Bonsoir à tous. Je vous présente un de mes premiers textes et j'attends avec impatience vos suggestions ou remarques. Bonne lecture ;).
Me voici devant toi, Seigneur, tu me connais, tu as été présent tout au long de ce jour. Je n'ai rien à te cacher. Tu connais tout de la solitude de mon ermitage, séparé des hommes et de leurs préoccupations matérielles, je vis pour comprendre ta volonté. Je ne suis qu'une partie d'un tout, ton humble création. Tu vois jusqu'au plus profond de mon âme et entends tous mes soupirs. Du désespoir qui est le mien, de la honteuse raison de mon exil, tu sais tout. Rien ne sert de se mentir et, Seigneur, tu es une part de moi comme je suis une part de toi, je te ressens.
Je sais que tu as déjà pardonné mes offenses, que mes péchés sont absous depuis longtemps, mais cette procédure n'enlève ni la douleur, ni les reproches que l'esprit assène au corps. Mon enveloppe charnelle abrite le conflit d'un dieu qui pardonne et d'un homme qui condamne, je ne peux le supporter plus longtemps.
Tu nous dis que le pardon de ceux que nous avons offensé vaut pour le pardon divin. Par la confession, tu nous garantis la plénitude de ta miséricorde. Et par la prière, tu accordes un dialogue rassurant aux hommes torturés par leurs esprits.
J'entends tes paroles, tes réconforts, mais je peine à les comprendre. Par mes actes, j'ai conduit au néant. Une de tes créations a été détruite, le crime est passé, rien ne peut le réparer. Je ne peux recréer la vie ôtée, je ne peux demander pardon à l'être que j'ai assassiné, je ne peux reconstruire ce que j'ai brisé.
Tu as répandu abondement sur nous la sagesse et l'intelligence. Tu es bon, Seigneur, tu es plein d'amour pour ceux qui t'invoquent. Sous ta justice, tu nous tiens liés et, pour nous laver de nos péchés, tu as sacrifié ton fils. Par ce geste, par ta compassion pour les pécheurs, tu nous offres la rédemption.
Pourtant, le sang du Christ, versé il y a prés de deux mille ans, est-il appelé à déculpabiliser les meurtriers d'aujourd'hui ? Je pensais que mon exil me rendrait plus réceptif à ton message, que ma solitude serait comblée par la puissance de tes mots. Mais seul dans la montagne, l'ermite est laissé face à lui-même. Un dieu, aussi puissant soit-il, ne peut interrompre le fascinant reflet du miroir de l'âme créé par la solitude.
L'égoïste remise en question de mes actes et de ma vie d'homme ne renforce pas notre dialogue fait de prière. Il n'y a là qu'interférences entre un dieu aux principes inflexibles et un homme à l'esprit encombré du sang de sa victime.
Seigneur, par mes erreurs, par mes égarements, j'ai tué une femme. La justice des hommes m'a oublié, ta justice m'a pardonné, mais ma conscience ne peut accepter ces faibles excuses. J'ai été lâche en n'avouant pas le massacre de ma victime, j'ai été froid en célébrant moi-même son dernier voyage et en enseignant le réconfort de l'âme à sa famille.
Seigneur, pardonne-moi, je dois à nouveau donner la mort à une de tes créations. Seigneur, mes mains, mes bras, l'ensemble de mon corps condamne la lâcheté de mon esprit. La moindre cellule de mon être appelle à l'autodestruction pour expier ce crime inavouable. Ne me condamne pas, mon geste n'est pas une révolte. Ton fils était conscient de la traîtrise de Juda l'Iscariote et pourtant n'a-t-il pas laissé les Romains terminer leur conspiration ?
Seigneur, c'est de la sorte que j'agis en marchant, yeux clos, vers le précipice.
J'avance vers toi Seigneur miséricordieux.