Les alchimistes se réunissaient dans les sous-sols vitrescibles de la Cité-jardin. Peu leur chalait de passer pour des dépravés. Eux, noctambules éclectiques, cultivaient le savoir ancestral tandis que leurs concitoyens se retranchaient dans l'exiguïté d'une pensée passéiste. Eux ne ressentaient pas le besoin de s'oublier dans des drogues étrangères, népenthès qui engourdissaient un temps ces êtres défaitistes, avant de les faire sombrer dans les noirs ergastules de la mélancolie.
Ces docteurs ès sciences ésotériques, prononçant des discours passionnés à la lueur indécise des flammes des athanors, reniaient cette civilisation décadente autant que la culture étrangère. L’une tentait d’échapper à son piètre sort, mais l’addiction lui ceignait au cou un abraxas asservisseur. L'autre, préférant conserver les antiques idéaux belliqueux, ne jurait que par les quillons de ses épées et les hampes de ses flèches. Mais toutes deux, dupées par ces différentes assuétudes, avaient placées leur foi en de faux almandins.
La civilisation dorée qu'ils tentaient chaque nuit d'extraire de sa nécropole de cendres, cette courtisane éblouissante et auguste avait disparu avec ses mythes et ses héros, et le monde des hommes avait désormais accepté les services de guenipes à la mine chafouine et à l’orgueil intumescent. Les nations d’aujourd’hui se prélassaient ainsi dans une stagnation malsaine, et aux impétueux progrès philosophiques des anciens temps s’était substituée une pensée mesquine et hélode baguenaudant infructueusement dans des problèmes retors et fugaces.
Gougnafiers des temps modernes, les hommes semblaient se complaire dans cet immobilisme stérile, envoûtés par leurs futilités comme les majestueux serpents que l’on voit, dans les contrées orientales, captifs de la piteuse musique du psylle. Ce nonobstant, la fière race des magiciens avait persisté, comme la garance sur les tumulus, s’enracinant dans le sol fongueux de l’humanité.
Ainsi recherchaient-ils, à l'abri des muses mougeasses et des fats politiciens, la quintessence de leur art ; recrutant dans les cloaques de la Cité, leurs costumes vespiformes se reconnaissaient entre tous. Vaticinant dans les ruelles, médisant dans les palais, ils s'en allaient bientôt courir le vaste monde, laissant comme des comètes leurs barcarolles d'invocations sur leur passage. Derrière eux, des clabauderies ; ils ne s'en préoccupaient point, et continuaient leur chemin, leurs psalmodies alchimiques s'emmêlant dans les salicaires verticillées et les ajoncs qui bruissent au vent. Ne prêtant guère attention aux dorures crénelées et aux abacules vernissées qu'ils laissaient derrière eux, ces charmantes compagnies quittaient la Cité et toutes les villes du sultanat, prêcheurs de l'irréel s'il en fût oncques.
Hé ! on se débrouille pas mal, non ? moi j'trouve ça stylé, ces décades... vous voulez pas qu'on les poste en textes indépendants ? enfin, pour ceux qui s'acharnent à faire des suites.Moi je les indique déjà comme ça dans ma page perso, mais c'est bien aussi de regrouper les textes de tout le monde pour chaque fournée, non? Pis le but étant de faire le moins long possible... M'enfin c'est vrai que c'est moins pratique pour les commenter!