Des artichauts délaissés dodelinent de leur grosse fleur bleue à mon passage.
     Sur le mur mitoyen ne subsistent des espaliers que les fils de fer rouillés et, plaquée au mur, l'auréole turquoise du sulfate révolu. En passant, j'aperçois au sol parmi les pissenlits une fraise, fière et précieuse comme un nénuphar sur un étang. Je la ramasse, elle est tiède, fade, terreuse, délicieuse comme un souvenir.
     Des rames de haricots flétris frémissent dans l'air chaud. Un peu plus loin sur la droite, lascive sous ses grandes feuilles, une courgette oubliée, gonflée comme un zeppelin, me nargue. Je ferai un flan ce soir.
Le gros bidon bleu de récupération d'eau de pluie, en vrai majordome, me salue, un peu gêné néanmoins de me montrer ses flancs souillés de boue sèche.
     Je passe rapidement sous les vieux ifs poussiéreux : dans leur fraîcheur patientent des araignées vigilantes.
Plus loin, deux ou trois bouteilles brillent au soleil parmi des capucines vagabondes.
     J'approche des trois marches qui mènent à la porte grande ouverte de la cuisine. A gauche, sous l’œil de bœuf, dans les vestiges des potentilles fanées, d'autres bouteilles comme des quilles renversées. Au-dessus de moi la glycine monte jusqu'au toit et soulève les tuiles pour voir ce qu'il y a dessous. A l'ombre de son feuillage, les pierres d'angles décrépites sont douces au ventre des lézards.
     Je respire un grand coup. Et je monte les marches.
     La cuisine baigne dans la lumière dorée de l'après-midi qui avance. Ça sent la suie, le beurre rance et le fruit gâté. A ma gauche, la pierre d'évier disparaît sous quelques strates de vaisselle, plus loin la cuisinière à bois me regarde en coin sous sa poussière de cendres, à droite la poubelle vomit ses déchets autour d'elle.
     Tu es là, assis à la table, presque totalement silencieux. Le bruit de ton souffle est couvert par le bourdonnement des mouches qui tournent autour de la suspension. Ton bras gauche pend entre tes jambes,  tu dors, la joue collée à la toile cirée dont le motif provençal n'est plus qu'un souvenir. Ta main droite est posée à côté de ta tête, sur la table, comme si tu la regardais. Entre ses doigts desserrés, un verre à moitié rempli d'un vin rouge un peu clair est posé de guingois. Sur ta main une mouche déambule, posant ici et là sa trompe. Je contemple un moment ces veines bleues, saillantes, qui me fascinaient déjà, enfant.
     Tu as encore maigri. Sous ton t-shirt sale pointent les os de tes épaules. Tes cheveux gris sont un peu longs sur la nuque. Sur le haut de ton front je découvre une plaie mal refermée cernée d'une ecchymose jaunâtre. Vers quels regrets fuyants titubais-tu encore ? Quel remord sournois a encore eu le dernier mot ?



     C'est à cause de la mouche, si mes yeux sont pleins de larmes. A cause de ta main vulnérable qu'elle parcourt, sans gêne, indifférente, étrangère à mon désarroi. Je sèche mes yeux comme un enfant, avec ma paume. Je tends ma main vers ton épaule que je pétris maladroitement.
Puis je t'appelle doucement : « Papa ! ».
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: holden5 le 09 Mars 2015 à 23:11:59
Tout simplement magnifique...
La chute est une des choses les plus poignantes que j'ai
pu lire depuis longtemps.

Je renviendrai pour un commentaire plus précis, mais pour l'instant : merci!!
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Rémi le 10 Mars 2015 à 00:10:12
Salut Gage,
Pareil qu'Holden, ça mérite un commentaire expliquant pourquoi j'ai énormément apprécié ce texte. Magnifique, la construction, le vocabulaire, les sous-entendus parfaitement dosés. Vraiement très réussi, bravo !
La "chute" se dévoile doucement, insidieuse. Les araignées et autres petites bêtes du début, le chat qui s'enfuit, tout cela est présent dès l'entrée en scène bucolique. Le crépis rose... Vraiment chouette, une seule lecture et déjà une grande richesse.
Pas un bémol, le lecteur se demande un peu bizarrement pourquoi la porte est ouverte, mais ça annonce le basculement en fait. Non, vraiment rien à dire en première lecture. Vraiment réussi.

Rémi
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: MillaNox le 10 Mars 2015 à 08:55:50
Salut Gage,

un petit tour avec toi...
Citer
Je fais ça quand il fait beau, la maison est alors à son avantage : elle est ensoleillée tout l'après-midi et présente de ce côté-ci un visage radieux et trompeur, pimpante de son vieux crépit rose.
crépi

Citer
Sur la pointe des pieds, salissant ma chemise sur le haut portillon écaillé,
je trouve le double "sur" un peu moyen à l'oreille (c'est du maxi chipotage hein), peut-être "contre" pour le second ?

Citer
J'ai fait glisser le loquet rouillé et poussé le vantail : en un seul pas j'ai déchiré du lierre, délogé un chat sentinelle et effarouché les framboisiers qui colonisent l'allée.
Le sentier qui mène à la maison est facile à discerner : c'est là que l'herbe est la plus haute. Foulant les graminées, je longe le potager minable, un suave parfum de figuier m'accompagne. Des artichauts délaissés dodelinent de leur grosse fleur bleue à mon passage.
j'aime beaucoup  :coeur: on a une foule d'images et de sensations qui nous viennent

Citer
En passant, j'aperçois au sol parmi les pissenlits une fraise, fière et précieuse comme un nénuphar sur un étang.
même si les qualificatif que tu utilises sont "fière et précieuse" moi je comprends que tu insistes sur sa rareté au milieu des pissenlits et que c'est cette idée que tu compare au nénuphar. du coup ce qui me chiffonne c'est que j'ai toujours vu les nénuphar en nombre il me semble que c'est une plante assez envahissante qui se reproduit rapidement et reste aps trop isolée.  :\?

hop là.
j'ai beaucoup aimé ton texte. il y a vraiment deux parties, dans la première la nature est pleine de vie, s'anime, c'est un pur régale pour le lecteur. Dans la seconde où la vie est à l'abandon, tu touches un autre type d'émotion.
Ton écriture est belle et maitrisée, très poétique mais sans lourdeur.
J'aime aussi beaucoup le titre que tu as extrêmement bien choisi je trouve.

Merci pour ce magnifique texte  :mafio:

Milla
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 10 Mars 2015 à 17:21:46
Grand merci à vous trois, Holden, Rémi, et Milla.
Je suis touché que ma prose vous ait...touchés.
Merci pour vos réponses spontanées.

Milla, j'ai corrigé le crépi, merci.
Pour les deux "sur", pas sûr  :) de pouvoir faire plus discret...je réfléchi.
Quant au nénuphar, dans mon imagier interne, je vois beaucoup de feuilles pour peu de fleurs. C'est comme ça que je vois ma fraise, dressée parmi les feuilles de pissenlits et de fraisiers, inattendue et mise en valeur.
Je te spoile une image qui te fera mieux comprendre...
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Voilà, merci encore beaucoup, je suis tout  :-[...
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: MillaNox le 10 Mars 2015 à 17:42:11
oui l'image correspond complètement !  :)  je n'avais pas capté que tu parlais seulement de la fleur du nénuphar, je visualisais la plante en global  :-[

merci encore pour ce texte !  :coeur:

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: karine 36 le 10 Mars 2015 à 17:55:45
Bonjour gage

J'ai eu plaisir à me balader dans votre texte . Il reflète une réalité . Bravo
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Tomoyo le 10 Mars 2015 à 20:22:59
saaalut,

Citer
la maison est alors à son avantage
c’est pas dit vu la suite :D

Citer
J'ai donc garé la voiture dans la ruelle, à l'ombre des buis du voisin.
L’est pas bien joli ce donc, ça serait plus doux sans

Citer
en un seul pas j'ai déchiré du lierre, délogé un chat sentinelle et effarouché les framboisiers qui colonisent l'allée.
Hm, en fait je vais  être pénible mais « en un seul pas », tu trouves que c’est joli ? Je le remonte juste parce que j’ai l’impression que tu as voulu faire quelque chose de très doux et tendre et poétique du coup quand je ne ressens pas ça, je le note et c’est tombé sur « en un seul pas » là  :huhu:

Citer
fière et précieuse comme un nénuphar sur un étang.
Du coup, il faudrait dire comme une fleur de nénuphar sur un étang, sinon j’ai la même impression que Milla

Citer
Je ferai un flan ce soir.
Le gros bidon bleu de récupération d'eau de pluie, stylé, me salue, un peu gêné néanmoins de me montrer ses flancs souillés de boue sèche.
Flan et flancs ça me plait moyen
Ça veut dire quoi stylé dans le contexte ?
On fait des flans aux courgettes ? ça gâche les œufs je trouve  :relou:

Citer
Au dessus de moi la glycine
Au-dessus

Citer
à droite la poubelle vomit ses déchets autour d'elle.
J’aime pas bien le verbe vomir, je le trouve pas esthétique du tout  :-X. Après il veut dire ce qu’il veut dire, on est bien d’accord ...

Citer
sur le haut portillon écaillé
je longe le potager minable
Des artichauts délaissés
les fils de fer rouillés et, plaquée au mur, l'auréole turquoise du sulfate révolu
 Des rames de haricots flétris
une courgette oubliée
ses flancs souillés de boue sèche.
sous les vieux ifs poussiéreux
dans les vestiges des potentilles fanées
les pierres d'angles décrépites
heureusement que c’est par là que la maison est à son avantage  :mrgreen:

Citer
Ton bras gauche pend entre tes jambes,  tu dors, la joue collée à la toile cirée dont le motif provençal n'est plus qu'un souvenir
Entre ça et les mouches, j’ai cru qu’il était mort  :-¬?

Citer
Ta main droite est posée à côté de ta tête, sur la table
Pleinnn de t : ta droite coté ta tête table  ^^

Citer
si mes yeux sont pleins de larmes
plein (adverbe ici)


Joli texte  :)
Appliqué et doux et tendre. Je ne suis pas une fervente des descriptions mais ici c’est court et écrit pour la poésie du moment aussi… enfin j’imagine. Du coup c’est plutôt agréable  ::).
Contrairement à Milla je ne vois pas deux parties, une avec la vie et l’autre l’abandon dans la maison. Je vois l’abandon dans les deux, c’est juste que dans la première partie, la nature a profité de cet abandon pour investir l’espace. Mais du coup je ne ressens qu’un profond soupir, le temps qui passe, la vieillesse (y compris de la maison), tout dépérit.
C’est franchement triste.
Mais c’est bien dit, très bien dit, j'ai bien aimé, les deux dernières lignes sont très touchantes :)

Merci pour ce texte :D
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: MillaNox le 10 Mars 2015 à 20:31:43
Mais enfin Tomoyo c'est super bon le flan de courgette !!

sinon, avec ça :
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Tu es là, assis à la table, presque totalement silencieux. Le bruit de ton souffle est couvert par le bourdonnement des mouches qui tournent autour de la suspension.
j'ai compris que le narrateur croit entendre son père (presque silencieux donc bruit) mais qu'en fait c'est le bourdonnement des mouches. et on n'entend pas son souffle puisqu'il est couvert par le bourdonnement des mouches.
Donc perso j'ai conclu qu'on ne savait pas s'il était mort ou vivant. La question reste posée avec des indices qui tirent vers la mort (les mouches, la plaie, l'expression "dernier mot", etc) mais l'auteur ne livre pas pas la réponse...
donc comme d'hab je me suis peut être fait mon film toute seule  :D :D
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 10 Mars 2015 à 21:27:01
Tomoyo@
merci pour ta lecture...
je ne vais pas modifier grand chose, je risque de tout alourdir.
(Notamment pour le nénuphar).
Et le "donc" est un mot de liaison qui rend le propos plus fluide.
Je corrige"au dessus", quant à "pleins de", il est correct : ce serait un adverbe si je disais "il y a plein de larmes dans mes yeux" .
Tu ne dirais pas " si mes mains sont plein de billes"...

Merci encore en tout cas pour ton passage.

Et Milla a raison pour le flan de courgettes...
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Rémi le 10 Mars 2015 à 21:39:06
Salut à tous (+1 pour le flan de courgette : un peu de muscade, du parmesan et pas du gruyère ; lardons en option),

Concernant "la maison est à son avantage", Gage écrit aussi "visage radieux et trompeur" ; de loin, une maison colorée au soleil quoi. Le "trompeur" nous annonce la suite. Et le perso "préfère arriver par le jardin", le perso tente d'apaiser le moment douloureux à venir. C'est pour ça que le titre est si beau aussi.

Concernant le nénuphar, c'est vrai que l'image pourrait être plus nette. (on n'a pas la couleur ou la notion de fleur ou la notion de nénuphar isolé ou unique ; pas facile de faire mieux en gardant la fluidité...)

Ah, oui, je n'ai pas compris le "stylé" non plus (dès la première lecture, mais je n'avais pas relevé).

Mon avis sur le père :
Citer
Tu es là, assis à la table, presque totalement silencieux. Le bruit de ton souffle est couvert par le bourdonnement des mouches
presque silencieux : il n'est donc pas mort ! (il est écrit : "tu dors"...)

Citer
Tu as encore maigri. Sous ton t-shirt sale pointent les os de tes épaules. Tes cheveux gris sont un peu longs sur la nuque. Sur le haut de ton front je découvre une plaie mal refermée cernée d'une ecchymose jaunâtre. Vers quels regrets fuyants titubais-tu encore ? Quel remord sournois a encore eu le dernier mot ?
bien sûr qu'il n'est pas mort, il cuve pour la nième fois. Y'a des bouteilles partout, son verre est encore dans sa main, mal posé parce que posé par une main reliée à un cerveau hors de fonction. Il s'est encore gamellé ou vautré sur un coin de porte qu'il n'a été capable d'éviter, alcoolisme profond. (la chute date d'il y a quelques jours si vous y regardez bien)
Et puis, après avoir pétri son épaule, le perso l'appelle doucement (on appelle doucement un cadavre entre ses doigts ?), donc à la fin, on a clairement compris qu'il est vivant. Par contre, la description est macabre, c'est ça qui fait mal.

Pour moi le thème de l'alcoolisme est vraiment bien traité : maison et jardin à l'abandon (mais chargés de souvenir, la fraise...) ;  homme à la dérive. Résonnance entre d'une part la beauté possible d'une nature épanouie et son laisser-aller, et d'autre part l'épanouissement possible de l'homme et son laisser-aller à lui. Dit comme ça c'est moche, mais bien écrit, cela m'a touché au plus haut point. La construction est très fine et très puissante par la suggestion. Les deux parties se répondent, la première, l'arrivée, est presqu'une métaphore de la conclusion venant en seconde partie. Vraiment bien imaginé et réalisé. C'est pour ça que le titre est si beau aussi (je me répète !) : "je préfère arriver par le jardin" signifie pour moi, "je préfère entrer doucement dans ce monde d'abandon en commençant par une nature sauvage, délaissée aussi, plutôt que d'entrer abruptement dans cette maison sans (vraie) vie".

Et encore :
Citer
Je la ramasse, elle est tiède, fade, terreuse, délicieuse comme un souvenir.
la fraise (le présent) est fade, terreux ; le souvenir est délicieux. Il y a une autre vie avant l'alcoolisme. Rien que cette phrase, ici, c'est bouleversant.

Et puis, avez-vous remarqué que le personnage principal peut aussi bien être un homme qu'une femme ? Trop fort aussi, on peut s'identifier, être celui ou celle qui entre dans cette maison.

Citation de: Tomoyo
Joli texte 
Appliqué et doux et tendre.
moi ça m'a retourné (suis peut-être sensible sur ce thème)
Le papa est en train de se détruire quand-même...

Bravo encore Gage, magnifique texte.

Rémi
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Tomoyo le 11 Mars 2015 à 00:09:31
Citation de: Gage
Et le "donc" est un mot de liaison qui rend le propos plus fluide.
j'exprime mon désaccord  :mrgreen: enfin oui c'est un mot de coordination, mais je trouve ça plus fluide sans. ça s'engage que moi   :P

Citation de: gage
Je corrige"au dessus", quant à "pleins de", il est correct : ce serait un adverbe si je disais "il y a plein de larmes dans mes yeux" .
Tu ne dirais pas " si mes mains sont plein de billes"...
carrément ! désolée j'ai lu je sais pas comment mais ça faisait sens pour moi tout à l'heure  :mrgreen:

Citation de: remi
Concernant "la maison est à son avantage", Gage écrit aussi "visage radieux et trompeur" ; de loin, une maison colorée au soleil quoi. Le "trompeur" nous annonce la suite. Et le perso "préfère arriver par le jardin", le perso tente d'apaiser le moment douloureux à venir. C'est pour ça que le titre est si beau aussi.
j'avais saisi, le texte est très cohérent et logique, c'est juste original de dire que c'est à son avantage et d'ensuite ne décrire qu'une chose à l'abandon  ::). Le visage radieux et trompeur me donnait l'impression que la maison serait toute belle justement, mais que dedans ce serait moins beau, or là, même à l'extérieur c'est pas du tout radieux. Mais je critique pas le choix, ça m'a ... fait changer d’atmosphère en cours de lecture, je suis partie de lumineux à de plus en plus terne.

Citation de: Remi
Et puis, avez-vous remarqué que le personnage principal peut aussi bien être un homme qu'une femme ? Trop fort aussi, on peut s'identifier, être celui ou celle qui entre dans cette maison.
ah, je me suis même pas posée la question  :\?, c'est vrai ! j'ai vu un homme. Mais jusqu'à la fin je pensais que la personne dans la maison était une femme.

Citation de: Remi
moi ça m'a retourné (suis peut-être sensible sur ce thème)
Le papa est en train de se détruire quand-même...
oui mais le traitement est doux je trouve, tout est calme et posé, les informations bien dosées. O0n progresse dans le jardin et la maison comme dans l'histoire, à travers la description juste.
Sur la fin, je  trouve le perso tendre avec son père, même avec tout ce qu'il y a dessous comme plus ou moins non dits. Je le sens triste autant du passé que de la décrépitude présente. ça ne m'a pas retournée, mais ça m'a pincée  :-[

Tout comme Remi sur le fait que le père est bien vivant (enfin bien.... disons qu'il respire encore)

et sinon :
Citation de: Remi
Salut à tous (+1 pour le flan de courgette : un peu de muscade, du parmesan et pas du gruyère ; lardons en option),
Citation de: Gage
Et Milla a raison pour le flan de courgettes...
Citation de: Milla
Mais enfin Tomoyo c'est super bon le flan de courgette !!
|-| je vous ferais bien une ode à la non courgette dans ce bas monde, mais je sens que je resterais incomprise

Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 11 Mars 2015 à 22:05:01
Merci Karine, excuse-moi, je vais parfois un peu trop vite...

Merci beaucoup Rémi.
Ta lecture n'est pas qu'une lecture : ton commentaire prolonge mon texte.
J'ai été extrêmement touché par la précision avec laquelle tu es revenu sur mes mots.
Je souhaite à chacun ici d'être compris dans ses textes comme  je l'ai été par toi.
Je ne peux rien ajouter.
Je ne dirai pas que chaque intention que tu as décelée était une intention préméditée. Mais tu m'as révélé des choses que je m'étais caché à moi même entre les lignes.
Merci, vraiment.
Tu es le genre de lecteur auquel on s'adresse ensuite intérieurement à chaque fois qu'on rédige un nouveau texte. Me mets pas trop la pression !! :D

J'ai modifié l'attribut du bidon bleu, mais j'ai peur que ce soit un peu lourd.

Merci Milla d'être revenue défendre le flan de courgettes.

Merci Tomoyo de revenir débattre.
J'insiste sur mon " donc ", parce que s'il est là, c'est pour justifier du choix de garer la voiture dans la ruelle.
Sans ce "donc" la phrase perd une grande partie de son intérêt : essaie avec, essaie sans.  ;)
En tout cas, merci pour tes commentaires supplémentaires...
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Rémi le 11 Mars 2015 à 22:55:47
Salut Gage,
tes remerciements me font chaud au coeur, merci.

Citer
Le gros bidon bleu de récupération d'eau de pluie, en vrai majordome, me salue, un peu gêné néanmoins de me montrer ses flancs souillés de boue sèche.
"de récupération d'eau de pluie" était déjà présent en première version ? (je préfère "sous la gouttière")
je comprends mieux le sens de "stylé" maintenant, le majordome était là lui aussi en première version ?
...
...
Après relecture complète, ce passage s'intègre très bien avec tes modifications. Petite pointe d'humour avant d'apercevoir les bouteilles jonchant le sol.

Vraiment magnifique encore une fois,

Rémi

Et je mets la pression si je veux, non mais !
Continue de nous offrir d'aussi beaux textes, un poil moins réussis, que j'ai le plaisir de te faire gamberger !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 12 Mars 2015 à 17:18:32
Merci pour ta visite et ton commentaire, Champdefaye.

C'est dommage que la personnification des objets te fasse penser à Walt Disney, et je comprends que dans le contexte de mon texte, ça t'ait gêné...

C'est le syndrome " La belle et la bête" , j'imagine.

Il existe des tas de raisons de personnifier des objets, et ça ne rend pas forcément l'ambiance " bisounours".
Proust le fait beaucoup, même en parlant de son pot de chambre, et ce n'est pas du Disney.

Colette, écrivain de jardin, écrit ça, par exemple :
"...une clématite très foncée qui grimpait au haut du noyer pour le plaisir, prise de vertige, de s'en laisser choir..."
C'est de la poésie dans la prose.
Tu conviendras que c'est bien plus intéressant que :
"Il y avait une clématite très foncée qui montait dans le noyer"...aucun intérêt.

Ou encore, parlant à l’ellébore : " ...l'eau jusqu'à la gorge, la lumière jusqu'aux cils, vous pouvez dormir le reste de votre sommeil pudique, puis périr..."

Si on enlève les personnification de mon texte, la plupart des phrases perdent leur intérêt.  Ou on change de registre et ça risque de virer au sinistre. Enfin je le vois comme ça.

Merci encore, en tout cas, pour tes compliments !!
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 12 Mars 2015 à 18:46:02
Je te remercie en tout cas d'y revenir, dans le jardin...
il est possible que trop d’anthropomorphisme tue l'anthropomorphisme... :D

Quand aux asperges de Proust, il les imagine comme des fées, et ce sont elles qui ont transformé nuitamment son pot en vase à parfum.
Et les petites fées, chez Proust, elles te font penser à Disney ??
 ;)
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Rémi le 12 Mars 2015 à 20:03:55
Salut à vous les érudits proustiens !

Je l'ai déjà dit, le bidon majordome m'a fait sourire, à peine, un dernier sourire-espoir du personnage avant les derniers pas me semblait adapté. Et je rejoins Champdefaye, moi aussi la personnification de la glycine ne m'avait pas super convaincu, c'est sa curiosité qui ne cadre pas trop, je trouve.

Citer
Un peu plus loin sur la droite, lascive sous ses grandes feuilles, une courgette oubliée, gonflée comme un zeppelin, me nargue.
un peu insolite mais pas gai (elle le nargue de quoi ? de la désolation à découvrir ?)
Citer
Le gros bidon bleu de récupération d'eau de pluie, en vrai majordome, me salue, un peu gêné néanmoins de me montrer ses flancs souillés de boue sèche.
Pareil, il est gêné, ridicule le bidon, et on a la boue sèche
Citer
la glycine monte jusqu'au toit et soulève les tuiles pour voir ce qu'il y a dessous.
elle est curieuse la glycine, et d'autre chose que du personnage principal, et là ça fait bizarre
Citer
plus loin la cuisinière à bois me regarde en coin sous sa poussière de cendres
regard en coin, elle nargue aussi

Voilà, mon avis !

Rémi
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 12 Mars 2015 à 21:08:14
A vous lire, j'ai presque l'impression que mon texte est autonome : vous échangez des commentaires sur lui et il mûrit, change de tournure selon que vous mettez telle partie en lumière, ou telle autre.
Je n'ose plus rien toucher, comme un peintre qui hésite à modifier le petit reflet dans la pupille du portrait qu'il achève, sachant que toute l'expression du visage peut en être altérée.

La glycine ?
et bien elle vit sa vie, elle est aussi indifférente à ma présence que la mouche sur la main. Elle est bien au-dessus de tout ça.
Elles profitent toutes les deux à leur manière de cette récréation, ce laisser-aller.
La courgette ( pareil ) me nargue : elle sait bien qu'elle aurait dû être ramassée depuis longtemps. Je me venge, elle passera à la casserole.

Constat de désolation (dans tous les sens du terme) et ils en sont tous les témoins.

Mais est-ce bien raisonnable de me faire déshabiller ainsi ma prose ?
Ça fait un peu peur : que restera t'il quand on aura dénoué tous les rubans et  défait le papier ?   :-\

Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Aquarelle le 13 Mars 2015 à 23:14:23
Coucou ! :)

Citer
J'ai donc garé la voiture dans la ruelle, à l'ombre des buis du voisin.
Je crois que je partage l'avis de Tomoyo sur le donc, mais ça a déjà été débattu, alors je ne m'étends pas.

Citer
Sur la pointe des pieds, salissant ma chemise sur le haut portillon écaillé, j'ai envoyé ma main en aveugle, toujours craintif que mes doigts rencontrent une épeire dodue ou un perce-oreille assoupi.
Le genre de crainte que je partage.

Bon, eh bien je crois que je ne vais pas être très très constructive. Je trouve que le texte est très visuel, on voit tout de suite par les yeux du narrateur. C'est une belle réussite pour un texte aussi court de faire naître à la fois une atmosphère avec des images, des goûts, des odeurs, et puis de la tendresse/tristesse. :) Et puis... et puis, voilà, j'ai aimé, et je ne sais pas trop quoi dire d'autre, surtout que des commentaires sont venus avant.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 14 Mars 2015 à 11:34:04
Merci beaucoup Aquarelle pour ton passage, merci pour tes compliments.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: kaliel le 14 Mars 2015 à 21:49:55
Je voulais juste dire : Merci.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 14 Mars 2015 à 22:04:45
C'est moi qui te remercie, Kaliel.  :-[
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Oussri le 14 Mai 2015 à 10:21:01
Ah, je l'ai enfin trouvé ! Bon du coup je vais faire remonter ce texte par mon commentaire mais ça ne sera pas plus mal parce que là, j'ai adoré !

Tu as bien fait de me le conseiller. Bravo, je suis séduite ;)

On ressent beaucoup d'émotions qui se dégagent de ce jardin, beaucoup de vie. Puis on s'approche de la maison, on la pénètre et c'en est presque angoissant. Cette absence de vie, l'odeur de pourriture, le silence... Bien joué, c'est juste, c'est parfait.

Encore une fois, ton écriture est excellente. Je me répète mais j'adore. Je ne regrette pas d'avoir cherché ^^

Au plaisir de te relire !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: La Marquise de Carabas le 14 Mai 2015 à 10:37:05
Pfiou....


Grosse émotion... Beaucoup de choses qui remontent à la surface pour moi.

Du très familier au très facile à envisager.

Merci pour ce texte sublime...
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: ZagZag le 14 Mai 2015 à 12:56:25
C'est vraiment très beau, l'atmosphère est très bien décrite, on a l'impression d'y être... Et la fin est poignante ! Bravo !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 14 Mai 2015 à 13:01:56
@ Oussri
Bonjour jeune demoiselle.
Je suis vraiment ravi que ce texte t'ait plu. Même s'il n'est pas facile...C'est gentil de le faire remonter, du coup il trouvera peut-être d'autres lecteurs. Merci beaucoup pour tes compliments, c'est infiniment agréable de s'entendre dire, ou plutôt de se " lire écrire " des mots si plaisants. A bientôt...ne me mets pas la barre trop haut, je ne vais plus oser poster quoi que ce soit.  :)

@Marquise
Merci beaucoup pour tes mots brefs qui m'ont cependant donné la chair de poule...
Merci beaucoup pour le dernier mot.  :coeur:

@Zagréos
Merci beaucoup pour ton enthousiasme,merci pour ce gentil commentaire, à bientôt !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Chouc le 22 Septembre 2015 à 22:50:17
Merci, merci, merci de m'avoir communiquer le lien de ton texte Gage.
Très grosse baffe émotionnelle, j'y étais, je l'ai vécu, je l'ai ressenti (j'en tremble encore un peu).

Citer
En passant, j'aperçois au sol parmi les pissenlits une fraise, fière et précieuse comme un nénuphar sur un étang. Je la ramasse, elle est tiède, fade, terreuse, délicieuse comme un souvenir.

Ce passage-là tout particulièrement, il résonne.
Tu as vraiment une très belle plume, touchante et juste, tu as fait mouche.
Bravo.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Gabriel le 22 Septembre 2015 à 23:07:42
Bonjour Gage,
J'aime beaucoup ton écriture !! Fluide, très bien construite, sans être pompeuse mais précise, belle. Admiratif je suis, moi qui suis plus à l'aise avec les dialogue s qu'avec les descriptions... On voit ce portillon, cette maison, son potager... on la respire, presque. Et puis la chute est très touchante, très bien amenée, en peu de mots... Félicitation, un très beau texte, vraiment !!! :coeur:
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: extasy le 22 Septembre 2015 à 23:41:15
Bon sang, mais quel texte ! Quel texte !!
Quelle émotion, quel choc, quelle douleur... C'est extraordinaire !

J'ai lu tous les commentaires, et je remercie en particulier Rémi qui m'a fait voir bien des choses que j'avais négligées. Incroyable, tant de soin, tant de précision.

Puis ce que j'ai trouvé vraiment fort, c'est comment l'intensité de la description piège le lecteur en détournant son attention ; on est là, à lire un très beau texte, et plus on avance dans la lecture plus on se familiarise à cette effervescence de menus détails ; on se représente le jardin puis l'intérieur de la maison et tout ça est en quelque sorte confortable à l'esprit du lecteur qui s'habitue progressivement au style et s'immerge dans le texte ; et puis arrive la chute et c'est pourquoi je l'ai trouvée tellement violente, parce que tout d'un coup, j'ai été tiré de ma zone de confort, piégé que j'étais dans la description. Je n'ai pas pris la voie principale pour renconter la mort (car j'ai cru que le père était mort), mais je suis passé par le jardin.

Evidemment, c'est un point de vue très personnel, et j'ai parfois tendance à ne voir que ce que je veux bien voir dans les textes que je lis. Si j'avais été plus clairvoyant en devinant les signes dont parle Rémi, je n'aurais peut-être pas été aussi remué. Comme quoi être un peu idiot ça a ses avantages de temps en temps  :D

Un énorme merci pour cette oeuvre d'art !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Chouc le 23 Septembre 2015 à 07:26:04
Je l'ai lu et vécu exactement de la même façon que toi Extasy, enveloppés dans le cocon de la description des lieux qui nous semblent si familiers, la chute n'en est que plus brutale et poignante. Exceptionnel  :coeur:
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 23 Septembre 2015 à 09:48:50
Ah, mes amis, merci, merci encore !

@Choute : d'abord, merci pour ta curiosité sur moi qui aura permis de faire remonter ce texte et de lui donner de nouveaux lecteurs. Et merci pour tes commentaires enthousiastes, merci d'y revenir une deuxième fois, c'est vraiment gentil  :-[.

@Gabriel : merci pour ton passage. d'autant plus si ce n'est pas tout à fait dans ce que tu fais d'habitude. Tu aurais des choses à m'apprendre, parce que moi, les dialogues ne sont pas mon fort. C'est extrêmement difficile de les rendre naturels... A plus !  ;)

@Extasy !!! Il m'est toujours très difficile de répondre à tes commentaires, parce qu'ils ne sont pas constructifs du tout !! :D :D :D
Que te dire d'autre que merci, merci vraiment. Quand le lecteur lit le texte en y trouvant l'émotion , les sensations, le sens que l'on a essayé d'y mettre, alors on sait que c'est réussi. On sait que l'on peut parvenir à toucher, émouvoir et transmettre. Écrire, ça sert quand même à ça, à partager ce qui nous traverse, à essayer de faire comprendre un point de vue. Et décrire, ça sert aussi à essayer de faire comprendre ce que cette fraise peut avoir de plus qu'une fraise, visuellement d'abord, puis aller un peu plus loin encore. Je le dis pas vraiment bien, mais tant pis, tu auras compris l'essentiel : merci pour ta lecture passionnée, j'ai beaucoup de chance que tu soies là, Extasy !  :coeur:
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Lampadaire le 16 Mai 2016 à 21:18:24
J'aime beaucoup ce truc, je suis tombé au hasard dessus et c'est vraiment du bel ouvrage, ici l'abondance d'adjectifs ne nuit pas, il y a quelque chose de Pagnolien voire de Proustien dans l'évocation, c'est empli d'évocation légumières et florales qui ne peuvent que ravir un épicurien comme moi, c'est à la fois sensuel et nostalgique, tout comme j'aime... Monsieur Gage, chapeau bas !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: extasy le 16 Mai 2016 à 21:26:51
Ce texte :coeur:
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Tokay le 16 Mai 2016 à 21:35:05
Je viens de le lire, c'est vachement chouette ! Moi qui ne suis pas doué pour les descriptions (et je n'aime pas trop en faire d'ailleurs), j'ai trouvé ça très bien imagé et inspirant !

Chapeau !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 17 Mai 2016 à 17:49:17
Eh bien messieurs @Lampadaire, et @Tokay, je vous remercie.
C'est plaisant pour moi de voir remonter ce texte qui était ma première vraie contribution au forum...
Je suis honoré que ma prose vous aie plu, que vous ayez été sensibles à ce que j'ai essayé d'y mettre.

Merci encore, vraiment !

Quant à toi, Exta, tu es beaucoup trop  :coeur: avec moi, je te l'ai déjà dit !  ;)

Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: sergent le 28 Janvier 2018 à 21:32:59
Très beau texte,
je ne ferai qu'une tout petite critique, je ne sais pas si on vous la faite.
Mais voilà, il ya des détails qui font que l'on sait que l'on a affaire à un narrateur, c'est dommage.
Mais est ce vraiment important vu la qualité du texte.   
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 29 Janvier 2018 à 15:46:16
Bonjour sergent !

quelle surprise de voir réapparaître ce texte qui est un des premiers que j'aie posté sur le forum...

En fait je vais t'avouer une chose très humblement : je ne comprends pas ton commentaire...  :(
"on a  affaire à un narrateur" ; je suis désolé mais je ne vois pas ce que tu veux dire. Je serais ravi que tu m'expliques un peu ce qui te perturbe et comment tu aurais préféré que ce soit écrit.

En attendant je te remercie d'avoir réveillé ce texte et je te remercie aussi pour ton compliment.

À très bientôt j'espère.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Karinet le 29 Janvier 2018 à 20:46:42
Ma première impression a été que la description de cette maison et de son jardin était vraiment très réussie et je suivais la visite avec plaisir. La chute a donné toute sa profondeur au texte et ajouté beaucoup d'émotion.
Le résultat: une vraie réussite où les ingrédients sont bien dosés et nous offre un moment d'émotion tout en retenue et en subtilité.
Bravo.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Oli_Martian le 30 Janvier 2018 à 13:45:49
Il suffit de parcourir tous les commentaires pour constater que le même mot revient partout : l'émotion.
C'est peut-être ainsi qu'il faut définir l'art, quelle que soit son expression : moyen universel de faire naître l'émotion.
Tes mots nous touchent, parce qu'ils sont justes, parce qu'ils sonnent vrai, peu importe la raison, après tout.
Un grand merci pour ton très beau texte.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 30 Janvier 2018 à 18:29:53
@Karinet :
Bonsoir ! Merci beaucoup pour ce passage.
Merci d'avoir été touchée par ce texte très bref. Merci à toi comme aux autres de le faire continuer à exister ici, alors qu'il aura bientôt 3 ans.

@Oli :
Tu sais, dans ce genre de textes, les lecteurs apportent autant que ce que j'y mets. L'émotion est en eux.
Merci en toute cas de l'avoir apprécié, merci pour tes compliments et ta sensibilité.
Merci vraiment d'être passé par ici.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: sergent le 30 Janvier 2018 à 20:28:19
Je voulais simplement dire que le fait de ne pas pouvoir déterminer le sexe du narrateur l'aurait rendu véritablement universel, chacun pouvant être l'enfant du père. Mais je ne sais pas si je me fais comprendre.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 30 Janvier 2018 à 21:13:03
Alors ça c'est marrant, Sergent, que tu dises ça, et intéressant. Parce que dans les tout premiers commentaires (Rémi je crois) on m'avait dit le contraire, justement.
À quel moment tu as considéré que je parlais d'un homme ?

Le mot "chemise" peut-être ?... Ou  "enfant" ...Tu me diras !

Merci en tout cas d'être revenu !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Jules le 12 Avril 2021 à 01:37:51
Bonjour,

C'est très beau. Le titre fait écho à la structure de la nouvelle avec une chute à la fin (Je préfère lire la description du jardin... avant de voir la réalité cachée entre les quatre murs de la maison).
De même, l'état contemplatif, rendu par la grande quantité de description tout au long d'une seule action (entrer dans la maison), agit comme un besoin de distance face au constat du vieillissement (le détail sur la mouche et les veines est un écho très percutant à cette stratégie de défense).

Peut-être que ce texte gagnerait à positiver globalement la phase de description. Ceci pour encore mieux trouver une forme de préparation dans les images bucoliques, avant la confrontation et la chute.
L'alternance de sentiments transmis à l'intérieur a déjà été relevée je crois bien ; ce que je reprocherais au flan de courgette c'est qu'il annonce une issue plus positive que ce qui sera effectivement le cas et, en ceci, la phrase "je ferai un flan ce soir" est la concrétisation d'une fausse piste.
J'entends positiver dans le sens de cette phrase, que j'ai beaucoup aimé : "J'ai fait glisser le loquet rouillé et poussé le vantail : en un seul pas j'ai déchiré du lierre, délogé un chat sentinelle et effarouché les framboisiers qui colonisent l'allée." — pour moi là c'est bien la difficulté d'entrer qui parle.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 12 Avril 2021 à 18:01:50
Bonjour Jules, enchanté !

Je suis sidéré que toi, tout juste nouvel arrivant, tu fasses remonter des limbes ce texte qui date de mes premiers pas sur le forum. C'est beaucoup d'honneur d'être de tes premiers commentaires, merci déjà pour ça ! Comment l'as-tu retrouvé ?

Je te remercie d'avoir bien analysé ce texte. Tout ce qui précède l'entrée dans la cuisine est une préparation à ce qu'elle renferme. La progression dans le jardin est une référence au passé, au temps qui a abimé les choses dans le contexte particulier que je décris. Les souvenirs se nichent dans les traces de sulfate et le goût de la fraise. Puis surgissent des indices plus précis. Il y a une sorte d’appréhension sous-jacente, oui.

J'aimerais que tu me dises pourquoi tu penses que projeter de faire un flan soit une fausse piste. Lis bien, rien n'est fatal, le narrateur restera dîner, fera sans doute aussi une lessive, et un gros ménage.

Je suis vraiment ravi que le texte t'ait plu. Merci encore de ton passage, et au plaisir de bavarder encore avec toi.

Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Le renard le 12 Avril 2021 à 18:13:11
Bonjour Gage.

Il est dans la section « coups de cœur » avec d’autres merveilles.
Je l’ai lu il y a quelque temps de ça.
Ce n’est pas moi qui vais faire une analyse d’un tel texte, alors juste une appréciation « Merveilleux ».

Merci.

Foxie. 
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Jules le 12 Avril 2021 à 21:21:40
Bonjour Gage,

Foxie a raison, Extasie t'a cité dans les coups de coeur. Ça a été ma clé d'entrée pour mes premières lectures du forum.

Pour le flan : c'est peut-être plus parlant en regardant les verbes. Il ne me semble pas qu'à part "je respire", il y ait d'autres verbes, où le narrateur est sujet, qui se distinguent d'avancer sur le chemin et d'observer ce qui s'y trouve.
La phrase "je ferai un flan ce soir" n'est pas seulement perçue pour son réalisme (qui permet de savoir que le narrateur restera dîner, etc.), mais aussi pour l'émotion qu'elle véhicule : tu projettes le narrateur dans une issue heureuse, simplement en évoquant l'idée d'un dîner de famille chaleureux, parce qu'on y apprend que le narrateur cuisinera, à un moment donné. Il ne fait soudain plus que marcher et contempler.

Au plaisir !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: OrelieB le 12 Avril 2021 à 22:07:57
Ton texte est le premier que je lis sur ce forum..je suis nouvelle ;)  C'était très plaisant. Un écrit joli et doux. La chute, assez dure et réaliste est amenéeen douceur avec poésie et fleurs. L'arrivée par le jardin est en effet réconfortante et fait oublier un instant le reste ..
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 13 Avril 2021 à 18:18:08
Salut le renard !
Merci beaucoup d'avoir élucidé pour moi les causes de l'exhumation...
Et merci beaucoup pour ton compliment, et ce mot trop beau pour moi !

Salut Jules !
Merci de repasser au jardin !
Je dois être un peu limité en ce moment (le surbooking au boulot doit en être la cause, merci mister covid), mais du coup je ne comprends plus si c'est un inconvénient, que le flan de courgette projette vers une issue heureuse... et toujours pas pourquoi tu parlais de fausse piste.
Bref, merci de te pencher ainsi sur le détail de l'interprétation !

Salut OrelieB !
C'est vraiment un honneur pour moi d'être ton premier texte ici.
Tu as raison, tout est diversion ici, et il vaut mieux avoir peur des araignées que du reste. Je suis ravi que tu aies apprécié le texte.
Merci beaucoup pour ton commentaire !
Bienvenue parmi nous, en tout cas ! J'espère que tu te plairas ici !
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Earth son le 16 Avril 2021 à 13:26:43
Bonjour gage,

C’est très beau, doux et triste en même temps.
J’ai aimé la lenteur du narrateur qui explore tout en détail.
J’ai beaucoup aimé la personnification de certains objets ou plantes. C’est touchant et nous ramène à l’enfant qu’il était.
Le titre est parfaitement choisi.
Merci pour ce joli moment de poésie, petite bulle de calme dans ce monde de fous.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 16 Avril 2021 à 16:55:25
C'est très gentil, Earth son.
Merci pour ce commentaire doux et sensible
Je continue à ne pas en revenir du succès de ce texte qui date de mon entrée sur le forum.

Merci encore pour ton passage.
Titre: Re : Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Jules le 17 Avril 2021 à 02:16:39
Salut Jules !
Merci de repasser au jardin !
Je dois être un peu limité en ce moment (le surbooking au boulot doit en être la cause, merci mister covid), mais du coup je ne comprends plus si c'est un inconvénient, que le flan de courgette projette vers une issue heureuse... et toujours pas pourquoi tu parlais de fausse piste.
Bref, merci de te pencher ainsi sur le détail de l'interprétation !

Salut Gage,

C'est un avantage pour mieux saisir la tendresse dans la relation entre le narrateur et son père,
Mais c'est surtout un inconvénient, car cela freine notre progression dans le jardin. Or cette progression est capitale pour pouvoir affronter la vieillesse du père, à la chute du récit.

Comme la phrase "je ferai un flan ce soir" est au milieu de notre progression dans le jardin, j'ai dit "fausse piste" pour exprimer une sortie de route. Le fil conducteur de ton récit se tend dans le jardin, de la voiture à l'entrée de la maison, comme une ligne droite. Lorsque tu éveilles l'idée d'un narrateur qui cuisinera à mi-chemin, je dévie de cette route, de cette tension dramatique qui capte le lecteur. L'action de cuisiner, c'est quelque chose qui doit être prévu dans la durée, le verbe est d'ailleurs composé au futur, donc il y a une projection... c'est un acte beaucoup plus engageant que simplement ramasser une fraise, au paragraphe précédent.

Tu peux tenir à évoquer la tendresse dans la relation entre le narrateur et son père, cependant il me semble qu'elle se traduit déjà très bien dans la chute. Rien qu'ici : "Je tends ma main vers ton épaule que je pétris maladroitement.", on saisit l'intensité du lien qui unit les deux personnages.
Pas la peine d'en faire "tout un flan" (je ne pouvais plus m'en empêcher), au milieu du récit.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: jenny-alb le 17 Avril 2021 à 10:13:56
Bonjour Gage,

J'ai été frappée par ton texte, que je trouve très bien écrit mais je ne suis pas là pour te parler de fautes ou de style d'écriture car je n'en ai pas.

Ton texte m'a tout simplement touchée, car ce papa c'est moi et me renvoi à beaucoup de souffrance.

J'ai juste une question dans cette phrase :" Ta main droite est posée à côté de ta tête, sur la table, comme si tu la regardais. Entre ses doigts desserrés, un verre à moitié rempli d'un vin rouge "
Pourquoi tu parles en disant ta main, ta tête et d'un coup tu dit ses doigts ? et pourquoi pas tes doigts ?

Merci pour ce moment
Affectueusement
Jenny
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 18 Avril 2021 à 10:50:40
Cher Jules !

Merci pour ton repassage.
Je pense capter ton sentiment.
Il est difficile pour moi de disséquer ce texte et me souvenir de son agencement. Toi, tu voudrais une sorte de spirale funeste et anxiogène... Le flan de courgette, bah c'est une énième diversion avant d'entrer dans le vif du sujet. Oui il dédramatise la progression. Il permet une respiration supplémentaire.
Mais je crois, avant tout, que c'est exactement le genre de pensée qui pourrait traverser l'esprit du narrateur quand il la voit. Le texte se veut réaliste, et cet aparté ancre la situation dans le réel, je trouve. Et puis en me relisant, on dirait aussi que c'est pour punir la courgette de narguer le narrateur, cachée sous ses feuilles. Comme une vengeance puérile. Une manière aussi de sous-entendre que le narrateur veut maîtriser la situation, prendre les choses en main, alors qu'il n'est vraiment que spectateur impuissant. Un enfant qui se donne des airs d'adulte, qui prend une initiative.
Merci encore !



Vraiment enchanté Jenny-Alb !

Citer
ce papa c'est moi et me renvoi à beaucoup de souffrance.
Non, ce n'est pas toi crois-moi. Ce papa là a été emporté, toi tu as vaincu, tu as été plus forte et tu peux en être fière. Le papa du texte était sans doute trop fragile, et d'une autre génération, et pris dans un contexte personnel mortifère qui lui a été fatal. Lui il a perdu la partie de quilles...

En fait quand je dis "ses doigts desserrés", je parle de la main, pas du papa. "Entre les doigts desserrés de la main", tu vois ?

Merci beaucoup pour ton passage.
Tu es une battante, je t'admire.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Melina Doris le 03 Juillet 2021 à 21:55:54
Un très beau texte aux descriptions riches et ciselées. J'ai aimé suivre le narrateur et j'ai vite plongé dans cette atmosphère d'ombres et de lumières, douce-amère qui creuse le sillon des émotions et des souvenirs. La chute est juste. Elle prend par les tripes. 
Bravo Gage et merci pour ce partage.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 04 Juillet 2021 à 10:26:32
Bonjour Melina !

C'est toujours une surprise pour moi de voir remonter ce texte, qui est le premier que j'aie proposé ici, à mes tous premiers pas sur le forum.

Merci beaucoup pour tes compliments. Je suis comblé si il a pu provoquer en toi l'émotion que j'essayais de transmettre. Passe un bon dimanche, le mien commence très bien grâce à toi.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: brunn le 19 Décembre 2021 à 10:10:37
Vraiment tout ce que j'aime.....
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 19 Décembre 2021 à 16:05:40
Bonjour brunn,

merci beaucoup d'être passé par le jardin. Voilà que mon texte réapparaît encore, grâce à toi...

J'ai vu qu'on en savait très peu sur toi, et je cours te poser des questions sur le fil de ta présentation.

Merci encore pour ce bref commentaire, qui en dit long malgré tout sur ta sensibilité. Et qui me flatte.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: brunn le 20 Décembre 2021 à 10:26:09
Désolé Gage si tu ne vois pas de réponses aux questions que tu m'as posées sur le "fil de ma présentation" comme tu dis, mais je ne sais vraiment plus où elle se trouve cette présentation...
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: Frami45 le 20 Décembre 2021 à 11:33:44
Un texte magnifique et poignant. La description de ce jardin abandonné, à la fois pleine de détails tout en restant pleine également de poésie, nous conduit petit à petit vers la cuisine qui vomit ses salissures et  vers ce père alcoolique endormi là un verre à la main et manifestement plus en état de se défendre, même d'une mouche agressive. Je sens beaucoup de tendresse dans cet écrit, de la douleur mais pas de jugement. C'est très beau.
Titre: Re : Je préfère arriver par le jardin.
Posté par: gage le 21 Décembre 2021 à 00:12:11
Merci beaucoup Frami45.

Je suis touché que tu aies été sensible à ce texte et à ce que j'ai essayé d'y inscrire.
Merci pour les tout derniers mots.  :-[