Plutôt qu'une fin, je rajoute comme promis un début. Je poste en V2 pour que vous me disiez si c'est mieux ou moins bien (ou pareil) qu'avant. Et aussi pour ne pas mélanger les commentaires.
Voilà ^^ J'espère que c'est mieux qu'en espagnol, en tout cas ^^
Le Douzième
Approche donc, mon ami, ne sois pas timide. Laisse-moi te conter une histoire que tu as vécu il y longtemps, laisse-moi te montrer ce qui fut autrefois ta vie. Vois, dans les yeux de ton reflet, celui que tu es vraiment.
Du haut d’un rocher, tu domines et toises tes frères. Tu es le plus grand, le plus fort. Les autres n’ont pas d’importance, si ce n’est pour la chasse. Ce soir, la lune est pleine. Sa lueur couvre le monde d’un linceul d’argent. Tel le retentissement d’un cor, ton hurlement se répercute à travers la forêt. Le soleil, au matin, sera teinté de sang. Ce soir sera celui de la chasse.
Vous cherchez longtemps, tes frères et toi, avant de rencontrer une proie. Ensemble, vous la tuez. Mais au moment de distribuer les parts, ton orgueil de chef te dicte de te garder la plus grosse part. Et tes frères ont bien peu à se partager, aussi se battent-ils pour gagner le droit de manger. Ils ne t’aiment pas, ils voudraient prendre ta place – mais tu es fort, et ils te redoutent.
Autre temps, autre lieu – vous avez voyagé, depuis. A présent, le soleil brille et tu es seul. Tes frères, plus loin, profitent du répit que tu leur accordes. Tu entends soudain un bruit étrange. Tu lèves la tête, regardes autour de toi – rien que les arbres. Le vent souffle de plus en plus fort, faisant protester les arbres. Et alors, tu comprends. Tu dresses les oreilles, écoutes la voix du vent. « L’un des tiens devra quitter ces bois », dit-il. « Il lui faudra devenir le gardien de ton peuple. Il voyagera à travers le monde, à la recherche d’un château d’argent. Là, il pourra veiller. Choisis bien celui qui partira. Il doit être assez fort pour surmonter la solitude. Viendra le jour où il lui faudra protéger et sauver tes semblables, et alors il sera seul. » Et le vent se tait. Tu réfléchis, et décides enfin que les autres ne seront pas à la hauteur. Et sans un adieu, tu abandonnes tes frères.
Jours après jours, tu cours sans arrêt. Ce voyage est bien plus éprouvant que tu ne le pensais. Il est dur de chasser seul. Tu te repends d’avoir laissé derrière toi ton ancienne vie, ton peuple te manque. Ta force te quitte, peu à peu. Bientôt, même les autres errants te dédaignent. L’exil te pèse. Jour après jours, tu te meurs de faim et de solitude.
Vient une aube différente des autres. Toute la nuit durant, tu as couru, mais au petit matin, à l’orée de la forêt, tu t’arrêtes, haletant, émerveillé, pour admirer le paysage qui s’offre à toi. Loin, très loin devant toi se dresse un immense château, montagne solitaire encerclée par une plaine à l’herbe vive. Et déjà, tu dois lever les yeux pour apercevoir son sommet. Tu approches de ton but, mais il te reste encore bien du chemin à parcourir. Alors, péniblement, tu te remets en route.
La matinée passe, midi fait place au soir, et le soir à la nuit. Il n’y a pas âme qui vive dans cette lande désolée. Tu voudrais te détourner, t’enfuir. Mais le château t’appelle ; tu ne peux plus faire demi-tour. Alors tu continues d’avancer, un pas après l’autre, vers le château, malgré la faim qui te tiraille, malgré la fraîcheur de la nuit, malgré le vent impitoyable.
Alors que la lune est au plus haut, tu t’arrêtes à nouveau. Tu es arrivé. Dans la lumière diffuse, les pierres paraissent d’argent. Devant toi, une arche gigantesque t’invite à entrer. A pas lent, tu pénètres dans l’enceinte de la forteresse. Autour de toi, un jardin fleuri parsemé de petits lacs, et un chemin de terre qui serpente jusqu’à l’entrée du château. Tu t’approches de l’un des points d’eau, et tu commences à boire.
Es-tu surpris de ton aspect ? Autrefois, tu n’étais pas un homme. Regarde ces yeux dorés. Derrière, tu y verras ton âme. L’apparence n’est rien.
La lourde porte en bois est entrouverte, tu te faufiles à l’intérieur. Devant toi, un long couloir. Le plafond demeure invisible. De hautes fenêtres jalonnent le parcours. Quelques lambeaux de rideaux manquent à masquer la lumière de la lune. Partout dans l’air, de la poussière. Tu te remets en marche, calmement, avec pour seul compagnon le cliquetis de tes griffes contre la pierre. Tes pattes te font mal. Tu trembles. Tu sais que tu ne ressortiras pas. Mais tu continues.
Tu touches enfin au but. Le couloir se divise. Vers la gauche comme vers la droite, tu ne vois plus que ténèbres. Un mur couvert de lierre te fais face, mais tu avances. Ce mur n’est pas un obstacle : dans une gerbe d’étincelles, un passage s’ouvre, révélant une immense salle ronde.
Un fin rayon de lune tombe au centre de la pièce. Il fait très froid. Une légère brume tournoie. Tu regardes autour de toi. Dans les murs, il y a douze alcôves. Et dans onze de ces alcôves, une statue impressionnante et colossale. Un rat. Un bœuf. Un tigre. Un lièvre. Un dragon. Un serpent. Un cheval. Une chèvre. Un singe. Un coq. Et enfin, un sanglier. Ils sont ceux qui veillent sur leurs peuples. Seuls parmi les leurs, mais unis dans cette salle. Ton fardeau s’allège. Tu t’approches de l’alcôve vide, entre le sanglier et le coq. Tu te sens grandir. Et lorsqu’enfin tu prends place, tu embrasses la salle du regard une dernière fois, avant que le sommeil ne t’emporte pour que débute ta veille.
Tu es avec tes frères. Tu es chacun de tes frères. Tu es l’avatar de ton peuple. Et lorsque le monde touchera à sa fin, tu t’éveilleras pour sauver les tiens. Le cercle est complet. Tu es l’un des douze.
Tu vois, mon ami. C’est ainsi que tout a commencé. Et la fin de l'histoire approche. Le temps de t'éveiller à ta nature, ami loup.